LIVRE IX
sur un triangle de bronze , le vêtement en désordre , la tête échevelée , tenant un poignard à la main^ et une torche flamboyante sous ses pieds. Je ne sais comment auroit fini cette scène : j'aurois peut-être succombé sous le fer des Barbares en essayant d'interrompre le sacrifice; le ciel dans sa bonté ou dans sa colère mit fin à mes perplexités* Les astres penchoient vers leur couchant. Les Gaulois craignirent d'être surpris par la lumière. Ils résolurent d'attendre, pour offrir, l'hostie abominable, que Dis, père des ombres, eût ramené une autre nuit dans les cieux. La foule se dispersa sur les bruyères, et les flambeaux s'éteignirent. Seulement quelques torches agitées par le vent brilloient encore çà et là dans la profondeur des bois, et l'on entendoàt le chœur lointain des Bardes, qui chantoit en se retirant ces paroles lugubre^ :
(( Tentâtes veut du sang ; il a parlé dans le » chêne des Druides. Le gui sacré a été coupé » avec une faucille d'or, au sixième jour de la » lune , au premier jour du siècle. Tentâtes » veut du sang ; il a parlé dans le chêne des » Druides !»
. » Je me hâtai de retourner au château. Je convoquai les* tribus gauloises. Lorsqu'elles fu-
rent réunies au pied de la forteresse , je leur déclarai que je connoissois leur assemblée séditieuse, et les complots quon tramoit contre César^
» Les Barbares furent glacés defiB^oi* Envi* ronnés de soldats roniains, ils crurent toucher à leur dernier moment. Tout à coup des gémisse* ments se font entendre : une troupe de femmes se précipite dans rassemblée. Elles étoient chrën tiennes y et portoient dans leurs bras leurs enfants nouvellement baptisés. Elles tombent à mes genoux, me demandent grâce pour leurs époux, leurs fils et leurs frères; elles me présentent leurs nouveau-nés, et me supplient, au nom 4e cette génération pacifique, d'être doux et charitable.
» Eh ! comment aurois-je pu résister à leurs prières ? Comment aurois-je pu mettre eu oubli la charité de Zacharie? Je relevai ces femmes!
« Mes sœurs , leur dis-je , je vous accorde la grâce que voi^s me demandez au nom de Jésus^ Christ, notre comn^un maître. Vous me répondrez de vos époux, et je serai tranquille quand vous m'aurez promis qu'ils resteront fidèles à César. »
» Les Armoricains poussèrent des cris de joie , et ils élevèrent jusqu'aux nues une clémence qui me coûtoit bien peu. Avant de les congédier,