CHAPITRE V
De l'Antienne « Introibo ».
Après que le prêtre a fait le signe de la croix, il dit ces paroles : Introibo ad altare Dei : « J'entrerai à l'autel de Dieu (Psal. xlii, 4) : » c'était à cet autel, qui est Dieu même, que Jésus-Christ aspirait durant toute sa »'':e : Je suis, disait-il, comme ces hosties nourries dans le temple, qui n'attendaientque l'heure du sacrifice. Il était impatient pendant sa vie, que l'heure de son sacrifice parfait fût arrivée, qui était l'heure de son entrée au ciel où il devait être offert en holocauste, n'étant pas encore en cet état sur la croix, où il n'était qu'une hostie immolée et non pas consommée. Il redoutait au contraire l'heure de son jugement et de sa mort, et vivait toujours en crainte et en tristesse en cette vue : Tristis est anima mea iisque ad mortem : «Mon âme est triste jusqu'à la mort. « (Matlh. xxvi, 38.) Et pour cela même dans le Judica, il dit : Quare tristis es, anima mea, et quare conturbas me (Psul. xlii, 6j : Mon âme, qui dois un jour entrer dans la gloire et dans la louange immortelle de Dieu sur cet autel, pourquoi t'ailliges-tu? pourquoi t'attristes-tu devant le temps? et pourquoi gardes-tu toujours ta douleur en toi-même ? Dolor meus in eonspectu meo semper. (Psal. xxxvn, 18.) Le sujet de son affliction était le jugement que Dieu le Père devait porter sur lui, comme sur le criminel universel et sur le pécheur public qui avait sur soi les crimes de tout le monde.
Et comme il prévoyait que tous ces crimes ensemble devaient allumer ia colère du Père jusqu'à la fureur, delà vient que souvent il lui disait : Domine, ne in furore tuo arquas me, neque in ira tua corripias me : « Mon Seigneur et mon Dieu, je vous conjure, ne me reprenez pas dans le temps de votre colère, ne me corrigez pas duns le temps de votre fureur. » (Psal. vi, 1.)
Après ces sentiments de douleur et de peine qu'il a eus au temps de ses souffrances, et qu'il exprime dans le psaume Judica, il ajoute et répète : Introibo ad allure Dei; après avoir souifert tant de peines en la croix, j'entrerai à l'autel de bénédiction et de joie après lequel j'ai tant de fois soupiré : le prêtre dit : Introibo ad altare Dei : « J'entrerai à l'autel de Dieu; » et l'Eglise répond par la bouche du diacre et du sousdiacre : Ad Deum qui lœtifical juventutem mcam : « J'entrerai en Dieu qui renouvelle ma jeunesse. » Jl faut concevoir Jésus-Christ
IïES CEREMONIES DE LA CRAND'MESSE. - L1V. 11.
et lîfiglise rommo hosties consacrées au service de Dieu dans ses desseins, qui dans ces paroles : Introibo, etc., et Ad Deum, etc., font tout ensemble profession de l'attente nu ils sont d'aller un jour dans le ciel accomplir leurs sacrifices et devenir des parfaites victimes à la gloire de Dieu : Introibo in domain tuam in hoîocaustis, die Notre-Seigneur (Psal. lxv, 13) : J'enireraj en votre maison en esprit d'holocauste, accompagné de tous mes saints , qui, entrant dans le même esprit, ne feront qu'une victime parfaite avec moi pour raconter vos louanges : Immolavi in tabernaculo ejus hostiam vociferalionis. {Psal. xxvi, G.) lit cet état d'hostie unique dans le ciel est figuré dans l'Eglise par le saint Sacrement, où Notre-Seigneur hostie entre en tous les fidèles, et reposant en eux et les changeant en lui.il n'en fait de tous qu'une hostie en lui. Comme à un jour de Pâques, figure de la résurrection générale, Jésus-Christ entre par la communion en tous les fidèles, et il tâche d'en faire une seule hostie, les convertissant en lui, et leur donnant un môme esprit d'hostie avec lui, comme ils l'auront au jour de la Pâque parfaite, qui est le jour de sa résurrection universelle, auquel tous les fidèles seront convertis et changés parfaitement en Notre-Seigneur ressuscité, qui est , en cet état, hostie parfaite et consommée en Dieu.
Cet élat d'hostie ne sera qu'au jour de l'éternité, lorsque nous entrerons en Dieu et serons dans son sein, qui est le temple parfait : Templum nonvidiin ea : Dominus enim Deusomnipoiens templum illius est : « Je n'ai point tu de temple eu la maison et demeure de Dieu : Dieu en était le temple (Apoc. XXI, 22) : » il est cet autel d'or figuré dans la loi, dont Notre-Sçigneur dit : J'entrerai à l'autel de Dieu; et l'Eglise répond : Ce sera chez Dieu même qui renouvellera et réjouira ma jeunesse : « Introibo ad allure Dei, ad Deum qui Itetificat juventutem meam : » J'entrerai chez Dieu qui me réjouira, en me dépouillant de mon vieil homme, de cet habit de tristesse, d'amertume et d'affliction. Et comme on ne saurait entrer encet état qu'après le jugement auquel Notre-Seigneur a été soumis, aussi bien que les hommes, il dit ensuite : Judica me, Deus, etc.