DISCOURS V
Conseils .a la jeunesse.
SouTÎens-toî de ton Créateur aux jours de ta jeun^se, ayant que les jours mauvais arrivent , desquels tu dises : Je n'y prends point de plaisir. Eeeiésiaste, 6kap, ii, f*. 3. ^
SouriENS'TOi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse y et avant que les jours mauvais arrivent^ desquels tu dises : Je ny prends pMnt déplaisir. Jeunes gens, héritiers de la terre; jeunes gens , Tespérance et rorneinent du monde, c'est à vous aujourd'hui que je m'adresse. Suspendez votre course, et arrêtez un iQomeixt votre char de triomphe, pour écouter et pour méditer les préceptes d'un.sf^eet.ses ^
commaaderaens sacrés : Souviens- tqi^de ton ^
Créateur aux jours de ta jeunesse . ; v^là le pre» mier enseignement de Salomon.,^ et le second est renfermé dans les dernières paroles de notre texte : jdvantque les jours mauvais viennent , desquels tu dises : Je n y prends point de •
plaisir.
]N[ous approfondirons l'une et l'autre de ces
es-
»«lM
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instructions; et, en vous annonçant notre dessein, nous croyons aéjà remarquer Fimpatience ou la distraction des jeunes gens , et nous croyons leur entendre dire : Que Teuton de nous? ^ûe demande-t-on? Nous entrons à peine dans le monde ! Laissez-nous connoitre les séductions qu'il présente; laissez-nous en jouir. II sera ternp^ de nôtis occuper de pensées plus sérieuses y lorsque la terre aura mains d'intérêt pour nous ,|^t lorsque Tâge ou la maladie nous aura déparé» des plaisirs se^» sui» notre pass^age; des plaisirs dont Tatlrait enchanteur est connu de nous senh , €t que seuls aussi nous savons r^cuerlHr.
Jeunes- gewts ^ voilà votre langage : mais^ ces plaisirs qui vous eharment, ce Bonheur qui vous emvré , tous ces délices* de votre âge dont vous êtes épris, commen'lf sbnft-^ils à vous , eomrtfenrt vous appartiennenf-fls ? Avezvoue erèé fes biens dont' vous ête» environnés? avez- vous formé les sen.^ làystérieuif qui vous» permettent d^en jouir? aveïs-vous eompesé aueu-ne de vos facultés? avez-vous^ été les auteurs de vos jours-, et les propàgateurâf de votre ardente vie?" étiez- vous* enfin avant vous-mêmes ? Montrez les titres pWtnitifs? de voire autorité, de votre oi^ueif otrde
DE MOKALE RELIGIEUSE. 4'^
Totre d6p0rbe Confiance; montrez-les^ si vousr en ayeis aucun : niais Vôfus êtes , comme nous, e^»tre là naissance et la mol't, incontestables sceaux de Voïte dépéudance. Ah! vous le savez, quoique' vous n'y pensiez jam^ais. Vous ne pouvez rien de par votre puissance; vous tenez tout (fun Maître généreux; vous tenez toiït de sa munificence ! vous le savez, et vous demandez du temps pour y songer! v6us demandez du tertps pour vous en soutenir, etpouroffirir à votre* bèenfaiteti¥' un tribut dé reconnoissance! Réveil lei-Vous /jeunes gens ; sortez de votre indifférencié; e« au sein- des plaisirs et des joies de votre âge, rendez un culte à celui qui est l'unique source de toutes les félicités. '*' : ,
Ah! n'eii' doutes^ point, la^ jeunesse est le meilleur temps de la vie pot»- s'approcher de l'Éternel et pouT le servir. C'est'aUx âmes sensibles , c'est à elles surtout que respéranceî appartient; et c'est en aimant qu'on se forme une première idée de la nature divine et de sa sublime essence. *
Quelle est dé plus l'époque de la vie où l'on se livre avec franchise , avec' enthousiasme ', à l'admiration , au sentiment du beau ? N'estcepas la jeunesse? On marche alors en avant,
4 13 GOiras
et 4'on ne connoit pas rattiédissement qiû naît de l'habitude. On n'e»t pas fait encore aux merveilles du monde , et l'on peut à leur aspect s'élever avec ardeur vers la cause première de tant de phénomènes etde magnificences. Ah! qu'une indifférence philosophique, cette présomption de nôtre siècle, sied mal aux jeunes gens! Ils auront du temps assez * pour se laisser faner et dessécher par d'arides
raisonnemeûs. Qu'ils senteiit, qu'ils ^'émeu-
k vent à l'âge où rame est dans son printemps,
où le bonheur la vivifie , et que leur premier essor soit oir^ vers la reconnoissance.
Quoi ! parmi ce^ momens où tout se mar« que, où tout s'imprime en vous avec des traits de flamme, n'y en auroit-il aucun, jeunesse fortunée, n'y en auroit-il aucun pour l'auteur et le diji^pensateur de tous les biens?
» Méconnoitriez-^vous le Maître de la nature,
: dans l'âge où les qualités brillantes qui for-
ment votre apanage sont une sorte d'instinct
: et semblent relever immédiatement delà puis-
sance divine? Et les plus remiârquables entre
[ ces qualités , la générosité , le courage , le dé-
vouement à la gloire et à l'amitié, n'ont-eiles
( pas un caractère d'élévation qui semble en
rapport avec une grandeur inconnue? L'aban^
DE HORÂ.LE RELIGIEUSE. /^l3
don de soi-même n'est pas un sentiment terrestre : son impulsion secrète est le signe d'une autre relation, d'une autre espérance, le signe d'un vaste système où notre intérêt du moment n'est qu'un point dans l'ordre universel. Ainsi , qu'un égoïste , replié sur lui-même et par son caractère et par une longue habitude , ne soit jamais ramené vers une méditation religieuse, on peut le concevoir; mais le jeune homme , qui est jeté sans cesse hors de lui-même, qui répand son âme sur tous les objets sensibles, qui vit d'émotions, f
oublieroit-il de rendre un cult.e au Dieu de la nature, au souverain ordonnateur du magnifique univers? Nous lui adresserions les belles paroles de Salomon : Souviens^toi de ton Créa* leur, aux jours de ta jeunesse ^. avant que les jours mauvais arrivent ^ desquels tu dises : Je n y prends point de plaisir.
Ah ! qu'elle est touchante, la piété, au milieu de nos belles années! Elle n'est pas, comme dans la vieillesse , le résultat d'un '«
repentir, ou le rachat d'une vie entièrement T
dévouée aux erreurs etauie vanités du monde. ^'
La piété du jeune homme semble inspirée par l'amour pur de la Divinité ; mais en la supposant due à une méditation prématurée p
'fit
4 I 4 cou&s
les sacrifices dont elle seroit le modèle auroient plus de mérite que les nôtres.
£n effet, lorsqu'un jeune homme est libéral, généreux, charitable, lorsqu'il donne avec abondance , c'^est à de longues privations qu'il se soumet; et s'il est fidèle à ses engagemens, s'il l'est envers une épouse, envers un frère, envers un ami, ce n'est pas qu'il ne puisse commencer encore de nouvelles relations; ce n'est pas qu'il ne puisse nouer avec d'autres un échange d'affections et de services ; enfin, s'il a du courage pour le bien, s'il immole ses ^oùts et son repos à l'accom— plissement de ses devoirs, ce n'est pas, comme l'homme âgé, des jours éteints à demi qu'il dévoue au culte de la morale; c'est à des plaisirs sams fin , c'est à une plénitude d'espérances ou de séductions que son imagination croit renoncer.
Ah ! qu'il sied à la jeunesse , toute rayonnante encore de vie et de bonheur, de rendre des actions de grâces à l'Auteur de la nature; qu'il lui/sied, avec son front superbe et ses regards animés , de paroitre aux premiers rangs parmi les adorateurs de l'Éternel ! qu'il lui sied, au temps où elle est encore la reine de la terre, de s'agenouiller devant le Maître
DE MORALE BBLIGIEUSE. 4^^
du monde; et qu'il seroit imprudent à elle de différa cet hommage jusqu'à l'âge où , disgrâr ciée à son tour par la succession des années , et rebutée des nouveaux venus, elle se retirera de force vers les promesses de la religion et les perspectives de la piété !
Vous dites : Les préceptes de la religion sont pénilyles, ils condainnent à des privations , et nous voulons avoir notre part des plaisirs de la jeunesse.
Votre part! eh! qui pourroit avec autorité vous en demander le sacrifice ? Notre religion est un hommage à l'Éternel , au Dieu qui a multiplié les biens sur la terre et qui les a destinés pour nous , et pour nous , chacun selon notre âge, selon nos facultés, nos soins et notre travail* Cette religion vous inviteroit dqnc à en jouir, si , par une fausse interpré^ tation de son esprit, ou par une austérité fanatique , vous vouliez fuir les hommes j habiter un antre sauvage , et déserter le beau théâtre où la faveur du ciel vous a placés. Soyez heureux de mes bienfaits ; voilà ce que vous dit TAuteur de la nature; mais, pour attein- <dre à ce but, n'abusez de rien , soyez sages , soyez tempérans, et surtout soyez justes, afin de prévenir les désordres qui sont l'effet iné-
,ki
4i6 couRâ
vitable des rivalités hostiles. Vous demandez votre part des plaisirs de la jeunesse : 4a morale religieuse veiit aussi que vous Tayiez , cette part; mais elle en marque les limites : elle vous enseigne vos droits et les droits de vos compagnons, afin que rien ne se perde, afin que chacun recueille en paix ce qui lui appartient , ce qui lui esff dévolu par ToVdre social ; elle avertit les jeunes gens qu'ils ont plusieurs âges à parcourir, et qu'ils doivent joindre la prévoyance à l'aveugle ardeur de leur âge.
Ah ! sans doute , elle n'est point leur ennemie, cette morale religieuse dont ils craignent d'entendre les leçons; elle n'enlève pas ée la terre un seul fruit, un seul épi , un seul beau jour, un seul moyen de félicité; mais elle règle les partages, elle prévient les usurpa- I tions ; elle dirige , pour ainsi dire , la marche
des vœux , des souhaits et des convoitises ; i afin qu'au milieu du système social, près des
^ bornes fixées par la nature elle-même, cha-
f cun atteigne au degré de liberté compatible
avec l'harmonie générale. £lle fait plus encore; et, considérant Thomme d'une manière isolée, elle le défend de lui-même; elle l lui prête des forces contre ses aveugles em-
\ portemens , contre ses passions déréglées ;
DS: MORAtE REUGIEtJâE. 4^7 '
elle est son conseil, son ami, son excellent '-%
ami. \
Oui, jeûnes geDs, vous n'aurez jamais un meilleur guide que la morale, et la morale animée et sanctifiée par la religion; vous n'en aurez jamais un meilleur, quand vous borne^ ;
riez vos recherches au bonheur de la terre.
Ne fuyez donc pas nos temples , et venez avec nous y bénir l'Éternel. C'est nous qui ancrions tort si nou$ ne vous faisions pas aimer ses commandemens. Ah! si nos paroles pou^ voient jamais vous inspirer de l'éloigneraent pour la morale religieuse, quittez-nous, quit-** tez-nous ; mais que ce soit pour aller lire et relire l'Évangile de Christ , ce livre parfait^ ce livre adorable où une si grande douceur est employée au soutien de la raison ; où les Ver- *
tus sociales nous sont préchées avec tant d'amour ^ et où vous trouverez partout l'esprit des paroles de nôtre texte : Sous^iens-toidt^ ton Créateur aux jours de ta jeunesse , avant que les jours mauvais arrivent ^ desquels tu dises : Je n y prends point de plaisir.
C'est dans tous les momens , c'est dans tous
les états , que vous pouvez vous souvenir de
l'Éternel. Vous le ferez , vous vous en souvien*
drez , si, courant après la fortune , après le
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crédit , après le pouvoir, après ropinionméme^ vous n'employez, pour atteitidre à votre but, que des moyens légitimes* Vous le ferez , vous vous en souviendrez , si , loin de vous enorgueillir dans le succès, si, loin de dire : C'est mon génie, c'est mon talent qui seuls m'ont servi de secours , et c'est là force de mon bras qui ma acquis toutes ces choses; si , loin de tenir ce langage , vous élevez votre pensée vers rÊtre suprême , vous vous pénétrez de sa providence, et rapportez à la bonté céleste vos prospérités et vos triomphes ; enfin , vous vous souviendrez de l'Éternel, si vous êtes généreux dans les combats , intègres dans l'admi-nistration, consciencieux dans le commerce, fidèles dans vos engagemens , et vrais dans toutes vos paroles.
Il n'est sur la terre aucune autre image, aucune autre empreinte des perfections divines , que la vertu parfaite et la morale dans sa plus grande beauté. Oui , la magnificence de l'ordre; voilà le signal éternel^ de la 'majesté suprême. Hâtez-vous donc, jeunes gens, de vous unir aux principes qui n'ont point de fin. Vous faites un moment l'ornement du monde, et vous vous glorifiez de votre prééminence ; mais ne vous fiez pas à cet éclat personnel
DE MORALE RELIGIEUSE. '^IJCf
dont VOUS êtes éprise; à cet édat que nous aVonji vu naître, et que d'autres verron tse flétrir. N'attendez pas que vos traits s'affaissent , que vos pas chancèlent, et que le terhps sillonne votre front, pour rendre hommnge à la seule grandeur réelle, et pour obéir aux Jois raora*les et religieu*sés qui furent avant vous, et qui vous suivront. , j
Et vous , les premières entre [les créa turete mortelles ; les ptemières^ par les grâces et p»r une autorité quijsemble au-dessuis de la farces, et qui la domina ; vous qui êtes Tanibitiou , la gloire du jeune homme et le prix auquel il aspire; vous e^finvles Ixrillantes compagnes de sa destinéeVet <}ui i'obligezà iléchir s;aus v^re empire 5 tandis que son ardeur altièré ne con'>noit aucun maître^ guides^ ^es iticlinatitins , :décidefz ;S6s keureuj^' pencbans , et rendez-le d ign« d'aimer et d'étrè aimfé. Oui ^ c'est à vous , -sexe.d^^tix^ttii^idev etpourtant si capable de passions ; c'est à* vpùB ^'il:sied , c'est à vous qu'il appartient d'inspirer aux jeunes geiis das goûts généreux et des sen timons élevés^ Ils sont appelés à devenir vos alliés et voirdi^enseurs ;;et si^ de bon«e heure, ils oiit respecté dans rÊtre suprême le type mystérieux et l'image soblim^e de toutes les vertus, ils ap-
4aD COVKS
porteront UD coeur fidèle à Tëpouse qui aura reçu leurs sermens. Oui , vous le saurez un jour, âmes innocentes et pures , qui voudriez tout soumettre à l'empire du sentiment; vous saurez un jour que la morale donne aux liaisons les plus intimes un salutaire appui : elle ne forme pas les goûts, mais elle les replace dans leur tendance naturelle, lorsque des cou* tradictipns passagères- ou des moraens d'humeur les dérangent; et l'imAgînation la plus troublée retrouve la route de la sagesse, lorsque les idées de devoir mettent le retnords à sît suite. '
Ainsi , jeunes épouses , préparez le cœur de votre ami au culte de la morale et au respect de la religion , et donnez un si beau soutien au sentiment dont vous êtes jalouses;.au sentiment dont la longue durée est presque, en ce moment, l'unique objet de vos vœux.
/Associez -vous de plus à une réflexion générale : les lois n'appellent poiut les femmes au inaaiemeot des affaires, et leur éducation leS y rend étrangères; il leur importe donc de maintenif entre elles et leurs époux un intérêt commun , et toujours subsistant; un intérêt, le premier de tous, te désir de plaire à l'Être suprême; car, pour le joaébagement de'
cet intérêt , pour Tétude et le choix des moyens que ce ménagement exige, les femmes sont égales aux hommes en facultés : elles connoissent , comme eux , ce qui est juste , honnête , délicat et moral ; et à Taide d'une ardente et sensible imagination , elles saisissent mieux et plus promptement les idées sublimes qui fdï*ment l'essence de la religion , et qui tracent une route à nos espérances.
Nous devons lé dire ; c'est l'affoiblissement de la piété , l'affoiblissemeut du plus grand des intérêts communs entre deux époux , qui rend de nos jours leur union si relâchée , et leur amitié si mobile. Tous leurs rapports tiennent aux choses du monde, à des goûts versatiles , à des passions éphémères.
Vous donc, nous le redirons encore, vous qui , parées dans votre jeunesse des plus beaux dons de la nature, exercez sur les hommes un si puissant empire, et qui le conservez par vos soins dans un âge plus avan j^é ; votrs à qui cette espèce orgueilleuse ouvre son cœur et ses pensées , tandis qu'elle s'observe et se cache devant ^^s pareils et ses rivaux , connoissez votre autorité, mais n'en faites jamais qu'un estimable usage. Vous trouverez des périls au milieu même des triomphes qui vous atten-
dent. Demandez à Dieu la sagesse dont vous avez besoin , et souvenez-vous de FÉternel , afin qu'il vous protège et afin qu'il vous aide. Jeunes Esthers! on aura besoin de vous : oui^ les Tuœurs et les vices du siècle vous donne* ront des oppresseurs à combattre, et plus d'un Assuérus à fléchir ou à détromper. Ayez le courage de la vertu , et que l'imposante simplicité de vos paroles^ la candeur de vos té^ rooignages confondent la calomnie, et soient un bouclier à l'innocence contre les artifices des méchans.
Enfin , et c'est notre dernier conseil ^ (]u^une noble décence, une sainte pudeur, ce premier ornement dé votre sexe, annoncetit la pureté de vos pensées, et leur servent comme d'auréole. Que votre empire , votre mystérieux empire, ignoré de vous-même, paroisse un don du ciel , et qu'une impression de respect se mêle à tous les sentimens dont on vous apportera l'hpriîmage. Ne vous permettez aucune lecture , aucune conversation , aucune rêverie solitaire qui puisse jamais altérer l'innocence de votre âme et la chasteté de votre imagination. Cèst un cœur tout neuf pour aimer, c'est un cœtir sans aucune tache , que vous devez un jour offrir comme échange à un époux dont
le dévoûment , l'estime et la fidélité feront le sort de votre vie ; à un ami qui jurera d'être votre défendeur et votre appui ; à un ami dont le nom sera le vôtre y et l'honneur votre honneur , la gloire votre gloire. Cultivez dé bonne heure les sentimens qui vous donneront des droits à sa confiance , et qui vous autoriseront à le guider dans la route de la morale et dans les voies de la piété. O délices pour vous ! si en l'aimant vous le perfectionnez , si en l'aimant vous le rendez heureux. O délices pour vous ! si , vous étant souvenues de votre créa" teur aux jours de votre jeunesse /i\ vous donne en partage dans un âge avancé les* douces jouissances de l'amour maternel. O délicea»!
ô délices pour vous ! si vous voyez à votre suite, en entrant dans ce temple, une famille bénie du Seigneur ; si vous la voyez croître en vertus et en prospérités , et si , dans les temps d'alarme, vous êtes pour elle et pour un époux chéri la colombe de l'arche, qui rapporta la première la branche d'olivier et le signe de paix. .
Qu'il est donc salutaire , qu'il est utile pour tous , le conseil de Salomon , le précepte du sage : Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse ; et après il est dit : Avant que les
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jours mauvais viennent y et que les ans arrivent desquels tu dises : Je n'éprends point de plaisir. . Examinons avec respect le sens et Tapplicatioa de ces dernières.
L'écrivain sacré De croyoit pas, ne vouloit pas nous dire qu'en aucun temps on pût songer à Dieu sans contentement : mais lorsque les sentimens religieux sont le fruit tardif d'un âge avancé, lorsqu'ils commencent avec la vieillesse, ils sont, le plus souvent, accom^ pagnes d'une sombre inquiétude; ils n'ont pas du moins ce caractère de confiance et de paix que donne une douce habitude de la piété , et qui naît aussi d'un accord entre nos dernières pf&nsées et nos premières inclinations,
La dévotion des mondains , au moment où rage les. enlève aux plaisirs et aux intérêts de la. terre, au moment où le découragement les abat, où l'ennui les poursuit, cette dévotion n'est pour eux qu'une dernière ressource. Ils jouen^à l'avenir , à la vie nouvelle , quand ils ont épuisé toutes les chances du présent»
Leurs mauvais ans sont arrivés , et ils essaient de se prendre à ces mêmes idées religieuses qu'ils ont négligées dans leurs beaux jours, qu'ils ont repoussées pendant leur jeunesse.
Mais pourront-ils aimer Dieu comme il doit
.DE MORALE REUGIEUSE. A^&
être aimé, s'ils ne destinent au plus sublime de tous les sentimens que les débris de leur être ou les facultés languissantes de la vieillesse ? Nous l'avons déjà dit , c'est à l'âge des plus ardentes émotions qu'il faut rendre un culte à rÉterhel ; car on atteint à lui par in~ spiration , bien plus que par la science. Il se laisse chercher par l'esprit ; mais il semble n'entrer lui-même en communication qu'avec lésâmes tendres et les cœurs passionnés.
Nous reprocherions encore à la piété tardive d'être rarement dégagée des liens de la superstition; On n'a point de sûreté dans un sentiment .nouveau , et l'on s'attache aux petites pratiques extérieures de la dévotion ; 6n les ^nit avec exactitude, on les exagère, on les multiplie, dans l'espoir spéculatif de racheter ainsi le temps qu'on a perdu ; et, par un aveuglement singuliv 9 ce sont des gênes inutiles aux autres , des puérilités de l'imagination, qu'pn ose offrir en hommage au Dieu de l'univers, au maître de la terre et des cieux. Ah ! sans doute , si la.piété se composoit d'observances minutieuses , de devoirs étrangers à nos sentimens et à nos pensées , on pourroit ^Hicommencer à tout âge, on pourroit presque y donner une date, comme on le fait pour les
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actes ou les obligations de la vie civile^ mais la véritable piété, qui n'imite rien , ne peut point être imitée; à peine même pourroit-on la définir avec précision , tant elle se termine par nuances, et se confond dans l'essence d'une âme sensible. La véritable piété est en nous une disposition constante à aimer, à honorer la Divinité; elle est un souvenir continuel de l'auteur de nos jours, et un souvenir inséparable d'une respectueuse obéissance à ses volontés et à ses lois. On là reconnoit encore à une douce confiance dans la bonté de l'Être suprême, et à une sorte de calme et d'affermissement qui nous permet de résister aux coups de la fortune , et d'opposer aux événemens du monde, aux injustices des hommes , le courage de l'espérance et les consolations sublimes de la religion.
Voyez donc , jeunii» gens , si cette piété , si pure dans son esprit , si noble dans son but; si cette piété, qui élève Fâme sans aucun effort, n'est pas en accord parfait avec les qualités brillantes et généreuses auxquelles vous aspirez ; voyez si , dans Tâge du bonheur, vous devez rejeter la reconnoissance , ce caractère essentiel de la piété; ou s'il vous pari||| mieux d'at.tendre que les jours mauvais vien-
tient, pour vous souvenir de rÉterncl. Qu'estce donc qui vous arrête ou qui vous tient em, suspens ? Auriez-votis peur du sourire dédaigneux des esprits forts , ou des propos moqueurs de quelques libertins ? Vous prétendez à tous les courages; reculerrez- vous devant les impies, ou redouteriez -vous leur censure?
Vous étiez, avant de les avoir entendus, les adorateurs d'un Être suprême ; vous déclare^ riez-vous » sur leur parole , les enfans du hasard , et les esclaves de la nécessité? Le monde et sa vagnificence , le monde et ses merveilles, fera-t-.il moins d'effet sur Vous que le vain sifflement d'un étourdi , ou le langage sérieux, des instituteurs qui ne croient ni à leur raison , ni à l'existence de la pensée? Ah ! laissez-vous instruire par la nature, vous qui dans vos heureuses années avez tant de rapports avec ses bienfaits. Elle vous parle au lever de l'aurore ; elle vous parle à l'éclatante apparition des majestueux rayons du soleil ; elle vous parle dans cet épanouissement des fleurs qui charment vos regards; elle vous parle dans ces richesses innombrables qui s'élèvent du sein de la terre, qui croissent d'un commua accord pour assurer votre subsistance et pour répondre à vos goûts ; elle vous parle enfin
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dans tous les plaisirs dont elle vous invite à jouir avec innocence et avec une sage modération. La piété ne les décolorera pas, ces plaisirs; et, rappelant , comme elle le fait , leur céleste origine , elle en double le prix pour les âmes sensibles.
£coutez*nous encore , jeunes gens , écoutez un dernier avertissement de celui qui vous parle au nom du Seigneur ; nous vous le devons, cet avertissement, au risque de vous montrer quelques ombres dans le riant tableau dont votre imagination est frappée. y#us ne voyez en vous que force et puissance , .mais , vous l'éprouverez , les divers objets d'ambition n'ont qu'un éclat passager; leur couleur brillante s'efface; la faculté d'en jouir s'éteint ou s'affoiblît ; votre règne superbe n'aura qu'un moment; et déjà vous pourriez apercevoir sur vos traces les couriers précurseurs de la génération qui s'approche , nouveaux arrivans qui vous passeront comme vous nous avez passés; impérieux successeurs à qui vous céderez à votre tour la gloire et les plaisirs du monde. Cultivez donc à l'avance le seul bien qu'aucune révolution ne peut détruire; cultivez à l'avance la piété, ce souvenir de l'Éternel, et la source intarissable des plus douces
DE MORAXE HELIGIEUSE. 4^9
consolations. Ah! s'il est dans votre cœur, ce sentiment, s'il y existe avec force, et s'il s'y mêle de bonne heure à vos intérêts et à vos pensées, vous vqus trouverez les mêmes dans un âge avancé ; vous vous trouverez jeunes encore aux portes du trépas.
Enfin, je ne dois pas écarter une réflexion et c'est l'expérience du vieillard qui l'adresse aux jeunes gens. Il est uii âge où les idées ne se renouvellent plus, où l'imagination est sans mouvement, où la mémoire fait des pertes journalières. Il faut vivre alors à part soi des sentin^cns qu'on a recueillis dans ^a route , et si le respect pour la religion vjjfist pas du nombre , la pitié qu'on cherche , la pitié qu'on acquiert tardivement, n'a pas assez d'énergie pour être notre consolatrice ; elle se trouve confondue en nous avec les idées toutes mondaines qui nous sont restées d'une longue pratique de la vie; idées dont «l'impression subsiste après que notre intérêt a cessé.
La jeunesse a sans doute des distractions plus vives à combattre ; mais ces distractions n'ont pas eu le temps de se transformer en habitudes: ce n'est pas d'un être usé qu'elles ont pris possession ; et la jeunesse peut aisément en triompher; elle le peut , avec du cou-
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rag6 et de la volonté ; elle le peut , elle a toutes ses forces. Ah ! combien de jouissances lui vaudront un jour ses premières victoires! Oui, c'est à vous , adorateurs de fEternel dès vos jeunes années , c est à vous qu^il sera donné de pouvoir chercher dans un âge avancé Tanii que vous aurez servi toute votre vie. C'est à vous qu'il sera doux , au milieu des peines , au milieu des traverses dont nul mortel n'est • affranchi , c'est à vous qu'il sera doux d'invo-
quer l'Etre suprême ; car vous ne serez pas un étranger danï son temple, et vous pourrez lui dire : Seigneur, je me suis approché de vous de bonne heurA; et je ne vous ai point quitté; daignez me reconnoître, c'est un de vos enfans; daignez le rassurer dans ses alarmes; daignez le secourir dans son infortune. Et lorsque les premières ombres de l'éternellAïuit seront à votre vue , lorsqu'elles vous environneront , il vous sera, doux de pouvoir dire , en élevant votre âme au Dieu créateur : Ma voix ^ n'a plus assez de force pour célébrer vos bien-
faits; mais tant qu'elle put se faire entendre, ' elle se joignit au chœur des fidèles : mes re-
; gards n'aperçoivent plus qu'avec peine les
merveilles de l'univers ; mais , dans la vigueur de mes sens, dans leur puissance passée, je
contemplois avec admiration vos œuvres magnificfues ; mon cœur s^enflamraoit de reconnoissance, et je n'ai pas attendu que les jours mauvais arrivassent pour me souveniç de l'Éternel.
Oui , c'est ainsi que les premières années de l'homme peuvent adoucir l'hiver de sa vie; mais , par un triste aveuglement, on suit une mardhe contraire; et c'est l'âge avancé qu^on destine au rachat des égaremens de sa jeunesse. Ah! combien nous souhaiterions pouvoir vous détourner de cette fausse combinaison, «de Cccalcul dangereux. Hélas! nous avons élé jeunes aussi , et nous fûmes un jour ce que vous êtes : nous avons parcouru les divers âges de la vie, et nous assistons au dernier : nous avons vu des deux côtés cet avenir que vous considérez en face, et dont vous ne confloissez pas le revers. Écoutez-nous donc, lorsque après avoir trarversé le monde et ses illusions, nous osons vous en parler avec atitorité.
Mais si nous la prenons, cette autorité, si notre expérience, si notre ministère surtout nous inspire de la confiance au moment où nous donnons aux jeunes gens des averli.ssemens sévères ;' nous ne sommes pas moins disposés à rendre, hommage aux qualités
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brillantes dont nous les voyons ofnés^ Ah!
qu'ils viennent avec nous adorer TÉternel^ et nous leur céderons le pas. Qu'ils viennent consacrer au Dieu fort Tardeur qui lesanime^ et nous nous rangerons derrière eux ; qu'ils viennent offrir au Dieu de bonté les prémices de leur reconnoissance , et nous paroîtrons les derniers , nous qui n'avons plus à présen*» ter que des sacrifices d'expiation; qu'ils en-« trent dans le sanctuaire, avec une âme encore pure et le regard rempli d'espérance, et nous nous tiendrons à l'écart, intimidés par nos souyenirs et par nos regrets; qu'ils viennent enfin se déclarer les amis et les défenseurs de la morale et de la religion , et nous les suivrons de nos vœux , et nous les honorerons ^ et nous prierons le Seigneur de seconder leurs efforts et de soutenir leur courage. Oui, la palme leur sera due , et nous le reconnoîtroqs; ils auront combattu miwx que nous le bon combat/ et le Dieu de miséricorde recevra peut-être leurs efforts et leurs triomphes, en réparation de notre indolence et de nos défaites. Ah! qu'une seule des générations qui passent sur la terre soit digne, par ses vertus, de la faveur du ciel , et la cause de la race humaine ne sera point perdue. O Dieu! nous
Toudrîons racheter, ou par nos enfans,^ ou par les enfàns de nos enfans , le teiqps que nous avons perdu ; ne repoussez pas nos souhaits. Âh ! si nous nous étions souvenus de rÉternel aux jjs>wf s de hotte jeunesse; si nous nous en étions souvenus , durant ces jours qui ne reviendront plus, toutes nos pensées en ce moment seroient douces , toutes seroient à la joie et à Tespérance. Tous qui voyez nos regrets; vous, les témoins de notre repentir; jeunes gens', profitez des leçons que vous donne la religion ; une religion pleine de sagesse , une religion affectueuse , dont tous les préceptes tendent au bonheur. Ce sont nos vœux , nos tendres vœux pour vous : veuille le Dieu tout - puissant les entendre et les exaucer I
FIN DU TOME TREIZIÈMeI