LIVRE XIII
sein a pu conduire la prétresse des Muses chez l'adorateur du Christ.
Plus prompte que Féclair, la Renommée a bientôt publié la nouvelle de l'arrivée d'Hiéroclès y depuis les sommets d'Apésante , montagne respectée des peuples de l'Argoltde , jusqu'au promontoire de Malée qui voit les astres fatigués se reposer sur sa cime. Elle raconte en même temps les maux qui menacent les Chrétiens; Démodocus en frémit. SouflFrira-t-il que sa fille embrasse une religion qu'environnent les périls? Mais peut-il violer ses serments? Peut-il désoler Cymodocée , qui s'obstine à vouloir Eudore pour époux ?
Des pensées tumultueuses s'élèvent également au fond du cœur d'Eudore; les Démons lui livrent un secret combat. Dans l'espoir de le séduire , ils arment contre hii la générosité de ses propres sentiments. Amener une âme à Dieu en dépit de tous les dangers et de tous les obstacles, est le plus grand bonheur du Chrétien; mais Eudore ne se sent point encore ce zèle ardent et ce courage sublime. L'Enfer, qui veut faire naître des rivalités funestes, mais qui craint de voir Cymodocée passer sous le joug de la Croix, cherche à obscurcir la foi du fils de Lasthénès. Satan appelle Astarté, lui ordonne d'attaquer le jeune Chrétien qu'il a si souvent vaincu , et de
l'arracher à la puissance de l'Ange des saintes amours.
Aussitôt le Démon de la volupté se revêt de tous ses charmes. Il prend à la main une torche odorante , et traverse les bois de l' Arcadie. Les Zéphyrs agitent doucement la lumière du flambeau. Le fantôme magique fait naître sur se$ pas une foule de prestiges. La nature semble se ranima: à sa présence, la colombe gémit, le rossignol soupire, le cerf suit en bramant sa légère compagae. Les Esprits séducteurs qui enchantent les forêts de TAlphée , entr ouvrent les chênes amollis, et montrent çà et là leurs têtes de nymphes. On entend des voix mystérieuses dans la cime des arbres^ tandis que les divinités champêtres dansent avec des chaînes de fleurs autour du Démon de la volupté.
Astarté entre dans la grotte d'Eudore , et commence à lui souffler les pensées d^un amour purement humain.
« Tu peux , lui dit-il tout bas, tu peux mourir » pour ton Dieu , si ton Dieu t'appelle ; mais » comment précipiter Gymodocée dans tes mal- » heurs ? Regarde ces yeux qui lançeat desflam- » nies , ce sein qui fait naître les désirs ; veux-tu » donc courber les grâces sous le poid^ des » chaîne^ ? Ah ! qu'il seroit plus sage d'adoucir » ta farouche vertu ! Laisse à Gymodocée ses