‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 161 sur 182 · XLI · texte numérisé non relu

XLI

Page 1 20. Figurez- vous, seigneurs, des plages sablonneuses , etc.

a Nous partîmes de Benisolet , dit le Père Siccard ,- » le 25, pour aller au village de Baiad, qui est à To- » rient du fleuve. Nous prîmes dans ce village des guides » pour nous conduire au désert de Saint-Antoine. Nous » sortîmes de Baiad le 26 mai , montés sur des cha- » meaux, et escortés de deux chameliers. Nous mar- V châmes au -nord le long du Nil , l'espace d'une ou deux .» lieues , et ensuite nous tirâmes à Test .pour entrer dans » le célèbre désert de Saint-Antoine , ou de la basse » Thébaïde...;.*. Une plaine sablonneuse s'étend d'abord

» jusqu'à la gorge de Gebeï Nous montâmes jusqu'au

» sommet du mont Gebeï. Nous découvrîmes alors une

» plaine d'une étendue prodigieuse Son terrain est

» pierreux et stérile. Les pluies , qui y sont fréquentes » en hiver, forment plusieurs torrents ; mais leur lit de-

» meure sec pendant tout l'été Bans toute la plaine ,

» on né voit que quelques acacias sauvages , qui portent » autant d'épines que de feuilles. Leurs feuilles sont si » maigres , qu'elles n'offrent qu'un médiocre secours à un » voyageur qui cherche à se mettre à l'abri du soleil » brûlant. » (Léttr. édif. , tom. v, pag. 191 et suiv. ) Jusqu'ici , comme on le voit , je ii'ai rien imaginé j et le Père Siccard , qui passa tant d'années en Egypte , ce Missionnaire qiii savoit le grec , le Cophté , l'hébreu , le syriaque, l'arabe , ^le'latip, le turc, etc. , n'avoit peutêtre rien lu sur l'Egypte, ni rien vu dans ce pays. J!ai substitué seulement le nopal à l'acacia , comtne plus caractéristique des lieux. Me permettra-t-on de dire qucJ j'ai rencontré le nopal aux environs du Caire, d'Alexandrie , et en général dans tous les déserts de ces contrées ? Cependant, si on ne veut pas qu'il y ait de nopals en Orient , malgré moi et malgi'é presque tous les voyageurs, je capitulerai sur ce point.

Il faut i)ourtant que j'apprenne à la critique une chose qu'elle ne sait peut-être pas , et le moyen de m'attaquer. A l'époque où je place des nopals en Orient , il y a anachronisme en histoire naturelle. Les cactus sont américains d'origine. Transportés ensuite en Afrique et en Asie, ils s'y sont tellement multipliés, que la chaîne de l'Atlas en est aujourd'hui remplie. Quelques botanistes doutent même si ces plantes ne sont point naturelles aux deux continents. Un seul végétal, introduit dans une contrée, suffit pour changer l'aspect d'un paysage. Le peuplier d'Italie , par exemple , a donné un autre caractère a nos vallées. J'ai peint et j'ai dû peindre ce que je voyois en Orient, sans égard à la chronologie de l'histoire naturelle.

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Page i 21 . Des débris de vaisseaux pétrifiés.

« Sur le dos de la plaine , dit le Père Siccard , on » voit de distance en distance des mâts couchés par terre, » avec des pièces de bois flotté qiii parobsent venir du » débris de quelque bâtiment ; mais quand on y veut » porter la main, tout ce qjui pâroissoit bois se trouve » être pierre. » (Lettr. édif. , tom. v, pag. 48. ) Me voilà encore à l'abri. Il est vrai que le Père Sicçard raconte cette particularité du désert de Scété et de la mer sans eau , et moi je la place dans le désert de la basse Thébaïde ; mais un autre voyageur dit avoir rencontré les mêmes pétrifications en allant du Caire à Suez ; il diffère seulement d'opinion avec le missionnaire sur la nature de ces pétrifications.

XLIII*

Page 1 21 . Des monceaux de pierres élevés de loin à loin.

« Nous traversâmes, dit encore le Père Siccard, le » chemin des Anges ; c'est ainsi que les Clirétiens appel* » lent une longue traînée de petits monceaux de pierres » dans l'espace de plusieurs journées de chemin : cet ou-

» vrage servoit autrefois pouF diriger les pas des ana-

» chorètes car le sable de ces vastes plaines, agité

» par les vents , ne laisse ni sentier, ni trace marquée. » (Lettr. édif., tom. v, pag. 29.) ^

XLIV*

Page 121. L'ombre errante de quelques troupeaux de gazelles, etc. ; jusqu'à lalinéa.

« Les vestiges de sangliers , d'ours , d'hyènes . de » bœufs sauvages , de gazelles , de loups , de corneilles , » paroissent tous les matins fraîchement imprimés sur le » sable. » (P. Sicc, Lettr. édif. , tom. v,pag, 41.) J'ai souvent entendu la nuit le bruit des sangliers qui rougeoient des racines dans le sable : ce bruit est assez étrange jpour m' avoir fait plus d'une fois interroger mes guides. Quant au chant du gi^illon , c'est une petite circonstance si distinctive de ces affreuses solitudes, que j'ai cru devoir la conserver. C'est souvent le seul bruit qui interrompe le silence du désert libyque et des environs de la mer Morte ; c'est aussi le dernier son que j'aie entendu sur le rivage de la Grèce , en m'embarquant au cap Sunium pour passer à l'île de Zéa. Peindre a la mémoire le foyer du laboureur , dans ces plaines où jamais une fumée champêtre ne vous appelle à la tente de l'Arabe ; présenter au souvenir le contraste du fertile sillon . et du sable le plus aride , ne m'ont point paru des choses que le goût dut proscrire ; et les critiques que j'ai consultés ont tous été d'avis que je conservasse ce trait.

XLV'

Page 1 22 . Il enfonçoit ses naseaux dans le sable.

Tous les voyageurs ont fait cette remarque , Pococke , Shaw , Siccard, Niebhur, M. de Volney , etc. J'ai vu souvent moi -même les chameaux souffler dans le sable sur le rivage de la mer, à Smyrne, à Jafl'a et à Alexan drie.

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