‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 4)Chapitre 25 sur 79 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La liberté constante d'eccporter les grains peut contrarier V agriculture.

Nous avons vu que par l'inégalité «des propriétés ^ l'encouragement de Kagriculture dé" pendoit (les différens moyens ouverts aux grands propriétaires, pour l'échange de leurs blés superflus contre des jouissances agréables; et sous ce point de vue, il semble d'abord indifférent que cet échange se fasse en France , ou dans les pays étrangers , par 1^

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voie de rexportatîon ; car, de quelque tnanière que les propriétaires vendent ou échangent leurs grains , pourvu qu'ils soient satisfaits , ils seront encouragés à faire valoir leurs terres, et la condition importante pour l'agriculture sera remplie.

J'oppose à ce raisonnement que l'échange des hlés contre l'industrie nationale est beaucoup plus sûr et plus encourageant pour les propriétaires , que l'échange de ces mêmes denrées contre les productions des autres pays.

Plus les arts et les manufactures qui plaisent aux propriétaires des subsistances , sont établis près d'eux , plus ils peuvent avoir d'objets de luxe et de commodité , en échange de leurs blés , puisqu'ils ne sont point obligés d'en destiner une partie à acquitter des frais de transport , et de cette manière les avantages qu'ils peuvent tirer de la culture sont augmentés.

Cet échange des subsistances dans l'intérieur d'un état est aussi beaucoup plus sûr ; car la nourriture des hommes étant fixée par la nature , le besoin des blés est nécessairement limité ; ainsi les propriétaires françois ne pourroieiit convertir leurs grains superflus dans d'autres richesses , par la voie de

ET L£ GOMKJERCE DJI S . GBAIirS. 3?

Texportation , qu'au t$iil;.-qu'il y àuroit disette dans les pay^ étrangiçrïi,:^!; dé^ lors ce commerce seroit i^icertain ; a^ Jieu.qye Téchang^ de ces fienrées esjt caustammont assuré, lorsque Iç, méixie royaume qui/.les; a prpduite$ abonde en auvriers, eii.fab^iq^es et en^ar.tist^s dç toute espèce. i

, Il résulte de^ ce^ observations que, L'étendue et la .yariét^. de rindu&t^ÎQ Q^tionale sont le premier des encouragemens qu'on. puisse pré* ^enter à l'agrjfuilfure/ Ainsi , ce ne serçit fpas Jla sp^vir. qi^^ 4^ {|>ecpQe<tr6^ consomment Ja libre exportation des^ grains^ si. cette libei^té 5'opposoitjiu^ progpè^ défier ^r»ts et des mapp- .iaçtureç;.ce. que. nous prouverons dans Içs ^chapitres . j^uiv^ns , comme dans la suite de .Xîet ouvrage. C) -

. Je dois* néanmoins répondre aupar^vaat à une pbjectioncomintilQe. ^

(^) On n'a pas pi^ do9ner aux propositions qui fotit l'ob- « jet de ces premiers Chapitres toute l'étendue qu'elles exigent y parce qu'on les a d'abord considérées séparément de l'idée de prix y idée abstraite qui auroit rendu trop difficile , dès son principe , l'étude des vérités que nous cherchons. Quand on traitera de ces prix et de leur rapport avec Fag^iculture et les manufactures ^ on approfondira davantage les questions qu'on envisage d'a-^ bord d'une «unière générale.

3â StTR là tiGISLÀTIOK

Les proj^ès et la variété des arts et dté Tin* dustrie*, que nous àtaiîoûçons eommepropiceâ à l'agriculture , sont précisément^ eè qui ta contrarie : tous-ces étàblis^étnëns- , dit on , détournent de la culture des terires et des tra^ vaux de la can)|>agtie , eh présenf àTït aux hom^ mes des occupations plus attrayantes;

Je ne sais poûr(|tioi l'oii tenf toujourîs mettre en opposition les rameaux qui* s'élèvent èé la même tige. ^ • ^** '

Lés' artistes et tous les ouvriie'rs'de'liixe où de commodité, sorti: nourri» paw les sub*istanices superflues tjué Tinégaliië despropriëtés accumule dan^ les tnémes màiVis ; mai% ces subsistances superflues n^dnt pu exister q[ue pai^ la culture , e-t auprès que tous les hoitfmes employés à la terre ont reçu leur èhtre^ ^tien ; ainsi , dànis l'état actuel de la société , les arts ne sont pas les «rivaux de Tagricuiturc, mais son encouragement et sa récompense.

Oh ajoute que si les établissem^ui» d-industrie n'offroient pas tant d'échanges agréables à ceux qui disposent dans la société dés subsistances , ou de l'argent qui les représente if une plus grande partie de ces richesses seroit employée à nourrir des Cultivateurs , et la fécondité des terres augmenteroit. Mais pourquoi les propriétaires désireront-ils cette

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fécondité , si ce n'est pour leur bonheur? Peuton se faire une autre idée de Tesprit de propriété ? lis s'imposeront volontiers quelques jpriiratioiift «(M>nientanée$ ; mais ce sera toujours dans le dessein d'accroître leurs dé- |>en^^; plus ils auront employé d^ l9)>our wei^rs à leurs teirre^ , plus ils rc^ueiiljeront de bjiés, plus ils en. auront de suj^r^qs, et plw ils liiQurrironit d'homjnes destinés à lejurluz^ et à lewrs plaisiirs.

Ainsi , les progrès de l'agriculture ramené*

ront toujours k l'augmentation de l'industrie , et la variété de celle-ci servira d'encouragement aux travaux de la terre.

9u'il survienne ensuite des écarts ou des disproportions passagères , entre les récompenses que méritent les cultivateurs et celles qu'on attribue aux ouvriers d'agrément*^ ce sont des agitations naturelles dans un aussi vaste champ de combinaisons ; mais la force de la nécessité ne tarde pas à remettre tout 'à sa place ; les riches , qui son-t les grands ié^ gislateurs des salaire's , et qui ne peuveut nour- Tir- deiRar tisane de luxe qu'après avoir multiplié les subsistances par les secours des laboureurs , ne manqueront jamais d'établir, entre ces différens travaux, les proportions néces* Mires à l'intérêt de la propriété.

4o SITU LA LÉGISLATIÔW

Qu'on finisse donc de déclamer contre les arts et les manufactures , ou que ceux qui les proscrivent trouvent le moyen de faire partager les terres également , et de renouveler encore ce partage toutes les années ; sans cet expédient, impossible à réaliser, la variété de$ établissemens d'industrie sera l'unique moyen d'exciter les possesseurs de vastes domfiines à perfectionner k culture, et d'admettre la multitude au partage des fruits* de la terre.

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