‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 138 sur 394 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

De l'Evangile que le prêtre lit au côté droit de l'autel.

Le prêtre, avant que de lire l'Evangile, s'incline au milieu de l'autel, pour exprimer l'état et la disposition de Jésus-Christ recevant les ordres de Dieuson Père, pour venir publier le mystère de réconciliation et l'avénement de son royaume. Il se dispose par là à satisfaire à sa mission ; et avant que de la commencer, il puise dans le sein de son Père la force et l'amour nécessaire pour accomplir parfaitement sa volonté.

Le prêtre fait le signe de la croix sur l'Evangile, sur son front, sur|sa bouche et sur son cœur, pourtémoigner que c'est en Dieu seul que l'humanité de Notre-Seigneur a puisé la lumière qu'il répand sur la terre, la force de confesser son nom et sa parole, et l'amour de la croix, qui est le terme et l'abrégé de l'Evangile.

Quand le piètre commence à lire l'Evangile, il n'y a que le sous-diacre auprès de lui; pour signifier que quand Jésus-Christ prêchait lui-même son Evangile en Jérusalem et en Judée, il était au milieu de l'Ancien Testament, et n'avait pas encore institué le Nouveau ni donné son esprit. C'est pourquoi le diacre en demeure éloigné pendant quelque temps, et il ne s'en approche que sur la fin ; parce que Notre-Seigneur Jésus-Christ n'a donné son esprit, et n'a formé son Nouveau Testament, qu'à la fin de la prédication de son Evangile, et à la fin de sa vie, durant laquelle ses apôtres, n'ayant pas encore reçu le Saint-Esprit, étaient comme éloignés de lui par leur état grossier. Ils ne pouvaient avant sa mort concevoir ce mystère : et même après sa résurrection, il Jes reprend de leur incrédulité. Aussi ne pouvaient-ils le suivie dans les vérités

DES CEREMONIES DE LA GRANDMESSE. — LiV. V.

évangéliquesqu'il leur prêchait, parce qu'ils ne pouvaient en recevoir la grâce et la lumière qu'après avoir passé quelque temps en retraite et en oraison, et après avoir été revêtus en plénitude de sa force et de sa vertu.

Le prêtre, qui avait la facejtout à fait tournée vers l'autel, et le dos vers le peuple, quand il lisait l'Epîlre, se tourne de côté lorsqu'il récite l'Evangile ; parce que Notre- Seigneur ne commença a se découvrir, que lorsqu'il publia lui-même son Evangile:

mais lorsqu'il est chanté par le diacre, ce qui représente le temps de la prédication des apôtres, il se tourne davantage vers le peuple, et paraît plus à découvert; parte que quand les apôtres prêchèrent l'Evangile, Jésus-Christ fut connu plus clairement, et fut manifesté plus ouvertement au monde qu'il n'avait été auparavant. Pour cette même raison, lorsque le prêtre lit l'Evangile, le sous-diacre est proche de lui pour l'écouter, témoignant par là que Jésus-Christ a prêché son Evangile, comme à Lasse voix, et qu'il a fait son œuvre à petit bruit et avec peu d'éclat; au contraire, le diacre se lait entendre facilement de tout le peuple, parce que sa voix représente celle des apôtres, qui s'est fait entendre par tout l'univers : In omnem terrain exivit sonus eorum. (Psal. xviii, 5.)

Jésus-Christ a mieux fait entendre son Evangile, etl'a publié plusloin par ses apôtres que par lui-même. Car lorsqu'il l'a pioché lui-même, il était victime pour nos péchés; il était revêtu d'infirmité; il n'agissait point encore en la vertu du Fils de Dieu, mais plutôt en la faiblesse du Fils de l'homme ; de sorte que pour agir sortablement à son état et à sa condition, il n'usait de son esprit que faiblement : mais lorsqu'il l'a prêt-né en ses apôtres, il était entré par sa résurrection en la puissance de sa nouvelle vie, il agissait en eux par la vertu de l'Esprit qu'il leur avait envoyé, et cet Esprit était l'Esprit même de sa résurrection, Esprit de force et d'eflicace. 11 se servait d'eux comme d'instruments sous lesquels il cachait sa puissance et sa vertu ; et il en usait, comme il use encore tous les jours de ses ministres, proporlionnément à son état, et plutôt selon ce qu'il est que selon ce qu'ils sont. Aussi aime-t-il mieux faire de grandes choses par autrui que par lui-même : premièrement, pour encourager les hommes, et pour leur montrer ce qu'ils peuvent en lui; secondement, pour faire voir que ce ne sont pas les hommes, mais que c'est lui qui fait son œuvre; et enfin, c'est pour leur enseigner l'amour de l'humilité et de la petitesse, qu'il se tire ainsi de l'éclat et de la grandeur, et qu'il demeure caché sous un vil et abject extérieur : Qui crédit in me opéra quœ ego facio et ipse faciet, et majora horum faciet. (Joan. xiv, 12.)

Le prêtre lit l'Evangile que le diacre chante par après à haute voix , pour signifier que ce commandement de Notre-Seigneur a été accompli dans l'Eglise par les a,r ôtres

et par les au'res ministres de la parole de Dieu : Quod dico vobis in tenebris dicite in lamine, et quod in aur'e auditis prœdicaie super tecla. (Matth. x , 27.) C'est aussi pour témoigner que Jésus-Christ a publié son Evangile dans la faiblesse de son Esprit, et qu'au contraire il l'a prêché dans la personne des apôtres , en la force et en la vertu du même Esprit.

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