‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 160 sur 182 · TOME XVIII · texte numérisé non relu

TOME XVIII

Page 109. Il étoit encore en Egypte.

On se souvient que, lorsqu'Euddre, partit pour les Gaules , Dioclétien etoit allé pacifier TEgypte , soulevée par un tyran qui prétendoit à la pourpre. (Voyez liv. t. et liv. IX. )

VI*

Page \ 09. Môle de Marc-Aurèle.

Peut-être Civita-Vecchia.

Page 110. Porter du blé destiné au soulagement des pauvres.

On lisoit dans les éditions précédentes ; « Chercher dtt blé. » ( Voyez la Yie de saint Jean rAumônier, dans la Vie des Pères du Bésert , traduct. d^'Arnauld d'Andilly, pag. 350. )

Page 111. Utique...,. Carthage..^... Marius

Caton, etc.

Voici un ciel, un sol, une mer, des souvenirs bien di£Pérens de ceux des Gaules. J'ai parcouru cette route d'Eu dore : si le récit de mon héros fatigue , ce ne sera pas faute de variété.

IX*

Page 1 1 1 . A la vue de la colline où fut le palais dé Didon.

En doublant la pointe méiidionale de la^ Sicile, et rasant la côte de 1 Afrique pour aller en Egypte , on pou voit apercevoir Carthage Paurois beaucoup de choses a dire sur les ruines de cette ville , ruines plus considérables qu'on ne le croit généralement \ mais ce n'est pas ici le lieu.

Page 11 1. Une colonne de fumée.

M aenia respîciens , qu» jam infelîcis Elisée GoUucent ilammis. Quâe tantam accenderît igneth €aasa latet.

XI*

Page 112. Je n'étois pas comme Enée;

Mais Ëudore étoit le descendant de Philopœmen et le dernier représentant des grands hommes dé la Grèce.

XII*

Page 112. Je n'avois pas cotnmé lliii.. l'ordre du ciel.

Eudore se trotape, il suit les ordres dii ciel, et l'Empire romain lui devra son salut , puisque c'est par sa. mort que le Christianisme va monter sur le trône des Césars ; mais le fils de Lasthénès ignore ses hautes destinées, et les maux qu'il a causés humilient son cœur;

xiir.

Page 112. Le promontoire de Mercure, et le cap où Scipiôn, etc.

Le promontoire de Mercure , aujourd'hui le cap Bon , selon le docteur Shaw et d'Anville. Scipion , passant en Afrique avec son armée , aperçut la terre , et daçianda au pilote comment cette terre s'appeloit. « C'est le cap » Beau , répondit; le pilote. » Scipion fit tourner la proue vers ce côté. ( Tit.-Liv. , lib. x. )

Page 112. Poussés par les vents vers la petite syrte;

Je passai cinq jours à l'ancre dans la petite syrte, précisément pour éviter le naufrage que les anciens trou- '

308 &EMARQUJSS

voient dans ce golfe. Le fond de la petite syrte va toujours s'éievant jusqu'au rivage ; de sorte qu*en marchant la sonde à la main on vient mouiller sur un bon fond de sable, à telle brasse que l'on veut. Lç peu de profondeur de Feau y rend la mer calme au milieu des plus grands vents; et cette syrte, si dangereuse pour les arques des anciens^ est une espèce de port en pleine mer pour les vaisseaux modernes.

Page ii2. La tour qui servit de retraite au grand AnnibaL

« Une péninsule , dit d'Ânville , où se trouve une place » que les Francs nomment Africa, paroît avoir été r em- » placement de turris Annibalis, d'où ce fameux Gartha- » ginois , toujoui*s redouté des Romains , partit en quit- » tant l'Afrique pour se retirer en Asie. »

XV 1

Page 112. Je croyois voir ces victimes de Verres.

Allusion ace beau passage de la v». Verrine, chap.-cLviii, où Cicéron montre un citoyen romain expirant sur la croix, par les ordres de Verres, à la vue des côtes de ritaUe.

xvir.

Page 112. L'Ile délicieuse des Lotophages*

Probablement aujourd'hui Zerbi. On mange encore le lotus sur tonte cette côte. Pline distingue deux sortes de lotus. ( Liv. xni , chap. xvii. Voyez aussi l'Odyssée. )

XVIII*

Page 112. Les autels des Philènes, et Leptis, patrie de Sévère.

Pour l'ordre, il auroit fallu Leptis et les autels des

Philènes; mais Foreille s'y opposoit. « Philenorum aras , » monument consacré à la mémoire de deux frères car- » thaginois ; qui s*étoient exposés à la mort pour étendre » jusque-là les dépendances de leur patrie. » (d'Anville.) Leptis , une des trois villes , d'où la province de Tripoli prit son nom. Sévère et saint Fulgence étoient de Leptis. Il existe encore des ruines de cette ville , sous le nom de Liba.

Page 112. Une haute colonne attira bientôt nos regards;

' En revenant en Europe, je suis demeuré plusieui*8 jours en mer, à la vue de la colonne de Pompée, et certes je n'ai eu que trop le temps de remarquer son effet à l'horizon. Ici commence la description de l'Egypte. Je prie le lecteur de la suivre pas à' pas , et d'examiner si on y trouve de l'enflure, du galimatias , et le moindre désir de produire de l'effet avec de grands mots : je puis me tix>mper, car je ne suis pas aussi habile que les critiques ; mais je suis bien sûr de ce que j'ai vu de mes yeux , çt malheureusement je vois les choses comme elles sont.

XX**

Page 113. Par PoUion, préfet d'Egypte.

C'est ce que porte l'inscription lue par les Anglais , au moyen du plâtre qu'ils appliquèrent sur la base de la colonne. Je crois avoir été le premier ou un des premiers qui ait fait connoître cette inscription en France. Je l'ai rapportée dans un numéro du Mercure , lorsque ce jour nal m'appartenoit.

XXI

Page 113. Le savant Didyme.

Il y a eu deuxDidymes , tous deux savants : le second , qui vivoit dans le 4«. siècle, étoit Chrétien, et versé également dans l'antiquité profane et sacrée. On peut supposer sans inconvénient que le second Didyme est l'auteur

duGommentairesur Homère. Il occupa la dbaire de l'école d' Alexandrie : c'est pourquoi je l'appelle successeur d'Aristarque , qui corrigea Homère , et qui fut gouverneur du fils de Ptolomée Xagus. J'ai voulu seulement rappeler deux noms cher^ ai|x lettres.

xxir.

Page 113. Arnobe.

Continuation du tableau des grands hommes de TEglise , à l'époque de l'action : ce sont à présent ceux de l'Église d'Orient. Il y a ici de légers anachronismes ; encore pourrois-je les défendre 'et chicaner sur les temps; mais ce n'est point de cela qu'il est question.

XXlïl*

Page 114- Dépôt des remèdes et des* poisons de l'àme.

On connott ia fameuse inscnption de la bibliothèque deThèbes en Egypte : -^yjyjéÇ larpeiov. N'est-il pas plu* juste pour nous, avec le mot que j'y ai ajouté?

XXIV*

Page 1i'4. Du haut d'une galerie de niarbre je regardois Alexandrie, etc.

'J'ai souvent aussi contemplé Alexandrie du haut de la terrasse qui règne sur la maison du consul de France ; je n'apercevois qu'une mer nue qui se brisoit sur des cotes nasses encore plus nues , des ports vides , et le désert libyque s'enfonçant à Thorizon du midi. Ce désert semblait , pour ainsi dire , accroître et prolonger la surface jaune et aplanie des flots ; on auroit cru voir une seule mer, dont une moitié étoit agitée et bruyante , et dont l'autre moitié 'étoit immobile et silencieuse. Partout la nouvelle Alexandrie mêlant ses ruines aux ruines de l'ancienne cité; un Arabe galopant au loin sur un âne , au milieu des débris ; quelques chiens maigres dévorant des carcasses de chameaux, sur une grève désolée ; les pavillons des divers consuls européens flottant

au-dessus 4e leurs demeures , et déployant ,. au milieu d^& tombeaux, des couleurs ennemies: tel étoit le spectacle. *

' J[e vais citer un long morceau de Strabon , .qui. repr ferme une description complète d'Alexandrie, et qui servira d'autorité pour tout ce que je dis dans mon .texte sur les monuments de cette ville , sur le cercueil de verre d'Alexandre , etc. , etc. Comme les savants ennemis des Martyrs, qui ont tout lu surFEgypte , sont sans doute très-versés dans l'antiquité) ils seront bien aises de trouver ici l'original de ma description . Je ne leur ferai pa^ Tinjure de traduire le morceau ; mais j'espère alors qu'ils tanceront le géographe grec, pour son ignorance et la fausseté de ses assertions.

£ç( $k ^Xapiu^oei^£ç to (r^\iaL roû e^a^ou; rhç TrôXsb);' ov rà |A6v ènx fiyixouç Tr^upà gçi rà àp^îx^Dç-2 , ô^ov rpixxovra ça^twv t-^avra. ^tapigTpov , rà $k km ir^dtToç oî w^poi, STrrà ri oxtw ^ctSivnt ixatepoç c^t-yyôpievoç , t^ pilv utto 3^aXàTT>î; , tjî ^' Ûtto t^ç ^tpivjjç. ÀTraaa pièv o^oîç xaTaTSTfiViTac , (TrTnQ^àTatç xat âppia^n^àratc , dvtrV àl TT^aTurdératç , ai ^19 ^t^^a xat Trpoç opOàç Téptvoufftv aXX>}Xac. £;(€( ^' )Q TToXic repiév»] , rà ts xotvà xàXXiça xa'i rà . êtcffiXeia , TérapTOv , tï xat rptrov tov wovtÔç TrepiêoXou ptépoç. Twv yàp 'PoLtsùÀtfXv Irjou^o^ ucnrep rote xotvotc àva6>ipafft Trpoffe^tXoxaXEi Ttvà «Offpiov , ouTU xat otxvjfftv t^îa frsptfiSàXXeTO irpôç ratç vTrap^^ouaaeç, wçs vuv TO Tov 7roi3iiToO , cÇ Éripciv eTsp' êçiv. A;ravTa piv ^va^^ xat àXX>3Xotç xat rcb Xt/xsvt , xat oo-a l§&) aOroû. Tûv ^è pao-tXsiflAv fiépoç éçi , xat TO Moutretov, ep^ov TreptTrarov xat e^é^pav , xat otxov fis^ov , £v &) TO (Tvacrtrtov TÔîv pere^ôvroiiv toû Moutreiou ^tXoXoyeav àvdpô»v. Eçt ^i T>j duvo^cj) TauTYi xat ^>jpiaTa xoivà y xat tepsvç cm T^ MouffStb) TeraypLfivoc , Tors pisv Otto t&>v paçtXioav , vûv S* UTTO Kattrapo;. Mspoç ^è tôâv |3a(jtXetoi>v eç't xat rô xaXoupieyov 2ûpi,a irsptêoXoç Jv, cv &>aiTâ)v 6aatXs&>v ratpai xat ri^ AXsÇâv^pou. E^Oti yàp TO ràpia àffXôptsvoç ITep^txay 6 toû Aâyou IlToXepLaïoc , xaTaxopttÇovra ex tïjç BaêyXwvoç , xa exTpeTroptsvov roLxtvn xaTa .TrXeovsÇtav xat é^i^tao-piov Tfjç At^VTrrou. Ka^;^ xaià7r&)XeT&)^ta(p3^apet; WTTO TWV çpaTtWTwv, êTrsXOovroç toû IlToXepaiou, xat xaTaxXstoravTOç oÙtov èv vrio-b) sp>jpi>2. Exetvoç pisv ouv aTréOavev é/xTreptTrapstç Tatg eapiffcat; , etteXOo'vtwv iir' aùr^ tôîv çpaTiwTÛv. lùv aOrw ^i xat ,ot paffiXetc, Apt^aloc tc xat Ta Trat^ta râ AXe^àv^pou , xat yï

fWTi 'P&iÇavi} ttTriîpcv tlç MoaaSovloot, To 9i aôpa roO 'Â>«Sdhi^pov xofûaac ô nro^CfAaloc itr,$9\)ctyt èv T>i 'AX^avdpcta ÔTroti vûv xeïrai , où piv ht T>} avT>i frvi]l(^ , xtOLUvn yàp ouit} , êxelvoç S* cv Xp^ofi xcktsOtixcv* Effu^>]ffs S* aÙTOv ô Koxxdc xat UapticayfTQç ènnûaiBeiç ïiroXiiudoç , ex rriç luptoç IttcXOcav , xai imttvâv évOùç , caç* dcvovYira oùrca rot. oUXol yMc^ai. £çi ^ èv rû fuyâltù "kttdvt xarà psv Tov ilfntkoMv ev ^sÇiâ 3^ v^co; xai ô irjpyoç $ipoç. Korà de

Tr^'crépav X^'^P^ *''f* yoipà^fç , xal 39 ^©X^ °^P" » «x®^^* Paat- ^tov. Elff'jrXsuatfVTi ^ êv àptçcpâ , ici ovvsx)i roîciv r^ Xoxio^t, rà fv^orspb> ^aaiXeia , TroXXàç xal Troixûaç Ix^^^^ ^lairac xai Skam. To^TOtc J' v^oxetrai , rt xpuTrroç Xtpiôv xaî xXsiçoç i^ioc TÔÂv ^a9iXsci>v , xat 19 'Avripo^oc vYiatov frpoxctpMvov toû opuxrov XcfASvoc, ^ayi^iov apta xai Xc^asvcov 'X^v. £xâ^a-ay ^ ovt6)c, eaç iv T>î *Po^cj) (vo^iX^ov* 'YTTCpxsiTai ^i TOUTOU TO S'iaTpov. ÈtTa TO noffcî^tov , àfwiv TIC àirô toû ifAiropiov xaXovpifvou frpo7re7rT&>xoc , tx^AV Upov UoatvSwoç, Ht npoaSiiiç x^l'^ 'Avtwvioç Iti [uOikwf frpovtCov clç picrov tov Xcpiiva , im r^ ooipt,» xaTeoxeuao'C ^îacTotv PavtktKViV j iiv Tipiaiy ov irpooinyopsita*. Tovto S' tnpctj^i to Tc)jt>* Taîov 99Vtxa npoiîknBiiç Ûtto tcâv f iXuy àir^pfv cig 'AXeÇoy^pstav fiCTOE t:^ sv 'AxTt«> xayoïrpo^foy , Tcpiuviov oOtû xptvaç tov Xocttov j3t^ , Sv ^eoÇeiv spisX^ spiq|ioc tcâv TOaovToiv f éXa>v, ËiTa to Kataapiov xai TO fptTTopsïov , xal dbroçàffseç , piCTaTaûra rèi vcwpia , f^sxpi roô ' Efrraç'adiou. TaÛTapiiv Ta «rspl tov pi^ov Xcpiiva. 'EÇ^c ^* Eùvdçov >ip;iv furà To ' Eirraçà^cov , xal vicip toutow opvxTOç , ov xal Kt6(ii>TÔv xoXovo'ey , 2fxc>>v xal aÙTOç vcolipia. 'Ev^OTipo Se toutou ^i«l>puS nkoirvi ftixpi T^c XtfAVYic TCTapivu T>iç MapacuTi^o;. £Ç«» pèv ouv r^c ^iwpuyoç piixpov In XetTTSTaiT^c ttoWç, cI^' 1^ NsxpdfroXtç. Kal to Trpoaçstov sv &> x^ôt t8 rroXXol xa^ Ta^al xal xoiTayvtyoà , frpoç Taç Tapexsîoç tôv ysxpb>v CTriTi^^stac. 'EvtÔç di t^c ftupuyoc ror« Sapdéirtov xal oUa Te fxev àp^oda ixXeXeipiiva ttodç 9i^ riiv TGÂv vc0)v xaTaerxsunv tôv ev P^ixoTroXei.

Page 114. Comme une cuirasse macédopieniie.

Comment ai-je pu traduire le mot chlamydes de Torimnal par cuirasse ? Voilà bien ce qui prouve que mes descrîptions ne sont bonnes que pour ceux qui n%nt rien

lu sur l'Egypte. Aurois-je par hasard quelque autorité oue je me plaise à cacher, ou n'ai-je eu Tintention que a arriver à Timage titrée des armes a Alexandre ? C'est ce que la critique nous dira.

XXVI*

Page 115. Ces vaillants qui sont tombés morts.

. «Et non doivent, cum fortibus cadentibus

» Qui posuerunt gladios suos sub capitibus suis. » ( Ëzéchiel, cap. xxxii, v. 27.)

XXV II*. '

Page 117. Qui vient de se baigner dans les flots du Nil.

Voyez TExamen pour cette comparaison : Vitula elegans atque Jbrmosa Egyptus, Les eaux du Nil, pendant le débordement, ne sont point jaunes, ainsi qu'on l'a' dit; elles ont une teinte rougeâtre, comme le limon qu'elles déposent : c'est ce que tout le monde a pu observer aussi-bien que moi.

XXVIII"

Page 117. Un sol rajeuni tous les ans.

oilà toute la description de l'Egypte : il me semble ^ je ne dis rien ici d extraordinaire ni d'étranger à la pure et simple vérité. L'expression sans doute est à moi ; mais si j'en crois d'assez bons juges, je ne dois avoir nulle»4nquiétnde sur ce 'point.

VoUà que

XXIX'

Page 118. Pharaon est là avec tout son peuple , et ses sépulcres autour de lui. .

Je ne sais si l'on avoit remarqué avant moi ce passage des Prophètes qui peint si bien les Pyramides. J'avois ici un vaste sujet d ampUfication , et pourtant je me suis

contenté de peindre rapidement cet imposant spectacle ; il faut se taire , après Bossuet , sur ces grands tombeaux. En remontant le JNil pour aller au Caire , lorsque j'aperçus les Pyramides , elles me présentèrent l'image exprimée dans le texte. La beauté du ciel ; le Nil , qui ressembloit alors à une petite mer ; le mélange des sables du désert , et des tapis de la plus fraîche verdure ; les palmiers , les dômes des mosquées et les minarets du Caire j les Pyramides lointaines de Saccara, d'où le fleuve sembloit sortir comme de ses immenses réservoirs , tout cela for-» moit un tableau qui n'a point son égal dans le reste du monde. Si j'osois comparer quelque chose à ces sépulcres des rois d'Egypte , ce seroit les sépulcres des sauvages , sur les rives de r Ohio. Ces monuments , ainsi que je Fai dit dans Atala , peuvent être appelés les Pyramides des Déserts, et les bois qui les environnent sont les palais que la main de Dieu éleva à Thomme-roi enseveli sous le Mont du Tombeau.

xxx".

Page 118. Baignée par le lac Achéruse où Caron passoit les morts.

« Ces plaines heureuses qu'on dit être le séjour des » justes morts , ne sont à la lettre que les belles cam-

» pas sans fondement qu'on a dit que les morts habitent » là ; car c'est là qu'on termine les funérailles de la plu- » Dart des Egyptiens , lorsqu'après avoir fait traverser le » Nil et le lac d' Achéruse à leivrs corps, on les 4épose » enfin dans des tombes qui sont arrangées sous terre » en cette campagne. Les cérémonies qui se pratiquent » encore aujourd'hui dans l'Egypte conviennent à tout » ce que les Grecs disent de l'Enfer , comme à la barque >» qui transporte les coi'ps , à la pièce de monnoie qu'il » faut donnefr au nocher nommé Caron en langue » égyptienne ; au temple de la ténébreuse Hécate , placé » à l'entrée de l'Enfer; aux portes du Gocyte et du Lé~ » thé , posées sur des gonds d'airain ; à d'autres portes ,

ï> qui sont celles de la Vérité et de la Justice qui est » sans tête. » (Diodore, liv. i, traduct. de Terrasson. )

Page 118. Je visitai Thèbes aux cent portes.

<( Busiris rendit la ville de Thèbes la plus opulente , » non-seulement de l'Egypte, mais du monde* entier. Le » bruit de sa puissance et detses richesses s'étant répandu » partout, a donné lieu à Homère d'en parler en ces » tei'mes :

Non , (juand'il m'offriroit , pour calmer mes transports , Ce que Thèbes d'Egypte enferme de trésors ; Theoes qui dans la plaine envoyant ses cohortes , Ouvre à vingt mille chars ses cent fameuses por^s.

» Néanmoins, selpn quelques auteurs, Thèbes n'avoit M point cent portes , mais , prenant le nombre de cent » pour plusieurs, elle étoit surnommée Hécatompyle , » non peut-être de ses portes, mais /des grands vesti- » bules qui étoient à l'entrée de ses teiiiples. » (Diodore, liv. I, sect. II, traduct. de Terrasson.)

xxxii*.

Page 118. Tentyra aux ruines magnifiques.

Aujourd'hui Dendéra. Je la suppose ruinée au temps tfEudore, et telle qu'elle Test aujourd'hui. Une foule de villes égyptiennes n'existoient déjà plus du temps des Grecs et des Romains, et ils alloient comme nous en admirer les ruines. Je donne ici mille cités à l'Egypte , Diodore en compte trois mille;, et, selon le calcul des prêtres, elles s'étoient élevées au nombre de dix-huit içille. Si l'on en croyoit Théocrite , ce nombre eût été encore beaucoup plus considérable. Dioclétien lui-même détruisit plusieurs villes delaThéb^'de, en étouffant la révolte d'Achillée.

XXXIII»

Page 118. Qui donna Cécrops et Inachu&à la Grèce , qui fut visitée , etc.

Cécrops fonda Athènes ; Inachus , Argos.

Parmi les sages qui ont visité FEgypte, Diodore compte , d'après les prêtres égyptiens , Orphée , Musée , Aiélampe , Dédale , Homère , LycuFgue , Solon , Platon ,1 Pythagore , Eudoxe , Démocrite , CMBnopidès. J'ai ajouté les grands personnages de FEcriture. ( Diodore , liv. I. )

XXXIV*

Page 118. Cette Egypte où le peuple jugeoit ses rois^ etc.

Je citerai Rollin , tout-à-fait digne de figurer auprès des historiens antiques \ « Aussitôt qu'un nomme etoit » mort , on Tamenoit en jugement. L'accusateur public » étoit écouté. S'il prouvoit que la conduite du mort eut » été mauvaise , on en condamnoit la mémoire , et il étoit » privé de sépulture. Le peuple admirbit le pouvoir des » lois qui s'étendoit jusqu'après la mort; et chacuh, touché » de l'exemple, craignoit de déshonorer sa mémoire et » sa famille. Que si le mort n'étoit convaincu d'aucune » faute , on l'ensevelissoit honorableijiient.

» Ce qu'il y a de plus étonnant dans cette enquête pu- » blique établie contre les morts , c'est que le trône même » n'en mettoit pas à couvert. Les rois étoient épargnés » pendant leur vie , le repos public le vouloit ainsi ; » mais ils n'étoient pas exempts du jugement qu'il fal- » loit subir après la mort , et quelques-uns ont été » privés de sépulture. » ( Rollin , Hist des Égypt. )

XXXV*

Page 118. Où l'on empruntoit en livrant pour gage le corps d'un père.

« Sous le règne d'AsycKis , comme le commerce souf- » froit de là disette d'argent, il publia , me dirent-ils ,

» une loi qui dëfendoit d'emprunter, à moins qu'on ne » donnât pour gage le coi*ps de son père. On. ajouta » à cette loi que le créancier auroit aussi en sa puis- » sance la sépulture du débiteur , et que , si celui-ci » refusoit de payer la dette pour laquelle il auroit Hy-

V pothéqué un gage si précieux , il ne pourroit être » mis , après sa mort , dans la sépulture de ses pères , » ni dans quelque autre, et qu'il ne pourroit, après le » trépas d'aucun des siens , leur fenore cet honneur. » ( Hérodote , liv. ii , traduct. de M. Larcher. )

XXXVI'

Page as. Où le père qui a voit tué son fils y etc.

« On ne faisoit pas mouriv les parents qui avoient tué

V leurs enfants; mais on leur faisoit tenir leurs coi^ps » embrassés trois jours et trois nuits de suite, au milieu » de la garde publique qui les environnoit. » ( Oiodore , liv. II , sect. Il , traduction de TeiTasson. )

xxxvII^

Page 118. Où ron promenoit un cercueil autour de la table du festin.

« Aux festins qui se font chez les riches , on porte » après le repas, autour de la salle, un cercueil avec » une figure en bois, si bien travaillée et si bienpeinte, » qu'elle représente pai^faitement un mort. Elle n'a » qu'une coudée ou deux au plus. On la montre à » tous les convives tour à tour, en leur disant : » Jetez les yeux sur cet homme , vous lui ressemble- » rez après votre mort j buvez donc maintenant , et » vous divertissez. » ( Hérodote , Hv. ii , traduction de M. Larcher. )

XXXV m"

Page 119. Où les maisons s'appeloient des hôtelleries , et les tombeaux des maisons.

tt Tous ces peuples regardant la durée de ' la vie ft comme un temps très-court et de peu d'importance , » font au contraire beaucoup d'attention à la longue » mémoire que la vertu laisse après elle. C'est pourquoi » ils appellent les maisons des vivants des hôtelleries par i> lesquelles on ne fait que passer ; mais ils donnent le » nom de demeures éternelles aux tombeaux des morts , }) d'où Ton ne sort plus. Ainsi, les rois ont été comme » indifférents sur la construction de leurs palais , et ils » se sont épuisés dans la construction de leurs tom- » beaux. » ( JDiod. , liv. i , sect. ii , traduction de Terrasson. )

XXXIX*

Page 119. Leurs symboles bizarres ou effrontés.

Non -seulement j'ai lu (pielque chose sur l'Egypte , comme on vient de le voir , ma^s j'en connois assez bien les monuments; et quand je dis qu'il y avoit des symboles effrontés à Thebes , a Memphis et à Hiéropolis , je né fais que rappeler ce que la gi*avure a rappelé depuis Pococke , et rappellera sans doute encore. Cette note XXXIX*. termine la description de l'Egypte idolâtre : il n'y a , comme on le voit , pas une phrase , pas un mot qui ne soit appuyé sur une puissante autorité, et l'on peut remarquer que, j'ai renfermé en quelques lignes toute l'histoire de l'Egypte ancienne , sans , omettre un seul fait essentiel. Dans la description de l'Egypte chrétienne qui va suivre , dans la peinture du désert , j'aurois pu m'en rapporter à mes propres yeux , et mon témoignage suflSsoit, comme celui de tout autre voyageur.

ont forcé par l'attaque la plus bizarre , je suis obligé de leur prouver qu'ils ont parlé de choses qu'ils n'enten- * dent pas. ' ,

XL*

Page 11 9. Il venoit de conclure un traité avec les peuples de Nubie.

Par ce traité , Dioclétien avoit cédé aux Ethiopiens le pays qu'occupoient les Romains au delà des Cataractes.

Page 1