‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 130 sur 394 · DES CEREMONIES DE LA GRAND'MESSE. LIV. III · texte numérisé non relu

DES CEREMONIES DE LA GRAND'MESSE. LIV. III

dessus de la chair, la tînt dégagée de sa niasse pesante pour 1'flltacher à Dieu, et s'occuper en lui par louange et par amour.

Les anges aussi bien que les hommes avaient intérêt à la venue du Messie, et le demandaient avec d'autant plus d'ardeur et de zèle, qu'ils voyaient clairement en Dieu ce mystère et sans incertitude, et que d'autre part ils voyaient périr les âmes sous le poids de la chair par la malignité du diable et par !a faiblesse de la loi, à qui ils prévoyaient devoir succéder la force de l'esprit de Jésus-Christ, selon les promesses de l'avenir : Effundam de spiritu meo super omnem carnem, et prophetabunt filii veslri, et filiiv vestr(r, et seniores veslri visiones videbunt, et somnia somniabunt(Joel. n, 28; Act. h, 18) : Je répandrai mon esprit sur toute la chair, et je le donnerai avec telle abondance que, remplis des lumières de ma présence, ils verront en moi toutes les choses les plus secrètes de l'avenir, et verront en veillant, et même en dormant, les choses les plus pures et les plus saintes de la foi. C'est l'état des âmes bien unies à Dieu qui voient toujours en Dieu les choses, même en dormant, à cause que Dieu leur est uni indépendamment de l'opération de leurs sens, et qu'il s'applique parfois à l'âme la nuit, d'une manière assez remarquable , afin qu'elle puisse faire réflexion sur ce qu'elle a vu, et avoir le souvenir de l'opération divine. Dieu n'a point besoin de nos fantômes pour agir en nous, non plus que dans les âmes séparées; il opère dans les temps que les facultés sont liées, qu'elles n'ont aucune fonction, et qu'elles sont assoupies, mortes et endormies. Cela se fait par la présence de l'esprit de Dieu, intimement présent à nous par son essence, qui est plus en nous que nous-mêmes, qui est le fond essentiel de notre subsistance et de notre être , et par conséquent présent essentiellement & nous dans l'intime et dans le fond de notre âme, où le fantôme n'a point d'accès, où l'opération propre n'a point de nécessité de s'approcher, où Dieu seul peut faire et fait tout, où il est le maître et lésera toujours, comme il l'était quand il tira cet être du néant pour lui donner la subsistance.

C'est ainsi que Dieu opérait en la trèssainte Vierge, comme dit saint Ambroise, et comme nous l'expriment ces paroles : Ego dormio, et cor meum viyilat. (Cant. v, 2.) Je dors en mon corps et en ses puissances, mais mon esprit est toujours veillant ; il est toujours assistant auprès de Dieu, et sans aucune dissipation. C'est la manière dont Notre-Seigneur Jésus-Christ dormait, qui était pourtant alors bien heureux, et voyait Dieu en son esprit, lui rendant même tous les devoirs de religion, de louange, d'adoration et d'amour, qu'il lui rend dans les cieux. Et cela se faisait sans ces interruptions (jui viennent de la part de la chair, sans dissipation d'esprit, et sans aucune allentiondes facultés ducorps. Cequi se faisait en lui en éminence, se passait en sa sainte Mère dans toute la perfection qui se peut

communiquer à une pure créature, laquelle, pouvant être occupée en Dieu, le devait être pendant ces temps pour ne passer aucun moment de sa vie, sans rendre à son Dieu ses devoirs et les nôtres; recevant aussi les libéralités continuelles de Dieu, qui ne voulait point laisser un moment une âme si agréable sans se la tenir unie, et répandre en elle ses dons et ses grâces.

Notre-Seigneur fait encore ressentirquelquefois les mêmes faveurs à certaines âmes qui vivent sur la terre, qui se voient occupées presque toujours en Dieu, autant la nuit en dormant comme le jour en veillant. Ce que l'on voit par les effets et par le compte qu'elles rendent des choses qu'elles ont reçues, qui surpassent la capacité humaine et la portée de l'esprit. Ce sont là les dons de l'esprit du Nouveau Testament que les anges prévoient en Dieu, et qui leur faisaient demander miséricorde pour les hommes par la vertu de Jésus-Christ, qui devait leur donner cet esprit, et en même temps réparer les ruines de leur société qui était déchue : Jmplebit ruinas (Psul. ci\, 6), et dont le nombre par leur malheur et la malice de leurs frères révoltés et superbes avait été diminué et rendu imparfait. Leurs demandes et leurs prières ont été de si grand poids devant Dieu, que pour cela Notre-Seigneur fait mention à l'autel de tous les sentiments d'amour, de pénitence , et d'une infinité d'autres devoirs qu'ils lui ont rendus. 11 fait exprimer hautement par la bouche des prêtres et de l'Eglise, ce qui lui tient au cœur et ce qui a été de si grand prix aux yeux de Dieu; savoir, les cris des anges et les gémissements des prophètes qui ont hautement prié et demandé sa venue avec tant d'instance du haut du ciel et du lond de la terre. Ces gémissements des prophètes nous sont bien exprimés parle psaume : De profundis clamavi ad te, Domine, Domine, exaudi vocem meam\(Psal. cxxix, 1); psaume que l'on chante au jour de la Septuagésime, où l'on commence à faire pénitence des premiers péchés, qui sont les péchés commis contre la création, dont l'Eglise récite toute l'histoire, et fait la description de la chute du premier homme, de sa mort et de celle de tous les autres hommes en lui. Elle emporte et pleure leur perte avec douleur, voyant qu'ils ont perdu un Dieu, qui demeure offensé sans ressource, si le même Dieu ne vient sur la terre se satisfaire par lui-même en une nature mortelle capable de porter sur soi la peine due au pécheur; et comme second Adam, satisfaire à ce que le premier ne pouvait pas payer, et être puni en sa propre personne, comme s'il eût fait luimême le péché. Le second Adam se revêt de 1 habit du premier et capital péché,- qui a commis tous les péchés de sa famille, et sous cet extérieur il porte une dignité capable de satisfaire et de donner plus à Dieu en mounnt qu'il ne lui avait été dérobé.

Et partant, le Kyrie sert pour exprimer une des intentions du sacrifice : savoir est, de demander publiquement pardon à Dieu

pour les péchés tic toute l'Eglise; tout ainsi que le Gloria , qui suit immédiatement le K yriv , exprime une autre intention du sacriflce , qui est de louer, bénir et adorer Dieu.

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