LE CIMETIÈRE DE CAMPAGTNE
Rien 11e peut les troubler clans leur couche dernière :
Ni le clairon du coq annonçant la lumière;
Ni du cor matinal l'appel accoutumé;
Ni la voix du printems au souffle parfumé.
Des enfans, réunis dans les bras de leur mère.
Ne partageront plus sur les genoux d'un père
Le baiser du retour, objet de leur désir;
Et le soir, au banquet, la coupe du plaisir
N'ira plus à la ronde égayer la famille.
Que de fois la moisson fatigua leur faucille l Que de sillons traça leur soc laborieux! Comme au sein des travaux leurs chants étaient joyeux, Quand la foret tombait sous les lourdes cognées! Que leurs tombes du moins ne soient pas dédaignées; Que l'heureux fils du sort, déposant sa grandeur^ Des simples villageois respecte la candeur; Que le sourire altier sur ses lèvres expire. Biens, dignités, crédit, beauté, valeur, empire : Tout vient dans le lieu sombre abymer son orgueil. O gloire! ton sentier ne conduit qu'au cercueil!
Ils n'obtinrent jamais , sous les voûtes sacrées , Des éloges menteurs, des larmes figurées^ Les ministres du Ciel ne leur vendirent pas Le faste du néant, les hymnes du trépas;