CHAPITRE IV
De l'Evangile chanté par le diacre.
Le diacre, ayant ouvert le livre des, Evangiles, fait sur soi trois signes de croix, après en avoir fait un sur le livre, pour signifier qu'il désire exprimer en son esprit, en sa bouche et en son cœur, ce qui est imprimé dans ce livre.
Le premier, que l'on fait sur le front, est pour prier le Père, par la croix et par la mort de son Fils, de vouloir nous éclairer l'entendement des vérités de l'Evangile.
Le second, qu'on fait sur la bouche, est pour prier le Verbe par ses souffrances de nous vouloir donner la force de professer publiquement et de confesser jusqu'à la mort, et la mort de la croix, les vérités de l'Evangile, comme il l'a fait lui-même ; car il n'a jamais cessé, comme Verbe qu'il était, de prêcher et de publier ces vérités, et il l'a fait surtout en la croix et en sa mort.etcontinue de les manifester par le saint Sacrement, qu'il veut être un signe et un mémorial de sa mort et de tous ces mystères. Ainsi, tout mort, il prêche et publie son Evangile par sa mort et par tout ce qu'il est, parce qu'il est Verbe, il parle des vérités du Père.
Le troisième signe de croisse fait sur la poitrine , pour exprimer la demande que nous faisons au Saint-Esprit par les souffrances et par la mort de Jésus-Christ, de J'amourdes vérités de l'Evangile, de l'amour de la pauvreté, de la souffrance, et du mépris qui en sont comme l'abrégé.
Ensuite le diacre fait une profonde inclination à l'Evangiledevant que de l'encenser, et une autre après l'avoir encensé. Il lui donne trois coups d'encens : l'un au milieu, et les autres aux deux côtés du livre , pour exprimer premièrement les louanges que toute l'Eglise porte au saint Evangile , qui mérite d'être honoré universellement d'un bout du monde à l'autre, et même depuis son commencement jusqu'à la fin, puisqu'il est également saint partout. C'est pourquoi on l'encense partout: au milieu qui est le corps de l'Evangile; au côté droit, c'e.st-adire au commencement ; et au côté gauche, c'est-à-dire à la un : car le livre finit de ce côté.
Secondement, ces trois coups signifient la fin et les effets de l'Evangile, qui sont de faire honorer la très-sainte Trinité : Euntes, docele omnes gentes baptizantes eos, in nomine Patris, et Filii , et Spiritns sancli. (Matth. xxvm, 19.) Et en effet, l'Evangile répandu par les apôtres dans tous les endroits du monde, est encore représenté par cet en-
cens répandu deçà et delà, d'un bout du livre à l'autre, et ;iu milieu, à cause que l'Evangile a été publié par tous les coins du monde. De plus, ce coup que l'on donne le premier, représente le Père éternel, la première personne de la très-sainte Trinité, dequi le Fils et le Saint-Esprit procèdent; qui, comme égaux à lui, sont après honorés par les deux autres coups. Ces honneurs et ces louanges sont descendus du ciel; c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a révélé la grandeur, la majesté et la distinction des personnes éternelles, et qui a mérité à l'Eglise l'honneur de leur être consacrée, pour les louer et pour les honorer éternellement. C'est pour cela que devant que l'on aille chanter l'Evangile, le prêtre au haut de l'autel, comme Notre-Seigneur du haut du ciel, donne sa bénédiction sur l'encens et sur les parfums, que le diacre- va répandre dans l'Eglise, à la louange d'un Dieu en trois personnes. C'est la bénédiction qu'il a donnée à ses apôtres au jour de son ascension, et la vertu du Saint-Esprit qu'il leur a envoyé le jour de la Pentecôte, qui ont fait honorer. les trois personnes adorables de la très-sainte Trinité. C'est donc après que le Saint-Esprit a été envoyé dans l'Eglise, que la sainte Trinité a été honorée par le ministère des apôtres, qui ont été les premiers du Nouveau Testament, représenté par le diacre qui jette cet encens. C'est aussi à cette même intention qu'aux deux grands encensements de tout l'autel, après avoir donné trois coups d'encens au Père, comme nous l'avons expliqué ailleurs, on laisse choir l'encensoir au côté de l'autel pour donner un coup d'encens au bas, puis on le relève pour en donner un autre en haut ; et après on revient encenser en rond sur l'autel, pour montrer que le Verbe incarné a répandu les saintes louanges de son Père dans l'Eglise, et que lui-même ne lui rend les devoirs de religion de déférence et de respect, et qu'il ne les lui rendra élernellemeritdansson sein, qu'après être descendu dans le monde, où il a apporté la vraie religion qu'il a consommée ensuite, montant dans le ciel, où il continuera éternellement à le louer; ce que figu rent ces encensements en rond. Celte religion du ciel est bien autre que la briève religion qu'il lui a procurée sur la terre, qui ne dure pourchaque particulierque pendant le temps de sa vie, etqui, pour tous ensemble, ne doit subsister qu'autant que le monde durera ; c'est ce que signifient ces encensements qui se font au côté de l'autel.
Pendant qu'on chante l'Evangile, lout le monde se lève pour signifier deux choses: premièrement, qu'on est mis par l'Evangile dans l'espérance de la résurrection; secondement, que l'on est prêt à mourir pour en soutenir la vérité.
Avant l'Evangile, le diacre se met à genoux, et quelquefois même le peuple, atin de témoigner qu'on est en prières et en gémissements pour obtenir et recevoir les promesses de réconciliation prédites par tes prophètes, et accomplies par Jésus-Christ de
OEUVRES COMPLETES DE M. OLIEft.
ia part do son Père, dont il «ail le secret et le désir de sauver tous les hommes. Mais pendant l'Evangile on se tient debout pour faire voir qu'on est prêt à marcher par les voies qui y sont proposées selon la vertu et le mouvement du Saint-Esprit, à la grâce duquel on ne veut point être infidèle.
L'amour de Dieu est tout ce que l'Evangile nous enseigne; et si nous en sommes bien possédés, nous ne pouvons que nous ne soyons reçus de Jésus-Christ dans le ciel, tels que nous puissions être, pourvu que nons ayons l'amour de l'Evangile et de sou esprit, sans beaucoup le connaître, nous sommes admis au ciel, comme le témoigne le sous-diacre qui monte les trois marches de l'autel jusqu'à Jésus-Christ, signifié par le prêtre, sans voir l'Evangile qu'il porte en ses mains, ce qui signifie les bonnes œuvres des patriarches qui vivaient conformément à l'Evangile, sans toutefois le savoir ni le connaître. En effet, plusieurs d'entre eux avaient plus l'esprit de l'Evangile que nous. Témoin un Moïse qui aime le mépris des enfants d'Israël , qui signifient les Chrétiens, et qui préfère la pauvreté de Jésus-Christ et de ses membres aux richesses des Egyptiens : Majores divitias (estimant thesauro Mgypnorum improperiurn Christi. (llebr. n, 26.) Témoin David, qui a tant d'amour pour la souffrance et pour la persécution , et même pour ses ennemis. Témoin un lsaïe, qu'on a vu comme une fournaise ardente, embrasé de l'amour de Jésus-Christ, désirer sa venue. En un mot, tous ces saints sont parvenus sans voir, à cette éminente sainteté, en opérant selon l'esprit de Jésus-Christ, qui leur était donné par avance, qui les inclinait à ses mêmes sentiments, et qui dès lors formait son corps et remplissait ses membres de sa vie: ils ont été dignes d'être admis dans le ciel comme nous.
Après donc que le diacre a chanté l'Evangile, le sous-diacre qui représente l'Ancien Testament monte à l'autel, portant le livre; il s'approche du prêtre sans le voir, et ne le regarde point qu'après qu'il lui a donné l'Evangile à baiser; ce qui signifie que l'Ancien Testament n'a point vu Notre-Seigneur à découvert, qu'après que la publication de l'Evangile a été faite par les apôtres, et qu'après qu'il a cru que l'Evangile était l'Evangile de Dieu qui habite dans le ciel, et qui est représenté par le prêtre qui est au haut de l'autel, qui baise le livre pour témoigner qu'il approuve ce qui en a été publié sur la terre.
Le prêtre, qui représente aussi là Noire- Seigneur Jésus-Christ, baise encore le livre pour deux autres raisons. La première, • parce que ce sont les mêmes vérités que Noire-Seigneur a puisées dans le sein de son Père de toule éternité, qui sont maintenant publiées, et qu'il témoigne de professer encore, baisant l'Evangile, auquel il s'unit en Esprit, le trouvant conforme aux mêmes vérités au'il voit maintenant dans le ciel. 11 le baise aussi pour témoigner qu'il reçoit tous ceux qui s'approchent de lui avec
le saint Evangile dans l'esprit, à la bouche et dans le cœur.
On doit ici remarquer que le prêtre baise le saint Evangile après qu'il a été publié par le diacre, et qu'il ne le baise pas après l'avoir lu lui-même. La raison est que le prêtre qui le lit, exprime Jésus-Christ vivant enterre, et publiant en personne son Evangile en Jérusalem et en Judée. Ainsi il n'a que faire, de témoigner qu'il y est uni, puisqu'il le publie lui-même; mais au contraire, il le baise après que le diacre l'a chan'é, pour témoigner du haut du ciel où il liai h te, qu'il y demeuro uni.
Ensuite le sous-diacre, pour témoigner qu'il croit à tout, que l'Ecriture et ses sept sceaux lui ont été ouverts par l'Agneau, qu'il adore et révère par toutes sortes d'hommages et de devoirs, ferme le livre, et faitaussitôt une profonde inclination au prêtre, auquel il n'a pu la faire auparavant par respect à l'Evangile qu'il portait ouvert en ses mains, lui étant même défendu do faire pour lors des génuflexions au très-saint Sacrement, quoiqu'il soit exposé. Après, il descend au bas de l'autel, et s'associe au diacre qui encense le prêtre, pour témoigner qu'il consent à tous les honneurs et à toutes les louanges que les apôtres et les ministres du Nouveau Testament rendent à Jésus-Christ. Il est déjà bien avancé en la lumière et en la connaissance de Jésus-Christ, depuis la publication de l'Evangile; mais il n'a pas encore la vue de ses mystères, et il ne peut y être admis qu'après avoir été parfaitement réconcilié avec lui ; car comme il n'est venu en connaissance de Jésus-Christ que peu à peu, aussi ne peut-il venir tout à coup en connaissance de ses mystères.
Pour faire connaître, avant que de finir re chapitre, le respect qui est dû à l'Evangile, il faut remarquer que !e sous-diacre n'ose le toucher. Car, quand il en faut montrer au prêtre le commencement qu'il doit baiser, le diacre seul le touche et le lui montre de loin ; et lors même que le sous-diacre porte le livre, il n'en doit toucher que la couverture, et non pas les feuillets. C'est pourquoi, en plusieurs lieux, les livres de l'Evangile sont tous cachés et enchâssés dans de l'argent, tant c'est une chose sainte, et qui, à plus forte raison, doit être mise à couvert de l'attouchement des séculiers et des profanes.
De plus, le sous-diacre ne touche point à l'Evangile, à cause qu'il n'est pas un avec le Nouveau Testament, il n'a pas encore l'intelligence parfaite de ce qui se lit; il ne voit même Jésus-Christ^qu'à demi, car les Juifs qu'il représente, ne le croient qu'un grand prophète né parmi eux, et ne l'ont point cru être vrai Dieu, jusqu'à ce qu'il soit monté au ciel. Alors ils ont eu la foi de sa divinité, ils ont connu Jésus-Christ pleinement, et l'ont adoré comme Eils de Dieu assis dans le ciel à la droite de son Père.
Ensuite de l'Evangile on chante le Credo,
el puis on offre dans le calice,
le pain et on verse pour marquer que
le vin Jésus-