LIVRE XI
désert. Enseveli dans une atmosphère de sable embrasé , le guide échappe à ma vue. Tout k coup j'entends son cri ; je vole à sa voix : Tinfortuné , foudroyé par le vent de feu, étoit tombé mort sur Farène , et son dromadaire avoit disparu.
» En vain j'essayai de ranimer mon malheu-^ reux Compagnon. Mes eflforts furetit inutiles. Je m'assis à quelque distance , tenant mon cheval en main, et n'espérant plus que dans celui qui chapgea les feux de la fournaise d'Azarias en un vent irais et une douce rosée. Un -acacia qui croissoit dans ce lieu , me servit d'abri. Derri^e ce frêle rempart, j'attendis la fin de la tempête. Vers le soir, le vent du nord reprit son cours; Vair perdit sa chaleur cuisante , les sables tombèrent du ciel , et me laissèrent voir les étoiles : inutiles flambeaux qui me montrèrent seulement l'immensité du désert!
ïi Toutes les bornes avoient disparu , tous les sentiers étoient effacés. Dés paysages de sable formés par les vents offroient de toutes parts leurs nouveaux aspects et leurs créations nouvelles. Épuisé de soif, de faim et de fatigue, ma cavale ne pou voit plus porter son fardeau : elle se coucha mourante à mes pieds. Le jour vmt achever mon supplice, he soleil m ota le peu de force qui me restoit : j'essayai de faire qi*çlques pas ; mais bientôt incapal)le d'ailer plus avant ,
je me précipitai la tête dans un buisson, et j'attendis , ou plutôt j'appelai la mort.
» Déjà le soleil avoit passé le milieu de son cours : tout à coup le rugissement d'un lion se fait entendre. Je me soulève avec peine, ^t j'aperçois l'animal terrible courant à travers les sables. Il me vint alors en pensée qu'il serendoit peut-être à quelque fontaine connue des bêtes de ces solitudes. Je me recommandai à la puis* sance qui protégea Daniel, et louant Dieu, je me levai et suivis de loin mon étrange conducteur. Nous ne tardâmes pas d'arriver à une pe-r tite vallée. Là, se voyoit un puits d'eau fratche environné d'une mousse verdoyante. Un dattier s'élevoit auprès; ses fruits mûrs pendoient sous ses palmes recourbées. Ce secours inespéré me rendit la vie. Le lion but à la fontaine , et s'éloigns^ doucement, comme pour me céder sa place au banquet de la Providence : ainsi renaissoient pour moi ces jours du berceau du monde-, alors que le premier homme, exempt de souillure, voyoit les bêtes de la création se jouer autour de leur roi, et lui demander le nom qu'elles porteroient au désert.
De la vallée du palmier on apercevoit à l'orient une haute montagne. Je me dirigeai sur cette espèce de phai'e , qui sembloit m'appeler à un port à travers les flots fixes et les ondes