LIVRE X
gardé pour toi! Ne sais-tu pds que nos pères ^ BQs frères, nos époux, trouvent en nous quelque chose de divin ? Une voix mensongère t aura peut-être raconté que les Gauloises sont capri* cieuses , légères , infidèles : ne crois pas ces discours. Chez les enfants des Druides, les passions sont sérieuses et leurs conséquences terribles. »
» Je pris les mains de cette infortunée entre les deux miennes ; je les serrai tendrement.
« Yelléda, dis-je, si vous m'aimez, il est. un moyen de me le prouver ; retournez chez votre père, il a besoin de votre appui. Ne vous abandonnez plus à une douleur qui trouble votre raison , et qui me fera mourir. »
» Je descendis de la colline, et Velléda me suivit. Nous nous avançâmes dans la campagne par des chemins peu fréquentés où croissoit le gazon.
« Si tu m'avois aimée , disoit Velléda , avec quels délices nous aurions parcouru ces champs ! Quel bonheur d'errer avec toi dans ces routes solitaires , comme la brebis dont les flocons de laine sont restés suspendus à ces ronces ! »
» Elle s'interrompit, regarda ses bras amaigris, et dit avec un sourire :
fi £t moi aussi j'ai été déchirée par les épines de ce désert , et j*y laisse chaque jour quelque partie de ma dépouille. »
» Revenant à ses rêveries :
« Au bord du ruisseau y dit-elle^ au pied de l'arbre , le long de cette haie , de ces sillons où rit la première verdure des blés que je ne verrai pas mûrir y nous aurions admiré le coucher du soleil. Souvient y pendant les tempêtes, cachés dans quelque grange isolée ou parmi les ruines d'une cabane y nous eussions entendu gémir le vent sous le chaïune abandonné. Tu croyois peut-être que, dans mes songes de félicité, je désirois des trésors^ des palais , des pompes ? Hélas ! mes vœux étoient plus modestes , et ils n'ont point été exaucés ! Je n'ai jamais aperçu* au coin d'un bois la hutte roulante d'un berger, sans songer qu'elle me suffiroit avec toi. Plus heureux que ces Scythes dont les Druides m'ont conté l'histoire , nous promènerions aujourd'hui notre cabane de solitude en solitude , et notre demeure ne tiendroit pas plus à la terre que notre vie. »
» Nous arrivâmes à l'entrée d'un bois de sapins et de mélèzes. La fille de Ségenax ' s'arrêta et me dit :
» Mon père habite ce bois; je ne veux pas que tu entres dans sa demeure : il t'accuse de lui avoir ravi sa fille. Tu peux, sans être trop malheureux, me voir au milieu de mes chagrins, parce que je suis jeune et pleine de force ;