CHAPITRE NI
Des cérémonies que le diaure fait à l'autel pour se préparer à chanter l'Evangile.
Quand le prêtre lit l'Evangile , le diacre va porter sur l'autel , qui représente Dieu, le livre des Evangiles qu'il a reçu du maître des cérémonies , qu'il doit après reprendre tout fermé, pour mo.trer que la doctrine tle Jésus-Christ est puisée en Dieu , et qu'elle est en Dieu , en même temps qu'elle est prononcée par lui-même, selon ces paroles : Me a doctrina non est mea , sed ejus qui misit me (Joan. vu, 1(3): Ma doctrine n'est pas ma doctrine , mais c'est la doctrine de mon Père qui est cachée en lui , et révélée en moi ; c'est pourquoi ce livre fermé est posé sur le milieu de l'autel , comme dans le sein de Dieu, (tendant que Notre-Seigneur révèle ce qui est dedans , et qu'il le lit à livre ouvert , ne le découvrant néanmoins encore que faiblement à son Eglise en la Judée.
Le livre demeure fermé sur l'autel , jusqu'à ce que Notre-Seigneur, dans le prêtr», ail achevé de publier son Evangile, à savoir jusqu'au teiups de son retour en Dieu cela nous enseigne que l'Evangile n'a été pleinement révélé aux disciples qu'après que Notre-Seigneur est monté dans le ciel; après lequel temps les apôtres, attendant leur mission, priaient beaucoup ; ce qui nous est représenté par la prière que Je diacre fait avant que de reprendre le livre, qu'il prend ensuite sur l'autel, parce que les disciples ont reçu les instructions de Dieu même par le Saint-Esprit , et que cette doctrine leur a été puisée dans son sein par les mérites de Jésus-Christ, après qu'il s'est approché du sein du Père : Et erunt omnes docibiles Dei. (Isa. i.iv, 13 seq. ; Joan. vi, 45.) C'est pourquoi le prêtre est à côté du livre , pour représenter que cela arriva après que le Fils de Dieu fut de retour de son travail , et que son Père lui eut dit : Sede a dextris meis : « Soijez assis à ma droite (Psal. cix, 1), » qui est le temps où sont accomplies ces paroles : Dominas a dextris tuis: « Le Seigneur est à [votre droite. » (lbid., 5.) Le Père éternel est à la droite de son Fils , et le Fils est à la droite de son Père , pour marquer l'égalité de puissance et de perfection dans les deux; car Notre-Seigneur , aussi bien que son Père , peut être ligure par le'prêtre et par le livre, dont l'un est à la droite de l'autre.
Le prêtre qui est à côté du livre, ne se tourne qu'après avoir oui prononcer au diacre ces paroles : Jubé, Domine, benedicere ; ce qui signifie que Notre Seigneur, à la droite
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du Père , ne se tourne vers ses apôtres qu'après leurs cris et leurs fortes prières, par lesquelles ils demandaient instamment le Saint-Esprit, qu'il leur donna selon leurs demandes exprimées par les paroles de l'oraison rpie fait alors le diacre. 11 dit : Manda car meum et labia mea, omnipotens Deus, qui luliia lsaiœ prophelœ calcula mundasti ignito; jtu me tua yratia miseratione d'ignare mundarc , ut sanctum Evangelium tuuin digne valeàtn nun tiare. Pcr Christum. Dominum nostrum. Amen. Mon Dieu, purifiez mon cœur, dit le diacre au nom du Nouveau Testament et de tous les apôtres , qui s'adressaient à Dieu le l'ère par l'intercession de son Fils, pour lui demander le Saint-Esprit qui les rendît capables de publier le saint Evangile qu'il leur avait commis , et à quoi il leur faisait l'honneur de les appeler. 11 demande un esprit puritiant et échauffante la manière du charbon ardent qui fut porté par le serai hin pour échauffer le cœur et pour purifier les lèvres du prophète Isaïe, qui était une ligure des apôtres appelés pour être prophètes , et qui, en lui, disaient qu'ils étaient poilus dans leurs lèvres , et qu'ils avaient besoin d'être purgés par la divine ardeur du Saint-Esprit, qui leur donnât vigueur et force, et qui purifiât même leurs langues, pour pouvoir prononcer hautement le uivin Evangile. C'est pourquoi le Saint- Esprit descendit en forme de langue de feu, pour leur donner l'ardeur au cœur et le feu en la bouche, qui pût échauffer les cœurs des plus refroidis. Ce séraphin signifie le Saint-Esprit , et le charbon ardent qui purifie les lèvres, signifie les dons du Saint- Esprit , qui fait parler les saints apôtres , et en fait des séraphins par l'ardeur qu'il leur donne : et comme nous voyons que dans les hiérarchies des anges , le dernier du .premier ordre touche immédiatement le premier du suivant, le rendant tout participant de ses saintes qualités, ce qui se fait même a l'égard des séraphins par le Saint-Esprit, qui étant le dernier en ordre de la hiérarchie incréée , transforme eu son état le premier de la hiérarchie créée, à savoir les séraphins, qui sont les plus proches de lui, et qui sont des esprits tout ardents et des flammes de feu ; ainsi ce même Esprit en fait autant dans les apôtres , il les fait des feux ardents et des charbons de feu, se mettant en eux et les rendant, comme dit saint Paul, après le Psalmiste, des ministres de feu et de flammes: Qui facit ministros suos flamrriam ignis. (Ilebr. i, 7; Psal. cm, '*.}
Le diacre , par ses prières, la demande à Jésus-Christ sous le prêtre ; il le prie de lui donner son Esprit et sa bénédiction; il le conjure de lui donner force et lumière pour prononcer avec, lidélilé son Evangile, et pour le soutenir avec amour, et le prêtre les lui donne par ces paroles : Dominus ait in corde tuo , et in luùiis tuis ut digne et competenter annunties Evangelium suum, etc. Ce uièuie amour et cette puissance de prêcher l'Evangile <pic le diacre reçoit, sont encore ex, .ri.i.éa lorsqu'il baise la main du
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prêtre: car ces deui cérémonies ne servent qu'à découvrir et révéler le même secret qui se passe en ce mystère.
Le prêtre , après avoir donné la bénédiction au diacre , lui présente la main à baiser pour témoigner que Noire-Seigneur unit ses apôtres à sa puissance et à sa vertu , leur donnant les dons de l'esprit qui émanent de lui, et en particulier le don des langues, le don de la parole et de la voix; ce qui est exprimé par l'attouchement de la bouche, purifiée et rendue efficace par ces dons. Le prêtre, qui pour lors touche de sa main les lèvres du diacre, représente le Saint-Esprit qui les purifie par ses dons , comme ce charbon ardent purifia celles du prophète Isaïe, et qui sanctifie le Nouveau Testament, qui autrement ne serait pas digne ni capable de parler des mystères de Dieu. En effet, comment serait-il digne et capable d'en parler , puisque c'est cet Esprit, dit le Sage, qui a la science etla voix : Et hoc , quodeontinet omnia sciènliam habctvocis. [Sap.\,"i.) C'est lui seul qui donne l'intelligence des mystères ; c'est lui seul qui découvre ce qu'ils ont de plus caché ; c est lui seul qui donne la grâce d'en parler, et même quelquefois avec tant de force, que les prêtres qui les expliquent en sa vertu l'ont entendre beaucoup plus qu'ils ne disent. Le Saint-Esprit, qui esl le principe dans lequel ils parlent , opère alors selon sa puissance ; et sa puissance a bien plus d'étendue et d'énergie que les paroles. Ainsi il découvre parfois [dus de lumières à ceux qui reçoivent la grâce qu'à ceux qui la distribuent; les auditeurs reçoivent plus de jour que les canaux n'en portent en euxmêmes. On pourrait dire qu'il en est de ces instruments de grâces, comme des mousquets ou arquebuses qui renferment le feu qu'ils poussent au dehors; mais ce feu pourtant à la sortie a bien plus d'éclat , de lumière et d'étendue , que lorsqu'il demeurait encore resserré dans le canon. De même les saints, qu'on pourrait appeler des armes à feu, portent souvent sur des sujets étrangers ]>] us de lumière et plus d'amour qu'il n'en parait en eux-mêmes. Leur vertu cachée n'éclate que par les coups qu'ils portent sur autrui , et ces coups parfois font une telle impression, que ceux même qui en sont blessés en retirent aussi la force d'en blesser d'autres.
Il faut encore que le prêtre mette la main sur le livre pour montrer que c\'St en cette vertu qu'on ouvrira ce livre, et que c'est en la vertu de ces dons de l'Esprit que les sept sceaux seront levés, ainsi qu'il est dit en Y Apocalypse : Yicit Léo de tribu Juda radi.v David aperire libritm et solvere septem signacula ejus. (Apoc. v, o.) C'est l'Agneau qui est digne de lever les sept sceaux, d'ouvrir ce livre , et de donner la puissance de l'ouvrir et de le lire. Le sous-diacre baise aussi la main du prêtre après avoir chanté les prophéties ou l'Epître, ce qui marque que les prophètes étaient aussi unis à Jésus-Christ qui les suivait.
11 semble à propos de remarquer ici que