‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 38 sur 182 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

aussitôt que le passage est ouvert. Enfin , si vous survivez à tant d'outrages, vous serez conduits à Rome : là, renfermés dans un amphithéâtre, on vous forcera de vous entre-tuer, pour amuser par votre agonie une populace féroce. Gaulois, il est une manière plus digne de vous de visiter Rome ! Souvenez-vous que votre nom veut dire voyageur. Apparoissez tout à CQup au Capitole^ comme ces terribles voyageurs vos aïeux et voS devanciers. On vous demande à Tamphithéàtre de Titus ? Partez ! Obéissez aux illustres spectateurs qui vous appellent. Allez apprendre aux Romains à mourir, mais d'une tout autre façon qu'en répandant votre sang dans leurs fêtes : asse^ long-temps ils ont étudié la leçon, faites-la leur pratiquer. Ge que je vous propose n'est point impossible. Les tribus des Francs qui s'étoient établis en Espagne retournent maintenant dans leur pays ; leur flotte est à la vue de vos côtes ; ils n'attendent qu'un signal pour vous secourir. Mais si le ciel ne couronne pas nos efforts, si la fortune des Gésars doit l'emporter encore, eh bien I nous irons chercher avec les Francs un eoin du monde où l'esclavage soit inconnu! Que les peuples étrangers nous accordent ou nous refusent une patrie, terre ne peut nous manquer pour y vivre ou pour y mourir. »

» Je ne puis vous peindre , seigneurs , l'effet de

ce discours prononcé à la lueur des flambeaux , sur une bruyère, près d'une tombe, dans le sang des taureaux mal égorgés qui méloient leurs derniers mugissements aux sifflements de la tempête : ainsi Ton représente ces assemblées des Esprits de ténèbres que des magiciennes convoquent la nuit dans les lieux sauvages. Les imaginations échauffées ne laissèrent aucune autorité à la raison. On résolut sans délibérer de se réunir aux Francs. Trois fois un guerrier voulut ouvrir un avis contraire, trois fois on le força au silence, et à la troisième fois le héraut d'armes lui coupa un pan de son manteau.

» Ce netoit là que le prélude d'une scène épouvantable. La foule demande à grands cris le sacrifice, d'une victime humaine, afin de mieux connoître la volonté du ciel. Les Druides réservoient autrefois pour ces sacrifices quelque malfaiteur déjà condamné par les lois. La Druîdesse fut obligée de déclarer que , puisqu'il n'y avoit point de victime désignée , la religion demandoit un vieillard, comme l'holocauste le plus agréable à Teutatès.

» Aussitôt on appprte un bassin de fer , sur lequel Velléda devoit égorger le vieillard. On place le bassin à terre devant elle. Elle n'étoit point descendue de la tribune funèbre d'où elle avoit harangué le peuple;. mais elle s'étoit assise

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