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tirez-moi du milieu des péchés des hommes, dont je me suis couvert, et délivrez-moi des méchants. Il faut regarder le prêtre avec le diacre et le sous-diacre au |)ied de l'autel, comme des hosties sanctifiées à Dieu, qui, dans l'attente de leur égorgementet de leur mort, vivent en sainteté, disputant contre le démon, pour ne vivre qu'a Dieu en Jésus- Christ : Yiventes Deo in Christo Jesu (Rem. vi, 11) ; et pour ne point violer ni profaner le vœu qu'ils en ont fait, quoiqu'ils soient environnés de mille attraits et de mille amorces qui les tentent pour les tirer de son service.
Et pour cela, Notre-Seigneur même en ce sens dit de lui et de son Eglise : Mon Dieu, en attendant que nous allions au ciel, et que nous montions à votre autel, ayez pitié de nous ; voyez et jugez de l'état où nous sommes réduits : Discerne causum meam; c'està-dire regardez mon état en moi et en mes membres.
Notre-Seigneur était tenté pendant sa vie par le malin esprit, qu'on doit entendre par ce mot doloso, C'est un cauteleux et un rusé, qui en ses tentations n'agit que par finesses et tromperies : Draco isto quem formas ti ad illudendum ei : C'est ce dragon que vous avez formé, mais qui n'a point de force ; il n'a que des tromperies pour armes. (Psal. cm, 26.) L'homme méchant, c'est le monde : et en particulier pour Jésus-Christ Notre-Seigneur, c'étaient les Juifs : Ab homine iniquo ; et quant à ses autres ennemis, c'étaient les païens, les gentils, ies Romains, qui sont -.Gens non sancta. Notre-Seigneur avait les Juifs autour de lui, au lieudel'auiour-proprequi nous environne et qui est si méchant. Il a été tenté en tout et partout : Tcntalus per omnia (Hebr. iv, 26), pour nous mériter la victoire de la tentation. Et si ou ne voit dans l'Ecriture que peu de tentations que le diable lui ait livrées, c'est parce qu'il souffrait les autres tentations en particulier, en faisant pénitence secrète pour les hommes. El parce que dans ie désert, il est exposé comme pécheur et comme pénitent public, après son baptême et après la déclaration des fautes de tout le monde dont il s'était chargé, il fait connaître publiquement ses tentations, qui sont les peines des pécheurs que Dieu livre et abandonne entre les mains de ses bourreaux, pourleurfaire endurer quelqueécbantillon des tourments qu'ils devraient souffrir, et les faire souvenir qu'ils mériteraient d'être à jamais abîmés dans l'enfer, sujets à la cruauté et à la furie des démons, qui parfois nous tyrannisent si cruellement sur la terre, et qui nous trompent si malicieusement durant la vie : Diabolus récessif ab illo usque ad tempus. (Luc. iv, 13.)
Notre-Seigneur en ces paroles : Judicame, Deus, et discerne, etc., expose à son Père l'état de pénitence dans lequel il vit sur la terre, en lui et en son Eglise. Il dit : Regardez-moi, jugez de l'état où je suis réduit par votre sainte justice, qui exerce déjà son jugement sur moi par les afflictions, les peines et. les tentations oo^e me vois plongé ; toute
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ma vie n'est autre chose non plus que celle de l'Eglise, qui porte sur soi l'arrêt de mort et de condamnation qu'elle a encouru par le péché : In nobismetipsis responsum ttiortis Mbuimus, disait saint Paul. (/ Cor. i, 7.) Au milieu de mes peines et de mes afflictions, au milieu de mes ténèbres et de mes tentations, je n'ai senti dans mon âme autre réponse de mon Dieu, si ce n'est que je méritais la mort pour mes péchés, que je méritais pour jamais l'enfer, dont ces peines n'étaient que des figures et des ombres.
C'est le jugement qu'il faut porter toute sa vie, pour vivre en pénitent ; le pénitent doit porter sur soi son arrêt, et se mettant du côté de Dieu, se punir soi-même, entrer en l'esprit de Dieu comme juge et vengeur du péché, et, adhérant à Dieu, devenir un esprit de vengeance avec Dieu contre tout le péché possible, et surtout contre le sien. Mais en cet état de peine, il a besoin de force et de vertu divine : il doit être comme un enfant entre les mains de son père qui le châtie; qui d'une main l'enlève en l'air et le soutient, et de l'autre le punit et l'afflige. Dieu est notre force et notre vertu en cet état. Et pour cela, après que le prêtre a dit : Au nom de Noire-Seigneur, jugez-moi et regardez mon état et toute l'affliction de mon Eglise ; lui qui est Dieu comme son Père et soutenu de lui, il ne dit pas à Dieu : Donnezmoi force ; mais l'Eglise, faible et débile, répond : Quoniasn tu es Deus fortitudo mea, quare me repulisli? Mon Dieu, qui êtes ma forte et ma vertu dans ces traverses de la vie, hé I mon Dieu et mon Père, qui êtes mon refuge, comment repoussez-vous mon âme? Ces rebuts intérieurs, dont parle ici J'Eglise, sont les expressions de l'état pénitent où est réduite une âme dans l'exercice intérieur de pénitence, où Dieu la rebute intérieurement, et lui fait ressentir par une certaine application de lui-même, et une démonstration qu'on ne peut exprimer, qu'il ne veut point d'une âme impure, qu'il n'a que faire d'elle ni de ses œuvres ; et l'âme en cet état est si confuse, elle est si abattue, qu'elle ne sait à qui dire son mal; elle ne peut avoir d'aide, elle ne peut êtreconsolée par aucune créature, car tout le monde ensemble ne peut pas lui donner ce qu'elle perd; elle ne peut être retirée de cet état de tristesse et d'affliction, ni de la croyance de son rebut, à cause qu'elle sent en soi cette vérité si vive, si intime et si efficace, que rien ne le peut être davantage elle bannit la joie, et n'en peut souffrir les discours, ils n'approchent aucunement de là; c'est un vent qui souffle tout à l'entour de la maison, mais qui n'y entre pas.
C'est un mal caché et sans remède, lequel pour l'ordinaire est si honteux, que l'on ne l'oserait découvrir; et surtout quand Dieu permet et qu'il dispose intérieurement les personnes du monde à nous traiter comme lui-même nous traite; car souvent, en nous rebulant, il fait, pour la plus grande purgaiion et pénitence de l'âme, que tout le monde
nous rebute ainsi ; personne ne nous peut souffrir ; le monde nous regarde comme des réprouvés et nous traite d'excommuniés, nous fuyant, nous abhorant, ayant frayeur de nous; et ainsi Dieu en tout nous rejetie et nous afflige; il nous oblige à demeurer seuls et à vivre dans la pure dépendance de sa miséricorde, voyant notre condamnation partout, soit en la bouche de Dieu, soit en celle de sa créature. C'est ce que mérite le pécheur : car il doit être le but de la colère, de l'indignation et de la vengeance de Dieu, non-seulement en lui-même, mais encore en toutes ses créatures; parce qu'habitant en elles, il sait s'y faire sentir et y paraître vengeur et punisseur des crimes, aussi bien qu'en lui-même : Et pugnabic cum Mo orbis terrarum contra insensatos (Sap. v, 21) : et tout l'univers se lèvera pour Dieu et en Dieu contre les insensés qui ont osé s'élever contre lui, refuser d'obéirà ses commandements et qui n'ont voulu recevoir son Fils. Accipiet armaturam zelus itlius,etarmabitcrealurantad ullionem inimicorum : « Son zèle prendra te* armes et il armera toutes ses créatures contre ses ennemis; » (Ibid.) c'est-à-dire Dieu, habitant en ses créatures, paraîtra sous elles en sa colère, et fera comme le lion dont la furie parait par tous les membres de son corps ; ainsi Dieu en colère animant toute sa créature et vivant en elle, exprimera par elle et fera voir extérieurement sous des marques sensibles, sa vengeance sur les pécheurs.
La colère dans le lion fait changer de face et de constitution à tout cet animal, qui de beau qu'il était auparavant, devient hideux et horrible par ce ressentiment de colère ; ainsi en sera-t-il du monde, et de toutes ses créatures, qui étaient belles et agréables aux yeux de tous les hommes, à cause que Dieu y habitait en sa beauté, laquelle il exposait, afin de se rendre aimable extérieurement par ses portraits et par ses figures ; où au contraire, au jour du jugement, auquel Dieu fera voir toute colère, et se voudra manifester en rigueur, et non plus en sa beauté : ce grand juge habitant en ses créatures, changera d'état et de disposition envers les pécheurs; de doux, de beau et de bénin qu'il était, et paraissait en lui et en sa créature, il paraîtra en tout, colère, vengeur et furieux; en sorte que le soleil, les astres et la lune, seront des yeux ardents en cet animal du monde; ils seront tout ensanglantés, comme le marque l'Ecriture. {Apoc. vi, 12.) L'Océan sera ce poumon et cette poitrine du monde, ou si l'on veut, sa gueule et son gosier, qui se fera entendre par ses rugissements , ses muglements et hurlements épouvantables : Elèvuverunt flumina vocem suam : « Les fleuves ont élevé leur voix, » (Psal. xcn, 3) et ils ont répondu à ces mugissements des ondes de la mer, qui remplissaient le monde de frayeur et u'horreur : Elcvavcrunt flumina fluctus suos a vocibus aijiiarum multarum : Ces grandes eaux sont (telles de la mer, auxquelles de frayeur les eaux des fleuves ont répondu. (Psal. xun,&.)