LIVRE XI
» Paul s'interrompit de nouveau. Il étendit se8 bras, vers le mont Horeb , ses jemx s'animèrent , une flamme parut sur sa tête, soil front ridé brilla tout à coup d'une jeunesse divine ; le nouvel Ëlie s'écria :
(( D'où viennent ces familles fugitives qui cherchent un abri dans l'antre du Solitaire? Qui sont ces peuples sortis des quatre régionsde la terre? Voyez-vous ces hideux cadavres , enfants impurs des Démons et des sorcières de la Scythie ^ ? Le Fléau de Dieu les conduit^. Leurs chevaux sont plus légers que les léopards; ils assemblent des troupes de cajptifs comme des-n^onceaux de sablel Que veulent ces rois vêtus de peaux de bêtes y la tête couverte d'un chapeau barbare ^, ou les joues peintes d'uije couleur verte * ? Pourquoi ces hommes nus égorgent-ils les prisonniers autour de la ville assiégée ^? Arrêtez : ce monstre a bu le $ang du Romain qu'il avoit abattu ^ ! Tous viennent du désert d'une terre affreuse ; tous marchent vers la nouvelle Babylone. Es-tu tombée , reine des cités? Ton Capitole est-il caché dans la poussière? Que tes campagnes sont désertes! Quelle solitude autour de toi...! Mais , ô prodige ! la Crçix paroît
^ Les HUns. — 2 A^ttila.
^ Les Groths. — ^ Les Lombards.
^ Les Trancs et les Yaudâles. — * ^ Le San*asifi.
au milieu de ce tourbillon de poussière l Elle s'élève sur Rome ressuscitée I.EUe en marque les édifices. Père des anachorètes , Paul , réjouis-toi ayant.de mourir! tes enfants occupent les ruines du palais des Césars ; les portiques où la mort des Chrétiens fut jurée , sont changés en cloîtres pieux % et la pénitence habite où régna le crime triomphant! »
» Paul laissa retomber ses mains à ses côtés. Le feu qui l'avoit animé s'éteignit. Redevenu mortel , il en reprit le langage.
f( Eudora 9 me dit-il , il faut nous séparer. Je ne dois plus descendre de la montagne. Celui qui,me doit ensevelit* approche ; il vient couvrir ce pauvre corps et rendre la terre à la terre. Vous le trouverez au bas du rocher; vous attendrez son retour : il vous montrera le chemin. »
» Alors l'étonnant vieillard me força dé le quitter. Triste, et plongé dans les plus sérieuses pensées, je m'éloignai en silence. J'entendois la voix de Paul qui chantoit son dernier cantique. Prêta se brûler sur l'autel, le vieux phénix saluoit par des concerts sa jeunesse renaissante. Au bas de la montagne je rencontrai un autre vieillard qui hàtoit ses pas. Il tenoit à la main la tunique d'Athan^se que Paul lui avoit demandée
^ Les TheriKie.<y de Dioelétien habités par les chartreux.