‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 33 sur 182 · TOME XTIIU · texte numérisé non relu

TOME XTIIU

leur sol natal : ainsi des familles exilées choi-* sissent de préférence les sites qui leur rappellent la patrie.

» Je me souviens encore aujourd'hui d avoir rencontré un homme parmi les ruines d-un de ces camps romains : c'étoit un pâtre des Barbares. Tandis que ses porcs affamés achevoient de renverser l'ouvrage des maîtres du monde , en fouillant les racines qui croissoient sous les murs 9 lui, tranquillement assis sur les débris d'une Porte Décumane, pressoit sous son bras une outre gonflée de vent ; il animoit ainsi une espèce de flûte dont les sons avoient une douceur selon son goût. En voyant avec quelle pro* fonde indifférence ce berger fouloit le camp des Césars ,* combien il préféroit à de pompeux souvenirs son instrument grossier et son sayon de peau de chèvre , j aurois dû sentir qu il faut peu de chose pour passer la vie, et qu'après tout, dans un terme aussi court, il est assez indifférent d'avoir épouvanté la teiTe par le son du clairon, ou charmé les bois parles soupirs dune musette.

» J'arrivai enfin chez les Rhédons ^ . L'Armorique ne m'offrit que de$ bruyères , des bois , des vallées étroites et profondes traversées de petites rivières que ne remonte point le navigateur , et

^ Les peuples de Rennes., etc.

Page 1