‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 3)Chapitre 5 sur 18 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

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Allons adorer notre Dieu ; allons sur la montagne sainte raconter, célébrer ses grâces in* finies et ses boutés éternelles.

Non, 'vous ne serez point effrayés, tous dont le cœur est affermi par la piété; vous ne serez point effrayés d'une exception apparente aux idées que vous avez conçues de la Providence divine. Le système général établi par rÊtre suprême n'est point ébranlé, il subsiste en son entier; et si votre esprit, avide de tout expliquer, de tout entendre, s*in* quiétoit de ses doutes ou de son ignorance , vous vous rappelleriez ces belles paroles de notre texte : Mes pensées ne sont pas vospen^ sées , et mes voies ne sont pas vos voies , a dit l'Éternel.

Vous l'aurez remarqué sans doute; c*est uniquement en arrêtant vos regards sur les œuvres connues du Dieu de Tunivers, que nous avons tâché d'affermir votre foi dans sa Providence. C'est du passé, c'est du présent» que nous avons tiré nos preuves; et Tayenir, ce temps sans mesure, reste là tout entier pour compléter vos motifs de persuasion*

11 y a dans ce temps qui vient après nous, dans ce temps sans mesure , des moyens de compensation pour les distributions dont

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voas TOUS plaignez. Vous reconnoissez un Être suprême, et vo8 murmures l'attestent; car Toudrîez-Yous adresser des reproches à une aveugle nécessité? Laissez donc faire à celui qui abonde en puissance. Nous ne 'voyons que les bords de ses voies; mais une heureuse pensée ne nous quittera point Les conceptions du Dieu fort ne sont pas terminées; sa Tolonté n'est pas anéantie an moment où nous disparoissons de la terre. 11 é toit avant son système; il le suit, le maintient; il l'achèvera. Il appellera les justes à lui, et les regardera d'un œil favorable; il leur réserve une place qui sera le second degré de leur destinée, qui les dédommagera des traverses attachées à leurs premiers pas. £t alors, selon l'expression des Livres saints, ce sera le temps de chaque chose.

Considérons donc la vie comme ce qu'elle est en effet, comme l'ouverture d'une vaste scène don t le dernier terme nous est inconnu ; et ne jugeonspasuncommencementcommeuneceuvre complète. Quelquefois la justice se consomme sous nos yeux ; quelquefois elle tarde, et quelquefois elle est gardée pour les assises solennelles du Roi de la terre et des cieux. Heureux les hommes dont la cause sera portée à ces

grands jours; heureux s'ils ont aimé Dieu ^ s*ils Tont servi, s'ils ont eu confiance en leur juge ! Et Dieu dit à Noé : Entre ^ toi et toute ia maison, dans l'arche, car Je t'ai vu juste dev€uU moi en ce temps.

Nous avons vu de nos jours une révolution qui nous a paru semblable & un déluge ; et nous aurions pu dire avec Moïse , en parlant par images, que toutes les fontaines du greuèd abtme s'étoient rompues, et que les bondes des deux s^étoient ouvertes. Un juste , entre plusieurs, avoit frappé vos regards; il étoit élevé sur le trône, et tous les symboles de la gran* deUr, tous les rayons de la gloire environ* noient sa personne; mais surtout il aimoit le bien , il cberchoit à le faire, et il rapportoit à son Dieu le pouvoir dont il étoit dépositaire. Vous lavez vu dans l'abandon , poursuivi par ses ennemis, en proie à leur aveugle fureur; et vous avez attendu jusqu'au dernier moment sa délivrance. Vous avez chercbé des yeux l'arche sainte qui pouvoit lui servir d'asile; elle n*est point venue : et quand vos espérances ont été trompées, vous avez murmuré contre la Providence , et vous avez osé l'accuser dans votre cœur et dans vos discours. Y pen* aiez-vous? Ah! que n'avez-vous imité l'inno*

cente victicne ! elle étoit environnée des horreurs de la mort, que son âme contînuoit à bénir le nom de TÉtemel. Oui , celui qui faisoit tant de pertes en quittant la vie se confioit à son créateur; et jamais une incertitude ne vint le troubler; jamais du moins il ne se permit un murmure contre le souverain dispensateur des événemens. Ah! n'en doutona points il l'aura trouvée, cette arche de salut que vous réclamiez pour lui ; il l'aura trouvée , non pour se mettre un moment à couvert des niéchans en passage sur la terre , mais pour arriver au séjour de Téternelle paix. Ne la voyez-vous pas, la barque du Seigneur, qui vient chercher les justes au moment où la mort les a séparés de leur séjour d'épreuve ; la voil^ qui sillonne le temps, cet océan sans bornes, et qui va de mondes en mondes y prendre les élus du Dieu de l'univers. Nous le reconnoissons , ô notre souverain maître ! les cieux et les abiuies vous sont ouverts pour récompenser ou pour punir ; et les petites gradations qui marquent ici bas votre justice et votre provi^ dence, sont imperceptibles dans l'immensité de vos plans, dans la succession infinie de vos répartitions et de vos décrets. Ah! vous nous l'avez bien dit : f^os pensées

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ne sont pas nos pensées , et vos voies ne sont pas nos voies. Dieu de bonté , faites grâce ii notre impatience, à nos discours inconsidérés, à nos criminels murmures. Voici , nous serons plus sages; et, renonçant à nos censures orgueilleuses^ nous ferons un meilleur usage du plus beau de vos dons, de cette raison que nous tenons de votre magnificence. Oui, nous respec* terons vos voies , nous nous humilierons devant vos pensées, et nous adorerons Tofre providence éternelle : Elle a soin des lis de^ champs j qui ne sèment ni ne moissonnent. Coro« ment nous abandonneroit-elle, nous qui avons été appelés à connoitre les merreilles de votre puissance et la grandeur de Totre bonté? Nous sommes Tœuvre de vos mains, et nous serons encore vos enfans par notre amour, par notre reconnoissance, par une confiance exempte de doutes. C'est à Toire voix que les ténèbres du néant se sont changées pour nous en clarté ; et ce sera de même par votre volonté toute puissante, que les notions vagues et tremblantes des habitans de la terre se fixeront un jour et deviendront pour eux une science certaine. Temps heureux que nos vœux appellent; époque de lumière et de gloire , pouvons-nous respérer«

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ponvoD8*nou8 l'attendre? Ce sera le sujel de notre premier Discours; revenez le méditer avec nous , et demandez humblement à TÊtre suprême d'animer votre piété , d'affermir votre foi , afin que ses promesses vous touchent et que sa parole vous soit agréable. Ah ! puisset-il nous aider à verser dans votre âme de nouvelles consolations; puisse-t-il nous aider à TOUS parler dignement et avec une sainte autorité du dernier accomplissement de sa Providence, de cette vie future où un compte nous sera demandé, un compte dont nos craintes ou nos espérances sont déjà le présage ; nos agitations , nos remords, le formidable signal.

O Dieu ! soyez avec nous ; et si votre justice nous effraie , que votre bonté , votre inépuisable bonté, nous donne la paix. Et à ceux que vous aimez, laissez-leur espérer que s'ils ont semé quelquefois avec larmes , ils moissonneront avec chant de triomphe. Être des êtres ! Dieu de charité ! ne nous rejetez pas ; et vous souvenant de notre foiblesse, daignez nous tendre une main secourable. Nous ne sommes Tien sans vous , rien que par vous ; et dès notre naissance , dès nos premiers pas dans la vie , nous sommes l'expression et le type

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<)e votre Providence. C'est elle qui nous, et qui nous rassure; invoquons son secou:

mais attendons ses jugemens avec espoir* et avec patience. Le Maître du monde, présenC à tous les temps , présent à tous lieux , no«AS entend, nous écoute; il nous répondra quai^mdl il le voudra; et comme nos voies ne sont ses voies , et nos pensées ne sont pas ses pensée^ de même aussi nos espaces ne sont pas s< espaces , et nos momens ne sont pas momens.

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DISCOURS IV

De Vimmortaliié de Vâme.

La poudre retonme dans U terre comme elle y avoît été « et l'esprit retourne à Dien qui Ta donné. Eedésiattt , Chap. 8, t. 3.

i^ou8 venons vous entretenir aujourd'hui du premier, du plus grand de vos intérêts ; d'un intérêt devant lequel la fortune, les honneurs, la gloire du monde, ne sont rien. Toutes ces vanités périssent avec vous, et souvent leur ruine précède la vôtre ; souvent elles nous délaissent au milieu de cette vie d'un moment que nous avons à parcourir; mais V esprit re^ tourne à Dieu qui Va donné ^ et c'est là le texte que nous avons choisi pour méditer avec vous sur l'inamortalité de l'âme, sur cet immense avenir qui doit attirer toute notre attention et remplir toutes nos pensées. O Dieu ! c'est en tremblant que votre serviteur regarde le sujet dont il doit parler au peuple qui l'entoure, aux fidèles qui viennent chercher dans votre temple des paroles de consolation. Ah ! faites

qu'ils s'en retournent avec espérance ; faites qu'ils s'en retournent pénétrés de confiance dans les éternelles bontés de leur souverain Maître et dans sa puissance infinie. Qu'un rayon d'en-haut les éclaire, et répande dans leur âme une douce lumière ; que la grâce du ciel leur inspire d'avance ce calme , ce repos, heureux avant-coureurs de tous les sentimens religieui. ^ lors /entendis une voix du ciel qui me disoit , écris : Heureux sont dès à présent les morts qui meurent au Seigneur; oui^ dit Vespritf car ils se reposent de leurs travaux y et leurs œuvres les suivent.

C'est dans les Livres saints , écrits avant la révélation , que nous avons choisi notre texte : L'esprit retourne à Dieu qui l'a donné. Cette parole est de Salomon ; et nous venons développer la vérité qu'elle atteste, sans recourir en ce jour au langage solennel du Nouveau Testament; ainsi, nous déduirons nos preuves des perfections de l'Être suprême et de notre propre nature. Ce seroit intervertir Tordre et la succession des idées, que d'en ap* peler de prime abord aux déclarations et aux promesses de la religion chrétienne ; elle vien* dra, cette religion, augmenter, affermir nos espérances; et nous lui rendrons cependant

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un hommage à l'avance , si nous cherchons dans nos sentimens les plus élevés le type ou la premièife trace du plus important de ses dogmes. Et n'est-ce pas de tous les temps que Dieu s'est révélé à Thomme, puisque, dès Forigine du monde , il a déployé dans l'univers le spectacle de sa puissance , les miracles de sa sagesse , les signes éclatans de sa bonté?

Entrons dans le sujet que nous nous proposons de traiter.

Dieu nous rappellera-t-il à lui , quand notre passage sur la terre sera terminé , ou nous rejettera-t-il de sa présence après nous avoir aimés ? I^ous éteindra-t-il dans le néant, après nous avoir ornés d'une portion de ses attributs , après nous avoir permis de leconnoitre et de l'adorer ? Et le dernier trait de sa puissance sera-t-il la vie ou la mort ? Quel doute et quelle alternative ! et il s'agit pour nous de l'éternité !

Suivons notre route, et cherchons les vérités ou les vraisemblances qui doivent) fixer noire jugement.

Dieu peut-il faire que notre âme soit immortelle; Dieu le voudra -t-il? Voilà les questions que nous sommes obligés d'exa-

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miner; et la première fixera d*abord notre attention.

Si nous n'avions pas été les témoins du déclin de nos forces physiques et de Tengourdissement de nos sens , jamais Thomme en pleine vie n*auroit eu la prévoyance ou le soupçon de sa mort, tant la prolongation de Texistence est une idée plus simple que sa discontinuité. Pourquoi donc regarderionsnous comme une disposition surnaturelle, comme un résultat impossible, la conservation de notre ftme, la perpétuité de cette autorité spirituelle dont le terme, s*il en est un ^ échappe à nos observations? Dira-t-on que notre Ame est matérielle , et qu'elle doit suivre la destinée de Tétre corporel dont elle est la souveraine; qu'elle doit avec lui s'évanouir ou se disséminer, se changer en poussière? Mais où est l'homme mortel qui Ta vue, cette &me ; où est l'homme de génie qui l'a connue autrement que par les facultés miraculeuses dont elle est douée ?

Nous appelons l'Ame un esprit, et nous ne l'honorons pas encore assez. Plus clairvoyans , peut-être nous lui trouverions un rapport avec l'essence divine. Ah! que ne pouvonsnous un moment nous séparerde nous-mêmes.

pour contempler en simples observateurs ce foyer de tant de pensées, ce principe moteur de tant de volontés efficaces ! nous nous prosternerions alors devant une existence mystérieuse, dont les attributs sont si merveilleux. Mais, occupés à diriger vers un but nos facultés spirituelles, nous ne donnons pas un moment à Tadmiration du majestueux pouvoir dont nous avons reçu l'investiture du Roi de la terre et des cieux. Nous sommes le plus étonnant des phénomènes , et nous n'y pensons jamais ; ou si nous le faisons , c'est avec distraction , souvent avec dédain , quelquefois même avec injure. Oui, vous vous insultez vous-mêmes, vous qui , sur la foi périlleuse de prétendus philosophes 9 assimilez votre âme à une matière organique, et qui mettez en doute jusqu'à votre liberté dont vous avez cependant un sentiment si réel. Ah ! cessez de vous montrer les disciples ou les imitateurs de ces hommes tellement égarés par une fausse vanité, qu'ils sacrifient la gloire de leur plus belle prérogative au mérite de la singularité, et au petit honneur d'un petit système.

Œuvre magnifique du Dieu fort! âme sublime ! ils ne parviendront point à vous avilir: vous portez l'empreinte de votre Auteur, les

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