LIVRE X
mes plaintes t'importunent ; je sais qu'elles ne te donneront pas de l'amour; mais, cruel, je m'enivre de mes aveux ; j'aime à me nourrir de ma flamme , à t'en faire connoitre toute la violence î Ah ! si tu m'aimois , quelle seroit notre félicité ! Nous trouverions pour nous exprimer un langage digne du ciel : à présent il y a des mots qui me manquent, parce que ton âme ne répond pas à la mienne. »
» Un coup de vent ébranla la forêt,* et une plainte sortit des boucliers d'airain. Yelléda effrayée lève la tête, et regardant les trophées suspendus :
<( Ce sont les armes de mon père qui gémissent : elles m'annoncent quelque malheur. »
» Après un moment de silence , elle ajouta :
« Il faut pourtant qu'il y ait quelque raison à •ton indifférence. Tant d'amour auroit dû t'en inspirer. Cette froideur est trop extraordinaire. »
» Elle s'interrompit de nouveau. Sortant tout à coup comme d'une réflexion profonde, elle s'écria :
« Voilà la raison que je cherchois ! Tu ne peux «me soufiOrir, parce que Je n'ai rien à t'ofirir qui tsoit digne de toi ! »
. » Alors s'approchant de moi comme en délire, et mettant la main sur mon cœur :
« Guerrier , ton. cœur reste tranquille sous . la
mam de lamour ; mais peut-être qu'un trône lé feroit palpiter. Parle ; veux-tu TËmpire ? Une Gauloise l'avoit promis à Dioclétien , une Gauloise te le propose ; elle n'ëtoit que prophétesse , moi je suis prophétesse et amante. Je peux tout pour toi. Tu le sais : uous avons souvent disposé de la pourpre. J'armerai secrètement nos guerriers. Tentâtes te sera favorable , et , par mon art , je forcerai le Ciel à seconder tes -vœux. Je ferai sortir les Druides de leurs forêts. Je marcherai moi-même aux combats ^ portant à la main une branche, de chêne. Et si le sort nous étoit con traire, il est encore des antres dans les Gaules , où , nouvelle Éponine , je pourrois cacher mon époux. Ah 1 malheureuse Yelléda 1 tu parles d'époux et tu ne seras jamais aimée ! »
rt La voix de la jeune Barbare expire ; la main qu'elle tenoit sur .mon cœur retombe ; elle penche la tête y et son ardeur s^éteint datis des torrents de larmes.
)» Cette conversation me ranplit d'effroi. Je commençai à craindre que ma résistance ne fât inutile. Mon attendrissement étoîtextrême quand Velléda cessa de parler , et je sentis tout le reste du jour la place brûlante de sa main sur mon cœur. Voulant du moins ^faire un dernier effort pour me sauver.^ je pris une résolution qui devoit prévenir le mal ^ et qui ne fit que l'aggraver ; car,