‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 24 sur 182 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

Sauveur briser ayec sa Croix les portes de TEnfer , et délivrer la troupe des justes d'Israël ; les Démons éperdus fuyoient à Faspect de la lumière divine, et Satan lui-même^ renversé an milieu des ruines de son empire , avoit la tête écrasée sous le pied d'une* femme.

Lorsque le père dn mal eut fini son discours , le Démon de Thomicide se leva. Des bras teints de sang , des gestes furieux , une voix efira jante , tout annonce en cet Esprit révolté les crimes qui le souillent et la violence des sentiments qui Tagitent. Il ne peut supporter la pensée qu un seul chrétien échappe à ses fureurs : ainsi , dans l'océan qui baigne les rivages du Nouveau- Monde, on voit un monstre marin poursuivre sa proie au milieu des flots : si la proie brillante /déploie tout à coup des ailes argentées, et trouve, oiseau d'un moment , sa sûreté dans les airs , le monstre trompé bondit sur les vagues, et, vomissant des tourbillons d^écume et de fumée, il effraie les matelots de sa rage impuissante.

« Qu est-il besoin de délibérer ? s'écrie l'Ange » atroce. Faùt-il, pour détruire les peuples du >» Christ, d'autres moyens que des bourreaux )} et des flammes? Dieux des nations, laissez- » moi le soin de rétablir vos temples. Le prince » qui va bientôt régner sur l'empire romain est » dévoué à ma puissance* J'exciterai la cruauté

)» de Galérius. Qu'un immense et dernier mas- » 8acre fasse nager les autels de notre ennemi » dans le sang de ses adorateurs. Satan aura » commencé la victoire en perdant le premier » homme , moi je Taurai couronnée en extermi- » nant les Chrétiens. )>

Il dit, et toi^t à coup les angoisses deTEnfer se font sentir à cet Esprit féroce-; il pousse un cri , comme un coupable fi^appé du glaive des bourreaux, comme un assassin percé de la pointe des remords. Une sueur ardente paroit sur son front ; quelque chose de semblable à du sang distille de sa bouche : il se débat en vain sous le poids de la réprobation. ,

Alors le Démon de la fausse sagesse se lève avec une gravité qui ressemble à une triste folie. La feinte sévérité de sa voix, le calme apparent de ses esprits, trompent la multitude éblouie. Tel qu'une belle fleur portée sur une tige empoisonnée , il séduit les hommes , et leur donne la mort. Il aflfecte la forme d un vieillard, chef d'une de ces écoles répandues dans Athènes et dans Alexandrie. Des cheveux blancs couronnés d'une branche d'olivier, un front à moitié chauve , préviennent d aboird en sa faveur ; mais quand on le considère de plus près, on découvre en lui Un abîme de bassesse et d'hypocrisie, et une haine monstrueuse de la véritable raison. Son crime

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