DES CEREMONIES DE LA GRANDMESSE. - LIV. II
Ces prodiges parurent par avance à la mort de Notre-Seigneur, qui fut le jour auquel Dieu le Père exerça son jugement sur le péché de tout le monde en la personne de son Fils; jugement que le même Fils exercera sur le monde, en récompense de l'avoir voulu souiFrir en sa personne : Omne judicium dcdit Filio (Joan. v, 22) ; Pater poteslatem dédit Filio judicium facere, quia F Mus hominis est [Ibid., 27) : Le Père éternel a donné à son Fils la dignilé de juge sur tout le monde, et l'honneur de porter jugement sur tout péché, en récompense d'avoir souffert lui-ruême le jugement de tout le monde en qualité de Fils de l'homme : Quia Filius hominis est. Et c'est en cet état où il dit à son Père : Judica me , Deus, et discerne causam meam de génie non sancla; ab homine iniquo et doloso erue me : Mon Père, jugez-moi ; mais séparez ma cause et ma personne des péchés des hommes et des 6nges, dont je me suis chargé.
Vous êtes toute ma force aussi bien que de mon Eglise, mais vous me délaissez:
Quare me dereliquisti f et vous rne repoussez : Quare me reputisti? (Psal. xlii, 2.) Mais j'en vois bien la cause, c'est mon état de pécheur public et de victime universelle pour le péché du momie, qui fait que je porte sur moi le traitement qui lui est dû : Longe a sainte mea verba delictorum meorum (Psal. xxi, 2) : ce sont les péchés des hommes, que je fais miens, qui me font traiter de la sorte, et qui me tiennent éloigné de vous, mon Dieu. C'est la pénitence que je fais pour toute mon Eglise qui, participant à mon esprit, doit aussi participer à cet état de pénitence et de rigueur. Mais dans cet étal, il n'y a pas sujet de peine et d'affliction : Quare tristis es, anima mea, et quare conlurbas me? car c'est le jugement de Dieu mon Père, sur les péchés et non sur la personne : et tout de même qu'après avoir porté ma pénitence, et après avoir été hostie pour le péché, je serai victime de louange éternellement dans le ciel; ainsi en sera-t-il des pénitents sur qui Dieu exerce en terre son jugement. Il se venge ici de leurs péchés, mais après ils seront avec moi des hosties de louanges ; et pour cela il n'y a point lieu de tristesse : Quare tristis es, anima mea, et quare conturbas me ? Pourquoi t affliges-tu , mon âme? pourquoi te troubles-tu? Il en est de chaque Chrétien dans la pénitence, comme de Notre-Seigneur souffrant en la croix les rebuts de son Père; car tout ainsi que Notre-Seigneur était une personne sainte dans son fond etbien-aimée de Dieu, pendant qu'il était environné de la ressemblance d'une chair pécheresse, que Dieu condamnait en lui, qu'il détestait et punissait rigoureusement; de même, les âmes que Dieu met en exercice de pénitence, sont punies de leurs péchés et de leurs crimes, en même temps qu'il aime en elles la créature nouvelle, qui est formée en l'esprit de Jésus-Christ; de sorte qu'il ne se faut point attrister dans la voie de pénitence : Quare tristis es, etc.
OEUVRES COUPL. DE M. OlIER.