CHAPITRE IV
De la conclusion des oraisons.
Le prêtre conclut et finit ordinairement ses oraisons par ces paroles : Per Dominum nostrum Jesum Christum, etc. , in unitate Spiritus sancti, etc. Et pour lors il joint les mains pour témoigner que c'est par les mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ que nous espérons tout; comme aussi à cause de l'unité de l'Esprit, en la vertu duquel nous offrons à Dieu nos prières. Et cette unité est plus pure que celle de la société à Jésus-Christ, ce qui sera exprimé dans le Canon par ces paroles : Per ipsum, cum ipso,
et in ipso est tibi Deo Patri omnipotcnli, in unitate Spiritus sancti, omnis honor et gloria. Cette unité est la plus intime et la plus nécessaire, car il ne se fait rien dans l'Eglise sans la vertu de l'esprit de Jésus-Christ.
Ce n'est pas assez de prier avec Jésus- Chrisl et en sa compagnie; on peut aisément dire qu'on est joint de désir à Jésus- Christ, surtout par le besoin qu'on a de sa personne, désirant de trouver toujours de l'appui auprès de Dieu, quand ce ne serait que par amour-propre. Ainsi ce n'est pas assez d'être en cette société, il faut être en l'unité même de Jésus-Christ, et agir auprès de Dieu en la vertu et en la grâce de son Esprit, qui n'est point en nous sans son amour. Il faut, comme dit Notre-Seigneur, que nous soyons en lui, comme il est en son Père. Or il est en son Père et par sa société, et encore par unité. Il y est par société, en tant qu'il est auprès de lui par concomitance; et quoique le Père soit un avec le Fils par son essence, il ne laisse pas d'être distinct de lui par sa personne, car la personne du Père n'est point celle du Fils, ni celle du Fils n'est point celle du Père : ainsi ils demeurent ensemble en société inséparable.
Les Chrétiens doivent vivre dans une pareille société avec Jésus-Christ, en sorte qu'ils se voient toujours auprès de lui dans leurs œuvres, le voyant agir devant leurs jeux, pour agir avec lui en conformité et ressemblance, offrant toutes leurs actions à Dieu avec celles de Jésus-Christ, s'offrant aussi eux-mêmes avec lui à la gloire de Dieu.
Mais ce n'est pas assez pour satisfaire à notre vocation et à l'obligation que Dieu et son Fils nous imposent ; car il ne faut |>as seulement offrira Dieu ses œuvres en l'union et société de Jésus-Christ, mais même en l'unité de Jésus-Christ, laissant agir en nous son Esprit, et lui obéissant parfaitement, adhérant à lui, agissant en sa force et vertu, opérant en sa lumière même et en son mouvement; car, comme ce divin Esprit est en nous pour agir à la gloire de Dieu, et pour nous élever à Dieu par sa lumière, par son mouvement et par sa force, et que c'est tout le même esprit qui était en Jésus-Christ, et par lequel Jésus-Christ vivait sur la terre et agissait pour la gloire du Père; de là vient que c'est en l'unité d'esprit avec Jésus-Christ que nous agissons en l'Eglise, et que nous devons agir, c'est ce que veut dire saint Paul : Quid oremus nescimus. Spiritus postulat pro nobisgemitibus inenarrabilibus (Rom. vin, 26.) Nous ne savons comment prier; c'est l'esprit qui demande et qui soupire avec des cris et des gémissements inénarrables. Il demande pour les saints selon Dieu ; et comme cet esprit agit en Jésus comme en nous, il se trouve que nous agissons et prions en unité d'esprit, et qu en cela nous sommes conformes aux personnes divines, qui agissent toutes trois en unité de puissance et d'essence. EVos agissent en unité d'esprit, puisque c'est un même esprit,
SRI