‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiquesChapitre 68 sur 145 · A L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

A L'ÉDITEUR

pitre A', verset /\i. Modestie à part, l'effet du sermon ne peut se figurer : tout Bergerac le sait par cœur; les dévotes n'ont qu'à se bien tenir, leur vertu n'est pas en sûreté; mais réjouissezvous: elles n'ont aucune crainte; elles n'ont jamais été si gaies. Elles appellent les persécutions , comme faisaient nos saints martyrs sous l'infâme Julien , qui ne persécutait pas , qui fut le modèle des vertus humaines , mais qui par cela même est infâme, chrétiennement parlant. Vous n'ignorez pas , mon ami , combien ce malheureux empereur fut corrompu par la philosophie du dix-huitième siècle.

Si la vigne du Seigneur fructifiait partout comme à Bergerac, je n'en serais pas réduit à

m'écrier :

Les tems sont durs, et la foi périclite.

Depuis mon fameux sermon, nos pécheresses deviennent dévotes; nos jeunes impies se convertissent. Ils viennent tous me chercher à l'église ; ils viennent me dire, l'un après l'autre: Mon père, madame de Genlis a raison. Je n'entends que cela.... où vous savez. Vive la morale chrétienne !

Pardon , mon cher ami , si j'abuse de votre complaisance ; mais je vous prie instamment de m'envoyer un exemplaire de l'ouvrage posthume

où feu M. l'abbé Beurrier ^ , prêtre eudiste , a si bien démontré les mystères par les miracles, les miracles par les mystères, l'existence d'une révélation ^ par sa nécessité , et sa nécessité par son existence. On a toujours besoin de livres de cette force ; et mes sermons s'en trouveront bien. Madame de Genlis me servira pour l'éloquence , l'abbé Geoffroi pour les injures, et l'abbé Beurrier pour le raisonnement. Abonnez-moi à la Gazette ecclésiastique , sitôt qu'elle reparaîtra. Tâchez aussi de me rendre quelque service. Yous connaissez mes petites affaires , et vous avez des amis. Je suis docile. J'ai fait tout ce qu'on a voulu; je ferai tout ce que l'on voudra. J'ai été prêtre, j'ai cessé de l'être^ je le suis redevenu; je me suis marié, démarié; j'ai juré, abjuré, rejuré. Faut-il blasphémer? Qu'à cela ne tienne. Enfin, parlez pour moi. Je n'ai pas la conscience étroite. Je me sens capable d'être , tour à tour ou à la fois , catholique romain, catholique grec, unitaire, trinitaire, athanasien , arien, pélagien, sémi-pélagien, albigeois, hussite , luthérien, calviniste, anglican, presbytérien, anabaptiste, gomariste , arminien, socinien, janséniste, moliniste, molinosiste, quiétiste, et même déiste. Ne vous gênez pas : allez encore

I. ]a' 'l'mitc (les Sacrcmens. On a encore de lui les Analo^^ics

(l( r liK (Il nation.

A L'ÉDITEUR. ikl

plus loin. Je vous donne mes pleins pouvoirs, et, comme on dit , carte blanche , depuis la religion du ^rand inquisiteur saint Dominique jusqu'à celle de Spinosa inclusivement. Il y a des gens qui se glorifient d'avoir ce qu'ils appellent du caractère. Je crois plus convenable et plus sûr d'avoir un bon caractère. C'est ce que je vous souhaite. Ainsi soit-il.

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