‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 87 sur 182 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

)) fables ingénieuses : le ciel prendra-t-il sa fou- » dre, parce que ton épouse, ou , si tu le vpulois, » ton amante, couvrira de quelques fleurs les » autels élégants des Muses, et chantera les » poétiques songes d'Homère ? Aie pitié de là » jeunesse et de la beauté. Tu n'a$ pas toujours » été aussi barbare. »

Telles sont les inspirations dangereuses de l'Esprit de ténèbres. En niême temps, d'un air enjoué , avec un sourire perfide , il lance contre Eudore les mêmes dards dont il perça jadis le plus sage des rois. M ^is TAnge des saintes amours défend le fils de Lasthénès. Aux feux des sens , il oppose les feux de l'âme ; à une tendresse d'un moment, une tendresse éternelle. Il détourne d'un souffle pur les traits du Démon de la volupté , et les flèches impuissantes viennent s'émousser sur le cilice d'Eudore , comme sur un bouclier de diamant.

Toutefois le faux honneur du monde , et un attachement encore timide , l'emportent en ce moment dans le cœur du soldat pénitent. Il ne veut point avoir surpris la parole de Démodocus ; il craint d'exposer Gymodocée. Il va trouver le prêtre d'Homère :

« Je viens , lui dit-il , vous délier de votre serment. La félicité de mes jours seroit de voir Gymodocée chrétienne , et de recevoir sa main à

lautel du véritable Dieu ; mais on va faire le dé'nombrement du troupeau choisi. Quoique ce dénombrement n'annonce encore rien de funeste, vos sentiments sont alarmés peut-être , et Tavenir repose dans le sein de Dieu : que le beau présent que vous consentiez à me faire soit libre, que votre volonté seule décide du destin de Cymodocée et du bonheur de ma vie. »

— « Mortel généreux, répondit le vieillard touché jusqu'aux larmes, un dieu mit au fond de tes entrailles la magnanimité des rois dés premiers temps; et quand ta mère te donna le jour au milieu des lauriers et des bandelettes^ ce fut Jupiter même qui plaça dans ton sein ton noble cœur ! mon fils , que veux-tu que je fasse ? Tu sais si ma fille m'est chère ! Ne pourroit-elle devenir ton épouse sans embrasser la foi des Chrétiens ? Nous serions ainsi délivrés de toutes craintes ; et sans exposer Cymodocée à des périls nouveaux , tu la protégerois contre l'impie Hiéroclès. »

— (( Démodocus, répondit tristement Eudore^ je puis, par un eflFort plus qu'humain, renoncer à l'amour de votre fille ; mais sachez qu'un Chrétien ne peut recevoir une épouse souillée de l'encens des idoles. Quel ministre voudroit bénir, au pied de la Croix , l'alliance de l'Enfer et du Ciel ? Mon fils entendra-t-il prononcer sur son

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