‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 2)Chapitre 23 sur 25 · DISCOURS IV · texte numérisé non relu

DISCOURS IV

Des sentimens de respect dus à la vieillesse. H

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Lère-toi devant le» dieyeai blancs et honore le tieillard, et crains ton Dieu. Je suis l'Éternel. Lévitique, Chap, ,9, ^.'3,,

Lk précepte sacré que notre texte renferme et les devoirs qu'il nous impose, s'unissent, à l'aide des réflexions les plus naturelles, nonseulement aux premières idées de morale, mais encore aux instituts politiques, aux dis- ^

positions conservatrices du gouvernement sociâl. Nous traiterous, sous ce double rapport, le sujet qui doit occuper aujourd'hui votre attention religieuse.

Vous avez intérêt à cette méditation , vous qui, jeunes encore, formez déjà des vœux pour une longue vie; vous qui, la veille, appelez le lendemain, et ce lendemain, le jour qui le suit ; vous qui désirez avec impatience de marcher en avant , de faire un nouveau pas dans la carrière où vous êtes entrés} -vous ne pourrez être exaucés sans arriver à

l'âge où Ton n'obtient plus des égards par sa force et par sa puissance; sans arriver à ce terme où les mœurs et les lois deviendront votre unique défense contre l'esprit indépendant de vos successeurs , contre les pensées dédaigneuses des brillantes cohortes qui viendront, à leur tour, qui viendront comme vous , prendre possession de la terre.

Nous aurons aussi des conseils à donner à la vieillesse t nos cheveux blancs nous le permettront, notre sujet nous le commande; et nous montrerons que, pour attirerle respect des jeunes gens^ pour être honoré d'eux ^ pour jouir des c(Hisolations qui appartiennent à l'âge avancé , on a des devoirs à remplir , on a des règles de conduite à observer.

Et nous tous indistinctement, nous serons reconnoissans envers la religion , qui vient constamment au secours de la faiblesse, qui nous ordonne d'honorer le vieillard , et qui, pour imposer aux jeunes gens orgueilleux de leur âge, leur fait entendre ces mots : Je suis l'Éternel, et rapproche ainsi leur règne éphémère de l'existence infinie et d'une idée sans bornes, d'un temps sans commencement et sans fin.

G'e^t une belle idée de morale, que la re-

(*) Madame Necker, Réflexions sur le Divorce.

DE MORALE RELIGIEUSE. Sô^ •";»*

cmmnandation faite aux jeunes gens d'hono* rer et de respecter la vieillesse. Ils en avdient besoin : leur âge est celui des distractions ; et ^

ils vivent avec une telle foBce dans les pas- i> •

siens qui les dominent y que leur propre avenir devient souvent pour eux un étranger ; et les vieillards y dont l'intérêt iv'est pas lememe, Z ;>

dont le calci^l est différent, leur paroisseni ;

d'une autre race. Ih puisent le temps sans me* ^^

sure ^ pour me servir de la belle expression d'un moraliste moderne (*) , et ris ne songent • i?

pas que bientôt il n'existera plus pour eu^^ 7

que pour eux aussi il aura son terme. v

Et si noQs le regardons en arrière, ce temps , %

nous serons effrayés de la rapidité de son cours : nous vous parlons, et il marche; nous vous parlons, et i4 a passé. Fixez-le , jeûnes gens , si vous le pouvez ; mais» vous l'essaierez en vain : renoncez donc à la- vanité que vous donne une possession éphémère. S

C'est un instant qui vous sépare de nous ; c'est un instant qui sépare les générations les unes des autres; un instant dans la vaste durée des siècles ; un instant dans l'immensité !L>n. qui nous environne. Venez donc traiter avec

Sgo coims

nous de pair à pair, et ne rejetee pfts ces dépouilles de TexpérienGe , qne les vieillard»

vous apportent ; elles ne sont pas inutiles à ceux qui se présentent aux premières batrières de la vie, et qui, avec la volonté de tout envahir, ont pourtant le besoin de tout conni)$-« tre. Jeunes gens , on vofis démandera bien peu pour les conseils qu'on est prêt à vous donner : on n'attend de vous que des égards ; et quand votre présomption vous détermine-** roit à refuser cet échange ^ un sentiment de reconnoissance vous prescriroit, vous com"!^ manderoit d'honorer la vieiliesseï

Nous avons rappelé dans notre Discours précédent la dette sacrée des enfam envers leurs pères; aujourd'hui nous avooM àretra^ ' cer les obligations de tous les hommes in-« distinctement envers leurs devanciers dans ia carrière de la vie ; les obligations mémea d'une génération entière enVei^ la génération qni précède/

Il est ^ans doute des exceptions à ces prifi^^ eipes ^néraux : mais vous les v^rea^ comnM nous; et nos réflexions^ exemptes de censures . particiftlières , doivent s'appliquer unique^ meut au cours habituel et à l'ordre commua de noff relittîoiis sociale

DE MORALS H^LIGIEUSE. 0^1

Je demande au eu) ti valeur si )!faérit^g0 dont il jouit n'a pa$ /été préparé , fécondé par le travail de ses pères ? Je lui demande si d'jigi^ ^

en âge Je versement eoutâouel de nouvea;i;L^ '^i

exilais et de GK)uV)9Ues terres o'a pas rendit '^*

produfîtif ^p sol aujl^eibis stérile, et qu'il yoit T

çau ver^ au^ur^'iiiui de resplendissantes ffloi^s- "{ .

soo«? Je lui demande si les graiyges 9Ù îl iBet ses grains en réserve, où i| ie^ açoumtij^ d'un air dç trvoo^phe^ ^ut é^ <;onstr^îtes de i»es mains qi^ dip .^s 4p9^£0#$ ? si 1^ ea^aïAX diveiv» ;«

qui arrosen.t>t^ltili#^f|t ^e^pr^i^ies iQtnttqus été S09 oi^vjr^si^, ^u le^r^saU^t i^sofï industrie ? ^i le» viei|x c^ps 9 rjito^n^r d^ su. îvjg«e^ datent d^ jour d^ sa. ppase#si^>fi ^^ s'iji a pJ^nAé ce^ a^breji qjui, e^Up[^r/&^ AOn halb^t^^ion et s'élèvent ^^dess^s ^'«He ; x;e^ ar|>f^s m^j^r lueu;jL, ip<ai^ qui jp^lî^^t jm^^tmMt ff^w ie poids (}e Jeuxs propres rjiçli^s^es ? 1^

ftélas ! jp 1^ vpip ,(Çe njieilla^^ à qyi ir4*is,d€r :t

vez pei^trjétDe Ja plus grsAde pa<:tîe de low ces biens ; ,il reeueil^e |k l'àcact <et «ur .mi ^tninc Uf3^é :{e$ Ti^oyo^ du fnidi; il piv^^enie i Mm cbale^r ^ii^ifiante $^s xnepijbres eogow^dis eft san J(r4^t dépQuUl^* C'est là «qu'il iroitp^^^er les çh^ripts 041 ^es jUs pnt entassé le$ fmi/bs 1" •

de leur récolte et les trésors de ïf^^&ée. Les I» ;:

Sgs COURS

bœufs qu'il a nourris ont peine à traîner, à faire avancer ce riche butin, et déjà Ton né songe plus à lui. Il n'est plus que le vieux bonhomme , pour me servir d'une expression vulgaire : il est hors du temps présent; il est marqué du inoins comme tel; et les nou* veaux venus, tous gens de l'avenir par leurs èspératices, n'ont aucun temps à donner à des services passés»

Que dirons -nous à ces ingrats? Lèi^e-toi dei^anties cheveux blancs et honore te vieUlard^ et crains ton Dieu, Je suis l^ Étemel.

Je sors des habitations du paysan; etpromenant mes regards dans les villes, je demande aux heureux citadins , où â la plupart d^entr'èùx , si au milieu de toutési les douceurs de l'aisance, au sein du luxe et'desa mollesse,'teur pensée s'écarte jamais d^eux-mémes ? Je leur demande s'ils songenti une seule fois que les vieillards, dont ils 'remarquent à peine l'existence , ont été les artisans d'une portion des richesses de la société ? s'ik songent une seule ifois'que l'accumulation de ces richesses est le résultat d'une succession de travaux auxquels ils n'ont pas concouru ?

Non, sans doute, ils n'y songent point; toute leur attention est dirigée sur 'la fonction de

P£ MORALE RELIGIEUSE. SqS

propriétaire et de rentier, dont ils se sont j^ .\

trouvés investis par héritage , et qu'ils exer- i-^

cent si commodément Leurs regards sont i^^

concentrés dans larrondissement de leur for-* ^ !t:*

tune et de leur bien-être ; leur intérêt ne "^i

s'étend pas plus loin, et les vieillards ne sont ^

pour eux que des détenteurs trop persévérans j .^

d'un capital ou d'un revenu dont la race nouvelle est pressée de jouir. Quils sont à plain-dre, ces vieillards, au milieu des principes du jour ! Il s'en faut peu qu'on ne leur demande î5

explication de leur longue vie , et qu'on ne les cite au tribunal des opinions nouvelles, comtme des particuliers indiscrets , ou des débiteurs en retard.

Ce n'est pas uniquement l'avidité des richesses qui nous rend ingrats et injustes envers nos prédécesseurs; l'amour de la gloire et de la célébrité exalte souvent au même !^^

degré les sentimens personnels. Voyez cet :c

homme à talens,. cet écrivain distingué; il *^ ^

est ambitieux de se faire un nom ; et, tout ]^.,

occupé d'obtenir la louange de ses com temporains , il n'a garde d'indiquer l'origine de ses idées ; il n'a garde de montrer leur lignage et leur descendance directe des pensées d'un ancien : il veut que l'honneur lui en appartienne ]t

394 eouas

en entier ^ sans rétrtbulkm et sans partage ; et qu'aucun aveu , aucune redevance, ne viennent lui rappeler ses obligations.

£h quoi 1 dans une autre carrière , et même aux premiera rangs du théâtre , n'apercevpoiton pas des hommes qui pourroient nous -ser^ vir ici «de nouvel exemple ? Les guides des notions et leurs législateurs , ces augustes sénats qui , par leur existence abstraite et collective, supporleroient avec ai peu de peine le joug de lareconnoissanoe, ne cherchent-ils pasquel* quefois k s'affranchir de ce «entiment envers lies âges antérieurs? On peut le croire, en Ibs voyant rejeter les kçons du temps passé; «n les voyant dédaigner , mépriser Texpéri^ice.

On vou droit alors ieur adresser les jparoles de Moïse ; et Ton seroit eu droit de leur dire d»ns un sens figuré : Lève^toi devant les eheveuar Uofècs et honore le vieillémd , et erams ton Dieu. Je suis V Étemel.

Considérons maintenant notre su jet sous t»a autre point de vue. Le respect des enfans pour leurs pèies ; le respect des jeunes gens poar rage mûr et pour la vieillesse , sont, dans la oonoeption de l'ordre social, des sentîmena n^ eessairès , et que les lois politiques ont le plui^ grtttd intérêt à entretenir.

Jjei amis^ les fauteurs de la ryrâniii«^ peuvent seuls désirer qne la soumission dérive unique* ment de la crainte , et la morale, des châti*men». Ils peuvent seuls désirer qu'un lâche asservissement soitr«iâiiquegaratitiede la paix» intérieure et de la tranqfuilliré publique. Qcie leur importe à eux cette surveillance tutélaire, représentée dans la société par Tautorité des pères et la supréitoiatie de Tàge? Ils veulent ^ ils aiment le despotisme; et le despotisme de* vient iirdispensafeie^ lorsque le gouvernement doit tout régîer, tout contenir > sans aide et par la seule force de son action; car, dans un grâ«iâ état , il fatit que <;ette action soit vio^ lente, souvent même impétueuse, pour atteins dre d'eHe*ï»éiïïe du centre à la circonférence^

C'est donc une'instruction politique que ce commamlemetit reli^îeifx : Honore s&n père^ honore le vieillurd ^ et ièi^4oi devant les che^ ceux èlancs; car on me peut écarter, on ne peut détruire une seule autorité ;mo*cale^ une seule autorité fondée sur ies senkimens natu* rels, sans y voir snccéderun accroissement proportionnel de l'autorité du ^ouvernenvent ; de cette autorité artificielle , et dont il est si fa^ cile d'abuc/er. Quel échange pour la liberté \ quel échange pour le bonheur!

3()6 jcouRs

L'autorité des pères, Tascendant de Tâge, ont encore pour titre précieux d'accoutumer, de préparer de bonne heure les hommes aux sentimens d'égards, de créer en eux l'idée du .respedt, cette idée si ancienne parmi les nations, cette idée inhérente en quelque manière à l'organisation sociale; cette idée mère en politique; cette idée mère, je le répète encore, cette idée nière en politique , qui a rendu tant de services , et que l'essai d'une opinion contraire rendra plus recommandable encore.

Comparons en imagination deux pays différens. Dans l'un, la nature auroit instruit les enfans à respecter leurs parens, à honorer l'âge avancé ; et dans l'autre ce précieux instinct n'existeroit pas , ou des mœurs barbares l'auroient étouffé. Tout homme capable de réflexions apercevroit dans Finstant, que dans ce dernier pays où il n'y auroit aucun gardien ^naturel, aucune surveillance domestique de l'ordre et de la morale, il faudroit y multiplier les regards et les précautions de la police; il faudroit y investir le gouvernement d'un pouvoir exécutif plus rapide , et donner à la vengeance des lois un caractère plus effrayant.

Cependant avec ces supplément, avec de tels sacrifices imposés à l'esprit de liberté.

DE MORALE RCUGIEUSE. S97

on ne remplaceroit jamais dans ces heureux effets Tautorité paternelle, Fautorité de Tâge et l'habitude générale des égards et des gradations. Quelle différence entre l'empire du despotisme , cet aveugle ouvrage des hommes , et les supériorités naturelles qui annoncent une 'si. haute conception ^ et que la Divinité même semble avoir marquées de son sceau ! Aussi j î

Tau torité fondée sur le respect est douce à tous v

les cœurs ; elle semble en accord avec nos r

idées de morale, et,en y déférant, nous sommes contens de nous-mêmes. Nous savons d'ailleurs qu'il est une succession immuable à l'au- •

torité de l'âge, à l'autorité paternelle. Les triïfuts de respect quepaie le jeune homme, il les ^'

obtient un jour; et cette promotion estindé- f

pendante de l'intrigue et du crédit populaire. Ah! combien vous auriez de reproches à vous faire , ou combien vous vous tromperiez, '^

vous qui , jaloux de tous les pouvoirs dont vous n'auriez pas été l'origine , n'en laisseriez subsister aucun , même au-dessous des autori- y*

tés que vous auriez instituées. Sans doute, le r;

glaive de ces autorités se promeneroit alors plus facilement, mais la crainte deviendroit lesentiment habituel d'une nation. La crainte! quel élément pour le moral de la vie I

if

SgS coi7ti$

Yojet dans les œuvres divines* Peitempl^ qne vous devez suivre , et le modèle quHl faut imiter. Le Créateur a pris soin d'unir dans les rapports des enfans avec leurs pères ^ le respect à l'amour ^ et la soumission à la recon-^ noissance. Où trouverez^^vous une expression plus juste des devoirs politiques? où trouverez-vous une idée plus précise des relations entre le peuple et ses guides suprêmes? Oh 1 qu'il y a plus de science dans un des traits épars , dans un des traits innombrables de Tordonnance du monde, que dans les laborieuses conceptions de tous les législateurs de la terre. Silence donc aux exaltations de l'orgueil , et gloire à V Étemel de la part des hommeSk •

Une réflexion encore semble naître des idées précédentes. N'est-ce pas un nouveau sifotif pour les jeunes gens de se montrer res^ pectueux envers la vieillesse, que de voir les rapports établis par lit nature entre les diffé^ rens âges ; que de voir ces rapports former un système harmonieux où tout est dessiné , où tout est nécessaire ? L'enfance , ce premier type de notre forblesse , Tenfance est environ^née de besoins ; et la jeunesse , qui lui prête secours ^ apprend un nouvel amour en

DE MORAlB REUGIE0SB. Sgg

parvenant au rang de père. L'&ge mûr dirige cette jeunesse dans la carrière du monde , et l'empêche de se livrer aveuglément à l'ardeur impétueuse de son imagination ; enfin le vieil** lard est là , qui^ prêt à obéir au son de la der« nière retraite ^ avertit les compagnons dont il va se séparer ^ qu'il est un terme à leur route , et qu'il est un temps pour eux d'y songer.

Êh quoi! le mépriseriez- vous , ce vieillard, comme s'il étoit d*unc autre race ? Il est vous , il est vous-même ; mais il se trouve k la fin du voyage que les uns Commencent, que les au<»

très ont fait à moitié , et que tous voudroient prolonger. Il n'est distinct de vous que par le changement de ses intérêts ; et s'il est courbé ^ s'il est vaincu , c'est par le temps, qui vous subjuguera , qui vous vaincra de même. Il marche, ce temps ; il marche sur vous : mais Vous n'ave2 pas encore assejs grandi pour que sa faux vous jnoissonne. £t c'est là votre sujet de triomphe!

Cependant, ce vieillard que vous regardei& en pitié, ce vieillard qui vous paroit sur le penchant de la vie , est peut-être plus élevé que jamais par la nature de ses intérêts et le genre de ses pensées. Oui , si vous pouviez pénétrer dans la retraite où la fuite de ses

4oO COURS

illustons le ramène ; si vous pouviez assister à ses méditations solitaires, un spectacle imposant viendroit souvent frapper vos regards.

Yous verriez peut-être un homme qui^ placé par son âge entre le ciel et la terre , érige un tribunal au fond de sa conscience ; uq tri-> bunal devant lequel il fait passer les princi-' pales actions de sa vie ; et là , devenant luî-* même son. accusateur et son juge, il se demande raison de ses fautes ; il les recherche , il les examine^ il les condamne avec sévérité. Il en voit, dans la durée de sa carrière, que les autres n'ont pas aperçues; et à mesure qu'il fait le compte de ses voies^ il s'avoue à lui-même combien il a été trompé dans ses calculs et dans ses espérances ; il reconnoit que l'ambition lui a donné de fausses promesses , et qu'il a été.cpnduit de prestiges en prestiges par l'amour des plaisirp , de la gloire et de la fortune. C'est ain^i qu'un vieillard purifie son cœur, en revenant sur lui-même , en se livrant à une rpéditation morale et religieuse ; et tandis qu'au dehors et aux yeux des autres , il porte les signes de la dégradation et de la caducité , son âme est régénérée, son âme est topte nouvelle.

NoUs voyons en lui dans ce moment-là untç

DE MOnALE RELIGIEUSE. 4^1

amélioration de notre être moral réunie à raffoiblissement de notre être physique; et cette circonstance, cette époque de notre nature semble nous annoncer une seconde épreuve ; elle est peut- être un symbole, une première lueur du renouvellement d'existence auquel nous sommes destinés. Non, ce n'est pas à une ' fleur défaillante, ce n'est pas uniquement au ' frêle et dernier soutien d'une éternelle poussière que la religion veut ramener notre respect, en nous ordonnant d'honorer le vieillard , en nous adressant les paroles de notre texte ; ses vues s'étendent plus loin , quand elle nous dit : Lève-toi des^ant les cheveux blancs , et crains ton Dieu ; je suis V Éternel, Je suis rÉlernel ! Oui , vous l'êtes, ô notre Dieu ! notre sou^rain maître; et vous seul, vous savez ce que vous voulez faire de l'homme; vous seul, vous savez ce qu'est le vieillard, ce qu'est le mourant, ce que nous sommes tous dans l'immensité de vos conceptions. Nous ignorons où et comment toutes les parties du vaste plan s'enchaînent, s'interrompent , se rejoignent encore; nous ignorons ce que sont les âges au milieu d'un temps qui n'a point de commencement, qui n'aura point de terme, et près xiir: a6

4o3 COURS

de la toute^puissance , près de celui qui a dil: Je suis V Étemel,

Disparaissez devant ces images de Finfim, vaines prétentions , toutes si passagères, dis^ paroissez; et qu'un triomphe d'un moment ne donne pas aux jeunes gens un orgueil ridicule. Encore un peu de temps, et ils seront pressés par leurs successeurs ; encore uu peu * de temps , et ils arriveront aux bancs du théâtre où se placent les rois détrônés.

£t vous que la religion nous ordonne d*honorer, ne contrariez pas des intentions si sages , en oubliant vqs obligations , en you& négligeant au milieu des hommes. Il est un plan de conduite qui appartient à votre âge, et dont vous ne devez pas vous écarter. Le respect auquel vous avez droit n'est pas ^ans conditions ; et nous savons tous <\i\q les relations sociales sont assujetties par leur nature à un échange d'égards et à des lois réciproques.

Vous laisserez aux jeunes gens un libre pas* sage dans la carrière de l'ambition et sur les routes delà gloire. Toutes lés disputes d'amour* propre, toutes les irivalités avec eux vous sont interdites; et ce n'est plus dans la carrière des

BJE MORALE RELIGIEUSE. 4o?

vanités du monde que vous pouvez espérer de marcher les premiers.

Les jei^nes geos , qui ne se refusent à aucun triomphe^ aimant à voir un homme d'un âge avancé s'essayer encore à iltiiter la grâce ejt les manières faciles; et ils encouragent ses illusions , ils applaudissent à ses tentatives ; mais c'est pour ^avoir autour d'eux des émules qu'ils vaiïMîroat ai;i tnomeBt où ils le voudront*

Il e&t une époque de ja vie où il faut s'abstenir des ornemens quiannoncent l'espoir ou le dessein de séduire encore par des avantages extérieurs; et les femmes, plus soupçonnées que les hommes de vouloir prolonger l'empire de la beauté 9 ne doivent faire aucune méprise de temps ni de saison ; ne doivent jamais risquer une prétention contestée , et s'exposer à perdre ainsi le degré de respect dont elles sont sûres à tous les âges. Et lors même qu'elles ré? duiroient leur intérêt et leur ambition au.

désir de plaire , elles doivent encore être dé<^ tournées de prendre dans leur automne les signes et les couleurs de leurs jours de triomphe. Q'est rappeler aux autres les dons qu'on a perdus ; c'est presque se faire suivre d'un simulacre de perfection auquel on ne res-« semble plus. Quelle politique \^

4o4 coufts

Il est pour nous 9 il est pour tous une am-^ bition propre à chacune des périodes que nous avons à parcourir ; et à mesure que notre nattiVe physique se dégrade, le moral de notre étrei devient notre unique fortune. Il faut s'y attendre, il faut s'y préparer ; et , sous ce rapport, Téducation du vieillard commence dès ses jeunes an nées. Il est néanmoins des défauts particuliers à Tâge avancé, et qu'on n^apprend pas à vaincre de bonne heure. L'humeur change souvent vers le soir de la vie ; les pertes successives qu'on a dû subir ; le délaissement graduel auquel on est exposé ; les infirmités , les douleurs; enfin, l'impression que-fait sur notre esprit l'approche de la mort , de cet événement lugubre! et tQujours si nouveau pour chaque individu , ce sont là des circonstances dont la réunipn peut altérer notre caractère ; et quelquefois on a besoin de se surveiller pour échapper à une métamorphose complète.

Vieillards infortunés, que pourrons-nous vous dire, si vous n'avez point de religion ; si l'ilK^ d'un Dieu ne sert pas à vous affermir ; .&i la piété ne sème pas l'espérance sur la route qu'il vous reste encore à faire ? Mais , avec ces doux sentiraens , vous réfléchirez dans la solitude , que vous avez(|parcouru la carrière de la vie ;

DE MORALE BELIGIEUSE. Ao^

que vous êtes à sa fin , comme d'autres le se-^ ront dans peu après vous , et comme l'a voulu la loi de la nature ; que vous êtes à là fia de celte via, digne .sfins doute d'être aimée par un homme vertueux et sensible^ que vous êtes à sa fin ; mais queJe Dieu de Téternité est ?!

debout dans l'univers, et qu'il vous regarde >

encore. .

yoilà comment le vieillard trouve au fond P.

de son cœur des cousolàtious ; voilà dsommen t : -

il peut conserver de la sérénité au milieu de r.

ses peines. Ah ! s'il est des hommes, qin, veïrs le déclin de l'âge , tieniient encore aU'*mohde des.m'émes Ueosque da^its leur jeunesse; s'il'éu est occupés seulement de supputer les pertes d'une, vie sensuelle:^ noxxs détournons, d'eux notre pensée* Qu'ils ne s'attendent pas. au! res- i^

pect, en- déduigniant.les convenances et les de- * ^

voirs,de.;leûr âge; et ilë Jie l'obtiendront pas '*

non. plus eâ se:mélant sans mesure aux plaisirs deiàt^eunesse.Xa bonté eaveri les autrea, la bouté parfaite, doit formée leur caractère; ma'isîce ït^est pas à eux, qu'il sied de vivjped-indulgenfe. ...

Il est même un t)rqemeDt absolumeat fié^ cessaire à la vieillesse, c'est la dignité dans les formes et dskns les manières ; nan pas celle qui

4o6 COUBS

repousse le^ autres , ou qui les intimide; mais la dignité qui, sidiiple et sans affectation , conserve à l'âge ses droits et sa préémioence. Aucuneexagération n'est permise aux vieillards; on veut que tout soit en eux mesuré comme le temps dont ils ont encore à disposer; et ils ne doiveats'unir qu'a;vec tempév»nceaux iatéréis d'un monde dont ils ne tarderont pas à se séparei^. ...

^ Une 'Vasté' perspective leur est encore, ou* verte, mais c'èat loin des hommes et d^ns la retraite qu'-ils peuvent en jauir ; ils voient, au m.iiieu de la société, les biens qui vont leur échaj^xer; ils apercevront dans la àolitude, et à, l'aide d'une niéditatioh religieuse , les biens pins 'pnécieux' dont l'avenir est dépositaire. O qu'elle est bielle eubore et digne de respect, la dernière fortune du vieillard I II emmenée à s'élpter au-dessus de liai me ; il s^'avance desr ténebi*es vers^la lânrière, et'dttsloiblesses de riiQBmie vers la perfection ^cile^te. Re<id6ns homtna|^ à son rang, ' rendons hommage ao vieillard; il est entre le mocide et l'éternité.

Ah ! qu'il soit bien avec lui-même ; que les espérances de la piété tie fuient point de^n eosur; et il v^rra sans etltoi lès stgties précurseurs 'de son grand passage. Et s'il étoit isolé

DE HORALfi RELmtEUSE. $07 ^

SUT la terre j s'il y â^oil perdu ce q^'il alnopoit,

11 se réjouiroit pcfxt*étre , en approchant de la t

seule cbaiicé ipii fatl ta cotïSolatiDit et le tou.*^

rage de^ aentîmens maUieiireux. ):

O Dkn 1 qui n'oublier: aucune de vos créa- •*

tùres , et qui les avez classées dans votre vaste plan arec une science dont nôtïs île po^v^ms H^esurer la profondeur, Vûtis ti^BÏmtfà&tinBTez point rhomme aux jouf$ de Sar vîeiïl#ii^> el '^^

il retrouvera soii Seigneur dans la nouvelle patrie où, selon l'ordre de la nature, il sera i^

bientôt appelé.

Heureux les fidèles qui , laissés encore quelques momens sur la terre, auront acquis le '".' droit, par leurs vertus, de recommander à la ^; bonté protectrice de l'Eternel, l'un un père chéri, l'autre un généraux guide; tou», un prince bu un magistrat qui auroit sacrifié ses années au service de l'état et au bonheur *t public. ç

Heureux aussi les vieillards qui seront accompagnés dans leur dernière route par les Jl bénédictions de lareconnoissance; et heureux, entre tous, l'ancien pasteur de cette églixSe, si, vous souvenant de son zèle , vous priez le Seigneur de le recevoir dans sa grâce. Ah ! combien de fois il a prié pour vous ! il le fait en-

4o8 coma

Gore de sa yoîx a£Foiblie ; et^ levant an ciel ses mains tremblantes, il. demande à l'Étemel qu'il répande sur tous la paix et la félicité; il loi demande , et avec ardenr, arec toute Tefiasion de son âme, de Yons maintenir dans ses ▼oies, et de vous rendre dignes par sa bonté, par son aide efficace , de loi présenter un joor avec confiance l'aveu de vos pensées, et le compte de vos actions.

DE* MORALE HELIGIEUSE. 4^9

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