Vivre en paix dans .e mépris et dans ,a confusion
7. Se condamner soi-même d'hypocrisie et d'orgueil, lorsqu'on est loué, pour a voirattirésursoi la louange qu'on ne méritait pas.
8. S'humilier et se confondre dans les louanges en la vue de son néant, et rapporter à Dieu, avec joie, tout honneur qu'on nous veut rendre , prolestant que lui seul mérite d'être honoré.
Vivre ainsi dans ces pratiques, abîmé en
(38) In veritale non stciit. (Joan. vin, 44.)
(59) Recumbe in novissimo loco. (Luc. xiv, 10.)
(40) Obltdit iti anatkema oblivionis. (Judith xvi, 23 )
(41) Vivus est seimo Ai, et efficax-, et oenetirabir
son néant sans en sortir, et y trouver son centre et ses délices, c'est une marque de la vraie humilité. Car la vraie humilité donne le désir d'être caché, retiré, inconnu; en un mot, de ne 'paraître point, afin que Jésus-Christ paraisse seul en tout. Elle fait détruire le propre être, afin d'être revêtu de Jésus-Christ, pour ne paraître que sous lui. et en lui.
Ve Section. — Des 7narques de la vraie humilité:
L'âme véritablement humble ne croit pas qu'on la puisse mépriser, parce qu'elle se voit au-dessous de tout ce qu'on peut dire. Ceux qui sont grands peuvent être humiliés; mais ceux qui sont vils et abjects, ne peuvent être mis plus bas qu'ils sont.
L'âme humble se garde bien d'affliger personne, et elle choisirait plutôt toute sorte de peines, que de mortifier son prochain : si elle est obligée de le faire quelquefois , comme lorsque le bien du prochain le demande, c'est dans l'oubli de soi et dans l'abandon à l'esprit de Dieu, qui se sert de sa parole et de sa langue épurée de tout intérêt, comme d'un instrument, pour faire les effets du glaive à deux tranchants, qui pénètre au fond du cœur, qui sépare l'esprit ue l'âme, et qui purifie jusqu'au fond des moelles (41). Et alors l'esprit de Dieu en cette âme anéantie, qui consomme son fond, et qui la rend participante de sa sainteté, fait qu'elle voit et qu'elle porte avec peine les défauts des autres, qu'elle les corrige selon l'ordre de Dieu, et en sa divine dépendance, et qu'elle dit ce que son divin esprit lui fait dire toujours avec grande efficace et bénédiction.
L'âme humble est toujours dans de tels sentiments de bassesse et de vileté , se voyant au-dessous de tout , et indigne de tout, qu'elle soutire avec affliction les moindres choses qui se font pour elle, et qui font paraître qu'on en a quelque estime. Comme si on apprête pour son besoin quelque morceau plus délicat qu'à l'ordinaire, elle sera toute désolée, voyant l'estime et le cas qu'on fait d'elle en ce qui n'est rien.
Une âme humble doit être tellement, morte aux affronts et au mépris, qu'«lle demeure insensible à tout, ne songeant qu'à souffrir pour l'amour de Dieu , comme une brebis qui souffre qu'on l'égorgé sans se plaindre. Elle doit être tellement morte à tous ses sens, qu'elle ne regarde son corps que comme une bière , et qu'elle attendeincessamment qu'on l'ensevelisse, pourvoir son âme en liberté de s'envoler dans le ciel, afin d'y aimer et adorer Dieu de tout sou cœur.
Elle ooit vivre en cet esprit de petitesse, et s'y maintenir incessamment. Et si elle se trouve quelquefois avec des personnes éminentes , pour des affaires concernant la
lior omni gladio ancipiti, et pertingens usque ad divisionem anima: ac spiritus , compayum quoque ac medullaium,et discreior coqitationum el iireititunmncordis. (Hibr. îv, L2.)
ŒUVRLS COMPI.LTKS DE M. OLILU.
gloire de Dieu, #elle doit incontinent retourner en sa houe et. en sa vileté, se retirant chez soi, Jse cachant dans sa pauvreté où Dieu la veut, et demeurant toujours en sa bassesse, et toujours inconnue.
L'âme humble doit être dans les mains de Dieu, comme une plume au gré du vent, qui, après avoir été conduite où il plaît à sa divine majesté pour faire son œuvre, doit tomber et retourner dans la boue. C'est ainsi i]ue l'âme doit faire ses œuvres en l'abandon au Saint-Esprit : car alors elles se feront dans une pureté admirable, et tout en Dieu.
Elle doit agir comme un laquais, qui va porter les messages de son maître, et qui ne sait pas si c'est une chose qui soit à son avantage et à sa gloire , agissant seulement dans ses intentions, sans autre vue. Ainsi en doit-il être du fidèle serviteur de Dieu. Il doit tellement se désintéresser, qu'il ne sache pas si c'est pour la plus grande gloire de Dieu qu'il agit, et qu'il est employé. C'est assez qu'il le fasse en son intention , s'oubliant soi-même, et n'a.vant que Dieu seul en l'esprit, en qui, pour qui, et par qui il agisse.
Enfin, la parfaite pureté de l'âme qui n'a point d'orgueil, fait qu'elle ne désire rien, qu'elle ne veut rien, qu'elle ne se croit rien, qu'elle n'agit en rien par elle-même. Il ne faut pas même qu'elle veuille s'occuper de Dieu par elle-même. Et que faut-il donc? Il faut que Dieu possède l'âme, pour opérer en elle selon son bon plaisir, et non pas que l'âme veuille posséder Dieu pour en disposer selon sa propre volonté.