REFLEXIONS PRELIMINAIRES
Lia nécessité de la morale se rapporte à la plus grande comme à la plus indestruclible des causes, à la nature même de l'homme.
Nous sommes appelés par la- diver^ilé de nos sensations à former des vceux continuels; et ces vœux ont dû se multiplier a mesure que les progrès du goût et de Findustrie, effets inséparables du temps, ont varié , ont nuancé les richesses de Fart et les fruits de la terre.
L'homme encore , par son organisation , n'est pas seulement enyieuz des biens qu'il cx>nnoît : l'imagination dont il est doué lui trace le tableau des choses qu'il ne voit point; et c'est par des fictions qu'il accroît encore le nombre de ses convoitises.
Cependant, avec tant de souhaits, avec tant
<f objets qui fiitiinut et qn icfltpIiMettt sa , soa aadictîoa icBCOBtre à tool so- Lt des ohstarIrs> La msftr ikMcair oà il a été placé n'est pas aa jardSLa cadkaaCé ou il poisse caeillirr cm se pnMscaaat^ teal ce qoi lui ptut^ U»t ce qai sédnit ses seas. Il fiot que le travail derîcaDe la pfeasicte soavce de ses plaisirs et de sa richesse; il £iat qoe les saisons secoodcnî ses espérances^ et il £ml encore cpe les frnits de son indnstrie soient aiis à Fabri de Finjoslice et de Tasarpatioau
Enfin^ rkoflsise^ en a c qncra nt la
de son esprit, en cpronrant ses âkxi en décoa^raat sortoat ses ■m>j< de pcrfccli on y a da clMrdb cr des rr l a l ions ha» bitneUes arec ses seasblables; et Fétat social^ né de ta r é ci procité des presaicrs besoins « s*cst afiieraii , sVst coosolkié par la cosMsnaîcation des toflsieres et par les étonnantes qne cette coosmunication a prodoiti
Voila donc FhossMe qoi se lirre à des in* téréu nonreaux : it rent de b iuetune, il vent des honneurs, il reut dn ponroir , il reut de la lonattpf ; et l\Ac:ivite de ses concurrens ne loi latme annan rrposL 11 attaque, il se défiend » il est en conlMt cuotiuuel . et le osonde se préite à lui tantôt OMi ne tin dhasp de bataille
pr]£liminaires. 5
où il peut distinguer ses ennemis, et tantôt comme un labyrinthe où il marche avec inquiétude 9 où tous ses pas sont incertains.
Quelle disproportion alors on aperçoit entre l'homme et l'immensité de ses rapports; entre l'homme et le nombre infini de combinaisons qui aboutissent à lui!
Comment seroit-il sorti d'une situation si compliquée^ si les lois de la morale n'avoient pas simplifié sa tâche; si elles n'avoient pas soulagé son esprit, en fixant d'une manière évidente la conduite qu'il devoit tenir dans le cours habituel de la vie ? Que seroit-il devenu sans un pareil guide? Il auroit eu à se demander et à mettre en doute , non pas de temps à autre , mais à toute heure et à chaque instant, s'il lui convient ou non de dire la vérité; s'il lui convient ou non de tenir sa promesse; s'il lui convient de garder ou de rendre ce qu'il a reçu; s'il lui convient de nuire sourdement à la réputation d'un autre, et de lui susciter des ennemis; s'il lui convient de dénigrer la vertu , ou d'en affecter le langage ; de pousser quelqu'un dans un piège, ou , cette fois, de lui donner un avertissement salutaire; de recourir enfin à telle ou telle fourberie, ou, cette fois, d'user de franchise. Ah ! qu'on se représente
6 A^FLCXIOVS
un honoTne prenant son intérêt à conseil, avant de se déterminer à aucune parole , à aucune action , et Ton verra que la réunion de toutes ses facultés ne pourroit suffire à un pareil examen, à un semblable travail. Et si telle étoit notre condition, le premier ministre d*un vaste empire auroit moins d'affaires que le plus simple et le plus obscur des particuliers.
Nous avons donc eu raison de dire que les lois de la morale étoient parfaitement appropriées à notre nature, qu'elles en étoient une dépendance. Et TOrdonnateur du monde avoit conçu le beau système de ces lois, quand il fit à rhomme le don de la liberté , le don d*un attribut qui seroit devenu notre tourment, si , toujours foibles, et ne devenant sages que par degrés , nous avions été forcés d'appliquer nos délibérations et notre jugement à tous les détails de la vie. L'Être suprême a éclairé notre autorité spirituelle par des lois d'ordre, comme il a éclairé notre autorité physique par un instinct qui nous aide à discerner les alimens salutaires.
Ces lois d'ordre ont toutes notre bonheur pour motif et pour but, mais notre bonheur considéré dans l'espace assigné à la route entière de la vie.
PHiLlHINAIB£S. 7
Les passions, pour nous gouverner, réunissent toutes nos pensées sur un seul moment, sur un seul objet ; et la sagesse , ce génie de la morale , voudroit , en nous donnant des conseils , que l'itinéraire de notre voyage au milieu des hommes, que le tableau de nos divers rapports^, fussent tracés devant nos yeux ; elle voudroit que l'avenir fût éclairé par nous comme le présent , le lendemain comme la veille. Aussi, plus nous serons forts en jugement et en prévoyance , et plus nous rendrons hommage à ce code, ancien autant que le monde, et dont la religion chrétienne a renouvelé les sacrés caractères ; à ce code d'obligations réciproques qui sert de soutien à Tordre social.
C'est à Fabri des lois de la morale , affermies et défendues par les lois civiles, que le cultivateur, sûr de recueillir sa moisson , travaille en paix toute l'année; qu'il provoque avec activité les libéralités de la terre, et qu'il multiplie ainsi les subsistances dont tous les hommes deviendront possesseurs, tous les hommes indistinctement , chacun par un échange, et sans aucun trouble, sans guerre et sans confusion.
Cest k l'abri des lois de la morale que le
8 BirixxiOBS
négociaiit éleod an loin ses pensées, cl s^abdindonne avec confiance aux spéculations de son génie, mr de IrouTer parfont des principes conserratenrs de sa propriété.
C'est a Tabri des lois de la morale qu'on lait usage de FaTcnir par des promesses; que la circidation des richesses s'anime et s accélère , et que tous les biens ont des s%ne& dont le mouvement semble imiter Faction de la parole.
Cest à Tabri des lois de la morale que les enfans profitent , par leur soumission , de Texpérience des pères; et qu'an sein des familles, entre les époux , uo principe d'ordre , un prin* cipe de réunion inspire de la patience , et de- ▼ient , pour le bonheur commun , une autorité réparatrice.
Enfin , c'est à l'abri des lois de la morale que le foible vit sans inquiétude auprès des pou«> ▼oirs dont la force serott en état de l'opprimer. Pauvres humains ! vous cherchez dans les institutions politiques une sauvegarde qu'elles ne peuvent jamais vous donner avec certitude , et vous oubliez que les lois de la morale sont tout pour vous; qu'elles sont la liberté, qu'elles sont l'égalité , qu'elles sont la meilleure représentation de vos intérêts.
PKiLlUlJXAlR'EB. 9
Oui, la liberté! car elle seroit aassi entière que le mélange des hommes peut le permettre, si chacun, dans se^ actions, observoit la li« mite de ses droits et de ses devoirs : chacun indistinctement, magistrats et subordonnés, j«unes et vieux , riches et pauvres.
Oui, Tégalité! car nous n'aurions des supérieurs que par fiction, si la même justice appartenoit à tous , et si les véritables sources du bonheur n'étoient jamais détournées.
Oui , la meilleure représentation de nos intérêts ! car où est la science qui surpasse en lumière l'esprit de la morale : et comment pourroit-on nous faire le moindre bien , en s'écartant de cet esprit?
Lois de raison et de sagesse, sublimes lois, qu'on ne peut étudier sans admiration! vous nous êtes venues du ciel; et, en réprimant nos passions, en les réglant , en les dirigeant , vous avez mis de l'harmonie entre la véhémence de notre caractère et cet instinct social qui sembloit d'abord incompatible avec les autres conditions de notre nature.
Enfin, loin que la morale doive nous paroitre l'ennemie de nos plaisirs , elle en est au contraire la bienfaisante régulatrice : elle nous recoaimande la modération , mais cette mo-
fO ftÉFUEXfOXS
déraiîoa neêt qu^une prodenle distiibotion , uae sage économie de nos moyens. Esl^re à DOS passions que nous accorderions notre confiance ? elles n'ont point de système » et ne r^nent snr nous que par emportement; et quand elles nous ont égarés, quand elles ont joui de notre aveugle obéissance , elles nous abandonnent â nos regrets. Nous essayons alors de nous reprendre aux conseils de la raison; mais tout le temps que nous les avons délaissés, nous avons perdu le contentement qui nait d'une parfaite harmonie entre les plaisirs et la sagesse, entre les faveurs de la nature et leur ménagement entendu.
Ces faveurs n'ont pas été répandues sur la terre avec confusion ; toutes ont leur temps et leur durée, toutes ont leurs limites, toutes ont un rapport i notre oi^anisation ; et c'est avec un sentiment d'ordre que nous devons en jouir. Voilà le devoir que les lois de la morale nous imposent ; et jamais ces lois ne sont en contradiction avec le bonheur auquel les hommes peuvent atteindre : les hommes, à la vérité, considérés non pas dans un état d'isolement, mais dans leur communauté sociale , dans cette grande relation où la jus* tice est absolument nécessaire.
PREUHIlf AIRES. 1 C
Réflexion importante, et dont les conséquences ont une grande étendue.
Les principes de morale sont simples; mais souvent leur influence sur le bonheur n*est pas immédiate : et c'est en les rapportant , comme nous layons déjà dit, au cours entier de la vie , que Texpérience a consacré leurs utiles services.
Ces principes avoient donc besoin d'une autorité; et la religion, par sa sublime essence, devoit remplir sur la terre une si auguste fonction.
Que la morale de raisonnement soit présentée seule à l'homme armé de toutes les facultés de l'esprit , il dira que c'est son affaire de distinguer le moment où cette morale seconde ses projets , et le moment où elle £aiit embarras dans sa route.
Que la morale de raisonnement soit présentée seule aux hommes passionnés, ils la considéreront comme une science abstraite qui ne sauroit convenir à 1 ardeur de leurs sentimens ; et Tétude même de cette science leur deviendrait importune.
Enfin , et par-dessus tout , que la mwale de raisonnemen t soi t présentée seule aux hommes, en si grand nombre, qui sont obligés de dé-
la BirLEXI05S
Toaer le» premiers instans de leurs forces h des travaux corporels , cette morale dépassera leor enteodemeot; et, faute de temps, ils ne pourront jamais en saisir ni Fenchainement , ni les motifs.
Les instituteurs qui rejettent l'assistance de la religion en enseignant la morale , s'efFor-> cent de montrer que Tintérét personnel s*unit k Tintérét public : vérité juste, mais coropli* quée dans ses développemens, et qu'on rangerait insensiblement au nombre des préceptes douteux et des maximes contentieuses , si la religion ne leur donnoit aucune sanction.
Il faut aux hommes, tels qu'ils sont et par leur nature et par leur situation dans Tordre social , il faut aux hommes une autre autorité que le raisonnement pour les attacher à l'ob* servation de leurs devoirs; car ces devoirs commencent avant que l'esprit soit cultivé, et au moment où nous avons le pouvoir de faire du bien et du mal.
Rien donc n'importe plus aux nations , aux communautés sociales, que l'alliance de la morale et de la religion. Elle est vénérable, celte alliance, et par le caractère de majesté que nous y voyons empreint, et par son magnifique but, l'ordre et le bonheur.
PRÏtlVIir AIRES. ] 3
Nous aurons à rappeler et à développer une vétité si importante dans le cours entier de l'ouvrage auquel ces réflexions premières ser* Tent d'introduction.
Et ne verrions-nous pas .déjà le danger et les suites funestes d'une opinion répandue avec autorité; d'une opinion qui établit une séparation absolue entre la religion et la politique, entre la religion protectrice de la moraie , et la politique , cette science de l'ordre social ? Ah ! comment , avec le même but , la politique et la religion pourroient-elles être désunies?
Mais l'opinion dont nous parlons, cette opinion singulière , naquit dans un moment où l'on reprenoit , où l'on renouveloit toute l'organisation du gouvernement , et l'on crut alors n'avoir besoin d'aucun autre aide que du génie de combinaison.
On se tenoit sûr au moins de fonder une autorité sociale, capable de garantir l'ordre public dans toutes ses parties, et habile encore à remplir ce but sans offenser la liberté. On ne tarda pas à découvrir qu'on s'étoit trompé.
Il n'est aucun pouvoir, même le plus absolu, qui puisse avec ses seules forces, être
l4 AiFLEZIOVS
le consenraleur de la morale. Il fait bien sa ronde autour des actions des hommes ; il la fait avec bruit et avec épouvanteroent, mais il ne sanroit parcourir qu'à grands pas un circuit de cette étendue. Il n*a pas, comme la religion , des surveiltans stationnaires; il ne règne pas dans la conscience des hommes ; il n*assiste pas au commencement de leurs projets et & Torigine de leurs pensées. Il impose aux scélérats hardis; il punit, il prévient les complots; il rend les routes sûres et les cités tranquilles : mais quel obstacle oppo* sera-t*il au dépérissement des mœurs et au progrès journalier de tous les vices ?
Les statuts législatifs ne peuvent aussi régir la conduite des hommes que d*une ma* uière forte et prononcée ; et c'est par des degrés insensibles , c'est par des voies obscures que la morale s'altère et que l'esprit public se corrompt.
Auroit-on présumé que , par un mouvement nouveau donné à l'opinion, son autorité, déjà plus active et plus subtile que l'empire de la loi , remplaceroit efficacement l'influence de la religion? Mais le genre d'opinion utile k la protection de la morale s'afFoiblit au milieu du système de l'égalité ; car il résulte de ce
PRiLIMIVAIRES. l5
système une telle multiplication, une telle continuité de prétentions ardentes que, Tattention à la morale devient au moins plus distraite.
Et peut-être encore que chaque gradation détruite, dans la hiérarchie sociale, dérange cette succession de supériorités qui, par une surveillance exercée de proche en proche, entretient les idées d'ordre. (*)
L'opinion même, aux plus beaux jours de sOn règne , u'auroit jamais pu suppléer à l'influence des idées religieuses. Ses armes sont l'estime et le mépris , et l'on j échappe sous le masque de l'hypocrisie. L'estime d'ailleurs a besoin d'un guide; et comment le trouVeraf»elle, si le beau même n'a point de principe fixe , et si la religion , sans aucun ascendant, sansaucun pouvoir, ne consacre plus d'unema* nière universelle les actions dignes de louange?
(^) Ing^ni^ttse succession! remarquable même sons un double rapport ; car si Ton considère les gradations w^ ciales dans leur descendance , elles sont , comme nous Tenons de le dire , une garantie de Tordre : et vues dans leur ascendance, c'est-à-dire , en remontant des derniers rangs jusqu'aux premiers , ces gradations alors résistent par une force Insensible à la plus grande des immoralités politiques , le despoti^e.
l6 mKFUOUOBS
L*esliine alors ne sera plos évaloée de la même manière, el par degrés on confondrm ses jouissances a^ec tous les autres avantages que l*on recherche ou qu'on dédaigne selon la mesure des sacrifices auxquels il &ut se soumettre pour les obtenir.
Enfin , si les récompenses de Testime n*ont rien de sensible, tien de figuré, et si elles sont toutes à distance , si le temps seul peut les réaliser, quel usage en ferem-TOUS avec cette grande masse du peuple dont les intérêts sont instans et les besoins journaliers ; avec cette multitude dont Fesprit , faute d'habitude , ne peut jamais saisir que foiblement les idées un peu composées ?
Le religion est Tunique puissance morale qui agisse fortement sur le peuple : elle a bien aussi ses images vagues et lointaines; mais elles sont rassemblées en traits frappans, dans Tiustruction qu'on donne k la classe nombreuse de la société. Les miracles dont l'homme est environné , ces merveilles qui le préparent à l'adoration dun Être suprême, et sa conscience qui le dispose k la distinction du bien et du mal ; voilà les premiers élémens de l'autorité religieuse ; et il est aisé k l'instituteur le moins instruit de s'en servir
PlUÉLIHINAIBES. I ^
efficacement, pour inspirer la crainte d*un Dieu et la soumission aux lois d'ordre.
Cependant le peuple qui , dénué de patri* moine et pressé de gagner sa subsistance par le travail ; le peuple en même temps qui regarde toutes|les supériorités de fortune comme des supériorités de bonheur et qui s'abandonne à Tenvie; le peuple enfin , tel qu'il est dans Tordre social, devieudroit insensiblement un composé d'êtres farouches, si l'on éteîgnoit devant lui la resplendissante lumière de la religion; s'il ne voyoit plus aucun culte, et si ridée d'un Dieu n'avoit jamais été jetée dans son cœur, si l'on avoit refusé de lui rendre cet éminent service, dans Tâge où les impressions sont faciles.
La liberté, au milieu des fausses idées qu'on s'en est faites si long-temps, a plusieurs fois été présentée ou comme un remplacement des idées religieuses , ou comme un bien d'un si haut prix qu'il devoit remplir à lui seul toutes nos pensées.
Il falloit donc, en la considérant ainsi, chercher la liberté qui plaît aux grandes âmes; la liberté qui prête à l'homme de la dignité; la liberté qui s'unit à la morale , qui s'accorde avec la sagesse : et si on l'avoit trouvée, xiii. a
|8 BiFLEUOHS
cette liberté, si on Tavoit obtenue, on raaroît honorée, on auroi| voulu la garder ; mais aucune liberté ne devroit rendre indifférent au secours bienfaisant de la religion.
C'éloit peut-éire à Tépoque et pendant la durée de l'esclavage , que la religion pouvoit paroitre moins essentielle au maintien de la discipline sociale. Chaque patron, chaque maître , à Taide d'un pouvoir sans bornes , fixoit alors impérieusement la conduite d*un certain nombre d'individus et la garautissoit; mais plus Phomme est dégagé de liens , plus il devient nécessaire que la religion le guide et le restreigne dans Tusage de ses forces.
Et une perspective lugubre vient s offrir à nos reganls , à la suite de ces réflexions. Ce n est pas sans doute le rétablissement de Fancien esclavage que Ton doit craindre aujour* d*hui ; mais on s'en rapprochera sous une forme dissimulée, si Ton éprouve que l'autorité la plus active ne peut contenir un peuple affranchi des liens religieux. Oui, l'on se procurera le silence et la subordination de Tesclavage , en levant, en entretenant d'immenses armées, en y jetant la jeunesse, en l'éloignant ainsi de la lutte des passions, en la soumettant au joug militaire , et eu se servant de ces
PB^LIMIITAIRES. 1 9
mêmes armées, de leur force rapide et violente, pour inspirer une crainte universelle. O quel remplacement de la morale religieuse, de cette autorité dont les commandemens étoient si doux, Faction si paternelle! Quel échange nous aurons fait! On nous a bien trompés.
Ah ! combien la liberté , la liberté dans sa majesté sociale, combien la liberté s^accordoit avec les principes d'une religion simple, rai* sonnable et pure! est-il rien de plus propre à élever Famé que Tidée d*un Dieu protecteur , d^un Dieu le maître du monde ? £st-il rien de plus propre à inspirer un noble sentiment de fierté ? Sera-ce un prince de la terre qui opprimera les pensées d'un homme religieux?
elles sont plus hautes que sa puissance. Serace un maître audacieux qui les subjuguera?
elles ont le ciel pour asile.
Est-il au contraire une liberté dont le règne pût être de longue durée au milieu de la corruption des mœurs, et au milieu d^une insouciance politique sur les moyens réparateurs qui naissent des principes religieux? La liberté deviendroit alors un sujet de dispute, un jeu pour toutes les passions ; on la sacrifieroit à un intérêt nouveau, ou elle resteroit
ao RÙ^LBxioirs
vendable à de bas prix; enfin , acquise peutêtre avec emportement, elle seroit défendue avec tiédeur, et perdue avec distraction. ^
La morale et la religion sont la garantie de nos biens les plus précieux. Et que seroit rhomroe lui-même, s'il existoit sans rapports avec un premier Être, avec une cause intelligente ; s'il étoit la créature de la poussière, s*il étoit un des jets innombrables d*une aveugle nature ? On pourroit encore s'occuper à le définir ; mais toute idée d'hbnneur et de gloire seroit à jamais séparée de son nom.
Enfin f se voyant lui-même comme perdu dans Timmensité, se voyant rejeté sur sa vie d'un moment par la vanité de toute espérance, il fuira jusqu'à l'aspect de l'avenir ; il se déplaira dans les idées sociales qui exigent de l'attente; et laissant là surtout l'intérêt public, qui revient à nous par un si long circuit, il ne vivra que du présent et se séparera de toute autre pensée.
Aucune vertu ne peut s'élever, ne peut exister à cette condition ; et la morale n'a plus d'autorité, quand on lui ôteson espace, quand on refuse ses récompenses éloignées, ses dé* domroagemens à distance.
C'est une superbe pensée primitive au mi*
pRÊLiHnrAiBZS. a i
lien de notre monde, que ce balancement mesuré entre les passions et la morale reli' gfiense, entre les impressions du moment et l^aspect de FaTenir. Étoit-elle inconnue, cette pensée dont les développemens ont tant d*étendue , Tétoit-elle aux hommes éclairés qui, de nos jours , se sont occupés sans passion des idées sociales? Us disoient cependant, ils disoient aussi que la religu>n n avait point de rapport avec la politique. O aveuglement ! Et la religion alors soutenoit encore Tordre intérieur de xs forces expirantes ; et la religion serroit encore les mœurs au moment où Ton renonçoit à son autorité, au moment où Ton ne rouloit plus faire entendre ses commandemens et k% préceptes.
Que sera Tavenir ? On s'en inquiétera peut-être , si Ton £ut avec nous une remarque importante.
Lorsque par degrés, et sous une domination tyrannique, la férocité se joignit à Tabandon absolu de tous les principes ; lorsqu'on insulta publiquement aux signes extérieurs de la religion; lorsqu'on livra des temples à divers genres de profanation ; lorsqu'on essaya d'avilir les ministres du culte , et qu'on les poursuivit avec cruauté; enfin lorsque
2a BÊFLtXlOXS
ces farouches eraportemens derimpiélé mar* quèrent le règne du crime, une partie de l.i nation se resserra dans robscurité vers Tidêe d'un Dieu protecteur; et de cette manière le foyer des ivlées religieuses fut conservé. Mai> dans un temps plus calme , la morale conti* nuant à se dégrader, et le malheur n^éveillaDt plus les besoins sensibles de Tàme , on verra la religion s'afFoiblir sans combats, s^affoiblir universellement et par degrés , au milieu de rindifTérence paisible dont Topinion publique les environnera.
Et se fait-on encore une idée de TefTet que produira larrivée successive des générations nouvelles, de ces générations qui n'auront reçu aucune éducation religieuse? Une invasion de ce genre , au milieu du monde social. nz jamais eu d*exemple , et le temps donnera peut être une terrible leçon , si les systèmes sur la religion qui dominent actuellement .
n'éprouvent aucun changement
Il est possible aussi que près d'un oubli absolu des opinions religieuses, il y ait par contrasteun redoublement d*e(Torts de la part des personnes restées fidèles k ces opinions ; et la nation se trouveroit alors partagée entre deux extrêmes ; Tincrédulité sans bornes de
PHÏLlMIHAfRES. 25
Fathëisme, et les exagérations dangereuses d'une aveugle dévotion. Combien on regretteroit, dans toutes ces suppositions, de n*avotr pas étudié plus soigneusement, s'il étoit vrai que la religion neût aucun rapport avec la po* litique; s'il étoit vrai que toutes les éducations de Fesprit dussent être encouragées et surveillées par le gouvernement, et que l'enseignement de la morale religieuse dût seul être excepté de cette loi ; s'il étoit vrai que la tolérance et l'indifférence fussent deux idées inséparables.
Les décisions sur ces diverses questions n'eussent pas été telles qu'on les a prononcées; n'eussent pas été telles, même au tribunal de la philosophie, si l'on avoit fait plus d'enquêtes.
Mais les hommes du temps, en se livrant sans réserve aux passions politiques, n'ont voulu reconnoitre que les autorités morales dont ils s'étoient faits les instrumens ; et ik oni applaudi des premiers aux systèmes qui inettoient lareligion hors des débats du monde. Aucun pouvoir aujourd'hui ne la protège; aucun intérêt social ne veut faire alliance avec elle; et la voilà déclarée, en quelque manière.
a4 REFLEXIONS
une opinion de fantaisie. Quel sort inattendu pour une si haute pensée !
Politiques et guerriers! vous croyez que votre science suffit au genre humain, et vous considérez avec dédain les idées religieuses ; mais dansTespace qu'elles comprennent, on vous aperçoit à peine. Et que seriez*vous encore au milieu de notre monde terrestre , si des divisions en souverainetés différentes n'avoient pas fait naître ces rivalités qui ont rendu vos talens nécessaires? Yeut-on bien connoUre la grandeur comparative des idées religieuses ; plaçons le parallèle , non pas dans une de nos cellules politiques, mais au milieu de Tunivers; et supposons en imagina* tion l'arrivée miraculeuse sur notre terre de quelques habitans de l'une des sphères célestes jetées, comme notre globe, dans Tioi* mensité de l'espace. Nous avons quelques momens la permission de leur parler, le moyen d'en être entendus. Quelles questions leur ferions-nous? Mettrions -nous de Tintérét à savoir si leurs princes vers l'Orient ont de plus grands états que leurs princes de l'Occident; s'ils se font bonne guerre; si leurs généraux, dans les batailles, font usage
PRléUMIITÀIRES. 25
de l'ordre profond, ou sHls aiment mieux Tordre mince; s'ils connoissent nos boulets serpentans, nos mines souterraines; s'ils ont la conscription ; s'ils ont le feu grégeois ; de quelles armes enfin , de quelles armes des-tructives on se sert dans leur monde? Non, ce n'est pas là sûrement la curiosité que nous leur montrerions; nos guerriers mêmes et nos politiques auroient d'autres pensées.
Ifous voudrions tous apprendre d'eux, si, doués de facultés particulières, ou éclairés par une révélation , ils n'ont aucune notion de plus que nous sur l'origine du monde, sur l'existence d'un Être suprême et sur les vues de la Providence : nous désirerions être instruits de leurs conjectures sur l'avenir, de leurs espérances, de leurs idées religieuses, et de l'influence de ces idées sur leur système social.
Voilà rhomme et ses grands intérêts : et c'est par une primauté accordée à des sentimens d'habitude que nous nous montrons les uns aux autres sous un aspect différent.
Ceux-là donc sont petits , et misérablement petits, qui sont honteux de manifester leurs inclinations religieuses ; honteux d'avouer que le secret de l'univers les occupe; honteux d'avouer que l'idée d'un Dieu , d'un moteur
aG iiÉFtcxioirs
Aouverain , 6*allie à leur raiHon et soumet leur respect
Oui, c*eAt une indigne foiblesse, de trenibler devant le» ria inoqueurfl de gêna qui en aaven t ai peu aur noa intéréta, qui en aavent ai peu aur notre deatinée, et qui voudroient nous attirer en entier au culte de leura opinions. Certea , lea philoaophes religieux , en présence dea phtIoAophea politiques , auroient de quoi leur rendre pitié pour pilié, et mépris pour mépria.
Ne vous découragea donc point, amis de la religion, en voyant qu'elle a été traitée avec indifférence par des législateurs, et au milieu d'une nation éclairée; car ces mêmes législateurs ont commis des erreurs sans fin ; erreurs en morale; erreurs en politique; er« reurs en finance, en commerce, en crédit, et toutes attestées par Texpérience. Et peut* être qu'ils se seroient préservés de ces erreurs, si, fiaant haut leurs pensées, ils s*étoieiit occupés avec gravité des idées religieuften; H*ils avoient examiné ce qu'étuient ces idées k la morale; ce qu'étoit la morale à la politique. Il est des vérités d*une si grande origine , que leur étude ent féconde en découvertes utiles ; utiles aux hommes , utiles aux sociétés.
Mais toute l'Europe a remarqué avec quelle dégradation insensible on a laissé là le nom même de l'Être suprême : on eût dit que des maîtres d*un jour, des législateurs temporaires, étoient jaloux de la puissance éternelle. O folie des folies !
Je crois que ces différentes réflexions sont une introduction naturelle au nouvel ouvrage que je publie; mais je voudrois encore qu'elles me servissent d'excuse , si mes forces ne répondoient pas à l'importance de l'entreprise.
Certainement je me suis proposé un but utile , car il importe pins que jamais de donner de l'autorité aux principes religieux, et de les fixer dans l'esprit de la génération présente. J'ose rappeler que j'ai déjà traité ce sujet une fois , et au milieu du tumulte de la société : je le reprends aujourd'hui dans le silence de la retraite ; et peut-être qu'en deux situations si différentes, on considère sous deux aspects toutes les choses de la vie.
Ce fut entre mes deux ministères, qu'effrayé du progrès des idées nouvelles, je composai le livre rfe V Importance des opinions religieuses. J'ai suivi le même cours de méditations, mais en le dirigeant essentiellement vers les devoirs
38 RKIUXIOXS
de la morale, de la morale publique et particulière.
Tat divisé mon ouvrage en discours : et si j^ai de plus adopté une forme oratoire , une forme étrangère aux habitudes des gens du monde , ce n^est pas que je me croie aucune aptitude particulière à un genre nouveau pour mot; mais, considérant les idées religieuses comme tout ce qu'il y a de plus sublime dans le spectacle intellectuel offert à nos regards , j'ai cru que pour en parler dignement , il falloit s'aider de toutes les facultés de notre nature ; la raison , le sentiment et l'imagination : et le discours oratoire est le seul peut* être qui en présente le moyen, dans les sujets religieux.
Il y a de plus des beautés d'un si grand caractère dans beaucoup de paroles de la Bible, qu'on les rappelleroit de choix , même dans un ouvrage purement philosophique.
Il m'a semblé encore, qu'en prenant un texte pour guide , et un texte tiré des Livres saints, on acquéroit plus 'd'assurance ; car, au moment où l'orateur l'a placé devant ses yeux , il croit avoir une tâche nécessaire, un devoir à remplir , et il ne songe plus i la mesure de ses forces.
Dois-je aussi l'avouer? Fatigué des arides
PRiLIMIlTAIRES. 3g
abstractions du temps présent , j'ai senti de la répugnance pour le style de nos controverses didactiques , et j'ai aimé la nécessité d'un langage plus ardent ou plus élevé.
Je n'ai pas cependant négligé les réflexions philosophiques qui s'unissoient naturellement à chaque sujet , et j'ai pu le faire avec d'autant plus de convenance , que ces discours sont destinés à être lus, et qu'ils embrassent un système suivi d'instruction : c'est là même ce qui doit les distinguer essentiellement des recueils de sermons; car, dans aucun de ces recueils, il n'existe un enchaînement entrje les diverses matières traitées ]>ar l'orateur; et souvent l'on y trouve les idées fondamentales de la religion précédées ou suivies d'une dissertation purement mystique, ou d'une discussion de controverse : le lecteur alors ne peut se former à lui-même un plan d'étude et de méditation, et il échappeaussi trop subitement aux impressions qu'il reçoit.
Enfin, les jeunes ecclésiastiques, comme tous les autres hommes, pressés de se faire connoitre et d'attirer sur eux l'attention, ont souvent agrandi leurs premiers sujets ; et de cette manière ilsontdépouillé les secondsdesrichesses qui leur appartenoient naturellement.
3o BiFLEXIONS
Il est un usage observé dans les discours oratoires sur la religion , et dont je me suis écarté. On associe constamment l'autorité de la révélation aux instructions qile nous donnent Tesprit et la réflexion ; mais la nature de mon plan m^obligeoit à suivre une marche différente. Tai d'abord emprunté de la seule raison les lumières qui dévoient m'aidera fonder l'autorité de la morale religieuse ; et j'ai montré ensuite , d'une manière générale , l'heureuse assistance que le christianisme prétoit à la religion naturelle.
Les textes dont j'ai fait choix, et par leur enchaînement et par la force de l'expression, m'ont paru former à eux seuls un code succinct de morale religieuse. On les a rassemblés dans une table placée immédiatement après ce discours préliminaire ; et si l'on trouvoit qu'entre les paroles remarquables des Livres saints, les plus douces et les plus sensibles eussent guidé mes réflexions, on jugeroit de cette manière, à l'avance, du genre d'enseignement auquel j'ai donné la préférence.
J'ai supposé, par une fiction permise , qu'un pasteur , et un pasteur d'un âge avancé, prononçoit les discours dont cet ouvrage forme la réunion ; et comme je me suis ainsi trans-
PRELIMIir AIRES. 3l
porté dans la situation d'un orateur religieux, eu empruntant le langage de la chaire, j'ai rempli les conditions de convenance que la gravité des sujets m'imposoit.
Je me suis placé , sans dessein , au milieu de la France, en composant ces discours , parce que ma pensée est le plus souvent là; et en portant ma réflexion sur les principaux devoirs de la morale , si je me suis approché quelquefois des circonstances politiques, ou avec une émotion douloureuse, ou avec un sentiment (findigiiation, on n'oubliera point, en le remarquant, que plusieurs de ces circonstances ont changé durant le cours d'une composition prise et reprise à divers momens , dans l'espace de trois ou quatre années.
Le spectacle affligeant que j'ai eu souvent devant les yeux , et des observations générales , m'ont laissé une opinion que je soumets aux esprits éclairés. Les idées religieuses , un des premiers élémens de l'harmonie sociale , sont peut-être plus nécessaires à la nation française qu'à tout autre peuple. Cherchez en effet ce qui peut manquer à cette nation pour son propre bonheur : ce n'est pas certainement des qualités brillantes; la nature lui a donné tous les genres d'esprit , tous les moyens d'atteindre
3 a RBFLEZIONft
à un but, même nouveau pour elle; mais ses mouvemens animés , et en même temps ses aperçus fins , délicats et flexibles , sont peutêtre en contradiction avec la stabilité qu*ez logent les sentimens et les opinions* Voyez comme elle s'est conduite en politique : c'est presque toujours avec son imagination qu'elle a manié les idées colossales de liberté, d'éga-> lité , d'hérédité, de représentation nationale. Aussi, faisant des lois avec rapidité , c'est ea peu d'années qu'elle a parcouru le cercle social ; et pourtant, arrivée au point de lassitude, je ne sais si l'on pourroit encore désigner , avec une pleine confiance, son dernier avis et son dernier souhait.
Dira-t-on qu'on auroit tort de reprocher un manque de tenue , un manque de sérieux , du moins, à une nation où , pendant un trop long intervalle, les controverses politiques ont pro» duit des violences sans bornes, des atrocités sans modèle ? Mais l'histoire verra dans ces excès les symptômes d'une épouvantable ivresse, et n'y trouvera la preuve d'aucune disposition à des idées fixes. Le sérieux , dans les affaires publiques , se caractérise d'une manière absolument opposée : on le distingue à une juste mesure, à une sage appréciation des
choses et de leurs rapports ; à une constance surtout , Teffet d'une Tolonté ferme et d*une détermination approfondie : on le reconnott à ces traits ; jamais , ou rarement , à la ▼éhé^ menée des actions ou à Texagération des pa* rôles.
II £int donc à une telle nation , plus qu*à aucune autre , une loi majestueuse , antique et immobile ; une loi propre à lui imposer; une loi qui la retienne autour de Tordre social , ou qui Vj rappelle après des excursions passagères. Il faut en même temps, et toujours au « milieu d'une telle nation , il faut, par un mélange singulier , ouvrir un grand espace à Fimagination ; mais un espace où Ton puisse s'aban« donner sans risque , où l'on puisse s'abandonner en derenant meilleur.
Je ne vois que la religion capable de remplir ces diverses conditions ; la religion affranchie , comme elle l'a été par le temps , de riololérance fanatique, de cette funeste addition que les hommes j avoient fsiite; la religion rendue à sa belle nature; la religion enfin telle que le christianisme nous l'a donnée, chef-d'œuvre de morale , et que tant d'idées magnifiques, tant d'espérances environnent :
religion majestueuse par sa simplicité ; et reli« XIII. 3
34 iuSflexio5s
gion antique, non pas seulement à cause de son époque première, à dix-huit cents ans de distance , mais à cause de son intime affinité , de sa pure union à l'idée éternelle d'un Dieu , d'un seul Dieu, l'auteur , le génie du monde.
Et pourtant cette nation, qui, seule entre toutes , a été soudainement dispensée de rendre un hommage éclatant au Maître de la na*ture ; cette nation qu'on a youlu faire ingrate envers l'Être suprême , avoit-elle été abattue par la misère , découragée par ses privations ? . et , dans les distributions de la Providence , avoit-elle paru déshéritée ? Ifon , non , elle étoil appelée plus qu'aucune autre à l'espoir et à la reconnoissance : tout lui avoit été donné, riche sol, beau climat, air suave et tempéré , fruits précieux , fruits divers , et plusieurs en patrimoine exclusif; situation encore au centre de l'Europe, et au milieu des nations les plus civilisées ; communication en même temps avec les extrémités du monde, à la faveur des mers qui baignent ses rivages ; enfin , tant de richesses du domaine moral ; esprit inventif, pénétrant , animé ; la patience unie au courage ; l'oubli si prompt après ses peines ; et , en modèle aux autres peuples , toutes ks parures de la grâce et de l'imagina-
PRiUKIir AIRES. 35
tion. Certes elle avoit été bien douée, cette nation ; et nous avons pu dire avec raison qu'aucune n'étoit plus appelée au sentiment précurseur de la piété , à la reconnoissance.
Qu'elle me pardonne donc de l'avoir eue particulièrement présente à ma pensée dans le nouvel essai que je fais de mes forces pour ranimer l'esprit de la religion. Et si , au milieu des sentimens tumultueux où tant d'événemens l'ont placée , son attention ne pouvoit être fixée par aucune idée générale , nous lui dirions que des réflexions sur la morale religieuse sont aujourd'hui d'un intérêt prochain ; qu'elles appartiennent essentiellement à la force et au bonheur ; qu'elles ont même un rapport immédiat avec les finances et avec les débats politiques. Fondez en effet , fondez ^ élevez sur une double et triple base la justice et la vérité ; et la confiance naîtra d'elle-même. Fondez encore, fondez, élevez sur une double et triple base la justice et la vérité ; et les premiers soutiens de vos droits réciproques une fois affermis , ce sera par-delà les colonnes de l'ordre social que les ambitieux se disputeront l'honneur ou le plaisir de vous gouverner.