GOURA
d'esprit , que, croyant formera vous seul un point historique^ les ressemblances éternelles entre les temps et les hommes échappent à votre Attention ; et Tautorité de Texpérience vous semble une fiction , ou une vaine garantie destinée uniquement au crédit des vieillards et aux dernières jouissances de leur amourpropre. Quelle erreur est la vôtre ! Le monde, ce vaste théâtre , ne change pas d*acteurs ; c*est toujours rhommequis*y montre en scène; mais rhomme ne se renouvelle point, il se diversifie ; et comme toutes $es formes sont dépendantes de quelques passions principales dont le cercle est depuis long-temps parcouru , il est rare que , dans les petites combinaisons de la vie privée , Texpérience , cette science du passé , ne soit la source féconde des ensei* gnemeus les plus utiles.
Honneur donc aux pères et aux mères , bon* neurà eux, et honneur et respect; nefùt*ce que pour leur règne passé, pour ce temps dont ils ont été seuls maîtres, et qui ne re* viendra plus ; ne fût-ce que pour ces années k jamais perdues , et dont ils portent sur le front Tauguste empreinte : Lève-toi devant les cheveux blancs , et honore le vieillard ; et crains ton Dieu , je suis r Étemel.
DE MORALC RELICIKUSE. S^O
Voilà votre devoir, enfans présomptueux, et qui paroissez impatiens de courir seuU dans la route de la vie. Us s'en iront , vous n'en pouvez douter, ces parens qui tardent à vous faire place; ce père, dont les discours ont encore une teinte de sévérité qui vous blesse ; cette mère dont le vieil âge vous impose des soins qui vous importunent : ils s'en iront, ces surveillans attentifs de votre enfance , et ces protecteurs animés de votre jeunesse : ils s'en iront , et vous chercherez en vain de meilleurs amis : ils s'en iront , et dés qu'ils ne seront plus , ils se présenteront à vous sous un nouvel aspect ; car le temps , qui vieillit les gens présens à notre vue , les rajeunit pour nous, quand la mort les a fait disparottre ; le temps leur prête alors un éclat qui nous étoit inconnu : nous les voyons dan& le tableau de l'éternité où il n*y a plus d'âge « comme il n'y a plus de graduation ; et s'ils avoient laissé sur la terre un souvenir de leur vertu, nous les ornerions en imagination d'un rayon céleste , nous les suivrions de nos regards dans le séjour des élus, nous les contemplerions dans ce$ demeures de gloire et de félicité ; et , près des vives couleurs dont nous composerions leur sainte auréole, nous nou&
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trouverions effacés au milieu même de nos beaux jours, et au milieu des triomphes dont nous sommes le plus éblouis.
Ah ! qu*elle est vaine et ridicule, cette jeunesse , dans ses seutimens d'orgueil et dans la supériorité qu'elle s'adjuge sur les vieillards, sur les hommes qu'elle voit descendre au sépulcre, et dont elle envahit le domaine! Quels triomphes poiirroient donc se partager entre eux les divers successeurs à cet instant que l'on nomme la vie ? Ils se touchent dans le grand espace des temps, et encore plus dans ce fleuve rapide^ ce fleuve allégorique où leur mémoire va se perdre.
Il n'y a d'homme jeune que l'homme juste , l'homme religieux ; car lui seul peut vivre d'espérances jusqu'à son dernier moment; lui seul peut croire à de longs jours ; lui seul peut voir dans sa fin le plus beau des cornmencemens.
Et vous qui , emportés par des passions ar* dentés, ou follement asservis aux opinions licencieuses de notre siècle , voulez prendre pour seul guide la philosophie de l'intérêt personnel , vous devez encore méditer les parôles de notre texte , et y chercher une instruction : vous le devez, en ne songeant qu'à
DE MORALE BELIGIEUSE. 38 X
voas ; car dans le cours borné de cette vie où Totre attention se concentre, vous serez pères un jour; et l'exemple d'ingratitude que vous aurez donné dans votre jeune âge , vous laissera peut-être sans défense contre l'ingratitude de vos enfans.
Pourriez-voiis en effet appeler la morale à irotre aide ; pourriez-vous l'employer à l'appui de vos droits paternels , quand vous l'auriez dédaignée au moment où elle vous astreignoit à des devoirs, et à des devoirs précisément semblables aux obligations dont vous voulez que les autres soient tenus envers vous ? La grande autorité de la morale est dans son unité constante , et dans son aplication universelle; elle ne se plie point en tous les sens , comme les raisonnemens des hommes : majestueuse et fière, elle n'est plus, au moment où son empire cesse d'être absolu.
Fils ingrats ! la punition dont vous serez les instrumens sera terrible ; elle le sera, si votre père , en butte à vos dédains , ne peut trouver dans ses souvenirs aucune consolation ; s'il a la conscience de l'abandon où lui-même il a laissé les auteurs de ses jours ; et s'il croit que le ciel vous a choisis pour être leurs vengeurs.
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Ah! fussions-nous réduits aux idées DAta* relies , n*eussions-nous encore aucune des lu* inières de la religion , comment ne serionsnous pas entraînés à penser que l'ingratitude filiale est une des plus grandes offenses envers l'ordonnateur souverain du monde moral? Il semble , en effet , qu'une foible empreinte des vues générales du Créateur ait été marquée dans l'esprit de famille ; dans cet esprit, lorsqu'il est encore pur, lorsqu'il conserve à nos yeux son caractère primitif. Innocence et foiblesse d'une part, cette condition de l'enfance; amour et protection de l'autre, ce premier instinct des pères ; voilà l'image imparfaite des rapports de l'homme avec la Divinité.
Et si vous tourniez vos regards vers l'Être suprême, si votre âme étoit remplie uniquement de lui , nous pourrions vous dire de même , et en empruntant les paroles de notre texte : Que lui donnerez-vous en récompense ^ au prix de ce quil a fait pour vous? Oui , ces paroles , par une juste application , nous rappellent aussi les relations des enfans de la terre avec leur père céleste, avec l'Ltre uni* que et sans parallèle , auquel ils ne peuvent rien offrir, ni en échange ni en ressemblance de ce qu'ils ont reçu de lui.
Rëjouissons-nous en voyant, à l'origine et au terme de nos méditations , à l'origine et au terme de nos intérêts les plus précieux, en voyant partout le Dieu qui nous gouverne.
Oui , sa haute sagesse, sa bonté, sa puissance, tant de perfections , et le cercle lumineux qu'elles décrivent, les instructions qui en naissent, les espérances que nous y attachons, cette effusion d'idées magnifiques, donnent de la vie à la morale et adoucissent pour nous tous les devoirs : elles nous présentent comme un moyen de plaire à l'Être suprême, comme un sujet de récompense, nos obligations les plus faciles, notre amour, notre respect pour les auteurs de nos jours; enfin, notre obéissance aux penchans les plus naturels.
Heureux les enfans qui pourront dire un jour en s'approchant du tribunal céleste : O Dieu ! nous n'avons pu , foibles mortels , élever nos pensées jusqu'à vous avec autant de constance et de ferveur que nous le devions : vos perfections, votre majesté, étonnoient notre entendement ; mais vous nous aviez donné des guides , et noiv|les avons suivis; des pères , et nous les avons aimés. O notre juge ! daignez les entendre, daignez recevoir leur témoignage, et qu'ils nous servent encore en ce
grand jour. Ah! vous l'obtiendrez, ce lémcw gnage, enfans déjà bénis sur la terre à cause de votre piété filiale : un père tendre , une inèresensible,onteu pour récompense de leurs vertus la permission de plaider votre cause : ils se tiennent à genoux dans les parvis célestes j afin d'implorer pour vous la miséricorde divine ; et c'est encore le nom de leur enfant qu'ils prononcent au séjour de Télernelle paix : leur amour survit aux idées terrestres , qui toutes se sont évanouies pour eux ; et cet amour est la seule chaîne qui les unit à leur existence passée.
O douces et sublimes affections ! le commencement et le type de notre immortalité , vivez dans le cœur de l'homme; et par votre association à toutes les vertus généreuses, élevez, animez notre faible nature, et rendezla digne de sa dernière destination.
Hélas ! pour divers d'entre nous , déjà Tàge de la mort s'approche , et les portes de l'avenir s'entr'ouvrent; nous voilà prêts à obéir, et nous quitterons avec résignation toutes les pompes de la terre ; mais vous pardonnerez, ô notre bon , notre souverain maître ! vous pardonnerez à ce vieillard les larmes qu'il verse en disant à ses enfans un dernier adieu ;
DE MORALE BELIGIEUSE. 385
VOUS lui pardonnerez le déchirement qu'il éprouve , et le regard qu'il jette sur eux; vous lui pardonnerez, s'il s'efforce encore, en expirant , d'étendre ses mains défaillantes sur une famille éplorée qui demande à grands cris sa bénédiction : ce n'est point là le monde et ses vanités qui le retiennent ; il aime , jusqu'à sa fin , ce que vous lui avez donné à aimer; il s'abandonne aux sentimens que vous avez gravés dans son âme, aux sentimens qui dérivent de vous , et qui ramènent à vous.
Dieu puissant! faites prospérer les bénédictions des pères, et donnez à la voix du juste l'autorité nécessaire pour rendre encore imposantes les leçons de la vieillesse. Dieu de bonté ! répandez la paix au sein de nos familles, afin que les en/ans , et les enfans des enfans soient la couronne du vieillard ^ et afin qu'ils paraissent comme des plantes d'oliviers autour de sa table. Dieu de bonté ! répandez la paix au sein de nos familles, et qu'une douce piété , ce nœud de toutes les affections , fasse de nos maisons autant de temples où le nom du Seigneur soit loué, où ce nom, ce saint nom , éveille chaque jour Jiotre reconnoissance. O reconnoissance ! nous le dirons encore , nous le dirons en terminant ce dis- XIII. ^5
38G couBS
cours , comme nous Favons hït en comment cant notre méditation ; ô reconnoissance !
émodon des âmes pures , et vertu des cœurs fidèles y Yous serez notre premier sentiment et notre sentiment chéri, puisque Dieu Tagrée; ô reconnoissance! dcTenez notre guide dans toutes les situations de la rie : instruisez Fenfant i respecter les paroles de son père ; le jeune homme à vénérer le vieillard; le peuple à défendre ses magistrats ; les citoyens à servir leur patrie , et que tous les fils de la terre , les hommes de t Orient et de V Occident ^ s^unissent et se répondent pour adresser des cantiques à leur commun
I)£ MORi^LE RELIGIEUSE. 887
DISCOURS IV
Des sentimens de respect dus à la vieillesse.
Lève-toi devant les dieveux blancs et bonore le vieillard , et crains ton Dieu. Je suis r£ternel. LéfUlque^ Chap* 19^ f. Sa.
Le précepte sacré que notre texte renferme et les devoirs qu'il nous impose, s'unissent, à l'aide des réflexions les plus naturelles, non* seulement aux premières idées de morale ^ mais encore aux instituts politiques, aux dispositions conservatrices du gouvernement so* cial. Nous traiterons, sous ce double rapport, le sujet qui doit occuper aujourd'hui votre attention religieuse.
Vous avez intérêt à cette méditatioir, vous qui, jeunes encore, formez déjà des vœux pour une longue vie ; vous qui , la veille , appelez le lendemain, et ce lendemain, le jour qui le suit; vous qui désirez avec impatience de marcher en avant , de faire un nouveau pas dans la carrière où vous êtes entrés ; vous ne pourrez être exaucée sans arriver à
l'âge où Ton n'obtient plus des ^ards par sa force et par sa puissance ; sans arriver à ce terme où les mœurs et les lois deviendront votre unique défense contre Tesprit indépen* dant de vos successeurs , contre les pensées dédaigneuses des brillantes cohortes qui viendront, à leur tour, qui viendront comme vous , prendre possession de la terre.
Nous aurons aussi des conseils à donner à la vieillesse : nos cheveux blancs nous le permettront, notre sujet nous le commande; et nous montrerons que , pour attirer le respect des jeunes gens^ pour être honoré d*eux, pour jouir des consolations qui appartiennent à l'âge avancé , on a des devoirs à remplir , on a des règles de conduite à observer.
Et nous tous indistinctement, nous serons reconnoissans envers la religion , qui vient constamment au secours de la foiblesse, qui nous ordonne d'honorer le vieillard , et qui, pour imposer aux jeunes gens orgueilleux de leur âge , leur fait entendre ces mots : Je suis l'Éternel, et rapproche ainsi leur règne éphémère de l'existence infinie et d'une idée sans bornes, d'un temps sans commencement et sans fin.
C'est une belle idée de morale, que la re-
coraniandation faite au-x jeunes gens d'honorer et de respecter la vieillesse. Ils en avoient besoin : leur âge est celui des distractions ; et ils vivent avec une telle force dans les passions qui les dominent , que leur propre avenir devient souvent pour eux un étranger; et les vieillards y dont l'intérêt n'est pas leméme, dont le calcul est différent, leur paroissent d'une autre race. Ils puisent le temps sans mesure y pour me servir de la belle expression d'un moraliste moderne (^) , et Us ne songent pas que bientôt il n'existera plus pour eux , que pour eux aussi il aura son terme.
Et si nous le regardons en arrière, ce temps , nous serons effrayés de la rapidité de son cours : nous vous parlons, et il marche; nous vous parlons, et il a passé. Fixez*le , jeunes « gens , si vous le pouvez ; mais vous l'essaierez en vain : renoncez donc à la' vanité que vous donne une possession éphémère.
C'est un instant qui vous sépare de nous ; c'est un instant qui sépare les générations les unes des autres;^ un instant dans la vaste durée des siècles ; un instant dans l'immensité qui nous environne.. Venez donc traiter avec
(*) Madame Necker, Réflexions sur le Di\H>rce.
Sqo cours
nous de pair à pair, et ne rejetez pas ces dépouilles de Texpérience , que les vieillards vous apportent; elles ne sont pas inutiles à ceux qui se présentent aux premières barrières de la vie , et qui , avec la volonté de tout en* vahir , ont pourtant le besoin de tout connoltre. Jeunes gens , on vous demandera bien peu pour les conseils qu'on est prêt à vous donner : on n'attend de vous que des égards ; et quand votre présomption vous détermine* roit à refuser cet échange, un sentiment de reconnoissance vous prescriroit, vous com* tnanderoit d'honorer la vieillesse..
Nous avons rappelé dans notre Discours précédent la dette sacrée des enfans envers leurs pères ; aujourd'hui nous avons à retra- • cer les obligations de tous les hommes indistinctement envers leurs devanciers dans la carrière de la vie ; les obligations mêmes d'une génération efMSre envers la génération qui précède.
Il est sans doute des exceptions à ces principes généraux : mais vous les verrez comme nous ; et nos réflexions, exemptes de censures particulières , doivent s'appliquer uniquement au cours habituel et à Tordre commun de nos relations sociales*
DE MORALE BELIGIEUSE* SqI
Je demande au cultivateur si Théritage dont il jouit n'a pas été préparé, fécondé par le travail de ses pères? Je lui demande si d'âge en âge le versement continuel de nouveaux engrais et de nouvelles terres n'a pas rendu productif un sol autrefois stérile, et qu'il voit couvert aujourd'hui de resplendissantes moissons? Je lui demande si les granges 'où il met ses grains en réserve, où il les accumule d'un air de triomphe, ont été construites de ses mains ou de ses épargnes ? si les canaux divers qui arrosent et fertilisent ses prairies ont tous été son ouvrage, ou le résultat de son industrie? si les vieux ceps , l'honneur de sa vigne, datent du jour de sa possession? s'il a planté ces arbres qui entourent son habitation et s'élèvent au-dessus d'elle; ces arbres majestueux, mais qui plient maintenant sous le poids de leurs propres richesses?
Hélas ! je le vois , ce vieillard à qui vous devez peut-être la plus grande partie de tous ces biens ; il recueille à l'écart et sur un banc isolé les rayons du midi; il présente à leur chaleur vivifiante se» membres engourdis et son front dépouillé. C'est là qu'il voit passer les chariots où ses fils ont entassé les fruits de leur récolte et les trésors de l'année. Les
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bœufs qu*il a nourris ont peine à traîner, k faire avancer ce riche butin, et déjà Ton ne songe plus à lui. Il n*est plus que le vieux bonhomme , pour me servir d*une expression vulgaire : il est hors du temps présent; il est marqué du moins comme tel ; et les nouveaux venus , tous gens de Tavenir par leurs espérances, n'ont aucun temps à donner à des services passés.
Que dirons -nous à ces ingrats? Lève-toi devant les cheveux blancs et honore le vieillard, et crains ton Dieu. Je suis V Éternel.
Je sors des habitations du paysan; et promenant mes regards dans les villes, je demande aux heureux citadins, ou à la plupart d'entr'eux , si an milieu de toutes les douceurs de l'aisance , au sein du luxe et de sa mollesse, leur pensée s'écarte jamais d^eux«roéroes ? Je leur demande s'ils songent une seule fois que les vieillards, dont ils remarquent à peine l'existence , ont été les artisans d^une portion des richesses de la société ? s'ils songent une seule fois que l'accumulation de ces richesses est le résultat d'une succession de travaux auxquels ils n'ont pas concouru ?
Non, sans doute, ils n'y songent point; toute leur attention est dirigée sur la fonction de
DE MORALE ftELIGfEUSE. SgS
propriélaire et de rentier, dont ils se sont troovés investis par héritage , et quHls exer* eent si commodément Leurs r^ards sont concentrés dans Tarrondissement de leur for-^ tune et de leur bien-être; leur intérêt ne iiétenà pas plus loin, et les vieillards ne sont pour eux que des détenteurs trop persévérans d^an capital ou d^un revenu dont la race nouvelle est pressée de jouir. Qu ils sont à plaindre, ces vieillards, an milieu des principes du jour ! Il s'en faut peu qu'on ne leur demande explication de leur longue vie , et qu'on ne les cite au tribunal des opinions nouvelles , €X>nime des particuliers indiscrets , ou des débiteurs en retard.
Ce n'est pas uniquement l'avidité des ricfaesses qui nous rend ingrats et injustes en* vers nos prédécesseurs ; l'amour de la gloire et de la célébrité exalte souvent au même degré les sentimens personnels. Voyez cet homme à talens, cet écrivain distingué; il est ambitieux de se £iire un nom ; et, tout occupé d'obtenir la louange de ses com temporai ns, il n'a garde d'indiquer l'origine de ses idées; il n'a garde de montrer leur lignage et leur descendance directe des pensées d'un an* cien : il veut que l'honneur lui eu appartienne
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en entier , sans rétribulion el sans partage ; et qu aucun aveu , aucune redevance, ne Tiennent lui rappeler ses obligations.
£h quoi ! dans une autre carrière , et même aux premiers rangs du théâtre, n'apercevroiton pas des horanies qui pourroient nous servir ici de nouvel exemple ? Les guides des nations et leurs législateurs , ces augustes sénats qui , par leur existence abstraite et collective, supporteroient avec si peu de peine le joug de lareconnoissance, ne cherchent-ils pasquel* quefois à s'affranchir de ce sentiment envers les âges antérieurs? On peut le croire, en les voyant rejeter les leçons du temps passé; en les voyant dédaigner , mépriser l'expérience. On voudroit alors leur adresser les paroles de Moïse ; et Ton seroit en droit de leur dire dans un sens ûguré : Lès^e^toi devant les cheveux blancs et Jionore le vieillard , et crains ton Dieu. Je suis r Étemel.
Considérons maintenant notre sujet sous un autre point de vue. Le respect des enfans pour leurs pères; le respect des jeunes gens pour rage mûr et pour la vieillesse , sont, dans la conception de Tordre social, des seutimens nécessaires , et que les lois politiques ont le plus grand intérêt à entretenir.
DE MORALE JIELIGIEITSE. 3c^B
'Les amis, les fauteurs de la tyrannie peuvent seuls désirer que la soumission dérive unique* ment de la crainte, et la morale, des châtimens. Ils peuvent seuls désirer qu'un lâche asservissement soit Tunique garantie de la paix intérieure et de la tranquillité publique. Que leur importe à eux cette surveillance tutélair^ représentée dans la société par l'autorité des pères et la suprématie de Tâge ? Ils veulent , ils aiment le despotisme; et le despotisme devient indispensable, lorsque le gouvernement doit tout régler, tout contenir, sans aide et par la seule force de son action; car, dans un grand état , il faut que cette action soit vio^ lente, souvent même impétueuse, pour atteindre d'elle-même du centre à la circonférence. C'est donc une instruction politique que ce commandement religieux ; Honore ton père, honore le ^vieillard , et lève-toi devant les che» veux blancs; car on ne peut écarter, on ne peut détruire une seule autorité morale, une seule autorité fondée sur les sentimens natu-* rels, sans y voir succéder u n accroissemen t proportionnel de l'autorité du gouvernement; de cette autorité artificielle , et dont il est si facile d'abuser. Quel échange pour la liberté ! quel échange pour le bonheur!
L'autorité des pères, Tascendant de Vâge, ont encore pour titre précieux d'accoutumer, de préparer de bonne heure les hommes aux sentimens d'égards, de créer eu eux Tidée du respect , cette idée si ancienne parmi les na* tions, cette idée inhérente en quelque manière ^ l'organisation sociale; cette idée mère en politique; cette idée mère, je le répète encore, cette idée mère en politique , qui a rendu tant de services , et que l'essai d'une opinion contraire rendra plus recommandable encore.
Comparons en imagination deux pays diCférens. Dans l'un, la nature auroit instruit les enfans à respecter leurs parens, à honorer l'âge avancé ; et dans l'autre ce précieux in* stinct n'existeroit pas , ou des mœurs barbares l'auroient étouffé. Tout homme capable de réflexions aperce vroit dans l'instant, que dans ce dernier pays où il n'y auroit aucun gardien naturel , aucune surveillance domestique de l'ordre et de la morale , il faudroit y multiplier les regards et les précautions de la police* il faudroit y investir le gouvernement d'un pouvoir exécutif plus rapide, et donner à la vengeance des lois un caractère plus effrayant
Cependant avec ces supplémens, avec de tels sacrifices imposés à l'esprit de liberté,
on ne remplaceroit jamais dans ces heureux effets l'autorité paternelle, Tautoritéde lage et; l^babitude générale des égards et des gradations. Quelle différence entre l'empire du despotisme, cet aveugle ouvrage des hommes , et ]es supériorités naturelles qui annoncent une si haute conception , et que la Divinité même semble avoir marquées de son sceau ! Aussi , l^aiitorité fondée sur le respect est douce à tous les cœurs; elle semble en accord avec nos idées de morale, et,en y déférant, nous sommes contens de nous-mêmes. Nous savons d'ailleurs qu il est une succession immuable à l'autorité de l'âge, à l'autorité paternelle. Les tributs de respect quepaie le jeune homme, il les obtient un jour; et cette promotion est indépendante de l'intrigue et du crédit populaire. Ah! combien vous auriez de reproches à vous faire , ou combien vous vous tromperiez, vous qui , jaloux de tous les pouvoirs dont vous n'auriez pas été l'origine , n'en laisseriez subsister aucun , même au-dessous des autorités que vous auriez instituées. Sans doute , le glaive de ces autorités se promeneroit alors plus facilement , mais la crainte deviendrait le sentiment habituel d'une nation. La crainte! quel élément pour le moral de la vie !
Voyei dans les œuvres divines Texcrople que vous devez suivre , et le modèle qu'il faut imiter. Le Créateur a pris soin d'unir dans les rapports des enfans avec leurs pères , le respect à Tamour, et la soumission à la reconnoissance. Où trouverez^vous une expression plus juste des devoirs politiques? où trouverez-vous une idée plus précise des relations entre le peuple et ses guides suprêmes? Oh!
qu'il y a plus de science dans un des traits épars , dans un des traits innombrables de rordonnance du monde , que dans les laborieuses conceptions de tous les législateurs de la terre. Silence donc aux exaltations de Torgueil , et gloire à V Éternel de la p€at des hommes*
Une réflexion encore semble naître des idées précédentes. N'est-ce pas un nouveau motif pour les jeunes gens de se montrer respectueux envers la vieillesse , que de voir les rapports établis par la nature entre les différens âges ; que de voir ces rapports former un système harmonieux où tout est dessiné , où tout est nécessaire ? L'enfance , ce premier type de notre foiblesse , l'enfance est environnée de besoins ; et la jeunesse , qui lui prête secours , apprend un nouvel amoor en
DE MORALE RELIGIEUSE. 3g9
parvenant au rang de père. L'âge mûr dirige crette jeunesse dans la carrière du monde , et l'empêche de se livrer aveuglément à l'ardeur impétueuse de son imagination ; enfin le vieil* lard est là , qui, prêt à obéir au son de la der-ïiière retraite, avertit les compagnons dont il ^a se séparer , qu'il est un terme à leur route , et qu'il est un temps pour eux d'y songer.
Eh quoi! le mépriseriez-vous, ce vèeillard, comme s'il étoit d'une autre race? Il est vous, il est vous-même ; mais il se trouve à la fin du voyage que les uns commencent , que les autres ont fait à moitié , et que tous voudroient prolonger. Il n'est distinct de vous que par le changement de se^ntérêts ; et s'il est courbé, s'il est vaincu , c'est par le temps, qui vous subjuguera , qui vous vaincra de même. Il marche, ce temps ; il marche sur vous : mais vous n'avez pas encore assez grandi pour que sa faux vous moissonne. Et c'est là votre sujet de triomphe!
Cependant , ce vieillard que vous regardez en pitié, ce vieillard qui vous paroît sur le penchant de la vie , est peut-être plus élevé que jamais par la nature de ses intérêts et le genre de ses pensées. Oui , si vous pouviez pénétrer dans la retraite où la fuite de ses
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illusions le ramène ; si voas pouviez assister à ses méditations solitaires , un spectacle imposant viendroit souvent frapper vos regards.
Vous verriez peut-être un homme qui.
placé par sou âge entre le ciel et la terre , érige un tribunal au fond de sa conscience ; un tribunal devant lequel il fait passer les principales actions de sa vie ; et là, devenant luimême §on accusateur et son juge, il se demande raison de ses fautes ; il les recherche , il les examine^ il les condamne avec sévérité. Il en voit, dans la durée de sa carrière, que les autres n'ont pas aperçues ; et à mesure qu'il fait le compte de ses voies, il s'avoue à lui-même combien il a été trompé dans ses calculs et dans ses espérances ; il reconnoit que l'ambition lui a donné de fausses promesses , et qu'il a été conduit de prestiges en prestiges par l'amour des plaisirs , de la gloire et de la fortune. C'est ainsi qu'un vieillard purifie son cœur, en revenant sur lui-même , en se livrant à une méditation morale et religieuse ; et tandis qu'au dehors et aux yeux des autres , il porte les signes de la dégradation et de la caducité , son âme est régénérée, son âme est toute nouvelle.
Nous voyons en lui dans ce moment-là une
amélioration de notre être moral réunie à l'affoiblissement de notre être physique; et cette circonstance, cette époque de no tre nature semble nous annoncer une seconde épreuve ; elle est peut-être un symbole , une première lueur du renouvellement d'existence auquel nous sommes destinés. Non, ce n'est pas à une fleur défaillante , ce n'est pas uniquement au frêle et dernier soutien d'une éternelle poussière que la religion veut ramener notre respect, en nous ordonnant d'honorer le vieillard , en nous adressant les paroles de notre texte ; ses vues s'étendent plus loin , quand elle nous dit : Lève^toi devant les cheveux blancs , et crains ton Dieu ; je suis r Étemel. Je suis rÉtemel ! Oui , vous l'êtes, ô notre Dieu ! notre souverain maître ; et vous seul, vous savez ce que vous voulez faire de l'homme ; vous seul, vous savez ce qu'est le vieillard , ce qu'est le mourant, ce que nous sommes tous dans l'immensité de vos conceptions. Nous ignorons où et comment toutes les parties du vaste plan s^encfaainent, s'interrompent, se rejoignent encore ; nous ignorons ce que sont les âges au milieu d'un temps qui n'a point de commen*cement , qui n'aura point de terme , et près XIII. a6
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de U toute*puisiance , près de celui qui a di t :
Je suis VÈternei
DiuparoiiseK devant cea images de Tinfini , vaines prétentions , toutes ai passagèrea, diaparoisses; et qu'un triomphe d*un moment ne donne pas aux jeunes gens un orgueil ridicule. Encore un peu de temps, et ils seront pressés par leurs successeurs ; encore un peu de temps , et ils arriveront aux bancs du thëAtre où se placent les rois détrônés.
Et vous que la religion nous ordonne dTionorer, ne contrarie* pas des intentions %\ sages , en oubliant vos obligations , en tous négligeant au milieu des hommes. Il est on plan de conduite qui appartient k votre âge, et dont vous ne deve» pas vous écarter. Le respect auquel vous avez droit n'est pas aan* conditions ; et nous savons tous que les relations sociales sont assujetties par leur nature à un échange d'égards et k dea lou réciproques.
Vous laisserez aux jeunes gens un libre pas* sage dans la carrière de l'ambition et sur les routes de la gloire. Toutes les disputes d'amourpropre, toutes les rivalités avec eux voua sont interdites; et ce n'est plus dans la carrière des
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^vanitéâ da monde que vous poavez espérer de marcher les prj^mierâ.
Les jeunes gens , qui ne se refusent à aucun triomphe f aiment à voir un homme d'un âge avancé s'essayer encore i imiter la grâce et les manières faciles; et ils encouragent ses illusions, ils applaudissent i ses tentatives; mais c'est pour avoir autour d'eux deê émules qu'ils vaincront au moment où ils le voudront.
Il est une époque de la vie où il faut s'ab* ft tenir des ornemens qui annoncent l'espoir ou le dessein de séduire encore par des avantages extérieurs ; et les femmes , plus soupçonnées que lee hommes de vouloir prolonger l'empire de la beauté , ne doivent faire aucune méprise de temps ni de saison ; ne doivent jamais ris* quer une prétention contestée , et s'exposer à perdre ainsi le degré de respecrdont elles sont »ûres à tous les âges. Et lors même qu'elles ré* duiroient leur intérêt et leur ambition au désir de plaire , elles doivent encore être dé-» tournées de prendre dans leur automne les signes et les couleurs de leurs jours de triom* phe. C'est rappeler aux autres les dons qu'on a perdus ; c'est presque se faire suivre d'un simulacre de perfection auquel on ne res-* semble plus* Quelle politique !
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Il est pour nous , il est pour tous une am* bitîon propre à chacune des périodes que nous avons à parcourir ; et à mesure que notre nature physique se dégrade , le moral de notre être devient notre unique fortune. Il faut s'y attendre , il faut s'y préparer ; et , sous ce rapport , réducation du vieillard commence dès ses jeunes années. Il est néanmoins des défauts particuliers à l'âge avancé, et qu'on n'apprend pas à vaincre de bonne heure. L'humeur change souvent vers le soir de la vie ; les pertes successives qu'on a dû subir ; le délaissement graduel auquel on est exposé ; les infirmités , les douleurs ; enfin , l'impression que fait sur notre esprit l'approche de la mort , de cet événement lugubre et toujours si nouveau pour chaque individu , ce sont là des circonstances dont la réunion peut altérer notre caractère ; et quelquefois on a besoin de se surveiller pouréchapper à une métamorphose complète.
Vieillards infortunés, que pourrons-nons vous dire , si vous n'avez point de religion ; si l'idée d'un^Dieu ne sert pas à vous affermir; si la piété ne sème pas l'espérance sur la route qu*il vous reste encore à faire ? Mais , avec ces doux sentiroeus , vous réfléchirez dans la solitude , que vous avez parcouru la carrière de la vie ;
que vous êtes à sa fin , comme d'autres le seront dans peu après tous , et comme Ta voulu la loi de la nature ; que vous êtes à la fin de cette vie , digne sans doute d'être aimée par un homme vertueux et sensible; que vous êtes à sa fin ; mais que le Dieu de rétemité est debout dans l'univers, et qu'il vous regarde encore.
Voilà comment le vieillard trouve au fond de son cœur des consolations; voilà comment il peut conserver de la sérénité au milieu de ses peines. Ah! s'il est des hommes qui, vers le déclin de l'âge, tiennent encore au monde des mêmes liens que dans leur jeunesse; s'il en est occupés seulement de supputer les pertes d'une vie sensuelle , nous détournons d'eux notre pensée. Qu'ils ne s'attendent pas au respect, en dédaignant les convenances et les devoirs de leur âge; et ils ne l'obtiendront pas non plus en se mêlant sans mesure aux plaisirs de la jeunesse. La bonté envers les autres , la bonté parfaite, doit former leur caractère; mais ce n'est pas à eux qu'il sied de vivre d'in*^ duigence.
Il est même un ornement absolument né* cessaire à la vieillesse , c'est la dignité dans les formes et dans les manières ; non pas celle qui
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repousse les autres ^ ou qui les intimide; mais la dignité qui, simple et sans affectation, oon« serve à l*âge ses droits et sa prééminence. Aucune exagération nVst permise aux vieillards ; on veut que tout soit en eux mesuré comme le temps dont ils ont encore à disposer; et ils ne doivent s*unir qu'avec tempérance aux intérêts d'un monde dont ils ne tarderont pas à se séparer.
Une vaste perspective leur est encore ouverte, mais c'est loin des hommes et dans la retraite qu'ils peuvent en jouir; ils voient, au milieu de la société, les biens qui vont leur échapper; ils apercevront dans la solitude, et à l'aide d'une méditation religieuse, les biens plus précieux dont l'avenir est dépositaire. O qu'elle est belle encore et digne de respect, la dernière fortune du vieillard 1 II commence à s'élever au-dessus de la vie; il s'avance des ténèbres vers la lumière, et des fbiblesses de rhomme vers la perfection céleste. Rendons hommage à son rang, rendons hommage au vieillard; il est entre le monde et réternité*
Ahl qu'il soit bien avec lui-même; que les espérances de la piété ne fuient point de son cœur; et il verra sans effroi les signes précurseurs de son grand passage. Et s'il étoit i
sur la terre, s'il j avoit perdu ce quHl aimoit, il se réjouirait peut-être, en approchant de la seule chance qui fait la consolation et le cou-* rage des sentimens malheureux.
O Dieu ! qui n'oubliez aucune de vos créatures, et qui les avez classées dans Totre vaste plan avec une science dont nous ne pouvons mesurer la profondeur, vous n'abandonnerez point rhomme aux jours de sa vieillesse, et il retrouvera son Seigneur dans la nouvelle patrie où, selon l'ordre de la nature, il sera bientôt appelé.
Heureux les fidèles qui , laissés encore quelques momens sur la terre, auront acquis le droit, par leurs vertus, de recommander à la bonté protectrice de TÉternel, l'un un père chéri, l'autre un généreux guide; tous, un prince ou un magistrat qui auroit sacrifié ses années au service de l'état et au bonheur public.
Heureux aussi les vieillards qui seront accompagnés dans leur dernière route par les bénédictions delareconnoissance;et heureux, entre tous, l'ancien pasteur de cette église, si, vous souvenant de son zèle , vous priez le Seigneur de le recevoir dans sa grâce. Ah ! combien de fois il a prié pour vous ! il le fait en-
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core de sa Toix affoiblie ; et , levant au ciel ses mains tremblantes, il demande à l'Étemel qu'il répande sur vous la paix et la félicité ; il lui demande, et avec ardeur, avec toute TeSbsion de son âme, de vous maintenir dans ses voies, et de vous rendre dignes par sa bonté, par son aide efficace , de lui présenter un jour avec confiance l'aveu de vos pensées , et le compte de vos actions.
1>X MORALE BELIGIXUSK. 4^
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DISCOURS V
Conseils a la jeunesse.
«SonricBs-toî de ton Créatenr aux ymx% de U jcnneMe, ariat qœ let jours naiiTais arrireDt , dcs^els tu dises : Je b' j pfvnds point de plaisir. EeeUdmsU, Ckmp. la , ^. 3.
Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse y et avant que les jours mauvais arrivent, desquels tu dises : Je ny -prends point de plaisir. Jeunes gens , héritiers de la terre ; jeunes gens, Fespérance et Fomement du monde , c'est à tous aujourd'hui que je m'adresse. Suspendez votre course , et arrêtez un moment votre char de triomphe, pour écouter et pour méditer les préceptes d'un sage et ws commandemens sacrés : Souviens 'toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse : voilà le premier enseignement de Salomon , et le second est renfermé dans les dernières paroles de notre texte : Avant que les jours mauvais viennent ^ desquels tu dises : Je njr prends point de plaisir.
Nous approfondirons l'une et l'autre de ces
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instructions; et, en vous annonçant notre dessein , nous croyons déjà remarquer Fimpatience ou la distraction des jeunes gens, et nous croyons leur entendre dire : Que Teuton de nous? que demande-t-on ? Nous entrons à peine dans le monde! Laissez-nous conooi* tre les séductions qu'il présente; laissez-nous en jouir. Il sera temps de nous occuper de pensées plus sérieuses , lorsque la terre aura moins d'intérêt pour nous, et lorsque Fâge ou la maladie nous aura séparés des plaisirs semés sur notre passage; des plaisirs dont l'attrait enchanteur est connu de nousseuls, et que seuls aussi nous savons recueillir.
Jeunes gens , voilà votre langage : mais ces plaisirs qui vous charment , ce bonheur qui vous enivre , tous ces délices de votre âge dont vous êtes épris, comment sont- ils à vous, comment vous appartiennent-ils ? Avezvous créé les biens dont vous êtes environnés? avez -vous formé les sens mystérieux qui vous permettent d'en jouir? avez^vous composé aucune de vos facultés? avez-vous été les auteurs de vos jours, et les propagateurs de votre ardente vie ? étiez-vous enfin avant vous-mêmes ? Montrez les titres primitifs de votre autorité, de votre orgueil ou de
DE HOKALE RELIGIEUSE. 4'^
votre superbe confiance; montrez-les, si vous en avez aucun : mais vous êtes , comme nous, entre la naissance et la mort, incontestables sceaux de votre dépendance. Ah! vous le savez, quoique vous n'y pensiez jamais. Vous ne pouvez rien de par votre puissance; vous tenez tout d'un Maître généreux; vous tenez tout de sa munificence! vous le savez, et vous demandez du temps pour y songer ! vous demandez du temps pour vous en souvenir , et pour offrir à votre bienfaiteur un tribut de reconnoissancel Réveillez*vous , jeunes gens ; sortez de votre indifférence; et au sein des plaisirs et des joies de votre âge, rendez un culte à celui qui est l'unique source de toutes les félicités.
Ah! n'en doutez point, la jeunesse est le meilleur temps de la vie pour s'approcher de l'Éternel et pour le servir. C'est aux âmes sensibles, c'est à elles surtout que l'espérance appartient; et c'est en aimant qu'on se forme une première idée de la nature divine et de sa sublime essence.
Quelle est de plus l'époque de la vie où Ton se livre avec 'franchise, avec enthousiasme , à l'admiration , au sentiment du beau ? N'estce pas la jeunesse ? On marche alors en avant ,
et Ton ne connoit pas rattiédissement qui natt de Tbabitude. On n'est pas fait encore aux merveilles du monde , et l'on peut à leur aspect s'élever avec ardeur vers la cause première de tant de phénomènes et de magnificences. Ah! qu'une indifférence philosophique, cette présomption de notre siècle , sied mal aux jeunes gens! Ils auront du temps assez pour se laisser faner et dessécher par d'arides raisonnemens. Qu'ils sentent , qu'ils s*éroeuvent à l'âge où l'âme est dans son printemps , où le bonheur la vivifie , et que leur premier essor soit dirigé vers la reconnoissance.
Quoi ! parmi ces momens où tout se marque, où tout s'imprime en vous ayec des traits de flamme , n'y en auroit-il aucun , jeu«* nesse fortunée , n'y en auroit-il aucun pour l'auteur et le dispensateur de tous les biens ? Méconnoîtriez-vous le Maître de la nature, dans l'âge où les qualités brillantes qui forment votre apanage sont une sorte d'instinct et semblent relever immédiatement de la puissance divine? Et les plus remarquables entre ces qualités , la générosité , le courage, le dévouement à la gloire et à l'amitié, n'ont-elles pas un caractère d'élévation qui semble en rapport avec une grandeur inconnue? L'atMin*
don de soi-même n'est pas un sentiment terrestre : son impulsion secrète est le signe d'une autre relation , d'une autre espérance , le signe d'un vaste système où notre intérêt du moment n'est qu'un point dans l'ordre universel. Ainsi, qu'un égoïste, replié sur lui-même et par son caractère et par une longue habitude , ne soit jamais ramené vers une méditation religieuse , on peut le concevoir ; mais le jeune homme , qui est jeté sans cesse hors de lui-même, qui répand son âme sur tous les objets sensibles, qui vit d'émotions, oublieroit-il de rendre un culte au Dieu de la nature, au souverain ordonnateur du magni* fique univers? Nous lui adresserions les belles paroles de Salomon : Souviens-^toi de ton Créa^ leur aux jours de ta jeunesse , avant que les jours mauvais arrivent ^ desquels tu dises : Je n y prends point de plaisir.
Ah ! qu'elle est touchante, la piété, au milieu de nos belles années! Elle n'est pas, comme dans la vieillesse, le résultat d'un repentir , ou le rachat d'une vie entièrement dévouée aux erreurs et aux vanités du monde.
La piété du jeune homme semble inspirée par l'amour pur de la Divinité; mais en la supposant due à une méditation prématurée.
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les sacrifices dont elle seroit le modèle auroient plus de mérite que les nôtres.
En effet, lorsqu'un jeune homme est libéral, généreux, charitable, lorsqu'il donne avec abondance , c'est à de longues privations qu'il se soumet; et s'il est fidèle à ses engagemens,» s'il l'est envers une épouse, envers un frère , envers un ami , ce n'est pas qu'il ne puisse commencer encore de nouvelles re^ lations ; ce n'est pas qu'il ne puisse nouer avec d'autres un échange d'affections et de services ; enfin , s'il a du courage pour le bien, s'il immole ses goûts et son repos à Faccomplissement de ses devoirs, ce n'est pas, comme l'homme âgé, des jours éteints à demi qu'il dévoue au culte de la morale; c'est à des plaisirs sans fin , c'est à une plénitude d'espérances ou de séductions que son imagination croit renoncer.
Ah ! qu'il sied à la jeunesse , toute rayonnante encore de vie et de bonheur, de rendre des actions de grâces à l'Auteur de la nature; qu'il lui sied, avec son front superbe et ses regards animés , de paroitre aux premiers rangs parmi les adorateurs de l'Éternel ! qu*il lui sied, au temps où elle est encore la reioe de la terre y de s'agenouiller devant le Maître
du monde; et qu'il seroit unprudent à elle de différer cet hommage jusqu'à l'âge où , disgraciée à son tour par la succession des années ^ et rebutée des nouveaux venus, elle se retirera de force vers les promesses de la religion et les perspectives de la piété !
Yous dites : Les préceptes de la religion sont pénibles, ils condamnent à des privations, et nous voulons avoir notre *part des plaisirs de la jeunesse.
Votre part! eh! qui pourroit avec autorité vous en demander le sacrifice ? Notre religion est un hommage à TÉternel , au Dieu qui a multiplia les biens sur la terre et qui les a destinés pour nous , et pour nous , chacun selon notre âge, selon nos facultés, nos soins et notre travail. Cette religion vous inviteroit donc à en jouir, si , par une fausse interprétation de son esprit , ou par une austérité fanatique , vous vouliez fuir les hommes , habiter un antre sauvage , et déserter le beau théâtre où la faveur du ciel vous a placés. Soyez heureux de mes bienfaits ; voilà ce que vous dit l'Auteur de la nature; mais, pour atteindre à ce but, n'abusez de rien , soyez sages , soyez tempérans, et surtout soyez justes, afin de prévenir les désordres qui sont leffet iné-
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vitable des rivalités hostiles. Vous demandez votre part des plaisirs de la jeunesse : la morale religieuse veut aussi que vous Tay iez , cette part ; mais elle en marque les limites : elle vous enseigne vos droits et les droits de vos compagnons, afin que rien ne se perde , afin que chacun recueille en paix ce qui lui appartient f ce qui lui es( dévolu par Tordre social ; elle avenlit les jeunes gens qu'ils ont plusieurs âges à parcourir, et qu'ils doivent joindre la prévoyance à Taveugle ardeur de leur âge.
Ah ! sans doute , elle n'est point leur ennemie, cette morale religieuse dont ils craignent d'entendre les leçons; elle n'enlève*pas de la terre un seul fruit, un seul épi , un seul beau jour, un seul moyen de félicité; mais elle règle les partages , elle prévient les usurpations ; elle dirige , pour ainsi dire , la marche des vœux , des souhaits et des convoitises ; afin qu'au milieu du système social, près des bornes fixées par la nature elle-même, chacun atteigne au degré de liberté compatible avec l'harmonie géuérale. Elle fait plus encore; et, considérant Thomme d'une manière isolée, elle le défend de lui-même; elle lui prête des forces contre ses aveugles em- ^ portemenSy contre ses passions déréglées;
I)C MORA.LE BELIGIEUSE. 4l7
elle est son conseil, son ami, son excellent ami. .
Oui, jeunes gens, vous oi'aurez jamais un meilleur guide que la morale , e£ la morale animée et sanctifiée par la religion; tous nen aUKz jamais un meneur, quand vous bome*^ riez vos recherches au bonheur de la terre.
!NeTuy%z donc pas^os temples, et venez avec nous y bénir FÉternel. C'est nous qui aurions tort si nous ne vous faisions pas aimer ses commandemens. Ah! si nos paroles pouvoient jamais vous inspirer de Féloignement pour la morale religieuse, quittez-nous, quittez-nous ; mais que ce soit pour aller lire et relire l'Evangile de Christ, ce livre parfait ^ ce livi'e adorable où une si grande douceur est employée au soutien de la raison ; où les xer-^ tus 30ciales nous sont préchées avec tant d'amour , et où vous trouverez partout l'esprit des paroles de notre texte : Souyiens-toide ton Créateur aux jours de ta jeunesse , avant que les jours mauvais arrivent ^ desquels tu dises : Je nj prends point déplaisir.
C'est dans tous les momens , c'est dans tous les états , que vous pouvez vous souvenir de l'Éternel. Vous le ferez , vous vous en souviendrez, si, courant après la fortune , après le XIII. ay
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crédit , après le pouYofr , après Topinion même, vous n*employez, pour atteindre à votre but, que des moyens légitimes. Vous le ferez , tous vous en souviendrez, si, loin de vpu.s!^ enorgueillir dans le succès, si, loin de dire : C*est mon génie, cest mon talent qui seuls m'ont servi de secours , et c'est la force de mon bras qui ma acquis toutes ces choses ; si , loin de tenir ce langage , vous élevez votre pensée vers rÊtre suprême , vous vous pénétrez de sa provi* dence, et rapportez à la bonté céleste vos prospérités et vos triomphes ; enfin , vous vous souviendrez de TÉternel , si vous êtes généreux dans les combats, intègres dans l'administration , consciencieux dans le commerce, fidèles dans vos engagemens , et vrais dans tQutes vos paroles.
11 n'est sur la terre aucune autre image, aucune autre empreinte des perfections divines , que la vertu parfaite et la morale dans sa plus grande beauté. Oui , la magnificence de l'ordre; voilà le signal éternel de la majesté suprême. Hâtez-vous donc , jeunes gens , de vous unir aux principes qui n'ont point de fin. Vous faites un moment l'ornement du monde, et vous vous glorifiez de votre prééminence :
mais ne vous fiez pas à cet éclat personnel
DE MORALE RELIGILUSE. 4^9
don t VOUS êtes é^ris ; à cet éclat que nous avons vu naître, et que cTaiitres verrontse fléirir. N'attendez pas que vos traits ^affais^ent , que vos pas chajicèlent, et que le temps sillonne votre front, pour rendre hommage à la seule grandeur réelle, et pour obéir aux lois morales et religieuses qui furent avant vous, et qui vous suivront.
^Et vous,^ les premières entre les créatures mortelles ; les premières par les grâces et par uife autprité qui semble au-dessus de la force, et qui la domine; vous qui êtes l'ambition, la gloire du jeune hoïnme et le prix auquel il aspire; vous enfin, les brillantes compagnes de sa destinée, et qui l'obligez à fléchir sous votre empire, tandis que son ardeur altière ne connoit aupiin maître ; guidez ses inclinations , décidez ses heureux 'penchans , et rendez-le digne d'aimer et d'être aimé. Oui , c'est à vous, sexe doux et timide, et pourtant si capable de {passions ; c'est à vous qu'il sied , c'est à vous qu'il appartient d'inspirer aux jeunes gens des goûts généreux et des seutimens élevés. Ils sont appelés à devenir vos alliés et vos défenseurs ; et si, de bonne heure, ils ont respecté dans l'Être suprême le type mystérieux et
l'image sublime de toutes les vertus, ils ap-
porteront un cœur fidèle à l'épouse qui aura reçu leurs sermens.* Oui, vous le saiy^z lyi jour, âmes innocentes et pures , jjui voudriez tout soumettre à l'empire du sentiment; vous saurez un jour que la morale xlonne aux liaisons les plus intimes un salutaire appui : elle ne forme pas les goûts, mais elle les replace dans leur tendance naturelle, lorsque des contradictions passagères ou des momens d'humeur les dérangent ; et l'imagination la plus troublée retrouve la route de la sagesse, lorsque les idées de devoir mettent le remords à
sa suite.
- Ainsi , jeunes épouses , préparez le cœur de votre ami au culte de la morale et au respect de la religion , et donnez un si beau soutien au sentiment dont vous êtes jalouses; au sentiment dont la longue durée est presque, en ce moment. Tunique objet de vos vœux.
Associez-vous de plus à une réflexion gênéraie : les lois n'appellent point les femmes au maniement des affaires, et leur éducation les y rend étrangères; il leur importe donc de maintenir entre elles et leurs époux un intérêt commun , et toujours subsistant; un in* térêt, le premier de tous, le désir de plaire à rÊtre suprême; car, pour le ménagement de
DE MOÎRALE RELIGIEUSE. 4^ I
cet intérêt , pour l'étuHe et le choix des moyens que ce ménagement exige, les £emmes«sont égales aux hommes, en facultés : elles connois^ent , comm^ eux , ce qui est juste , honnête , délicat^et moral ; et à l'aide d'une ardente et sensible «imagination , elles saisissent mieux et plus promptement les idées sublimes qui forment l'essence de la religion , et qui tra« cent une route à nos espérances.
' Nous devons le dire; c'est l'affoiblissement de la piété , Taffûiblissemeut du plus grand des fntérêts communs entre deux époux , qui rend de nos jours leur union si relâchée , et leur amitié si mobile. Tous leurs rapports tiennent aux choses du monde, à des goûts versatiles , à des passions éphémères.
Vous donc, nous le redirons encore, vous qui, parées dans- votre jeunesse des plus beaux dons de la nature, exercez sur les hommes un si puissant empire, et qui le conservez par vos soins dans un âge plus avancé ; vous à qui cette espèce orgueilleuse ouvre son cœur et ses pensées , tandis qu'elle s'observe et se cache devant ses pareils et ses rivaux , connoissez votre autorité, mais n'en faites jamais qu'un estimable usage. Vous trouverez des périls au milieu même des triomphes qui vous atten*-
deot Demandez Ir Dieu la sagesse dont vous avez besoin y et souvenex*voQS de l^leroel , afin qu il vous protège et afin quHI tous aide. Jeunes Esih^rs! on aura besoin de tous : oui, les mœurs el les Tices du siècle tous donneront des oppresseurs à combattre, «t plus d^un jJssuénis à flécbir ou 4 détromper. Ayez le courage de la Tertu , et que Timposante simplicité de Tos paroles^ la candeur de tos témoignages confondent la calomnie « et soient un bouclier à Tinnocence contre les artifices des mécbans«
Enfin y et c*est noire dernier conseif, qu^une noble décence» une sainte pudeur ^ ce premier ornement de votre sexe , annoncent la pureté de vos pensées» et leur servent comme ifauréole. Que votre empire , votre mystérieux empire y ignoré de vous - même , paroisse un don du ciel > et qu'une impression de respect se mêle à tous les senlimens dont on vous apportera rbommage. Ne vous permettez aucune lecture , aucune conversation , aucune rêverie solitaire qui puisse jamais altérer Tinnocence de voire àroe et la chasielé de votre imagination. Cest un cœur tout neuf pour aimer, c*est un cœur sans aucune tache , que vous devez un jour offrir comme échange à un époux dont
i)E MORALE RELIGIEUSE. 4^3
le dévoûment / Testime ^la fidélité feront le sort de votre vie ; à un ami qui jurera d'être votre défenseur et votre appui ; à un ami dont le nom sera le vôtre , et l'honneur votre honneur, la gloire votre gloire. Cultivez de bonne heure les sentimens qui vous donneront des droits à sa confiance , et qui vous autoriseront à le guider dans la route de la morale et dans les voies de la piété. O délices pour vous ! si en l'aimant vous le perfectionnez , si en l'aimanj: vous le rendez heureux. O délices pour vous ! si y vous étant souvenues de votre créa" teur aux jouj;s de votre jeunesse , il vous donne en partage dans un âge avancé les douces jouissances de Taniour maternel. O délices ! ô délices pour vous ! si vous voyez à votre suite, en entrant daos ce temple, une famille bénie du Seigneur ; si vous la voyez croître en vertus et en prospérités , et si , dans les temps d'alarme, vous êtes pour elle et pour un époux chéri la colombe de Tarche, qui rapporta la première la branche d'olivier et le signe de paix.
Qu'il est donc salutaire , qu'il est utile pour tous , le conseil de Salomon , le précepte du sage : Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse ; et après il est dit : Avant que les
jours mauvais viennent y et que les ans aftiyent desquels tu dises : Je h y prends point de pîcùsir.
Examinons avec respect le sens et Tapplication de ces dernières.
L'écrivain sacré ne croyoit pas , ne vouloit pas nous dire qu'en aucun temps on pût songer à Dieu sans contentement : mais Iprsque les sentimens religieux sont le fruit tardif d*uD âge avancé, lorsqu'ils commencent avec la vieillesse, ils sont , le plus souvent, accompagnés d'une sombre inquiétude; ils n*onl pas du moins ce caractère de confiance et de paix que donne une douce habitude de la piété, et qui naît aussi d un accord entre nos dernières pensées et nos premières inclinations.
La dévotion des mondains , au moment où rage les enlève aux plaisirs et aux intérêts de la terre , au moment où le découragement les abat, où l'ennui les poursuit, cette dévotion n'est pour eux qu'une dernière ressource* Us jouent k l'avenir , à la vie nouvelle , quand ils ont épiuisé toutes les chances du présent I^urs mauvais ans sont arrivés , et ils essaient de se prendre à ces mêmes idées religieuses qu'ils ont négligées dans leurs beaux jours « qu'ils ont repoussées pendant leur jeunesse.
Mais pourront*ils aimer Dieu comme il doit
DB MOBALE RELIGIEUSE. • 4^^
être aimé, s'ils ne destinent au plus sublime de tons lé^ sentimens que les débris de leur être ou les facultés languissantes de la vieillisse ? Noi\^ Ta vous déjà dit , c^est à l'âge des plus ardentes^ émotîbns qu'il faut rendre un culte à l'Éternel ; car on atteint à lui par inspiration y bien plus que par la science. Il se laisse chercher par l'esprit; mais ilosemble n'entrer lui-même ep communication qu'avec les âmes tendres et les cœurs passionnés.
Nous reprocherions encore à la piété tardive d'être rarement dragée des liens de la superstition. On n'a point de sûreté dans un sentiment nouveau , et l'on s'attache aux petites pratiques extérieures de la dévotioq ; on les suit avec exactitude, on les exagère», on les multiplie, dans l'espoir spéculatif de racheter ainsi le temps qu'on a perdu ; et, par un aveuglement singulier, ce sont des gênes inutiles aux autres , des puérilités de l'imagination, qu'on ose offrir en hommage au Dieu de l'univers, au maître de la terre et des cieux. Ah ! sans doute , si la piété se composoit d'observances minutieuses , de devoirs étrangers à DOS sentimens et à nos pensées , on pourroit la commencer à tout âge , on pourroit presque y donner une date, comme on le fait pour les
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actes ou les obligfttious de la vie civile ; mais la véritable piété , qui nlmite.rien , ne peut point être imitée; à peine même pourroit-on la définir avec précision^ tant elle se termine par nuances 9 et se confond, dans Tessence d'une âme sensible. La véritable piété est en nous une disposition oonstante à aimer, à honorer la Divinité ; elle est un souvenir continuel de Tauteur de nos jours, et un souvenir inséparable d*une respectueuse obéissance à ses volontés et à ses lois. On la reconnoit encore à une douce confiance dans la bonté de rÈtre suprême, et à une sorte de calme et d'afFerroissement qui nous permet de résister aux coups de la fortune , et d opposer aux évé* nemeus du monde, aux injustices des hommts , le courage de Tespérance et les consolation^i sublimes de la religion.
Vovea donc , jeunes gens , si cette piété , si purt" dam soa esprit, si noble dans son but; s^i e^tle piété, qui élève Tâme sans aucun ^nWt » nVsl pas en accord par£aiit avec les qu;jil(t^ brillantes et généreuses auxquelles \uu^ a^pirei ; voyea si « dans Tâge du bonheur \^u$ d<^ve« rejeter la reconnoissance , ce caratl^r^ «^«^ntiel de la piété ; ou &*il vous paroit mî^'ux d'attendre que les jomrs ntaifvMitr vien-
DE MOBALE BELmiEUSE. ^T]
nentj poqr vous souvenir de rÉterneL Qu'estce donc qui vous arrête ou qui vous tient en suspens ? Auriez-vous peur du sourire dédai-* goeux des esprits forts , ou des propos moqueurs de quelques libertins ? Vous prétendez à tous les courages; reçu leriez-vous devant les impies, ou redouteriez «-vous leur censure?
Vous étiez, avant de les avoir entendus, les adorateurs d'un Être suprême ; vous déclareriez-vous, sur leur parole, les enfans du ha-*sard , et les esclaves de la nécessité? Le monde et sa magnificence , le monde et %es merveilles, fera-t-il moins d'effet sur vous que le vain sifflement d'un étourdi, ou le langage sérieux des instituteurs qui ne croient ni à leur raison , ni à l'existence de la pensée ? Ah ! laissez-vous instruire par la nature, vous qui dans vos heureuses années avez tant de rapports avec ses bienfaits. Elle vous parle au lever de l'aurore ; elle vous parle k l'éclatante apparition des majestueux rayons du soleil ; elle vous parle dans cet épanouissement des fleurs qui charment vos regards ; elle yous parle dans ces richesses innombrables qui s'élèvent du sein de la terre , qui croissent d'un commuo accord pour assurer votre subsistance et pour répondre à vos goûts; elle vous parle enfin
dans tous le^ plaisirs dont elle vous invite à jouir avec innocence et avec une sage modération. La piété ne les décolorera passées plaisirs; et y rappelant , comme elle le fait , leur céleste origine , elle en double le prix pour les âmes sensibles.
Ecoutez- nous encore , jeunes gens , écoulez un dernier avertissement de celui qcri vous parle au nom du Seigneur ; nous vous le devons, cet avertissement, au risque de vous mon trer quelques om bres dans le riant tableau dont votre imagination est frappée. Vous ne voyez en vous que force et puissance , mais , vous l'éprouverez , les divers objets d*ambition n'ont qu'un éclat passager^ leur couleur brillante s'efface; la faculté d'en jouir s^éteînt ou s'affoiblit ; votre règne superbe n'aura qu'un moment; et déjà vous pourriez aperce* voir sur vos traces les couriers précurseurs de la génération qui s'approche , nouveaux arrivans qui vous passeront comme vous nous avez passés; impérieux successeurs à qui vous céderez à votre tour la gloire et les plaisirs du monde. Cultivez donc à l'avance le seul bien qu'aucune révolution ne peut détruire; cultivez à l'avance la piété, ce souvenir de TÉternel, et la source intarissable des plus douces
DE MORALE. BELIGTEUSE. 4^9
consolations. Ah! s'il est dans votre cœur, ce sentiment, s'il y existe avec force, et s'il s'y mêle de bonne heuVe à vos intérêts et à vos pensées , vous vous trouverez les mêmes dans un êige avancé ; vous*vous trouverez jeunes encore aux portes du trépas.
Enfin , je ne dois pas écarter une réflexion et c'est l'expérience du vieillard qui l'adresse aux jeunes gens. Il est un âge où les idées ne se renouvellent plus, où l'imagination est sans mouvement, où la mémoire fait des pertes journalières. Il faut vivre alors à part soi des sentimens qu'on a recueillis dans sa route , et si le respect pour la religion n'est pas du nombre, la pitié qu'on cherche , la pitié qu'on acquiert tardivement, n'a pas assez d'énergie pour être nôtre consolatrice ; elle se trouve confondue en nous avec les idées toutes mondaines qui nous sont restées d'une longue pratique de la vie ; idées dont l'impression subsiste après que notre intérêt a cessé*
La jeunesse a sans doute des distractions plus vives à combattre ; mais ces distractions n'ont pas eu le temps de se transformer en habitudes: ce n'est pas d'un être usé qu'elles ont pris possession ; et la jeunesse peut aisément en triompher; elle le peut , avec du cou-
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rage et de la Tolonté ; elle le peut , elle a toutes SCS forces. Ah ! combien de jouissances lui Taodront nn jour ses premières Tictoires ! Oui, c'est à TOUS 9 adorateurs de l^temel dès tos jcnncs' années, c*est à vons qn*il sera donné de pouYoir diercher dans un âge avancé Tami qae ychis anrez serri toute votre vie. CTest a vcHis qu'il sera doux , au milieu des peines , au milieu des traverses dont nul mortel n'est a£Erandii , c'est a vous qu'il sera doux d'invoquer rÈtre suprême ; car vous ne serez pas un étranger dans son temple, et vous pourrez lui dire : Seigneur, je me suis approché de voiis debonncheare,et je ne vousai point quitlé; daignez me re(x>nnoitrey c'c^t un de vos enfuis; ihûgnez le rassurer dans ses alarmes :
daicmez le secourir dans son infortune. Et lorsque les premières ombres de rétemelle nuit seront à votre vue , lorsqu'elles vous environneront , il vous sera doux de pouvoir dire , eti élevant votre âme au Dieu créateur : Ma voix n'a plus assez de force pour célébrer vos bienfaits; mais tant qu'elle put se faire entendre , elle se joignit au chœur des fidèles : mes re* gards n'aperroivent plus qu'avec peine le^ merveilles de l'univers ; mais, dans la vigueur de mes sens , dans leur puissance passée , je
contetnplois avec admiration tos œuvres magnifiques ; mon cœur s^n^ammoil? de reçonnoissance , et je n^'ai pas attendu que Içs jours mauvais arrivassent pôur^ me souvedir de rÉ terne r.
Oui, c'est ainsi que'les premières années de riu>mme peuvent adoucir Fhiver de sa vie; mais , par un triste aveuglement', on suit une marche contraire; et c'est l'âge avancé qu'on destine au rachat des égaremens de sa jeunesse. Ah! combien nous souhaiterions pou-voir VQus détourner de cette fausse combinaison , de ce calcul dangereux. Hélas ! nous avons été jeunes aussi , et nous fumes un jour ce que vous êtes ' jsens avons parcouru les divers âges de la vie, et nous assistons au dernier : nous avons vu des deux côtés cet avenir que vous considérez en face, et dont vous ne connoissez pas le revers. Écoutez- nous donc, lorsque après avoir traversé le monde et ses illusions, nous osons vous en parler avec autorité. Mais si nous la prenons, cette autorité, si notre expérience, si notre ministère surtout nous inspire de la confiance au moment où nous donnons aux jeunes gens des avertisse* mens sévères ; nous ne sommes pas nioins disposés à rendre hommage aux qualités
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brillantes dont nous les voyons ornés. Ahl qu'ils viennent s^v^c nons aëorer'I'Élenid, et nous leur cédewns !• pas. Qu*ils viennent consacrer au Dieu/ort Tardeur qni les anime, et nous nous rangerons derrière eux ; cp^ils viennent oifrir au Dieu de bonté les prémices de leur reconnoissance , et nous paroitroos les derniers, nous qui n'avons plus à présen* ter que des sacrifices d'expiation ; qu'ils entrent dans le sanctuaire, avec uneâme encore pure et le regard rempli d'espérance, et nous nous tiendrons à l'écart, infimidés par nos sooivenirs et par nos regrets; qu'ils viennent enfin se déclarer les amis et les défenseurs de la morale et de la reHgîon , et nous les sui» vrons de nos vœux , et nous les honorerons, et nous prierons le Seigneur de seconder leurs efforts et de soutenir leur courage. Oui, la palme leur sera due, et nous le reconnoîtrons; ils auront combattu mieux que nous le bon combat y et le Dieu de miséricorde reccTra peut-être leurs efforts et leurs triomphes, en réparation de notre indolence et de nos défaites. Âh! qu'une seule des générations qui passent sur la terre soit digne, par ses vertus, de la faveur du ciel , et la cause de la race humaine ne sera point perdue. O Dieu! nous
voudrions racheter , ou par nos enfans, ou par les enfans de nos enfans , le temps que nous avons perdu; ne repoussez pas nos souhaits. Ah !^ si nous nous étions souvenus de rÉternel aux jours de notre feunesse ; si nous nous en étions souvenus , durant ces jours qui ne reviendront plus , toutes nos pensées en ce moment seroient douces , toutes seroient à la joie et à Tespérance. Vous qui voyez nos regrets;, vous, les témoins de notre repentir; jeunes gens, profitez des leçons que vous donne la religion ; une religion pleine de sagesse , une religion affectueuse , dont tous les préceptes tendent au bonheur. Ce sont nos vœux , nos tendres vœux pour vous : veuille le Dieu tout - puissant les entendre et les exaucer!
flir DU TOME TREIZIÈME.