‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 114 sur 394 · DES CEREMONIES DE LA GRAND MESSE. — LIVRE II · texte numérisé non relu

DES CEREMONIES DE LA GRAND MESSE. — LIVRE II

Jésus-Christ ressuscité est faitFils de Dieu : Prœdcstinutus Filius Dei' ex resurrectione tnartuorum : « le Fils de Dieu est fait et déclaré Fils de Dieu au jour de sa résurrection (Rom. i, 4); » il entre en tout l'état du Verbe, et est vraiment Dieu comme son Père; il devient tout semblable à lui, il est sa vraie image, fécond en vie et en grAce comme lui : Sicut Pater habet vilain in. s émet ipso, sic dedit et Filio habere vilam in semetipso : « De même que le Père\ a la rie en lui, ainsi il a donné à son verbe d'avoir lavie en lui, (Joan. v, 26) : » ce qu'il a non-seulement comme Verbe en l'éternité, où il produit le Saint- Esprit, et ainsi il a reçu du Père une nature féconde et capable de produire, et a donné par là un indice assuré de la vie qu'il porte en lui. Mais de plus, dans le temps, comme Fils engendré au tombeau, il a fécondité et a reçu alors abondance de vie pour la communiquer, à cause que son Père lui a donné les fésors de bénédiction et de grAce qu'il a mérités" et acquis par sa mort. Le Père se démet de ses grAces et de ses dons entre ses mains, afin qu'il les partage et les verse en la terre -.Dédit dona hominibus (Ephes. iv, 8): et pour cela, il le fait grand hiérarque et grand pontife en sa résurrection, lui donnant la distribution des grAces à faire et à influer sur son Eglise; et en qualité de hiérarque et de souverain pontife, Notre-Seigneur représente, son Père distributeur des dons et grand dispensateur des libéralités et des grAces qu'il veut faire à l'Eglise, et qu'il tire de son sein, et de la source libérale de sa bonté et de sa grande miséricorde, qui a été la première origine et source de la mission de son Verbe dans le monde : Non ex operibus justitiœ; sed secundum suam misericordiam. (TH. m, 5.) Ce premier don du Verbe r"! un effet de la miséricorde, ensuite de laquelle il nous donne ses grAces par son Fils, qui les a méritées, et qui les distribue aux hommes.

Et pour cette raison, le pontife ou hiérarque porte souvent une ample chape, pour montrer que tous les dons des hommes se distribuent par Jésus-Christ et sont. sortis de lui. 11 contient en lui seul tout ce qui se répand sur la terre et qui remplit l'Eglise; et, pour cela, les vêlements qui couvraient Jésus -Christ en lsaïe étaient décrits si grands, si amples et si vastes, qu'ils remplissaient le temple : Et ea quœ sub ipso vrant, replebant templum. (Isa. vi, 1.) C'est la description de Jésus-Christ glorieux et ressuscité, qui remplit toute l'Eglise de ses dons et de ses grâces qui lui donnent la joie et la consolation de trouver en lui quelque part à sa vie : Et plebs tua lœtabitur in '.te.

Oslende nobis, Domine, misericordiam tuam, et salutare tuum da nobis : Montrezmoi votre miséricorde, et me donnez le salut et la gloire que j'espère. Notre-Seigneur dit à son Père : Montrez-moi votre lace, faites-moi connaître votre miséricorde sur moi, et la compassion que vous avez de ma mi ère dans l'état où je ^ms dans mon

tombeau : Non dabis sanctum tuum videre corruptioncm : « Vous ne souffrirez pas que votre Fils entre dans la Corruption. » (Psal. xv, 10; Act. h, 31.) Il a fait allusion en David, à la défense que Dieu faisait dans l'ancienne loi, de souffrirquejarnaisaucunechair du sacrifice tonibAt dans la corruption. Et, pour cela, il commandait au prêtre de inanger promptement les chairs de la victime qu'il devait consommer, qui avait été sanctifiée et consacrée à sa majesté, et qui, comme telle, devait être conservée très-précieusement.

Cela était la figure de Notre-Seigneur, victime sainte et consacrée à Dieu, qui ne devait. point passer par la corruption; et, en cet esprit, Notre-Seigneur appelle son Père du milieu du tombeau et lui dit (Levit. vu, 17, 18) : Mon souverain prêtre et pontife, hAtez-vous de manger votre hostie, voici le troisième jour que je suis en attente. Autrefois, ô mon Seigneur et maître, vous aviez défendu à vos prêtres qu'on tardât si longtemps à manger vos hosties. 11 a fallu passer trois jours pour témoigner que je n'étais point sujet à la corruption où elles tombaient en moins de temps, à cause de la vie éternelle qui m'est unie ; car, ô mon Père 1 j'ai pour protecteur de mou corps votre Verbe, qui a la vie en soi et qui est de même que vous un principe de vie : il me garde et nie défend de la corruption ; mais, mon Père, pour cela, je ne suis pas en vie. Vous vous réservez à me la rendre vous-même, à cause que je l'ai perdue pour votre service. Revenez donc, mon Père, et nous découvrez votre face, vous donnerez la vie à toute votre Eglise aussi bien comme à moi.

Domine, exaudi orationem meam. Cela exprime encore les instances de Jésus-Christ auprès du Père, joignant les sollicitations de son Eglise, représentée par le clerc ou par le diacre ou le sous-diacre, qui répondent : Et clamor meus ad te veniat. Le mot de meus, qui signifie une prière d'un particulier, montre que toute l'Eglise n'est qu'un Christ, et qu'elle ne prie que par un seul Esprit.

Il ajoute : Dominus vobiscum, lorsqu'il veut monter à l'autel ; il dit : « Le Seigneur est avec vous;» c'est-à-dire en ce lieu, maintenant que ma prière est exaucée, et que le Père m'a écouté, n'ayant point laissé son saint plus longtemps en la mort, d'où il est venu me tirer en me donnant une vie pure» sainte et glorieuse : Mon Père m'ayant accordé cette grAce de me donner la vie, et une vie immortelle qui ne m'empêche point d'être avec vous et dans le ciel : Assurezvous que je serai avec vous jusqu'à la fin du inonde : Et ecce ego vobiscum sum omnibus ditbus usque ad consummationem sœeuli : «Je suis et serai avec vous jusqu'à la consommation des siècles. » (Matth- xxxvm, 20.)

Voilà Notre-Seigneur Jésus-Christ ressuscité, le voilà en état de monter dans les cieux; et alors il dit : Oremus, ouvrant les mains et montant les degrés, signifiant par là qu'il appelle l'Eglise à le suivre en es-

OEUVRES COMPLETES DE M. Oi.IE'.l.

I »rî t et à s'unir à lui : il l'invite à le suivre à l'autel et à l'entrée du paradis. C'est pourquoi, ouvrant les mains en moulant, il appelle les peuples à la société et à l'union des louanges qu'il va rendre à son Père de tout son cœur, ainsi qu'il le professe en Da- \iil (Psal. ex, 1) :Confitebor tibi. Domine, in tnto corde meo, in consilio justorum et congregalione : Je confesserai dans le ciel en la plénitude de mon cœur, en la société de tous les justes et les saints, quelle est la miséricorde de Dieu le Père sur moi. Et pour cela, le prêtre après avoir dit : Oremus , ajoute : Oramus le. Domine, etc. : Nous prions, Père éternel, moi et nies saints, votre souveraine majesté; tous vous louent avec moi. Confit emini Domino, quoniam bonus, quoniam in sœculum misericordia ejus : Vous tous, mes frères, qui montez avec moi dans la gloire, confessez la bonté de mon l'ère sur moi, adorez sa miséricorde sur vous; car elle est infinie et sera éternelle. (Psal. cwii, 1.) C'est le cantique de Jésus- Christ montant aux cieux avec les patriarches, et qu'il répétera au jour du jugement avec tous ses saints, montant avec lui en triomphe dans la gloire de Dieu son Père, se dilatant dans ses saints, pour rendre sa louange plus magnifique, et plus auguste à la gloire du Père éternel.

Ensuite le prêtre baise l'autel, pour témoigner l'amour et l'union du Fils au Père entrant dans le ciel ; et aussi l'union de Jésus-Christ aux saints qu'il attire et qu'il consomme en lui, pour les donner tous à son Père et les faire entrer avec lui dans la société du baiser éternel. Cum tradiderit reijnum Deo et Patri. (I Cor. xv, 24.) C'est e lieu tant souhaité par Jésus-Christ toute sa vie, où il devait rendre à son Père tous les fruits de sa légation, et tous les devoirs de sa religion, entrant dans le ciel en état d'hostie consommée , qui est le dernier point où se puisse porter la religion. C'est pourquoi il souhaitait si passionnément toute -a vie le jour auquel le Père éternel le clarifierait : il souhaitait encore dans le même esprit de manger la Pâque avec ses disciples , c'est-à-dire de passer de cette vie mortelle à la vie de gloire, car la Pâque signifie passage. Et il tit cette Pâque une fois en secret, et sous des mystères: à savoir, dans ia Cène, où il commença d'être en ce moment ressuscité et glorieux, pour pouvoir se cacher, se distribuer et même s'insinuer au plus intime de notre âme, par la communion, passant, par sa gloire et sa résurrection, en un état d'esprit agile, subtil, et pénétrant au plus profond et délicat de nos substances.

Il désirait beaucoup d'être délivré de ce corps de chair et mortel, pour glorifier Dieu par tout lui-même, et dire : Cor me um et caro mea exsultaverunl in Daim vivum. Omnia ossa mea dirent : Domine, i/uis similis liiii'.' Mon Dieu, mon Père, je vous louerai dans mon cœur et dans ma chair, et tous nies os en ce jour de ma gloire, de même que mon esprit, chanteront vos louanges

'esprit glorieux et puissant

(Psal. lxxxiii, o; Psal. xxxiv, 10); à causi

qu'en ce temps

tirera la

spirituel

le glorifiera comme

chair dans sa nature, et la rendra

e; en sorte qu'elle louera Dieu et

l'âme. "Ce sera en ce

jour qu'elle sera parfaitement consommée en Dieu, et qu'elle aura anéanti tout son être à sa gloire, étant la vraie hostie de Dieu, dans lequel elle entrera comme dans un autel pour être la louange perpétuelle de sa grandeur.

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