‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiquesChapitre 67 sur 145 · A L ÉDITEUR · texte numérisé non relu

A L ÉDITEUR

JE CROIS PARCE QUE CELA ESTÎ ABSURDE. VoUS VOjeZ

que je me souviens des Pères de l'église. J'aime à voir avec quelles injures édifiantes , avec quelle sainte brutalité , l'intrépide Geoffroi combat chaque jour la damnée philosophie du dix-huitième siècle. Sans doute il est payé, comme cela est juste, en raison de l'absurdité. Il doit posséder une grande fortune: s'il n'est pas millionnaire, il est volé.

Dites à François-Auguste de Châteaubriant que, dans mes fonctions sacerdotales , je ne cesse de le recommander au Gra.nd Célibataire. Dieu est le mot de cette énigme. Si elle eût été proposée à Thèbes , OEdipe, au lieu d'épouser sa mère , aurait été mangé par le Sphinx. En général, la langue de Châteaubriant n'est qu'à lui; et même, en dépit de Condillac, il a créé une nouvelle logique. Elle sera long-tems nouvelle. J'ai lu avec transport, ou pour mieux dire, dans une continuelle extase, sa brochure en cinq volumes seulement, sur les btautés poétiques du christianisme. Je prépare moi-même deux petits in-folio sur les beautés musicales de notre sainte religion. Cette idée m'est venue lorsque j'ai entendu le son tant regretté des cloches du pays. A propos de cloches , il existe deux partis dans Bergerac. Ne vous effrayez pas : il s'agit d'une question fort innocente. La voici : Lequel fait le plus de bruit : le gros

bourdon de la cathédrale de Paris, ou le gros bourdon de la cathédrale de Rouen ? Les gageures sont nombreuses et considérables. Je suis forcé de vous avouer ingénument que j'ai parié pour George-d'Amboise. Comme ancien marguillier de Saint -Pierre -aux -bœufs, dans la cité, vous êtes attaché à Notre-Dame de Paris et à son gros bourdon; je le sais, mon ami; mais je connais aussi votre esprit de justice, et je m'en rapporte entièrement à vous. Ne vous en fiez pas aux sonneurs des deux cathédrales : l'orgueil et l'ambition pourraient dicter leur avis ; mais n'oubliez pas de consulter Camille Jordan. Sa paroisse est à Lyon; je le crois impartial, et plein d'érudition sur les cloches.

Remerciez cent fois, mille fois, madame de Genlis du dernier ouvrage qu'elle vient de publier. Elle appelle cela la morale chrétienne. Si M. Jourdain vient à dire encore : qu'est-ce qu'elle chante, cette morale? apprenez-lui qu'elle établit, d'une manière victorieuse , qu'il est bien plus agréable de séduire, tranchons le mot, d'avoir une dévote qu'ime femme mondaine. J'ai choisi les plus beaux morceaux du chef-d'œuvre; j'en ai fait un sermon ; je l'ai prêché. Il a été accueilli par la joie publique. J'avais pris pour texte : Maria optimain partem elegil. Marie a choisi la meilleure part : É\'angile selon saint Luc ^ cha-

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