CHAPITRE VI
De l'oraison : « Supplices terogamus, » etc.
Par cette oraison que le prêtre dit , ayant les mains jointes sur l'autel, et étant incliné profondément, l'Eglise fait amende honorable devant Dieu, et proteste qu'elle est indigne de lui présenter ce sacrifice. Elle avoue que son ange seul, qui est son Fils, son enenvoyé, son saint missionnaire, est capable de porter au ciel ce divin sacrifice et cette sainte hostie sur son sublime autel; que c'est lui seul qui l'offre et qui est digne de le présenter; que la cr'éature n'étant rien, et étant indigne de paraître devant !a majesté de Dieu, ce n'est pas à elle d'offrir ces divins mystères et cette hostie si magnifique et de si grande importance, comme est la sainteté universelle de l'Eglise. Et comme un atome ou un moucheron ne peut porter un monde, bien moins la créature en son néant peut-elle offrira Dieu, et lui porter tous les bienheureux et Jésus-Christ même, qui composent cette hostie. C'est à Jésus- Christ en nous à qui il appartient de présenter ce sacrifice; il est prêtre en nous comme il l'est en lui-même; il est établi de Diiu pour offrir les sacrifices et les dons : Vt offerat dona , et sacrificia (Hebr. v, t) ; et ayant toujours les mains chargées de ses hosties, il les présente aussi bien sur la terre, comme il le fait dans le ciel : il ne peut cesser d'être prêtre et d'en faire les fonctions, étant fait prêtre pour jamais selon l'ordre de Mekhisédech. Il faut donc qu'il offre incessamment partout où il se trouve, surtout dans les prêtres, sous lesquels il veut paraître en cette qualité. Il est présent en eux par son esprit, et y veut faire réellement ce qu'il fait comme prêtre dans le paradis, ou sur le sublime autel , qui est le sein de Dieu; il s'offre sans cesse avec les bienheureux, desquels il fait en lui et avec lui Une hostie agréable, que Dieu reçoit en odeur de suavité.
Cela était représenté en l'ancienne loi par ce sacrifice de parfums, offert sur un autel d'or, qui était la ligure de Dieu, le vrai et sublime autel, qui soutient le divin sacrifice offert dans son sein par son Fils. On ne répandait point de sang au pied de cet autel, parce que dans le ciel, où se doit offrir le divin sacrifice, il n'y devait point avoir de son sang répandu, ni d'autres victimes immolées que des parfums très-siîaves et trèsagréables à Dieu (Exod. xxx, 18.) Et même de très-grands personnages ont cru que cet autel d'oroù brûlait incessamment ce saint parfum était placé dans le Saint des saints (245*),