‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 44 sur 182 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

Tépaissepr des pierres* Quelques rayons des étoiles descendant à travers ces ouvertures , faisoient briller les lances et les aigles rangées en ordre le long des murailles* Je n avois point allumé de flambeau, et je me promenois au mw lieu des ténèbres.

)) Tout à coup, à l'une des extrémités de la galerie, un pâle crépuscule blanchit les ombres. La clarté augmente par degrés , et bientôt je vois paroître Yelléda. Elle tenoit à la main une de ces lampes romaines qui pendent au bout d'une chaîne d'or. Ses cheveux blonds, relevés à la grecque sur le sommet de sa tête , étoient ornés d'une couronne de verveine, plante sacrée parmi les Druides. Elle portoit pour tout vêtement une tunique blanche : fille de roi a moins de beauté , de noblesse et de grandeur.

» Elle suspendit sa lampe aux courroies d'un bouclier, et venant à moi, elle me dit :

. «Mon père dort; assieds-toi, écoute. »

» Je détachai du mur un trophée de piques et de javelots que je couchai par terre, et nous nous assîmes sur cette pile d'armes , en face de la lampe.

« Sais-tu , me dit alors la jeune Barbare , que je suis Fée ?»

» Je lui demandai l'explication de ce mot.

« Les Fées gauloises, répondit - elle , ont le

pouvoir d'exciter les tempêtes , de les conjurer , de se rendre invisibles , de prendre la forme de différents animaux. »

— a Je ne reconnois pas ce pouvoir, répondis-je avec gravité. Gomment pourricz-vous croire rai* sonnablement posséder une puissance que vous n avez jamais exercée ? Ma religion s'offense de ces superstitions. Les orages n'obéissent qu'à Dieu. »

— « Je ne te parle pas de ton Dieu , reprit-elle avec impatience. Dis-moi, as-tu entendu la dernière nuit le gémissement d'une fontaine dans les bois\ et la plainte de la brise dans Therbe qui croît sur ta fenêtre ? Eh bien ! c'étoit moi qui soupirois dans cette fontaine et dans cette brise ! Je me suis aperçue que tu aimois le murmure des eaux et des vents. »

» J'eus pitié de cette insensée : elle lut ce sentiment sur mon visage.

((Je te fais pitié, me dit-elle. Mais si tu me crois atteinte de folie , ne t'en prends qu'à toi. Pourquoi as-tu sauvé mon père avec tant de bonté ? Pourquoi m'as-tu traitée avec tant de douceur ? Je suis vierge , vierge de l'île de Say ne : que je garde ou que je viole mes vœux, j'en mourrai. Tu en seras la cause. Voilà ce que je voulois te dire. Adieu. »

» Elle se leva , prit sa lampe et disparut.

)> Jamais, seigneurs , je n'ai éprouvé une dou-

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