‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 120 sur 182 · LITRE XV · texte numérisé non relu

LITRE XV

O Eudore 1 vous reverraî-je un joui^? reterrai-je mon père?

Alors Ëudoire inspiré :

(( Oui , nous nous reverrons pour ne nous quitter jamais î

Les mariniers enlèvent Gymodocée , les esclaves entraînent Démodocus, Eudore se jette dans'la barque qui le transporté à son vaisseau. La flotte sort de Phalère , les matelots couronnés de fleurs font. blanchir la mer sous l'effort des rames ; ils invoquent les Néréides, et Falémon, et Thétis, et saluent en s'éloignant la tombe sacrée de Thémistocle.

Le vaisseau de Gymodocée prend sa course vers Torient, et celui du fils de Lastkénès tourne la proue vers l'Italie. . ^'

lâ divine Mère du Sauveur vèilloit sur. les jours de l'innocente pèlerine : elle envoie Gabriel à l'Ange des mers, afin de lui commander de ne laisser soufiler que la plus douce haleine des vents* Aussitôt Gabriel , après avoir détaché de ses épaules ses ailes blanches, bordées d'or, se plonge dn ciel dans les flots.

Aux sources de l'Océan , soiis des grottes profondes, toujours retentissantes du bruit des vagues , habite l'Ange sévère qui veille aux mou-* vements de l'abîme. Pour l'instruire de ses devoirs, la Sagesse le prit avec elle, lorsqu'à la

naissance des temps elle se promena sous la mer. Ce fut lui qui , par l'ordre de Dieu , ouvrit au Déluge les cataractes du ciel ; c'est lui qui , dans les derniers jours du monde, doit une seconde fois rouler les flots sur le sommet des montagnes. Placé au berceau de tous les fleuves , il dirige leur cours , enfle ou fait décroître leurs ondes ; il repousse dans la nuit des pôles , et retient sous des chaînes de glace les brouillards, les nuages et les tempêtes ; il connoit les écueils les plus cachés, les détroits les plus déserts, les terres les plus lointaines , et les découvre tour à tour au génie de l'homme ; il voit d'un regard , et les tristes régions du Nord , et, les brillants climats des tropiques ; deux fois par jour il soulève les écluses de TOcéan, et, rétablissant avec sa main l'équilibre du globe , à chaque équinoxe il ramène la terre sous les feux obliques du soleil.

Gabriel pénètre dans le sein des mers-:

des nations entières et des continents inconnus dorment engloutis dans lé gouffre des ondes.

Combien de monstres divers que ne verra jamais l'œil des mortels I Quel puissant rayon de vie jusque dans ces profondeurs ténébreuses ! Mais aussi , que de débris et de naufrages ! Gabriel plaint les hommes , et admire la puissance di^ vine. Bientôt il aperçoit l'Ange des mers, at-

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