‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 3)Chapitre 16 sur 18 · XIII · texte numérisé non relu

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commencement de notre existence morale » et devient notre première obligation. Nous nV Yons encore aucune connexion avec les hommes; nous n*avons encore aucun moyen, aucune occasion d*exercer la charité , la générosité, la justice, que nous pouvons déjà connoître la reconnoissance ; et avant de h pratiquer comme vertu , nous y avons obéi par instinct. Cependant, cette reconnoissance envers nos parens, un des principes de notre confiance à leurs enseignemens, influe essentiellement sur nos dispositions honnêtes , et aussi long-temps qu'elle conserve de la force, elle fait jouir le jeune homme de la sagesse et de Texpérience du vieillard.

Nous avons cru devoir retracer ces dernières réflexions sur la reconnoissance, avant de fixer particulièrement votre attention sur les paroles de notre texte : Et que leur rendras-tu en récompense , au prix de ce qu'ils t*ont donné? Ce sont les bienfaits des pères envers leurs enfans que le Sage rappelle; et son âme en pa« ' roit pénétrée, lorsqu'il défie , en quelque ma* nière, le sentiment de la reconnoissance par cette interrogation expressive: JS'^^tte/rttrrriidras^tu en récompense, au prix de ce qu'ils font donné?

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Vou3 ne vous en souvenez plus, de ces bienfaits, vous qui marchez maintenant sans appui dans la carrière du monde, et qui croyez pouvoir vous 6er à vos forces. Vous ne vous souvenez plus de ces bienCsiits, vous qui, attirés vers l'avenir avec véhémence, ne tournez jamais vos regards en arrière. Et , si vous faites un moment le compte de vos obligations, TOUS ne prenez pour date que l'époque où vos intérêts de fortune ont été fixés, et où les sacrifices de vos parens ont consacré votre indépendance; mais, bien avant ce temps, ils vous avoient prodigué les plus tendres soins , et leur constante inquiétude vous avoit servi de défense.

C'étoit,il est vrai, sans jamais songer à votre reconnoissance, que des parens sensibles ont entouré votre berceau ; c'étoit par un doux instinct quïls s'occupoient de vous , qu'ils vous réchauffoient dans leur sein, et qu'ils se fussent exposés à toutes les privations , à tous les périls, pour rester constamment votre égide : leurs r^;ards étoient sur vous , leur âme vous appartenoit , leur vie avoit passé dans la vôtre. Où est mon enfant ? que fait mon enfant ?

que demande- t-il ? que désire-t-il ? O langage d'une mère passionnée , accens pénétrans de

sa voix 9 vous n^eûtes point de modèle , et nulle imitation ne pourra vous rendre ! Il grandît, cet enfant, l'objet de votre idolâtrie; et les développemens de ses grâces et de ses manières inondent votre cœur de joie. C'est un second amour qui commence ; vous formez , vous cultivez , de concert avec un époux chéri , le cœur et les sentimens d'un fils qui réunit et qui met en commun toutes vos affections : vous voyez croître sa science et se perfectionner sa raison; vous dirigezises qualités ou les prémices de ses talens, et vous jouissez à l'avance du moment où il pourra connoitre tout ce que vous avez fait pour lui. Votre fils y arrive; il j est, il a presque franchi le court période de radoles* cence; mais déjà vers cet âge on ne songe pins au passé; et lorsque les jeunes gens écoutent avec intérêt les détails de leurs premières an* nées , c'est rarement pour s'instruire et pour se pénétrer de leurs obligations; ils ne prêtent l'oreille à ces récits que pour assister en souvenir aux commencemens d'eux-mêmes, et pour se contempler en miniature dans le tableau de leur enfance. Ils consentent à être entretenus des sentimens qu'ils ont inspirés de bonne heure; mais ils rapportent tout à leur personne , ils prennent tout pour elle, et

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Taveugle prédilection d*un père ou d'une mère ne leur paroit le plus souvent que l'effet inévitable des agrémens dont ils sont doués. Funeste amour-propre, qui cachez aux hommes tant de vérités utiles, tant de vérités nécessaires! Funeste amour-propre , quand cesserezvous d être notre plus dangereux ennemi ?

Humilions-nous, en pensant que nous avons besoin de rendre des services , et d'en avoir rendu, pour apprendre la reconnoissance et pour en dire du bien. Humilions-nous, en pensant que les devoirs des autres envers nous éclairent les premiers notre morale, et créent souvent notre amour pour les plus belles vertus. Pauvre humanité ! l'on ne gagne rien en bonheur, en vous observant de près, en vous étudiant, en analysant vos foiblesses; et ce-^ pendant on doit le faire pour triompher de soi-même et pour se rendre meilleur.

On ne peut en disconvenir : les enfans, dans le calcul de leurs obligations, laissent com-^ munément en arrière leurs premières années ; ils comptent la vie, du jour seulement où ils dirigent leur destinée; et comme c'est aussi l'époque des ardentes passions, ce n'est pas un temps non plus pour la reconnoissance. Ils demaadent^ par-dessus tout, dès associés qui

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les égalent en actÎTité, et qni courent à leurs c6fés dans les routes de la fortune et de Tani* bition : mais leur père ne peot répondre à tant d^impatience ; il essaie encore de les suivre , mais sa démarche est trop lente , ou trop ré- 6édiie; il parie de prudence, et Ton ne reut que des enconragemens ; il offre des conseils , et déjà Ton est trop en arant pour l'entendre. Hélas ! il est trop rrai , ce père qui vous a conduit par la main sur le théâtre du monde ; cette mère qui tous a courert de sa protection pendant TOtre enfance ; ces parens enfin qui vous ont tant aimé, ne peuvent plos vous rendre que de foibles service^ : on pressent que bientôt ils seront hors de combat dans les guerres dUntérét et de vanité dont nos rivalités sont la source, et Ton cherche d autres alliés. Eux* mêmes aperçoivent ce délaissement , et le déclin de leurs forces les avertit de ne pas lutter inutilement contre ces nouveaux maîtres de la terre, contre cette arrogante jeunesse, qui ,dans son inconsidération , et juge aveugle du temps comme nous l'avons été , ne voit point de terme à sa puissance.

Qu'elle seroit effrayante pour les vieillards, cette bruyante arrivée des usurpateurs de leur domaine! qu'elle seroit effrayante pour eux, si

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le sage Auteur de la nature , en divisant par familles la race des hommes , n*avoit pas mis dans chacune un principe d'union ; s'il n'a voit pas confié les en fans à l'amour des pères , et les pères à la reconnoissance des enfans ; s'il n'avoit pas établi une continuité morale là où les apparences ne présentent qu'une séparation. Admirable continuité ! et l'une des parties de cet enchaînement universel , de cet assemblage de rapports sans fin qui forment l'harmonie du monde.

L'amour paternel et l'amour filial sont la plus vive expression des lois de la nature»

Malheur à Tétre inaccessible aux plus heureux penchans, et qui résiste à l'instinct dont le Créateur Ta doué !

Je ne vous quitte point, enfans rebelles à cet instinct qu'un Dieu bon, éternellement bon , a placé dans votre cœur : je ne vous quitte point; car c'est à vous , et à vous seuls ^ que j'ai affaire aujourd'hui : c'est à vous que je dois adresser des reproches ; ou , si vous voulez de moi un langage plus doux , c'est à vous que je dois adresser des plaintes au nom de la religion.

Direz-vous que vos parens ne vous rendent plus aucun service? ils vous en ont rendu.

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Qu'ils ne vous défendent plus? ils vous onCdé* fendu. Qu'ils ne se jettent plus avec vous dans la mêlée, pour y seconder vos passions hostiles? mais ils étoient seuls; ils étoient sans vous, quand ils ont garanti votre jeune âge de tant de dangers et de tant d'écueils : c'est à r^et encore aujourd'hui qu'ils ne peuvent plus vous suivre. Est-ce à vous de les avertir de leur affoiblissement ; est-ce à vous de les punir par votre dédain ou par un cruel abandon ? Hélas! ils craignent déjà de vous être à charge; lear» goûts ne sont plus les vôtres ; leurs pensées ne sont plus vos pensées : ils descendent de cette colline où vous montez avec une pleine confiance; et leurs pas ne peuvent plus marquer ni précéder les vôtres. Rassurez-les , ou bientôt ils seront réservés et discrets : oui , rassurez-les , ils en ont besoin. Forcez , avec respect , ce noble sentiment , cette sainte pudeur d'un père qui résiste à rien exiger , à rien demander au nom de ses bienfaits , et qui hésite peut-être à faire ainsi l'abandon d'une supériorité dont il a depuis si long-temps l'habitude. Entrez avec ménagement dans un cœur où vous avez régné jusqu'à présent par l'amour, et qu'un empire nouveau peut si facilement blesser. Que vos soins paroissent toujours pars

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et désintéressés ; et que votre reconnoissance elle-même ait cette liberté , cet abandon qui annonce un sentiment naturel : fût-elle pour vous une servitude, pleurez de la trouver telle, et pourtant payez cette dette. Combien vous auriez à rougir de vous-mêmes si vous calculiez Fâge de vos parens , et si vous regardiez avec impatience Tépoque de votre affranchissement! Vous feriez , nous le croyons , des efforts pour soustraire votre conduite à l'influence de vos sentimens secrets; mais les actions se commandent une à une, et les vides ne peuvent être remplis que par Taffection.

Ah! qu'il faut peu de chose pour rendre défians d'eux-mêmes un père et une mère avancés dans la vie ! ils croient aisément qu'ils sont de trop sur la terre ; ils croient aisément qu'il est temps de laisser leur fortune à des enfans envieux d'en jouir ; qu'il est temps de les dégager des liens de la reconnoissance. A quoi se croiroient-ils bons pour vous , qui ne leur demandez plus de conseils? Vous vivez en entier dans le moment présent ; vous y êtes consignés par une passion dominante ; et tout ce qui ne se rapporte pas à ce moment vous paroit antique et suranné. Enfin , vous êtes tellement en votre personne , et de cœur et

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