‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 48 sur 182 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

elle portoit un collier de baies d'églantiers , sa guitare étoit suspendue à son sein par une tresse de lierre et de fougère flétrie ; un voile blanc jeté sur sa tête descendoit jusqu'à ses pieds. Dans ce singulier appareil, pâle, et les yeux fatigués de pleurs, elle étoit encore d'une beauté frappante. On Tapercevoit derrière un buisson à demi dépouillé : ainsi le poëte représente l'ombre de Didon, se montrant à travers un bois de myrte , comme la lune nouvelle qui se lève dans un nuage.

» Le mouvement que je fis , en reconnoissant la fille de Ségenax, attira ses regards. A mon aspect une joie troublée éclate sur son visage. Elle me fait un signe mystérieux et me dit :

(( Je savois bien que je t'attirerois ici, rien ne résiste à la force de mes accents. »

» Et elle se met à cbanter :

« Hercule , tu descendis dans la verte Aquitaine. » Pyrène qui donna son nom aux montagnes de » ribérie, Pyrène, fille du roi Bébrycius , épousa » le héros grec ; car les Grecs ont toujours ravi le » cœur des femmes. »

» Velléda se lève, s'avance vers moi et me dit :

« Je ne sais quel enchantement m'entraîne sur tes pas ; j'erre autour de ton château , et je suis triste de ne pouvoir y pénétrer. Mais j'ai préparé des charmes ; j'irai chercher le sélago : j'oflfrirai

d'abord une oblatioa de pain et de vin ; je serai vêtue de blanc 9 mes pieds seront nus, ma main droite cachée sous ma tunique arrachera la plante^ et ma main gauche la dérobera à.ma main droite. Alors rien ne pourra me résister. Je me glisserai chez toi sur les rayons de la lune ; je prendrai la forme d'un raïhier , et je volerai sur le haut de la tour que tu habites. Si je savois ce que tu préfères!. ... Je pourrois Mais non, je veux être

aimée pour moi : ce âeroit m'être infidèle que d^ m'aimer sous une forme empruntée. »

» A ces mots Yelléda pousse des cris de déses-

y^ Bientôt y changeant d'idée et chei^chant à lire dans mes jreux, comme pour pénétrer mes se* crets:

« Oh! oui, c'est cela, s'écrie-t-elle, les Romaine» auront épuisé ton cœur ! Tu les^uras trop aimées ! Ont- elles donc tant d'avantages sur moi? Les cygnes sont moins blancs que les filles des Gaules; nos yeux ont la couleur et l'éclat du ciel; noa cheveux sont si beaux que tes Ro« maines mous les empruntent pour en ombrager leurs têtes ; mais le feuillage n'a de grâces que sur la cime de l'arbre où il est né. Yois^tu la chevelure que jp porte ? Eh bien ! si j'avois voulu la céder y elle seroit maintenant sur le front de l'Impératrice : c'est mon diadème , et je l'ai

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