‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 3)Chapitre 6 sur 18 · I 26 C0UA · texte numérisé non relu

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signes de sa puissance ; et parce qu'il est éternel, vous serez immortelle. Sans doute Tidstrument qui vous a été confié sur la terre est périssable , mais vous êtes distincte de lui ; et comme l'Être suprême reste le même au mi^ lieu des modifications diverses de ses mondes et de ses créatures, vous qu'il a formée à son image, âme intelligente et spirituelle, vous subsisterez après la séparation des élémens matériels qui ont été soumis à votre empire.

Et déjà ne voyons*nous pas que, si notre pensée s'obscurcit ou devient pénible, lorsque notre corps s'affoiblit, le sentiment du moi demeure en son entier. Ce sentiment singulier n'est suspendu que pendant le sommeil, et suspendu même imparfaitement; mais il renaît ensuite , et il règne en observateur et en maître au milieu des combats de notre esprit contre nos sens. Nous éprouvons même qu'il pourroit subsister abstraitement , et sans aucune de nos facultés physiques.

Il y a donc tout à la fois liaison et sépara* tion entre notre être matériel et cette puissance spirituelle qui combine, prévoit, médite et réfléchit; de même qu'il y a liaison et séparation entre notre faculté pensante et notre volonté ; de même enfin qu'il y a liaison

et séparation entre noire système intellectuel font entier et le sentiment intime de nous-mêmes ; entre toutes les parties de notre organisation, et ce nous, ce moi^ placé au centre, et le chef, pour ainsi dire, de notre république individuelle.

Encore un moment de votre attention , avant de terminer une méditation métaphysique que noas n'aurions pu écarter sans négliger une partie essentielle de notre sujet

La trame du sentiment intuitif qui compose notre identité, qui constitue en quelque manière la possession de nous-mêmes 9 celte trame est formée par le souvenir; et, en l'admettant, nous serions nous encore dans un autre corps; nous serions nous encore avec de nouvelles facultés spirituelles. La continuation de ce souvenir suffiroit donc pour consacrer notre immortalité. Diroit-op cependant de celte continuation , qu elle est au-dessus des pouvoirs du souverain Auteur de la nature? Quelle démence ! Et si nous osions appliquer les mots de plus ou moins aisés , plus ou moins difficiles , à des miracles qui passent notre entendement, nous dirions que la perpétuité de souvenir nécessaire pour maintenir notre être individuel, est un phénomène supérieur en

apparence à la création de notre esprit, à la formation première de tout ce qu'il y a d'admirable dans notre existence.

Prenons-y garde; le doute surFimmorlalité de rârae n'est introduit , n'est favorisé , que par le doute sur l'existence d'un Être suprême; car si l'on étoit pleinement convaincu qu'un Dieu créateur a fait sortir l'univers du néant, qu'il en est l'ordonnateur et le soutien y cornment disputeroit-on sur aucun des d^;rés de sa toute puissance? // a dii, et la chose a eu son être ; il a parlé y et la chose a comparu. Ah ! si vous croyez à ces paroles , si vous recevez l'idée sans bornes qu'elles présentent, pourquoi rejetteriez-vous la vérité annoncée dans notre texte : La poudre retourne dans la terre comme elle jr avoit étéy et l'esprit retourne à Dieu qui l'a donné ?

Nous venons d'examiner notre sujet dans ses rapports avec la puissance divine : étudions-le maintenant d'une autre manière, et eu cherchant à nous former une idée juste des intentions de l'Être suprême , une idée juste, s'il est permis de s'exprimer ainsi , de ses vues et de ses projets sur nous.

Nous nous proposons encore , en remplissant cette tâche , de prendre uniquement notre

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pour guide; et de nous tenir ainsi, comme nous TaYons annoncé , hors du cercle lumineux tracé par la religion révélée.

Quels sont les premiers éléinens de nos recherches sur les desseins de TÊtre suprême; quels sont les premiers secours offerts à rhomme , de tous les temps et de tous les pays , pour asseoir sa croyance ou ses conjectures dans une question si vaste et si profonde?

C^est , il nous semble , l'aspect des œuvres de la Divinité; Tétude de nous-mêmes ;.de nous, êtres les plus distingués entre les êtres; et par-dessus tout, une méditation attentive sur les perfections du Maître du monde.

Nous jugeons, nous croyons Dieu d'une puissance sans bornes, en contemplant les phénomènes innombrables dont l'univers est le glorieux assemblage. Nous sommes remplis de confiance dans sa bonté, en observant que toutes ses œuvres ont un rapport avec la félicité des êtres animés. Enfin , nous croyons à la grandeur de ses conceptions, à la hauteur de ses pensées, en voyant le système entier de la nature empreint d'une majesté qui saisit notre admiration et nous remplit d'élonnenient.

C'est en nous rappelant ainsi les perfections xui. 9

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de l'Être suprême , c'est en nous les représentant de tous nos moyens , que nous pourrons juger avec vraisemblance de ses projets sur la race humaine, et de la part qu'il nous a faite dans l'ordre universel dont il est l'auteur.

Remarquons d'abord une vérité importante, et qui exige de votre part un peu d'attention. Tout semble annoncer que dans le pian du Créateur il y a deux systèmes distincts : l'un a pour but le maintien uniforme des espèces; l'autre la perfection progressive des individus; et l'homme seul, dans sa nature, appartient à ce dernier système. Il est bien classé dans une espèce , comme les plantes et les animaux « mais son mérite distinctif est individuel ; car il n'est pas soumis aux lois toujours égales de l'instinct ou de la végétation. Il est doué d'intelligence; il jouit de la liberté; et, selon l'usage qu'il fait de ces nobles facultés, U devient plus ou moins moral, plus ou moins parfait ; enfin , il y a d'homme à hom me de telles différences , que , sous le rapport de l'esprit et du sentiment , chacun d'eux paroit un être particulier. Peut-être même queia plus grande beauté de l'homme tient à des qualités personnelles ; car ce n'est point en commun avec son espèce qu'il s'améliore , qu'il se perfectionne,

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qu il étend ses lumières et qu'il preud possession de Tayenir parla force de son génie. Nous croirons donc avec vraisemblance que Dieu, en traçant la carrière des hommes, en réglant leur durée , ne les a pas réduits k cette rotation de vies , de morts et de renaissances , qui forme dans la nature la perpétuité des espèces; mais il les a rangés sur une autre ligne ; et après les avoir appelés à cette variété d'actions et de pensées qui dérive de la liberté; après avoir regardé leur marche, leurs progrès vers la perfection , il fera leur sort, un à un , dans les temps éternels dont il dispose.

Et déjà , ne nous a-t-il pas donné des arrhes de rimmortalité , en offrant l'avenir à notre prévoyance, en permettant à notre imagination de le parcourir ; et plus que tout , en nous pénétrant d'une ardente espérance? Ces beaux attributs de notre âme ne seroient-ils qu'une illusion; ne seroient - ils , avec ce monde, qu'une apparition théâtrale? Tant de facultés nierveilleusesseroient-elles un vain ornement, et , pour ainsi dire , un simple cothurne , que les générations se passeroient les unes aux autres ? Et cette suite de fictions , cette scène mouvante, nous la réunirions à Tidée d'un Dieu de vérité et d'un Dieu qui peut tout !

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Guidés par notre respect , considérons autreraent le maître souverain de Tunivers ; ce qu'il nous laisse entrevoir, il nous le destine; ce qu'il nous a permis d'espérer, il nous le tient prêt. Il n'est aucune illusion , ancune fausse apparence dans les vœux de nos sens , et tous ont un terme effectif; pourquoi serionsnous trompés par nos désirs les plus sublimes, par les convoitises et par l'attente de notre esprit? Enfin , tout est en communication dans la nature; comment nos espérances, comment nos pensées intérieures n'appartiendroientelles qu'à elles-mêmes ?

Faites encore avec nous une observation importante. Nous sommes au milieu d*un système physique où tout est complet , où tout semble achevé. Les sphères célestes suivent avec une régularité parfaite la route qui leur est tracée. Les plantes et les fruits de la terre obéissent de même, et toujours uniformément , au principe de végétation qui lesaiiime. Toutes les forces de la nature ont le degré d*action qui leur est propre ; et les divers élémens , par leur admirable harmonie , répondent exactement aux vues du Créateur; enfin, les animaux, renfermés dans les limites de leur ia«stiuct , y font leur tâche aussi, et Facquitteot

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en son entier. Tout semble donc autour de nous avoir atteint son but, ce but fixé par le souverain Auteur des mondes et de Tunivers.

L'homme seul , avec une carrière immense offerte à ses regards , n'y fait durant sa vie que des pas incertains ; il voit un terme, il voit la perfection , et il n'y arrive jamais ; jamais , à son jugement même, et de son propre aveu. Est-ce en effet sous le rapport de la morale et de la vertu qu'il s'examine et se considère ? Il s'adresse des reproches ; il vit de regrets ; et rarement à la fin du jour est-il en pleine paix avec sa conscience. Quelquefois *ses passions l'ont détourné de sa route , et plus souvent ses foiblesses ont ralenti son courage. Il se repent, il forme des projets d'amélioration ; mais il les assigne au lendemain, et ce lendemain ressemble encore à la veille. L'homme donc , sous le rapport de la morale, a toujours à gagner, a toujours des progrès à faire.

Enfin , à côté d'un monde physique où tout est complet , où les moyens sont en accord avec le but, le monde moral nous paroît dans une sorte de confusion ; mais les caractères de beauté dont nous le voyons empreint , &uffisent pour nous apprendre qu'il est la plus

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grande œuvre de TÉternel, et que toutes Ic> autres y sont subordonnées ; ainsi » n'en doutons point, le temps l'achèvera. Et jusque-la soyons contens , soyons glorieux d'être )ei héros du système conçu par notre Dieu « et dont il n'est permis qu*à nous sur la terrt de chercher le secret et d'approfondir le mystère.

Le dernier but est encore pour nous à di^ tance, mais un jour nous le connoitrons ; et pourtant c'est avec ce but, avec ce magnifique terme, que notre âme immortelle eM dès à présent en rapport et en harmonie : de^ k présent; vérité importante et sur laquelle nous arrêterons un moment votre attention.

Examinez Thomme avec nous dans son e.s sence morale , dans les développemens de son esprit. Il observe, il étudie, il rassemble de^ connoissances ; et malgré ses travaux , maigre tous ses efforts, sa vie entière ne paroit qu*un commencement, ne semble qu'un apprentissage ; et en regardant ce singulier tableau , on est toujours entraîné àchcrcher dans un avenir inconnu la suite du présent et son interprétation. Ah ! si j'avois su , si je pouvois savoir * voilà le langage secret de tous les hommes, soit qu'ils s'occupent de leurs intérêts person-

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nels, soit quils se livrent à des méditations plus générales. Ils sont en mouTement continuel , ils sont toujours en marche ; et le point de repos , le point d'arrivée, qui n'est pas sur la terre , doit exister ailleurs. Oui , il y a dans nos facultés morales quelque chose qui passe ce monde. £t déjà ne voyons- nous pas que tout a été fait pour l'avenir dans notre organisation spirituelle ; ne voyons-nous pas que nos sens seulement ont le présent pour consigne , mais que tous les plaisirs , toutes les jouissances de notre esprit, tiennent ou au moment qui va suivre , ou au moment que notre imagination a placé dans un plus grand éloignement? Ainsi, lorsque nous travaillons avec courage, c'est que notre attention se livre alternativement ou à l'espoir de vaincre une difficulté prochaine, ou à l'attente d'un salaire , ou simplement à la perspective du repos dont nous jouirons au terme de notre entreprise , à la fin de notre tâche.

Ainsi, c'est toujours l'avenir qui occupe notre pensée; c'est lui qui devient , pour ainsi dire , le siège de notre existence morale ; notre esprit n'est au présent qu'en apparence. Il en est de même des triomphes de notre amourpropre ; car la louange ne nous rend heureux

qu'en réveillant en nous l'idée de notre supériorité , idée à laquelle des avantages vagues ou lointains sont attachés dans notre opinion. 11 en est de même encore de la conquête et de l'accumulation de l'argent II en est de même des promotions aux honneurs et aux dignités; enfin , de tout ce qui est plaisir d'imagination et de perspective : ainsi cet esprit dont nous sommes investis, cet esprit qui compose notre essence et notre autorité, cet esprit qui doit retourner à Dieu qui Va donné , est , dès cette terre , une image , un signal de l'avenir ; et il appartient évidemment à un autre règne que notre organisation matérielle.

O Éternel ! vous n'avez pas voulu que nous eussions sur notre propre nature des notions plus éclairées ; mais l'ignorance où nous sommes tenus, cette ignorance, rapprochée de la vaste étendue de nos découvertes, a quelque chose de mystique ; et, en nous préparant â la foi religieuse , elle doit élever notre pensée à ce Dieu tout-puissant, seul ordonnateur, seul dépositaire des miraculeux secrets au milieu desquels nous sommes placés , et dont nou$ faisons nous-mêmes partie.

Nous avons osé fixer un moment nos observations sur tout ce qu'il y a de plus fin dans la

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métaphysique de notre constitution morale.

Nous voulions y chercher un renseignement , un indice de plus , sur notre destinée future. Nous allons maintenant vous montrer un signe plus visible de la réalité de nos espérances ; et c'est encore dans notre propre nature que nous croyons le trouver. Ne nous refusez pas votre attention, lorsque nous vous entretenons d'un si haut intérêt.

Qui de nous ne connoit pas ce sentiment intérieur présent à toutes nos actions, à toutes nos pensées, et auquel nous avons donné le nom de conscience; tribunal redoutable où nous comparoissons nous-mêmes devant nousmêmes; magistrature suprême placée en nous et au-dessus de nous, et peut-être le plus mer* veilleux phénomène de notre nature spirituelle? Je le demanderai maintenant: cette conscience , notre juge sévère , auroil-elle une fausse mission , un pouvoir usurpé ? Non sans doute; et pourtant sa voix imposante, son auguste langage , seroient évidemment en disproportion avec les questions que nous aurions à résoudre , si nos spéculations et nos pensées avoient pour tout espace le cercle étroit de la vie. Certes le juge seroit trop grand , le tribunal trop majestueux pour un si petit district.

Qu'alors même il seroit aisé de refuser son hommage et son obéissance à cette autorité intérieure, et de disputer son titre! on en* treroit du moins en controverse avec elle ; on opposeroit à ses préceptes le triomphe des méchans , les revers des justes , et Ton se joueroit de ses condamnations.

C'est au nom de Tavenir que notre conscience nous intimide, et c'est à notre âme impérissable qu'elle s'adresse : sa patente lui vient d'en «haut; c'est du Dieu des temps quelle l'a reçue , et c'est de lui qu'elle tient le courage et la force dont elle a besoin pour être respectée.

La conscience de l'homme est encore, sous un nouveau rapport, le signe et le présage d'une seconde vie. C'est elle , c'est notre conscience qui nous avertit de bonne heure du mérite de la morale, et qui nous entraîne au culte de la vertu dans tous les roomens où nos passions nous laissent à nos sentimens naturels. £nfin , c'est elle qui nous porte k réunir l'idée d'un Dieu et l'espoir de lui plaire, à notre respect pour les droits des autres hommes , et à notre bienfaisance envers nos semblables.

L'impression rapide, involontaire, que fait

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sar notre âme le récit d'une action généreuse n*est inconnue de personne , pas même des méchans; car ils ne sont devenus tels que par degrés , et souvent ils ont commencé par rendre hommage aux lois morales et religieuses : ils étoient jeunes alors ; et nouvellement engagés dans la carrière de la vie , ils conser- ▼oient encore l'empreinte de la nature; mais c'est au fond des cœurs restés fidèles à leurs premiers penchans que la vertu se peint avec des caractères célestes , et qu'elle nous paroit un gage de l'immortalité. Ah ! vous , que le hasard ou votre destinée auroit appelés à <x>nnoitre parmi les hommes, un être de choix dont les perfections auroient frappé vos regards, une personne remarquable par la pureté de ses mœurs et l'innocence de ses pensées; une personne animée de la plus douce et pourtant de la plus sérieuse piété ; en adoration devant son Dieu, et n'aimant pas moins sur la terre tout ce qu'elle devoit aimer; pleine de reconnoissance pour l'Auteur de ses jours, et cherchant à l'exprimer par des œuvres de compassion envers Tinfortune ; sage et modeste dans les succès ; patiente et résignée dans les revers ; indulgente envers les autres ^ et sévère pour elle seule;

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enfin , toujours émue , toujours craintive en réfléchissant aux foiblesses inséparables de la nature humaine, et ne reprenant un heureus courage qu'après avoir saisi par la foi les espérances religieuses, après s'être fait une image vivante des inépuisables bontés du Maître du monde : ah! si le hasard ou votre destinée vous avoit appelés à connoitre, à contempler un être si parfait, si préparé pour un céleste séjour et par ses espérances et par ses vertus angéliques , comment pourriezvous croire à la fausseté d'un si beau signe de l'immortalité de l'âme, et comment pourriez* vous adopter l'épouvantable système d'une destruction sans retour ? Non, non, vous direz, vous répéterez avec le Sage : La poudre r&tourne dans la terre d'on elle est sortie ; mais V esprit retourne à Dieu qui Va donné.

Et que seroit-ce encore, si un homme dont les qualités morales attiroient votre hom* mage, n'avoit connu de la vie que ses traverses; s'il étoit accusé, poursuivi par la haine; s'il succomboit sous les atteintes de la calomnie; si, toujours bon, toujours juste, il étoit entraîné dans les réduits obscurs destinés à la vengeance des lois; s'il y restoit sans amis et sans défenseurs ; s'il périssoit enfin , la vie-

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time des méchans , et la proie sanglante du crime? Âh ! croîriez-vous que nulle réparation ne lui fût destinée? croiriez-vous qu'une sentence exterminatrice, rendue au nom de la tyrannie, fût son dernier jugement? croiriez- vous que le monde , ce chef- d'œuvre d'harmonie, eût été formé pour devenir le théâtre du désordre moral? Et en est-il de plus grand que Tinjustice? Croiriez • vous enfin que l'avenir fût tans correspondance avec le passé? Non, l'Éternel est toujours l'Éternel et le Tout-Puissant : le Dieu de l'univers ne reculera point devant des pygmées qui insultent à ses lois, et qui veulent être inhumains, quand il est pitoyable; haineux, quand il pardonne; despotes absolus, quand il a daigné nous donner la liberté pour guide; et destructeurs de tout, quand il a tout créé. Laissez, laissez venir le jour des éclaircissemens, et vous saurez avec certitude qu'il n'est rien d'incomplet dans les œuvres du Seigneur. Laissez venir le jour ou l'Éternel , ami de la justice et de la bonté, interrogera cet esprit, cette âme immortelle qui doit retourner à lui; et sa parole alors, qui fera trembler les uns, qui consolera les autres, sera pour tous les êtres intelligens une in-

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structioQ solennelle, et Téclatante explication de ce magnifique univers.

La nature de notre esprit, le mystère de notre conscience , le culte inyolon taire que nous rendons aux idées de morale , l'oppre»»

sion fréquente des gens de bien, et, par* dessus tout, la bonté, la sagesse, la puissance infinie de l'Être suprême; voilà les principales considérations qui nous ont servi à diriger ou à soutenir votre croyance au dogme précieux de Timmortalité de l'âme.

Nous devons maintenant vous présenter un nouveau motif d'espérance. Nous le cherchons, nous le trouvons encore en nousmêmes , dans cette nature sublime où tant de phénomènes sont réunis et où nous distin* guons l'empreinte de la Divinité mieux que dans aucune autre de ses conceptions magnifiques.

Nous aimons , nous savons , nous désirons aimer; et ce sentiment, inaltérable en nous, répand une grande lumière dans la route que nous suivons; c'est un guide de plus pour atteindre à la connoissance de notre avenir.

Et d'abord , rendons hommage au Maître du monde de ce qu'il nous a fait part du premier de ses plaisirs: oui, le premier sans doute;

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car s'il n'avoit pas aimé, auroit-il multiplié comme il l'a fait les êtres animés , et les au* roit-il doués de tant de sensations fortunées? Ah ! soyez à jamais béni , ô notre Dieu ! pour avoir daigné dire en nous créant : Qu'ils aiment et qu'ils soient aimés ; pour avoir daigné nous appeler à cette prérogative suprême de rame, dont le charme est inépuisable , et qui semble nous approcher de vos perfections adorables.

Une réflexion s'offriroit à nous, si nous voulions examiner, étudier avec l'esprit, ce sentiment qui nous transporte dans un objet chéri, et qui place en lui tous nos intérêts. N'est-ce pas là l'image d'une seconde vie?

n'est-ce pas une transformation de l'amour de nous-mêmes , de cette nature imparfaite, en une plus pure et plus indépendante de nos liens personnels; n'est-ce pas enfin le symbole de la continuité du nous avec une nouvelle essence? L'idée est trop vague pour être soumise à l'appréciation d'un raisonnement méthodique; mais notre imagination ne la rejette pas; et nous avons besoin de plus d'un sens moral pour pénétrer avec nos seules forces dans les mystères qui sont devant nous.

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Laissons là néanmoins, quand nous le pou* Yons, les aperçus métaphysiques, et considérons dans toute sa simplicité le sentiment qui ouvre notre âme à de nouvelles espérances. Nous aimons, nous savons, nous désirons aimer ; et le plus souvent nous j sommes contraints par une autorité inconnue, par un empire indéfinissable. Nous vivons alors en entier dans Tobjet de notre tendresse et de notre prédilection. Tout autre intérêt s'éloigne de nous, et nous devenons, ou nous croyons être étrangers \ nous-mêmes.

La mort , la terrible mort, est-elle venue briser l'idole de votre cœur, elle n'a pu vous enlever ce profond souvenir qui vous retrace à chaque instant l'objetde votre culte. Il n'existe plus en notre présence, l'ami que nos regrets poursuivent; il échappe à nos regards, mais nous communiquous avec lui par la pensée; il n'est plus sur la terre, et nous lui parlons, notre âme le cherche, notre âme le trouve encore; et s'élafnçant dans l'avenir, elle voit, par l'espérance, le terme de ses vœux, celieu de réunion où toutes les pertes seront réparées , où toutes les larmes seront taries. O Dieu qui , en éloignant de nous, selon votre volonté , cette tendre mère, cet enfant chéri, ce mari fidèle,

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cette épouse adorée, nous avez toutefois permis de garder dans notre cœur leur vivante image; ce n'est pas sans motif que vous Tàvez fait; vous vouliez, généreux protecteur, nous laisser un gage de vos dispositions futures , de vos intentions bienfaisantes. Confiez-vous, âmes sensibles , à cette garantie; ce n'est pas d^une illusion que l'Être suprême se seroit servi pour adoucir vos peines : il est le dispensateur, le dépositaire éternel des réalités; que pourriez- vous craindre? Et pourquoi voudroit-il associer une fiction à tout ce qu'il y a de plus beau dans notre nature morale , à l'amour et à la fidélité ? N'est-ce pas avec ces sentimens, ces émotions sublimes , que nous adorons notre Dieu, que nous sommes près de lui, nonobstant son infinité? Aimons, aimons toujours, et nous revivrons. Sortons de nous-mêmes par un mouvement de tendre affection , et nous croirons appartenir à une autre existence ; et nous découvrirons à l'avance cet asile hospitalier qu'un Dieu d'amour et de bonté promet aux âmes sensibles. Ah!

nous vous y trouverons , vous que nous pleurons , vous qui nous avez assigné ce rendezvous et par vos dernières paroles et par vos derniers regards. Nous n'en serons pas rejetés;

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