‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 70 sur 182 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

pour lui servir de linceul. C'étoit le grand An-^ toine, éprouvé par tant de combats contre TEnfer. Je voulus lui parler; mais lui j toujours marchant, s'écrioit :

(( «Tai vu Elie , j'ai vu Jean dans le désert, j'ai vu Paul dans un paradis ! »

» Il passa , et j'attendis son retour toute la journée. U ne revint que le jour suivant. Des pleurs couloient de ses yeux.

« Mon fils , s ecria-t-il en s'approchant de moi , le Séraphin n'est plus sur la terre. Â peine hier m'étois-je éloigné de vous , que je vis, au milieu d'un chœur d'anges et de Prophètes, Paul tout éclatant d'une blancheur pure, monter au ciel. Je courus au haut de la montagne , j'aperçus le .saint les genoux en terre, la tête levée et les bras étendus vers le ciel; il sembloit encore prier, et il n'étoit plus! Deux lions qui sortirent des rochers voisins, m'ont aidé à lui creuser un tombeau, et sa tunique de feuilles de palmier est devenue mon héritage. »

» Ce fut ainsi qu'Antoine me raconta la mort du premier des anachorètes; Nous nous mimes en route, et nous arrivâmes au monastère où déjà se formoit sous la direction d'Antoine cette mili(^e dont Paul m'a voit annoncé les conquêtes. Un Solitaire me conduisit à Arsinoé. J'en partis bientôt avec les marchands de Ptolémaïs. En

traversant l'Asie , je m'arrêtai aux Saiats LieiAx , où je connus la pieuse Hél^e, épouse 4e Constanoe, mon généreux protecteur, et mère de Constantin, mon illustre ami. Je vis ensuite les sept Eglises instruites par le prophète de Patmos , la patiente Épbèse , Smyrne l'affligée , Pergame remplie de loi , la cl^aritable Thyatire , Sardes mise au rang des morts, Laodicée qui doit acheter des h^bit^ blancs , et Philadelphie aimée de celui qui possède la clef de David.

J'eus le bonheur de rencontrer à By zance le jeune prince Constantin, qui daigna me presser dans ses bi^as , et me confier ses vastes projets. Je vous revis enfin, ô mes parents! après dix années d'absence et de malheurs ! Si le ciel exauçoit mes viBux, je ne quitteoois plus les vallons de rApca«die : heureux d'y passer mes jours dans la péni* tence, et d'y doriàir après ma mort dans le tombeau de mes pères ! »

Ces dernières paroles mirent fin au récit d'Eudore : les vieillards qui l'écoutoient demeurèrent quelque temps en silence* Lasthénès remercioit Dieu au fond du cœur de lui avok donné un tel fils; Cyrille n'avoit plus rien à dire à un jeune homme qui avouoit ses faules avec tant de candeur; U le regardoit même avec un mélange de respect et d'admiration, comme un confesseur

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