‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiquesChapitre 8 sur 145 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Page 7 , vers i .

Philandre * , qui , toujours sage avec proloudeur ,

Méprises des partis l'ambitieuse ardeur,

Fléau de la licence et de la tyrannie ,

En nos tenis orageux , vois -tu la calomnie

Affermir chaque jour, par de nouveaux excès,

Son pouvoir sacrilège et ses honteux succès ?

Tandis que du sénat la justice rigide

Oppose à son poignard une impuissante égide ,

Triomphante , elle rit du vain courroux des lois ,

Et de la renommée usurpe les cent voix.

Page 7 , vers 9.

Ail lieu de

D'écrivains, d'imprimeurs quelle horde insensée Diffame ce bel art de peindre la pensée ! Un faquin sans esprit , etc. etc.

il y avait :

Quel impudent ramas de fourbes délateurs !

I. Le discours sur la Calomnie fut d'abord publié sous le titre d'ëpîuc , et renfermait les veis rapportés daus les variantes. Le début était : P/nlandre , etc. Chéiiier, pai la suite, lil de grands ehangcmcns à ce poème? et lui douua le titic quil porte luijouid'liui. {I\'vtc de t\'diu-ur.)

Que de fripiers d'e'crits ! que de plats imposteurs ! Le démon du mensonge inspire leurs brochures; Un peu d'or fait couler des flots d'encre et d'injures. Un faquin sans esprit, etc. etc.

Page 8, vers 3.

Après ces mots :

Fantin se croit Tacite , et Richer Cicéron.

il y avait :

Contre tout l'Institut Charlemagne conspire : Le fiel est leur talent ; la fange est leur empire. Cent grimauds, de Zoïle effronte's écoliers, Barbouillant à l'envi des pamphlets journaliers, Vont prendre tour-à-tour leçon de calomnie Chez le docte Suard , qui ment avec génie. Quand nos guerriers, bravant et le glaive et l'airain , Étonnent l'Éridan , le Danube et le Rhin , Dans les murs de Paris , etc. etc.

Page 8, vers i6 et suivans.

Au lieu de

A la honte aguerris, ces Forbans littéraires

Ont mis leur conscience aux gages des libraires.

Envieux par nature , etc. etc.

il y avait :

Ils mettent leur sottise aux gages des libraires. Après un long voyage , insectes éphémères , Envieux par nature, etc. etc.

Page 9, vers i.

Après ces mots :

Ils dînent du mensonge el soupent du scandale.

DU DISCOURS SUR LA CALOMNIE. 27 venaient les vers suivans :

Ainsi , lorsque Zéphyr chasse les Aquilons , Tout l'essaim bourdonnant des stériles frelons Pille le miel , si doux, exprimé par l'abeille Des sucs délicieux d'une rose vermeille.

Mais, quoi! me dira-t-on, désormais prétends-tu Donner l'esprit aux sots, aux fripons la vertu? Pourras-tu , des héros négligeant , etc. etc.

Page 9, vers 16 et suivans.

Au lieu de

Il les réclamerait : c'est tenter l'impossible. Organe du public , la censure inflexible , etc.

il y avait :

Non : je ne tente point les choses impossibles.

Organes du public , d'autres , plus inflexibles ,

Exerçant à loisir le pouvoir d'un bon mot ,

Puniront Morellet du malheur d'être un sot.

S'il sait l'art d'ennuyer, on sait bailler en France ;

Et sottise sans fiel mérite tolérance.

On ne me verra point, Dom-Quichotte, etc.

Page 10, vers 10 et suivans.

Au lieu de

Mercier combat Newton , Voltaire et le bon sens :

Il sera ridicule; il le veut : j'y consens.

Qu'il nous van le Rétif, etc. etc.

il y avait :

Que Mercier livre encor cent combats renaissans A Racine, à Voltaire, et surtout au bon sens ; Qu'il nous vante Rétif, etc. etc.

rage lo, vers 17 et suivans.

Au lieu de :

Que Dumolaid nous j^lace ù la riièmo (liljuno Où la raison sublime allumait son flambeau ; Où discutait Barnave, où tonnait Mirabeau; etc.

il y avait :

Qu'au milieu du sénat, qu'à la même tribune Où la raison sublime allumait son flambeau, Où discutait Sieyes , où tonnait Mirabeau , Où de Vergniaux souvent l'éloquence éner-ique Vainquit de Dumolard le fatras léthargique , Plein d'orgueil et de mots, Dumolard aujourd'hui Distille en longs discours la soUise et l'ennui. A tous ces beaux esprits il est permis d'écrire ; Et j'attends, etc. etc.

Page II , vers 11 et suivans.

Au lieu de :

Un sot est toujours vain : en passant dans la nie, Vous nommez Démosthène ; et Lémerer salue ; Klc. etc.

il y avait:

La sotte vanité lient à l'espèce humaine : Lémerer vous salue au nom de Démosthène ; L'auteur même «lu -St^/z/v/ n'est pas exen)].l d'oigucil De liicher, de Jiabeuf c'est le commun écueil ; Kt Gallais ((ui n'a pas, mais (jiii donne la gloire, Croit «|„e le sort du monde est dans son ecritoiie Qu'il vante Dumolard si loinclemenl diserl , Kl d'un nouveau Midas fas.se un nouveau Coll.. ri ; Nui sa lyre <le plomb que Souriguière chante

De Dumont, converti, l'humanité touchante;

Si tel est leur plaisir, aise'ment j'y souscris.

Mais tons ces grands auteurs, dans leurs petits écrits,

Se livrant aux écarts d'une impure licence ,

Ont dépassé la borne oii finit la décence.

L'écrivain philosophe, au-dessus des clameurs,

Instruit par la morale, et surtout par ses mœurs;

La balance à la main , le sévère critique

Voit couronner son front du laurier didactique ;

Armé de la satire , un auteur médisant

Fait excuser son fiel quand il est bon plaisant ;

Souvent même du goût c'est le vengeUr utile :

Mais nuire à prix d'argent, sans pudeur et sans style,

Empoisonner le fer qui vous perce ïe sein ,

C'est le talent d'un lâche et l'art d'un assassin.

Les calomniateurs , je le sais bien , Philandre, Ne manquent pas d'amis ardens à les défendre : Pour un esprit mal fait leur genre à des appas : Mentir est le talent de ceux qui n'en ont pas ; Nuire , etc. etc.

Page 1 3 , vers 3 et suivans.

Au lieu de

Vois le crime, usurpant le nom de liberté. Rouler dans nos remparts son char ensanglanté; Vois des pertes sans deuil , des morts sans mausolées ; Les grâces , les vertus , etc. etc.

il y avait :

Vois dans ses premiers jours la république en deuil ; L'élite des Français descendant au cercueil ; Les impurs échafauds servant de mausolées ; Les grâces , les vertus , etc. etc.

3o VARIANTES

Page i3, vers lo et suivans :

Au lieu de

A sa trace fumante on peut la reconnaître : La calomnie esclave , etc. etc. ,

jusqu'à

Souillant la liberté' , etc. etc.

il y avait :

La trace ensanglantée est facile à connaître :

La calomnie esclave et docile aux tyrans ,

Dès qu'ils eurent parlé , de'chaîna ces torrens

Qui , du Var à la Meuse e'tendant leurs ravages,

Ont séché les lauriers croissant sur nos rivages.

Elle ouvrit les prisons , dressa des échafauds ,

Et sur le tribunal fit siéger les bourreaux.

C'est elle, tu le sais, qui, dans Athène ingrate,

Exilait Aristide , empoisonnait Socrate ;

Qui, dans Rome opprimée, égorgeait Cicëron ;

Ouvrait les flancs glacés du maître de Nëron ;

Qui livrait dans Paris aux fureurs populaires

Du sage Lamoignon les vertus séculaires.

Ainsi tombaient Thouret, Barnave, Chapelier,

L'ingénieux Bailly, le savant Lavoisier,

Vergniaux , dont la tribune a gardé la mémoire ;

Custine et Beauharnais, noms chers à la victoire.

Condorcet, dans les bois traînant ses pas errans,

Nous éclairait encor de ses rayons mourans ;

Et des vainqueurs des rois les bourreaux despolicjucs,

Ambitieux, servis par des sots fanati(iues ,

Souillant la liberté, etc. etc.

Page i4, vers i5 et i6.

Au lieu (le

Kmpoisonncz de fitl la couix.' (lomesti(|ue;

DU DISCOURS SUR LA CALOMNIE. 3i

Étouffez les accens de la franchise antique ; Courez dans tous les cœurs , etc. etc.

il y avait :

Portez au ciel Tartufe, et proscrivez Molière; Empoisonnez de fiel la coupe hospitalière ; Courez dans tous les cœurs , etc. etc.

Page 1 5 , vers 1 1 .

Après ces mots :

Des fleuves oonsterne's ils ont rougi les flots.

Chénier avait ajouté dans la première édition :

D'un peuple trop cre'dule adulateurs impies, De l'État épuisé dévorantes harpies , Gorgés de sang et d'or, ces tyrans du sénat Aux juges meurtriers dictaient l'assassinat. J'ai vu fuir, etc. etc.

Page i5, vers 24 et suivans.

Au lieu de

Ceux que la France a vus ivres de tyrannie , Ceux-là même, dans Tombre armant la calomnie, Me reprochent le sort d'un frère infortuné , Qu'avec la calomnie, etc. etc.

il y avait :

Lorsque je les ai vus ivres de tyrannie. J'entendrais ces valets, rois par la calomnie, Me reprocher le sang d'un frère infortuné. Qu'avec la calomnie, etc. etc.

Page 16, vers 3 et suivans.

Au lieu de

En vain sèment le trouble entre son ombre et moi :

Scelérals! contre vous elle invoque la loi.

Helas! pour arracher la victime aux supplices,

De mes pleurs chaque jour fatiguant vos complices,

J'ai courbé devant eux mon front humilié;

Mais ils vous ressemblaient : etc. , etc.

il y avait :

N'ont point semé la guerre entre son ombre et moi : Le crime fut pour eux; c'est pour eux qu'est l'effroi. Brigands, qui conduisiez la victime aux supplices, Mon cœur cherchait en vain le cœur de vos complices; Je priais, l'œil en pleurs, le front humilié; Mais ils vous ressemblaient : etc. etc.

Page 17, vers 2.

Et ton jeune laurier grandira sous mes pleurs.

Quand l'épître sur la Calomnie fut imprimée pour la première fois, il paraît que Chénier n'avait pas encore composé le beau morceau qui suit et qui commence ainsi :

Ah ! laissons là nos jours mêlés de noirs orages, etc.

On passait de suite aux vers ci-après, page 19, vers 4 et suivans :

O poètes de l'homme, et mes brillans modèles, etc.

Mais ces vers étaient différemment conçus dans la première édition ; les voici :

Pour moi , de faux crayons noirci par l'imposture. Contre mes ennemis soulevant la nature, Unissant à ma voix les accens fraternels. J'attacherai l'opprobre à des fronts criminels; J'.t, si dans les transports d'un délire, etc. etc.

Page 20 , vers 2 et suivans.

Au lieu de

Ce n'est pas que, jamais infidèle au mérite, Ma muse ait trafiqué d'un suffrage hypocrite, Etc. etc.

jusqu'à :

Cet opprobre banal qu'ils nomment leur estime.

il y avait :

Ce n'est pas que jamais, hypocrite et docile. Ma muse ait trafiqué d'un suffrage facile ; Et d'assez plats auteurs prostituant leurs voix. De très plats écrivains ont prodigué sans choix Cet opprobre éternel, etc. etc.

Page 20 , vers 1 1 et suivans.

Au lieu de

Pour l'éloge et le blâme également j'hésite. Ils veulent l'un et l'autre un esprit délicat: Tout louer est d'un sot, tout blâmer est d'un fat.

il y avait :

A louer, à blâmer, également j'hésite :

La critique demande un esprit délicat:

Tout louer est d'un sot, tout blâmer est d'un fat.

Page 20, vers i4 et suivans.

Au lieu de

En estimant Daunou, Lanjuinais, Révélière, Je méprise un Dumont, etc. etc.

il y avait :

Un Rovère, un Dumont, geôliers sous Robespierre, Ne sont point à mes yeux Daunou ni Révélière :

Œuvres anciennes. III. -J

Louvel, bravant l'exil, les fers et le trépas,

Accusa les tyrans , et ne les servit pas.

Si clans sa feuille impure un vil Suard les bra\(',

Sous l'habit d'affranchi je reconnais l'esclave :

La Bacchante, affectant une fausse pudeur.

Imite mal d'Hébë la grâce et la candeur.

Malgré le fard usé d'un pe'nible artifice ,

J'entrevois aisément les grimaces du vice :

Il se déguise en vain sous des trails ingénus ;

C'est Méduse empruntant le masque de Vénus.

Mais tout mérite illustre a conquis mon hommage ;

Et, si de l'Hospital j'osai tracer l'image;

Si le doux Fénélon, paré de quelques fleurs,

Sur la scène attendrie a fait couler des pleurs ;

Si j'ai vengé Calas et célébré Voltaire,

Je n'ai pas prétendu, malignement austère.

Envieux avec art, dans mes dégoûts savans,

De la gloire des morts accabler les vivans.

Desfontaines lançait des flèches incertaines ,

Piron d'un trait plus sûr a frappé Desfontaines :

Le juge est condamné par la postérité :

Le tems d'un pas tardif conduit la vérité.

Ma voix, pour décerner, etc. etc.

Page 21 , vers 23 et suivaris.

Au lieu de

J'aime à voir Andrieux, avoué par Thalie, Des humains, en riant, etc. etc.

il y avait :

J'aime à voir de Colin la décente Thalie Des humains, en riant, etc. etc.

Page 22, vers 6 ci suivans.

Au lien (le

Si La Harpe aiilnlois, blessant la vérité,

Voulut noircir mes jours d'un fiel non me'rité, Etr. etc.

il y avait :

Si même il fut un tems où La Harpe, irrité, Voulut noircir mes jours d'un fiel non mérité; Oubliant sa brochure et non pas Mélanie , Quand les Goths menaçaient l'auteur de Virginie , N'ai-je pas témoigné tout mon mépris pour eux, Et le respect qu'on doit aux talens malheureux ? Des beaux arts opprimés relevant l'infortune, J'ai de ces noms fameux embelli la tribune : Tallevrand, méconnu, etc. etc.

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