SUR LA SATIRE : LES NOUVEAUX SAINTS
Page i6o, vers i5 et suivans.
Oui, par Martin Fréron, le triomphe est certain!
Dit Geoffroi: venez tous, héritiers de Martin;
Et vous sur-tout, Clément, son émule intrépide, etc.
Geoffroi et Clément, redoutables antagonistes de la philosophie du dix-huitième siècle. Le premier a traduit Théocrite. vSa mauvaise traduction en prose a rendu plus supportables les mauvais vers de Longepierre. L'autre est connu par des satires sans esprit et sans talent poétique , par une tragédie de Médée justement sifflée, et par neuf gros volumes contre les ouvrages de Voltaire. Ces juges éclairés se font les protecteurs de Racine, qui certes n'a pas besoin d'eux, et qu'ils auraient sottement dénigré s'ils eussent été ses contemporains. Sentent-ils bien le prodigieux mérite de ce premier des poètes modernes, les hommes qui affectent de méconnaître les beautés enchanteresses de Zaïre et le génie qui a dicté Mahomet? Tgnorent-ils , ou feignent-ils d'ignorer que, si Racine eût fait la tragédie de Méropc , elle serait comptée parmi ses chefsd'œuvre ?
Page i6i , vers 2.
Dieu prend soin de sa vigne; et les Débats vont bien. Geoffroi rédige en partie U^ journal des Débats. A l'entendre
les tragédies de Voltaire sont détestables; Monvel et Talma sont de mauvais acteurs tragiques; la musique ôi" Eaphrosine et de Stratonice écorche ses oreilles.... entières. Courage, Méliul! Quand Apollon punit Marsyas, il commença par les oreilles.
Page ï6i, vers 17 et 18.
On ne tourmente pas Guyon, frère Berthier, Chaumeix et Patouillet, Nonotte et Sabathier.
Ces écrivains ont vécu dans le dix-huitième siècle: Voltaire certifie leur existence en plusieurs de ses ouvrages.
Page 162, vers 9 et suivans.
Vous n'y trouverez point cette heureuse élégance , Cet esprit délicat , dont les traits ingénus Brillaient dans Sévigné, Lafayette, et Caylus.
Les lettres de madame de Sévigné sont restées modèle, et modèle inimitable. Le roman de la Princesse de Clèves , par madame de Lafayette, tient une place honorable à la suite des chefs-d'œuvre du dix-septième siècle. Madame de Caylus était sans doute fort inférieure aux deux premières; mais l'écrit sans prétention qu'elle a composé sous le nom de Souvenirs offre beaucoup d'anecdotes piquantes, et racontées avec grâce. Ces femmes charmantes ne faisaient point de livres , de gros volumes sur l'éducation, de longs traités de morale ou de métaphysique , encore moins de la théologie. Avaient-elles trop peu d'esprit, ou seulement un trop bon esprit?
i-ji NOTES SUR LA SxVTIRE:
Page 162, vers 25.
Mes trente in-octavo sont d'un poids admirable:
y compris le petit la Bruyère. L'auteur de "cet ouvrage veut bien encourager plusieurs gens de lettres, qui seront peu flattés d'être loués dans un livre où l'on dénigre avec fureur les plus illustres écrivains. Au reste, on a le droit d'être difticde quand on compose à la fois des histoires, des caractères, des romans, un théâtre, le tout pour l'instruction de la jeu- j nessc ; qiiand on réunit en soi Bossuet, Fénélon, la Bruyère, je dirais presque Molière; mais c'est un nom si profane! d'ailleurs les Femmes Savantes ! Tartufe ! ce ne sont pas là des péchés véniels. Prions Dieu pour l'ame de Molière!
Page i63, vers 21 et 22.
Ah! vous parlez du diable? il est bien poétique, Dit le dévot Chactas , ce sauvage erotique.
Quelques personnes ont prôné sans mesure le roman chrétien ai Atala ; elles ont placé ce petit ouvrage au-dessus de Paul et Virgmie j et de la Chaumière indienne. Assurément c'était comparer la première esquisse d'un écolier aux meilleurs tableaux d'un grand maître. On ne trouve dans ces deux productions, pleines de charmes, rien qui ressemble aux capucinades de M. Aubry, aux étranges amours de Chactas, à une foule d'expressions plus étranges encore , et à ces amplifications descriptives d'un sauvage qui a fait sa rhétorique. L'auteur à' Atala , en mettant l'amour aux prises avec la religion , croit avoir conçu une idée neuve, et vaincu ime extrême difficulté. Pour la nouveauté de l'idée, comment peut-il y croire? il est peu probable qu'il n'ait pas entendu parler de Renaud (;t d'Armide, d(; Roger et de Bradamante, ou même