‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 119 sur 394 · XLII · texte numérisé non relu

XLII

Notre-Seigneur continue par ces paroles à décrire son état pénitent et celui de son Eglise, soit en l'Ancien, soit au Nouveau Testament, étant au milieu de l'un et de l'autre, au pied du saint autel.

Il dit donc de la part de l'Ancien Testament, qui comprend une partie de l'Eglise : Envoyez-nous, mon Dieu, votre lumière et votre vérité; nous sommes dans une loi et dans un état plein de ténèbres et de figures; envoyez votre Fils, qui est cette lumière et cette vérité.

Il dit aussi de la part du Nouveau Testament, mis par ses péchés dans un état de ténèbres : Je vous conjure de m'assister et de me donner encore par votre miséricorde, une partie des lumières dont vous m'avez éclairé dans le baptême, pour me tirer de ces obscurités et de l'ombre de la mort : In regione umbrœ mortis (Luc. i, 19; Matth. iv, 16) : J'étais dans une région de mort, et mes péchés m'avaient plongé de nouveau dans ce même état d'erreur, je vous conjure par vous-même de m'en vouloir tirer.

Ipsa me deduxerunt, et adduxerunt in montem sanctum tuum, et in tabernacula tua. C'ett par la clarté du baptême que j'ai étéintroduit clans l'Eglise, la vraie montagne de Sion, et vos vrais tabernacles ; c'est par cette clarté que j'ai été rendu participant des plus divins mystères de la foi : vos lumières et votre vérité m'ont fait pénétrer dans ce qu'il y a de plus caché en vos mystères, lorsque j'ai approché du tabernacle de vos autels, qui n'est que l'image et la figure du paradis, où l'on verra à découvert ce que l'on voit ici à peine sous les voiles du sacrement : Revelata facie gloriam Domini spéculantes (Il Cor. m, 18); nous verrons en plein jour ce que nous ne voyons que dans la nuit.

Spera inDeo, quoniam adhuc confitebor illi salutare vultus mei et Deus meus. Confietoi, mon âme, dit l'Eglise, en répondant à la prière de Jésus-Christ pour elle, espère en ton Seigneur, qui te découvrira un jour la beauté de sa face, et qui t'ouvrira ses secrets, après t'avoir laissée languir dans la peine et dans les ténèbres de la mort. Je sais que j'ai besoin de toute la confiance possible en la bonté de Dieu, et en la charité de Jésus- Christ mon salutaire : Salutare vultus mei, et Deus meus. Je sais que j'ai besoin de la miséricorde de mon Dieu, et de la rédemption de son Fils; surtout, après avoir méprisé les dons de la lumière , abusé des goûts de l'esprit, et foulé aux pieds avec tant d'insolence la grâce de ma vocation. Quia apud Dominum misericordia, et copiosa apud eum redemptio. (Psal. cxxix, 4.)

Si nous voyons que les Juifs, pour avoir foulé aux pieds le sang de Jésus-Christ, n'ont point trouvé lieu de pénitence, que

sera-ce de ceux

qui l'ont crucifié en euxmêmes, qui ont foulé aux pieds ce sang du testament, et qui l'ont mis dans les mains du démon pour en faire sa proie et son ieuet dans nos cœurs ? (Hebr. vi, 4, 6.) Car le démon nous possédant parle péché, semble entrer en quelque sorte de domination sur Jésus-Christ, qui étant en nous par la communion sacramentelle, devient, pour ainsi dire, avec nous l'esclave du démon vainqueur : A quo quis superatus est, ejus et servus est. (IJPetr.u, 19.) On devient le serviteur de celui qui surmonte ; si bien qu'après un crime si énorme, j'ai besoin d'un secours excessif de la bonté de Jésus-Christ notre salutaire, et de la miséricorde de Dieu, qui me pardonne et me fasse espérer d'avoir e.utrée en son Eglise, pour commencer avec les bienheureux à glorifier Dieu en leur société, et à chanter avec eux le cantique de gloire -.Gloria Patri, et Filio, et Spiritui sanclo , que le prêtre prononce aussitôt a^rèsees paroles.

Notre-Seigneur dit pour soi , aussi bien que pour l'Eglise comprise dans l'un et l'autre Testament, ces paroles : Emitle luce?n tuum et verilulem tuam : Envoyez-moi votre lumière et votre vérité dans l'état où la pénitence m'a réduit parmi les pécheurs pénitents. C'est où Notre-Seigneur s'est vu réduit, surtout au temps de sa passion et de sa mort, portant la peine des pécheurs qui doivent être privés des plus purs biensde Dieu, tels que sont les trésors de ses lumières. Car quoiqu'on son esprit il n'ait jamais souffert les moindres ténèbres , ayant toujours en soi tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu; néanmoins cet état de la croix et du tombeau peut être appelé un état de clarté et de lumières : Emilie lucem tuam <t veritatem tuam : Envoyez votre lumière et votre vérité qui me retire de ces ténèbres qui m'environnent, et de l'ombre de la morL

Jpsu me deduxerunl, et adduxerunt in montem sanctum tuum, et in tabcrnacula tua : C'est en cette lumière que j'ai été conduit depuis ma sortie du ciel jusqu'à mon retour dans la montagne de la sainie Sion, où j'aspire, et où je me suis déjà vu par avance en la sainte montagne du Thabor, où votre apôtre me voulait faire des tabernacles : In montent sanctum tuum, et in tabernacula tua, qui étaient des. préparatifs de l'état où vous m'appelez après ma résurrection.

Et c'était la raison pour laquelle je défendis à mes apôtres de parler de mon état de gloire, jusqu'au temps où je serais dans la parfaite jouissance de ce que vous me préparez, et où je pourrais en paix entrer clans les tabernae'es du repos que mon apôtre me préparait en son esprit, et qu'il voulait me faire accepter plus tôt que mon excès et ma douleur, qui devaient encore suivre, ne le pouvaient permettre.

Saint Pierre voyait Notre-Seigneur dans une béatitude commencée avecMoïse et Elie, qui n'étaient pas eux-mêmes dans la gloire parfaite, où se chanteront à jamais les louan-

ges de Dieu. Et comme l'Eglise du paradis formée sur la société des trois personnes adorables, et représentée par ces trois aussi bien que l'Eglise de la terre formée sur les mêmes personnes, et représentée par les trois apôtres, ne conspirent ensemble qu'à la gloire de la très-sainte Trinité; de là vient que saint Pierre, qui était appelé à l'établissement de l'Eglise, et qui commençait en esprit à faire ses fonctions, voulait établir ces tabernacles pour s'unir avec les saints, et commencer le cantique de gloire de la très-sainte Trinité : Gloria Patri, et Filio, et Spiritui sancto ; c'est la gloire du Père, du Eils, et du Saint-Esprit, qui a été la fin de la pénitence de Jésus-Christ, et le commencement aussi de sa gloire : Jésus- Christ ne veut pas que sa pénitence finisse plus tôt que son Père ne l'ordonne, et il remet sa gloire à ses moments et à ses ordres. Et parce que le commencement de sa gloire et la fin de sa pénitence n'ont pour but que l'honneur et la gloire de Dieu, le Gloria Patri est mis au milieu des sentiments de pénitence de Jésus-Christ, et au commencement de sa sainte espérance.

Et iniroibo ad al tare Dei. Enfin, après ma pénitence et ma douleur, je monterai au ciel pour y glorifier mon Père, qui me renouvellera et me tirera de l'état d'infirmité et de caducité, où je me vois réduit. Ad Deum, qui tœ/tficat juventutem meam; il me rendra la joie pour la douleur que j'endure, et que je soutire maintenant, étant chargé de tout le faix des crimes de la terre, sous lequel je gémis.

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