CHAPITRE XX
Distinction entre l'intérêt des propriétaires de blésj et les encouragemens nécessaires à V agriculture.
Les progrès de F^iculture n^ sont pas ^^ tachés strictement à la plus grande étendue du profit des propriétaires de terres: le gain les excite sans doute à cultiver ; mais là où àtx degrés de force suffisent, un demi-^degré de plus n'est pas nécessaire : le sol qui rend six fois la semence est misevi taleur comme celui qui ne la multiplie que dans une proportioij!! de cinq et trois quarts; et toutes les terres dû royaume seroient cultivées , lors même que dans un arrangement dicté par le bien géné^ rai , il se tronveroit une chance qui ne s'accorderoit pas avec la plus grandfe étendue possible du profit des prcpi^iétaifes de blé.
D'ailleurs , je vais faille remarquer que ce profit repose sur des bases hypothétiques et nécessairement variables.
q6 sur la LÉCISLATION .
Le bénéfice du propriétaire est toujours le résultat d'une comparaison , faite^entre le ca? pital de la terre qu'il possède et le revenu qull en tire.
Supposons qu'il ait reçu de ses pères , ou qu'il achète pour quatre - vingt mille francs une terre qui ( tant que les grains sont à vingt livres le setier) lui rend, au denier quarante , deux mille livres de rente ; il ne manque pas de solliciter toutes les lois qui peuvent élever le prix de sa denrée , il fait valoir, pour réussir, l'importance infinie de l'agriculture; enfin ses vœux sont satisfaits , le prix monte à trente livres, et sa terre alors lui rend le denier trente.
Le revenu de cette possession ainsi augmenté de deux mille à trois mille livres^ si le denier quarante est le taux général établi pour le prix des biens fonds , quand ce même do-maine passera dans les mains d'un autre propriétaire par une vente ou par un partage de famille, il le recevra sur le pied de cent vingt mille livres, au lieu de quatre -vingt qu'avoit payés son prédécesseur.
Alors, ce nouveau propriétaire ne tirera plus de sa terre que le denier quarante , quoique le prix du blé soit à trente livres, et il aura les mêmes raisons que son devancier
pour demander, au nom de l'agriculture , que le prix monte à quarante-cinq livres , afin d'avoir à son tour le denier trente, au lieu du denier quarante ; et c'est ainsi que , de degrés en degrés, il n'y auroit aucun terme à la hausse des grains , si le souhait des propriétaires les plus raisonnables étoit exaucé.
En général , il n'est que trop fréquent de voir confondre l'intérêt des propriétaires avec celui de l'agriculture , l'intérêt des fabricans avec celui des fabriques, l'intérêt des négocians avec celui du commerce, et cependant ce sont autant d'objets qu'il est nécessaire de distinguer.
Un gouvernement uniquement guidé par le vœu de ces différentes classes de la société, ne pourroit jamais en favoriser une sans restriction qu'aux dépens de l'harmonie générale; au lieu que les degrés d'encouragement qui sont dus à l'agriculture , au commerce et à l'industrie , ne peuvent jamais être connus qu^en étudiant cette harmonie salutaire , but de toutes les' pensées du véritable homme d'état.
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