DE SAINT-SULP1CE
5a naissance et sa première éducation. — M. Olier naquit à Paris le vingtième du mois de septembre, l'an 1608, et fui le second de trois enfants mâles dont la divine bonté bénit le mariage de M. Olier, maître des requêtes, et de dame Marie Dolu, son épouse. S'il eut l'avantage de naître dans une maison illustre et alliée aux premières familles de la robe, il fut beaucoup plus redevable à la Providence de lui avoir donné des parents aussi considérables par leur vertu, que par le rang qu'ils tenaient dans le monde ; car M. son père avait solidement la crainte de Dieu, et une singulière dévotion envers la très-sainte Vierge. Mme sa mère prenait grand soin d'élever chrétiennement ses enfants , et désirait que Notre-Seigneur fût honoré et servi dans sa maison. Cet enfant de grâce fut baptisé à la paroisse de Saint-Paul, oùil reçut deux noms: Jean et Jacques, il fut porté peu de temps après au faubourg Saint- Germain pour y être nourri, Dieu voulant qu'il passât les premières années de sa vie où il devait la finir, et que la paroisse de Saint-Sulpice, au bien de laquelle il devait consacrer ses plus grands travaux, fût le lieu de sa première éducation, pour lequel on retient d'ordinaire une Direction secrète et particulière.
On remarqua dans ses premières années que ses cris ne pouvaient être apaisés par les caresses et les petits amusements qui plaisent d'ordinaire aux autres enfants. Le meilleur moyen, pour arrêter ses larmes et pour le mettre en repos, était de le porter à l'église de la paroisse : sitôt qu'il y entrait, on le voyait tranquille et parfaitement paisible. On a observé encore, comme un autre présage de ce qu'il devait être un jour, que ies premiers rajonsde la grâce lui donnèrent dès sa jeunesse une haute idée du sacerdoce et de l'excellence du sacrifice de nos autels. Dès l'âge de sept ans, il souffrait une peine extrême lorsqu'il voyait un prêtre qui, célébrant la sainte Messe, se détournait tant soit peu de cette divine action, même pour des choses qui paraissaient d'ailleurs nécessaires. Il croyait que le prêtre étant revêtu des habits sacerdotaux, devait être si appliqué à cet auguste mystère et tellement absorbé en Dieu, qu'il ne se ressentit en aucune manière des faiblesses humaines.
Ses études. — Etant mis au collège, il fit de très-grands progrès dans les études, selon
OEjuvrês cosir-j.. i>e M, Omer,
le témoignage de ses maîtres. Il avait l'esprit vif et la mémoire heureuse ; mais il ne s appuyait pas tant ni sur l'un ni sur l'autre, qu'il n'eût recours à toute heure à la lumière du Ciel; il la demandait par l'intercession de la Mère de Dieu, qu'il invoquait dans tous ses besoins et avant toutes ses actions, récitant en son honneur la Salutation angélique avec une ferveur extraordinaire et une parfaite confiance.
II ne faisait que commencer ses études lorsqu'il fut destiné par ses parents à l'Eglise, et pourvu d'un bénéfice; mais dans la suite son naturel actif et tout de feu fit douter s'il était propre à l'état ecclésiastique, dont toutes les fonctions demandent beaucoup de gravité et une grande modestie.
Peut-être même qu'on lui eût fait changer de condition, si saint François de Sales, qui se trouva à Lyon en l'année 1022, lorsque le père de M. Olier y étaitintendant de justice, n'eût été consulté par Mme sa mère; mais ce grand prélat ayant imploré la lumière du Saint-Esprit par d'instantes prières, répondit à Mme Olier, qu'elle changeât sa crainte en actions de grâces, parce que Dieu avait choisi cet enfant pour sa gloire et pour le bien du son Eglise. Ce saint évêque le prit dès lors en affection; il le demanda à MM. ses parents, et il désira de l'avoir auprès de lui pour le former aux vertus ecclésiastiques; mais la mort de ce saint qui arriva incontinent après, empêcha l'exécution de ce dessein.
Dieu ayant privé M. Olier d'un si grand avantage, y suppléa par le soin particulier qu'il prit de conserver son âme dans une très-grande pureté : car, outre les remords continuels dont il affligeait son âme, sitôt qu'il avait commis quelque faute, il permettait encore que son esprit fût rempli de ténèbres et d'obscurités, jusqu'à ce qu'il eût purifié son cœur par le sacrement de pénitence. Ainsi, il était comme impossible à ce jeune homme de se familiariser avec le vice, et d'en contracter aucune habitude.
Mais si la justice de Dieu était exacte à punir ses fautes d'une manière si sensible, elle ne l'était pas moins à récompenser libéralement ses verlus. Jl serait aisé d'en produire plusieurs exemples remarquables; jnais il suffira, dans cet abrégé, d'en rapporter un seul : an y reconnaîtra, d'une part, la protection singulière que Dieu donnait a
VIE DE M. OLIER
son serviteur, et de l'autre, la rare modestie de ce jeune homme; et on aura sujet d'admirer «j'ie, nonobstant son naturel bouillant et son tempérament tout de feu, il ait eu tant de retenue et tant d'amour pour l'honnêteté, qu'il ait choisi d'exposer sa vie plutôt que de faire la moindre chose qui pût choquer cette vertu. Ayant un jour passé un bras de rivièreà la nage, et apercevant quelques personnes sur le rivage, ce chaste eni'ant aima mieux retourner à l'autre bord sans prendre haleine, que de paraître devant le monde dans un état tant soit peu contraire à la pudeur. Mais, lorsqu'il fut au milieu du trajet, les forces lui manquèrent; il commenta d'enfoncer, et il se serait infailliblement perdu, si la bonté divine, qui voulut reconnaître sa pureté par un secours qui semble miraculeux, ne lui eût fait rencont-cr un pieu caché dans l'eau, sur lequel pussnl un pied il reprit ses forces, et se sauva de ce danger.
Ses humanités étant achevées, il étudia en philosophie, et soutint à la fin une thèse en latin et en grec. La connaissance qu'il eut de la langue grecque ne fut pas superficielle : il la posséda si bien, Qu'elle lui servit depuis extrêmement pour l'étude de l'Ecriture et des saints Pères, dans lesquels il puisa des lumières admirables sur les mystères de notre foi et sur la perfection du christianisme. De la philosophie il passa à la théologie, et après avoir pris les leçons des plus célèbres professeurs de Sorbonne pendant trois années, i! fit son acte de tentative avec tout le succès possible, et prit le degré de bachelier.
Ce qui lui arriva après ses études; son voyage de Rome; sa guérison corporelle à Notre-Dame de Lorette , et la délivrance de ses peines intérieures à Xotre-Dume de Chartres. — Dans ce temps-là , MM. ses parents, qui voulaient le produire dans le monde, ne lui refusèrent rien de ce qui pouvait le mettre en état d'y paraître selon sa qualité. Notre jeune abbé commença alors de fréquenter les compagnies, d'aller à la cour et de s'engager dans les divertissements du siècle, il était sur le point de se livrer entièrement au monde, d'abuser des talents et des grâces qu'il avait reçus de Dieu; de s'écarter, de plus en plus, des desseins qu'il avait sur lui; mais la divine bonté le retira de ce danger, lui donnant la pensée d'aller en Italie, M. Olier n'avait pas seulement en vue d'y satisfaire sa curiosité, comme ont la plupart des jeunes gens; mais il prétendait, en s'éloignant de ses amis, s'adonner plus librement à l'étude, et principalement a celle de la langue hébraïque. (Je projet ne lui réussit pas : car la Providence demandant encore de lui quelque chose de plus grand, et le voulant dans une autre perfection, permit qu'il eût mal aux yeux pendant qu'il était à Rome, et qu'il se vit privé du plaisir de l'étude et en danger de perdre la vue. Dans cette appréhension, il eut recours à sa singulière protectrice, et lit vœu d'aller de Rome à Notre-Dame de Lorette.
Il entreprit ce voyage pendant les plus grandes chaleurs de l'été, et il le Qt à pied : la fatigne du chemin et les chaleurs de la saison lui donnèrent une fièvre violente dont il ressentit plusieurs accès; mais, arrivant à Lorette, il fut parfaitement guéri de cette fièvre, et le médecin lui trouva le pouls si tranquille, qu'il avait peine à croire qu'il eût fait ce voyage à pied. Il y fut aussi délivré pour toujours du mal qu'il avait aux yeux. Ce ne furent pas là les seules faveurs que Dieu lui fit en ce lieu; son âme y reçut de si grandes lumières et de si fortes impressions de grâces, qu'il passa toute la nuit en prières et en larmes; et il fut si puissamment attiré au service de Noire-Seigneur, dans celte sainte chapelle, qu'il a toujours regardé ce moment comme celui de son entière conversion. Il partit quelque temps après de Lorette, et retourna à Rome à pied, s'occupant, dans le chemin, des miséricordes infinies de Dieu, et s'emreienant des grandeurs de son aimable bienfaitrice.
La mort de M. son père, qui arma peu de temps après, l'obligea de revenir à Paris : il n'y perdit rien de la ferveur qu'il avait conçue à Lorette : elle s'accrut même de telle sorte, que son confesseur lui permit de communier tous les jours. Cette permission lui donna sujet de redoubler ses soins, et d'apporter de nouvelles préparations pour s'approcher dignement de cet auguste mystère. Chaque jour, il se présentait au tribunal de la pénitence : il faisait de longues prières et de grandes aumônes ; il ne couchait que sur une simple paillasse, et il cachait cette mortification si adroitement, qu'il n'y eut que son valet de chambre qui s'en aperçut à la fin. Il ajoutait à cette pénitence plusieurs autres austérités. En un mot, il ne connaissait rien qu'il crût devoir plaire à son Dieu, qu'il n'embrassât avec toute l'ardeur de sou cœur.
M. Olier s'avançait ainsi avec joie dans la pratique des vertus, lorsque Notre-Seigneur, qui avait choisi la croix pour le principal instrument de la sanctification de son serviteur, permit qu'il fût travaillé intérieurement de scrupules et de peines. Ces inquiétudes étaient dételle nature, que l'industrie de son confesseur ne les pouvait dissiper, quelque soumission qu'il trouvât dans l'esprit Ue son pénitent; il fallait que celui-là même, qui était la cause de son mal, y apportât le remède. Il le fit aussi, lui donnant la pensée d'aller à Notre-Dame de Chartres, car il semble que toutes les grâces que Dieu lui voulait faire dussent passer par les mains de la très-sainte Vierge. M. Olier lit donc ce voyage à pied et durant les rigueurs de l'hiver, mais avec une dévotion si ardente et tant de fruit pour son âme, qu'arrivant à cette église il fut entièrement affranchi des scrupules qui l'avaient tourmenté.
.Sa préparation aux saints ordres et aux missions. — Se trouvant en paix, il ne se servit de la liberté intérieure dont il commença de jouir alors, que pour s'avancer à
VIE DE M. OLIER
plus grands pas dans la perfection, et pour s'unir plus étroitement à Dieu. Il alla, dans ce dessein, l'aire une. retraite à Saint-Lazare, chez Messieurs de la Mission. Ce fut dans cette retraite qu'il se disposa à recevoir le sous-diaconat, et qu'ayant appris de ces saints missionnaires les devoirs d'un ecclésiastique, qui étaient pour lors peu connus, même h ceux qui faisaient profession de vertu, il forma tout son extérieur selon les saints canons, et selon la pratique des plus vertueux prêtres de ce temps-là. 11 fut associé par M. Vincent, cet homme incomparable, à cette illustre compagnie d'ecclésiastiques qui s'assemblaient tous les mardis à Saint-Lazare, et il conçut, dès lors, un zèle si ardent pour l'instruction des pauvres et des gens de la campagne, qu'il douta s'il devait demeurer à Paris pour se mettre sur les bancs, ou bien s'il devait suivre les mouvements de son zèle qui le portait à travailler aux missions et à prêcher dans les villages. 11 consulta, là-dessus, des gens habiles, lesquels ayant considéré les grands talents et les fréquents mouvements que Dieu lui donnait pour cet emploi, crurent qu'il devait obéir à la grâce, et lui conseillèrent de préférer le fruit que les peuples pouvaient retirer de ses instructions et des études qu'il avait déjà faites, à la réputation qu'il pouvait acquérir en s'avançant dans ses degrés.
Cette résolution étant prise, il l'exécuta avec tant d'ardeur, qu'avant qu'il eût atteint l'âge requis pour recevoir la prêtrise il avait fait faire des missions à ses dépens, presque dans tous les lieux où il avait du bien ou d'Kglise ou de son patrimoine, et encore en plusieurs autres endroits aux environs de Paris, Il n'aidait pas seulement de son bien les ouvriers de la mission, mais il travaillait sous leur conduite, et il faisait assidûment des catéchismes et des prédications avec un zèle qui surpassait ses forces. Il n'en demeurait pas là, car jamais il ne rencontrait un pauvre qu'il ne l'instruisît, et cette pratique ne lui fut pas à cœur seulement dans les premières années de ses ferveurs, mais il l'a toujours continuée depuis, jusqu'à ce qu'il fût paralytique, et alors il priait quelqu'un de sa compagnie de faire cette charité pour lui. H se détournait même de son chemin pour catéchiser les laboureurs, quoique cette pratique le relardât beaucoup dans ses voyages et lui fit souffrir des incommodités considérables. 11 s'arrêtait encore dans les rues de Paris pour instruire les pauvres qui avaient alors la liberté de mendier; il les menait chez lui, leur faisait l'aumône, leur baisait les pieds et les disposait à faire des confessions générales; jamais il ne put être rebuté par Tindisposition de plusieurs d'entre eux, jamais il ne céda aux railleries et aux injures des gens du monde. Son zèle ne put pas même être ralenti par les reproches de ses parents qui, tout vertueux qu'ils étaient, ne , pouvaient néanmoins goûter une conduite si humiliante et si éloignée de l'usage et des maximes du monde.
Etant fait prêtre il quitte Paris pour faire des missions en Auvergne — La soif qu'il avait du salut des âmes, quelque grande qu'elle fût alors, prit de nouveaux accroissements sitôt qu'il fut élevé au sacerdoce, son directeur l'ayant déterminé à recevoir l'ordre de prêtrise , nonobstant les raisons que son humilité lui fournissait pour s'y opposer.
Il célébra sa première Messe le jour de saint Jean-Baptiste, en l'année 1633, avec une dévotion qui répondait à la sainteté de la vie qu'il avait menée jusqu'alors.
Incontinent après il songea à quitter Paris, pour aller secourir les âmes les plus abandonnées. 11 attira à son dessein plusieurs ecclésiastiques de naissance et les engagea d'aller avec lui en Auvergne, où était située son abbaye de Pébrac, pour faire des missions dans les montagnes de cette prorince. 11 se prépara à ce voyage par une retraite qu'il fit encore à Saint-Lazare, au mois de mars de l'année 163'*, dans laquelle Dieu lui fit connaître d'une manière fort extraordinaire qu'il y avait longtemps qu'une sainte âme priait et pleurait pour lui. Ce témoignage si particulier de la bonté divine fut un nouvel aiguillon pour son zèle. Il quitta tout pour faire connaître un maître si aimable. 11 partit incontinent de Paris avec sa compagnie, en laquelle était un des ecclésiastiques de M. Vincent, et sa charité lu pressa si fort qu'il ne voulut pas même s'arrêter encore trois jours dans cette ville pour assister au mariage de Mlle sa sœur.
11 est difficile d'exprimer quels furent les travaux de ce saint piètre dans cette mission, et la charité qu'il y exerça : il prêchait tous les jours, il passait le reste du temps au confessionnal, il assemblait les pauvres, leur donnait à manger, les servait tête nue et se nourrissait de leurs restes.
Après le repas, il allait dans les maisons pour faire répéter à ces bonnes gens ce qu'ils avaient appris à l'église, ou pour instruire les malades et gagner par l'excès de sa douceur et de son humilité ceux qui méprisaient la mission, et se rendaient rebelles à la voix de Dieu.
11 passait souvent une partie de la nuit en prière, et il affligeait si rudement sa chair par de sanglantes disciplines, qu'on eut sujet de craindre que la gangrène ne se mît dans les plaies que Jui avaient faites ces instruments de pénitence.
Ce fut dans celte mission qu'il connut la Mère Agnès de Jésus, religieuse de l'ordre de Saint-Dominique, au monastère de Langeac, dont la vie a été aussi remarquable en vertus qu'en prodiges et en grâces extraordinaires. C'était cette sainte religieuse qui priait et pleurait pour lui depuis trois ans, et dont les prières et les communications furent si utiles à notre missionnaire, qu'à la fin de cette mission il avait fait de tebs progrès dans toutes sortes de vertus qu'il n'était plus reconnaissable.
Il revient à Paris ; il mène tra* vit apostolique; il refuse un évéché. — Après six mois de travail dans celte province, il lut
VIE DE SI. OLII.it.
obligé par les poursuites de ceux qui s'opposaient à la réforme de son abbaye de Pébrac, de revenir à Paris. Y étant arrivé, il se défit de son carrosse et de son train, qu'on lui avait conseillé de garder; il ne se fût pas même réservé un valet, sans l'ordre exprès de son directeur.
Pendant son séjour en cette ville, il fut extrêmement pressé par un évêque d'insigne piété, et qui était homme de grande oraison, de vouloir prendre sa place et se charger de sa miire. Ce bon prélat y employa même les sollicitations de M. Vincent, qui avait beaucoup (^autorité sur l'esprit de M. Olier ; mais ce fut sans succès, car notre serviteur de Dieu, qui avait un grand éloignement des dignités, et qui ne désirait, en ce temps-là même, que d'aller en Canada pour y prêcher la foi, fit tant de prières à la très-sainte Vierge, qu'enfin l'affaire fut rompue, et ces messieurs, pour lesquels il avait toute la déférence possible, cessèrent leurs poursuites.
Sa seconde mission en Auvergne, où il souffre de grandes croix, suivies de grandes bénédictions. — Sitôt qu'il eut la liberté de retourner en Auvergne, il se prépara pour une seconde mission qu'il voulait faire en ce pays-là , n'ayant point trouvé d'ouverture pour aller prêcher l'Kvangile en la Nouvelle- France. Il lit pour cela l'exercice des dix jours dans une maison de campagne, vers le mois d'avril de l'année 1G36. Pendant sa retraite, il reçut des grâces considérables. Notre-Seigneur lui fit connaître qu'il se voulait servir de lui dans la prédication; il lo délivra, pour cet effet, d'une faiblesse de poitrine, qui, selon l'avis des médecins, ne lui permettait tout au plus que de faire quelques petites exhortations familières, et il fut si parfaitement guéri de cette infirmité, que depuis il prêchait deux :fois le jour pendant des mois entiers, dans les plus grands auditoires.
Cette laveur fut accompagnée d'un autre don; car l'esprit de Dieu se communiquait à lui avec une telle plénitude que depuis cetemps-làil n'eut presque besoin d'aucune autre' préparation pour ses prédications, que la prière. 11 faisait pendant quelque temps oraison devant le très-saint Sacrement, et ensuite il disait des choses si touchantes, que les auditeurs fondaient en larmes, qui étaient suivies des fruits d'une véritable pénitence.
Après cette retraite il partit de Paris avec, une troupe d'ecclésiastiques de qualité et de grande vertu, qui, pendant dix-huit mois, tirent des missions dans tous les quartiers >le l'Auvergne et du Velay. M. Olier n'y contribua pas moins de sa personne et de ses biens que la première fois, mais avec cette différence qu'il eut pendant tout ce temps-là des croix pesantes à porter.
Premièrement il fut traversé dans tous ses desseins par quelques usurpateurs du bien de son abbaye, qui, ne pouvant souffrir qu'il leur résistât, soulevaient une infinité de personnes contre lui. D'ailleurs personne
n'osait prendre son parti ni lui donner conseil, voyant qu'il avait a lia ire à des gens dont le pouvoir était redoutable.
En second lieu, il fut travaillé de peines intérieures qui étaient si grandes, que toutes les persécutions du dehors étaient peu de chose en comparaison des angoisses de son âme. Ces peines avaient déjà commencé au sujet d'une infidélité qu'il croyait avoir commise, laissant échapper l'occasion d'aller faire une mission dans les Cévennes. Celte infidélité lui parut si considérable, qu'il ne cessa point, pendant l'espace de trois ans, de gémir devant Dieu, et de lui demander avec larmes qu'il voulût réparer par sa puissance infinie le tort que ces pauvres âmes souffraient par ses infidélités. Mais Dieu, pour le purifier davantage, ne faisait point paraître qu'il exauçât une prière si assidue et si fervente; il traitait au contraire cette âme atlligée avec une extrême rigueur. Il laissait son pauvre serviteur dans des obscurités et des aridités si grandes, qu'il semblait que tout fût perdu pour lui. Ainsi, pendant tout le temps de cette mission, M. Olier n'avait des consolations et des grâces sensibles que très-rarement. Il ne servait son Di'eu qu'en crainte et sécheresse , et il ne se soutenait que par la pureté de la foi.
Ces croix portées avec une parfaite résignation attirèrent tant de bénédictions sur les travaux de notre saint missionnaire , qu'il avouait depuis qu'il n'en avait jamais vu de telles dans toutes les autres missions où il s'est employé : et néanmoins elles étaient toutes communément suivies de tant de fruit, que M. Vincent lui dit un jour : Je ne sais, Monsieur, comment vous faites ; mais la bénédiction vous suit partout ou vous allez.
11 passa dix-huit mois dans ces provinces, pendant lesquels il courut tous les cantons des diocèses de Clermont, de Saint-Flour et du Puy. Le clergé et les peuples prirent tout une autre face, et l'on voyait les chanoines, les prieurs et les curés, travailler avec une sainte émulation à instruire les peuples, à entendre les confessions générales des paysans, à donner les exercices spirituels aux prêtres, et à visiter les hôpitaux. Tous faisaient gloire de servir Dieu dans les peuples : il n'y avait personne qui ne fût ravi de voir la modestie et la piété avec laquelle l'Office divin était célébré dans les églises depuis le temps de la mission, et l'on conçut dans ces pays tant de vénération pour M. Olier, qu'un chapitre députa en cour pour demander au roi qu'il plût à Sa Majesté le nommer pour leur évêque. Ceux mêmes qui l'avaient persécuté reconnurent leurs fautes et le vinrent saluer, lui amenant leurs familles pour recevoir sa bénédiction.
Sa maladie et sa guérison. — Cette mission finie, il fut délivré de toutes ses peines ; mais, parce que la croix devait être sa force et son appui, Dieu lui envoya aussitôt une violente maladie, que noire saint j 'rèlre regarda comme une précieuse récompense et comme un témoignage assuré aue
VIE DE M. OLIER
Notre-Seigneur avait agréé ses travaux : il fut en trois jours réduit à l'extrémité et en tel état, qu'il ne sentait point les coups de lancette qu'on enfonçait dans ses épaules. Les assistants remarquèrent alors que, ne donnant d'ailleurs aucunes marques de sentiment ni de connaissance , il répondait pourtant aux saints noms de Jésus et de Marie : ce qui faisait bien voir que ces divines paroles étaient plus pénétrantes que le fer, et que son âme était plus sensible aux tlèchesde l'amoursacré.qu'auxdouleurs les plus aiguës que les instruments de chirurgie pouvaient causer.
Saguérison était désespérée ; quelque soin que prissent de lui deux habiles médecins qui étaient arrivés la veille de sa maladie au lieu où il était, leurs remèdes n'eurent pas le succès qu'on en pouvait espérer ; ils ne firent qu'irriter le mal et faire tomber le malade en apoplexie. Ainsi il ne fut redevable de la santé qu'il reçut quelques jours après, qu'au secours d'en haut et au vœu qu'il avait fait, dans les premiers jours de son mal, de visiter le tombeau de saint François de Sales.
Ses occupations à Paris, son voyage, en Bretagne, le refus qu'il fit d'un autre évéché. — Etant parfaitement guéri, il revint à Paris et s'employa comme auparavant à faire des missions à la campagne. 11 donnait le temps qu'il passait dans la ville, à l'étude, au secours des pauvres et à l'instruction de plusieurs jeunes écoliers , ayant toujours des jeunes gens auprès de lui pour les former de bonne heure au service de Dieu.
Il se sentit en ce temps-là fort presséde faire un voyage en Bretagne, et il s'y détermina en l'absence de son directeur, craignant de manquer aux ordres du souverain Maître. L'événement fit voir que l'esprit de Dieu l'y conduisait pour la réforme d'un monastère de religieuses, où l'esprit du monde s'était tellement établi, qu'il en avait banni toute la régularité et y avait introduit des divisions étranges.
Une entreprise si difficile ne pouvait réussir que par un secours extraordinaire du Ciel : il fallut que M. Olier travaillât à son ordinaire à l'obtenir par son humilité et par ses souffrances; n'ayant trouvé d'abord que des rebuts , et s'élant vu contraint de se mettre à couvert pendant la nuit dans une étable très-incommode et pleine d'infection : le lendemain il prêcha avec tant de force et d'onction, qu'il ramena à leur devoir plusieurs de ces pauvres filles, et fit en sorte que quatorze religieuses, de quarante qu'elles étaient, commencèrent à pratiquer l'oraison et à vivre en communauté. Leur exemple ayant ensuite gagné les autres, le bon ordre fut entièrement rétabli dans cette maison , et ces tilles vécurent depuis dans une parfaite union , donnant beaucoup d'édification à tous les peuples de ces quartiers.
Son travail fut récompensé d'une autre maladie qui l'arrêta en Bretagne, jusqu'au commencement de l'année 1639, et lui donna le loisir d'aliermir cette réforme : il re-
tourna ensuite a ses exercices ordinaires et aux missions, pendant une desquelles M. le cardinal de Richelieu lui écrivit que le roi l'avait nommé à la coadjutorerie de Châlonssur-Marne, et lui en envoya en même temps le brevet. M. Olier reçut cet honneur avec beaucoup de reconnaissance; mais il ne put se persuader que Dieu le voulût dans cette haute dignité. Ceux dont il prit conseil voyantsa grande opposition, necrurent pas le devoir obligera agir contre son attrait; ainsi il écrivit à M. le cardinal pour le remercier très- humblement de l'honneur qu'il lui avait fait, et pour le prier de faire en sorte que le roi nommât une autre personne pour remplir celte place.
Ce refus étonna tout le monde et donna une extrême peine à ses parents, qui ne pouvaient goûter une conduite si extraordinaire et si opposée aux inclinations de la nature; mais l'Esprit-Saint, qui voulait que, sans se fixer au service d'un diocèse, il fût utile à plusieurs provinces, le fortifia contre les discours du monde et contre les reproches de sa parenté; et pour récompenser l'humble refus qu'il avait l'ait de la dignité épiscopale, la Providence lui donna moyen de laisser plusieurs successeurs de sou sacerdoce. Voici comme la chose s'accomplit.
Projet du séminaire. — Le R. P. de Condren, qui était pour lors général de la congrégation de l'Oratoire, et qui n'était pas moins zélé pour le bien universel de l'Eglise, que pour l'accroissement de la perfection de sa compagnie, désirait depuis longtemps une communauté qui eû\ pour but principal de former les ecclésiastiques, et de les aider à se disposer aux saints ordres et aux fonctions sacerdotales. Cet homme éclairé voyait qu'à la vérité les missions étaient un moyen admirable pour retirer les peuples de l'ignorance et du vice ; mais il comprenait aussi qu'il était absolument nécessaire que le bien commencé dans les missions fût ensuite soutenu par de saints pasteurs et par de bons prêtres, afin qu'il né se dissipât point, mais qu'il fût stable et permanent, suivant les paroles de Notre- Seigneur à ses disciples ; Posai vos ut eatis, et fructum afferatis, et frac tus vester maneat. « Je vous ai établis afin que vous alliez et que vous rapportiez du, fruit et que votre fruit demeure. » (Joan. xv, 16.)
Il communiqua un jour son désir et ses vues à plusieurs ecclésiastiques de grand mérite qu'il avait sous sa direction, du nombre desquels était M. Olier, et les exhorta à s'unir ensemble pour former un séminaire, selon les ouvertures que la Providence leur en présenterait; car Dieu n'avait point manifesté au F. de Condren le temps auquel cet œuvre devait être commencé, ni de quelle manière il devait être accompli.
Cette proposition fut goûtée de tous ces bons prêtres ; ils s'unirent ensemble pour ce dessein, et un d'entre eux, qui était fort capable et fort pieux, fut choisi pour être le supérieur; mais la Providence divine dont les voies sont infiniment élevées au-dessus
Vit DE M. OLIEP..
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de celles des hommes, en avait choisi un autre; elie voulait mettre pour la pierre fondamentale de cet édifice une personne qui, outre la sagesse humaine, la science acquise et les talents de la nature, eût une lumière de grâce, une science céleste, et des dons extraordinaires ; c'était M. Olier qu'il destinait à cette grande entreprise. Mais, alin que l'homme y eût moins de part, et que l'ouvrage fût attribué à la grâce toute seule, il le tint, pendant les deux années qui précédèrent immédiatement l'établissement du séminaire, dans un état de souffrance et d'abjection si grande, que celui qui devait être incontinent après le chef des autres, semblait être pendant ce tempslà le rebut et la balayure du monde.
Les peines intérieures de M. Olier; l'usage qu'iUnfait et le profit qu'il en tire. — Pour rendre même cet état d'humiliation plus saint et plusméritoire,il voulut (lu'il le désirât coin me ûnegrâce,et lui inspira de faire deux demandes qui ne pouvaient être que l'effet d'une vertu héroïque et d'un amour très-pur. La première qu'il plût à sa divine Majesté changer en peines intérieures les traverses qu'il souffrait de la part de ceux qui lui suscitaient dos procès. Et la seconde, qu'il voulût lui ôter la réputation qu'il avait, et éloigner de lui les applaudissements qui l'accompagnaient dans tous les emplois.
Cette prière si chrétienne fut exaucée aussitôt par celui qui en était l'auteur, et qui l'avait formée dans le cœur de M. Olier. Car très-peu de temps après, Notre-Seigneur sembla lui retirer sa lumière et le dépouiller de ses dons; il lui ûta toutes ses vues de la beauté et de la bonté de Dieu, qui avaient auparavant donné de si violents assauts à son cœur, qu'il était obligé de se soulager en criant : O amour! à amour! tout cela, disje, s'éclipsa, et ce saint prêtre n'eut, à la place de ses grâces et de ses lumières, que des ténèbres épaisses et des vues terribles de la justice d'un Dieu irrité.
Dans tout ce temps, il ne recevait de la part de son souverain Maître, que des mépris et des rebuts ; il ne pouvait se considérer lui-même que comme un réprouvé, et comme le Judas de la compagnie avec laquelle il travaillait. Il ne trouvait aucune consolation parmi les hommes ; et quand son directeur l'assurait que ses craintes et ses angoisses étaient des épreuves de Dieu et des peines qui passeraient, il ne pouvait se le persuader; mais il répondait, en versant des torrents de larmes : Et plût à Dieu que ee ne fussent que des peines, et qu'elles pussent durer toute une éternité! je ne m'en soucierais nullement, pourvu que je ne fusse pus haï de Dieu.
Tous ses travaux pour le prochain lui paraissaient stériles et dignes de malédiction; l'usage même des talents naturels lui fut souvent ôté pendant ces deux années, et il est arrivé plusieurs fois, qu'au lieu de parler avec la facilité et l'éloquence qui lui étaient ordinaires, il se trouvait comme interdit dans la chaire et dans la conversa-
tion, tout lui étant ôté de l'esprit et de la mémoire.
A ces souffrances les hommes ajoutaient leurs persécutions et leurs mépris. On lit mille railleries de lui à la cour, sur le refus de la coadjutorerie de Châlons ; des personnes éminentes en dignité condamnèrent sa conduite, ses amis l'abandonnèrent, et les ecclésiastiques avec qui il travaillait s'imaginèrent qu'il se repentait de son refus, et que l'abattement de son visage venait du regret qu'il avait de se voir éloigné des dignités et des plaisirs d'une vie commode. Comme ils remarquèrent qu'il n'avait pas toujours la même liberté dans ses fonctions, ils l'observaient avec quelque sorte de défiance, et faisaient difficulté de l'employer. Leur peine contre lui alla même si avant, qu'un des plus considérables lui dit plus d'une fois qu'on n'avait que faire de lui, et qu'il ne devait songer qu'à se cacher dans un trou. Enfin le démon se mettant de la partie, les tentations d'orgueil et de l'amour de soimême l'assiégèrent de telle sorte, qu'il croyait que ses malheureux vices, pour lesquels il avait auparavant une aversion extrême, fussent le principe et comme l'âme de toutes ses actions, ce qui lui causait une étrange affliction.
Voilà l'état où Notre-Seigneur réduisit son serviteur pendant ces deux années.
Voici les dispositions avec lesquelles il supporta un si rude martyre.
Durant tout ce temps, ce serviteur fidèle ne quitta point l'oraison ni les exercices de piété, ni les travaux de la mission. Il fut toujours parfaitement exact aux plus petites choses ; il ne s'offensa jamais des mauvais traitements qu'il recevait du prochain; jamais il ne se lassa des souffrances ; jamais il ne se plaignit de la conduite que Dieu gardait sur lui. 11 demeura dans une soumission parfaite, et il s'abandonna entièrement à ses volontés. Au pi us fort de ses souffrances, son cœur ne perdit point la paix, et dans le temps de ses plus grandes peines, il ne donna point d'autres marques de sa douleur que ces mots qu'il disait quelquefois en soupirant : Mon Dieu, vous êtes bien change'!
• Tant de fidélité, tant de courage et tan* d'amour pendant une si rude épreuve no pouvaient être que des sources de grâces extraordinaires. Ainsi quoiqu'avant ces deux années la vertu de M. Olier eût paru consommée , il faut néanmoins avouer qu'elle devint incomparablement plus pure et plus sublime qu'elle n'avait jamais été. Ce fut alors que Dieu l'ayant élevé à un degré éminent de grâce et de sainteté, la Providence donna commencement à l'œuvre qu'elle lui voulait confier. La chose se passa de la sorte.
Commencement du séminaire à Yaugirard.
— Cette compagnie d'ecclésiastiques avec lesquels le K. P. de Condren avait uni M. Olier pour le dessein que nous avons dit, après avoir continué les missions pendant quelque temps, s'arrêta à Chartres. Ilsessayèreut d'y établir un séminaire ; mais, y ayant
VIE DE M. OLIER
demeuré huit mois sans que personne se joignît à eux , ni que l'entreprise eût aucun succès, ils crurent que l'heure de cet établissement n'était pas encore venue, et que Dieu réservait cette œuvre à un autre temps : ainsi ils jugèrent qu'ils devaient recommencer les missions.
Mais dans ce temps-là même qu'ils se disposaient à reprendre leurs premiers emplois, et que plusieurs d'entre eux étaient écarti'-s en différentes provinces pour diverses affaires, la Providence ordonna qu'un de ces bons ecclésiastiques vînt à Paris et que dans un entretien qu il eut avec une personne de piété, il lui fit le récit du dessein qu'ils avaient eu, et de ce qu'ils avaient inutilement commencé à Chartres.
Cette personne, goûtant fort celte œuvre , fut fort affligée de ce qu'elle n'avait pas réussi, et représentant à ce bon prêtre qu'il ne fallait pas abandonner une entreprise qui pouvait être si utile à la gloire de Dieu et au bien de l'Eglise, elle ajouta que, venant demeurer à Vaugirard, proche de Paris , ils pourraient assister aux offices de cette paroisse , et s'occuper dans la maison à instruire les ecclésiastiques, qui s'adresseraient à eux. Elle s'offrit même de soutenir pendant quelque temps ce qui serait nécessaire pour l'entretien des ecclésiastiques et enfin elle fit de si grandes instances pour cela , qu'elle obligea ce bon prêtre d'en écrire à ceux de sa compagnie.
Plusieurs d'entre eux ne voulurent point écouter cette proposition. M. Olier s'y opposa lui-même assez longtemps , et on ne put gagner sur lui autre chose, sinon qu'il recommanderait cette affaireà Notre-Seigneur.
Il se retira au commencement du mois de décembre de l'année 1641 , à une maison de campagne proche de Paris, pour y faire ies exercices spirituels et demander la lumière du Ciel sur la proposition qu'on lui faisait. Ses prières furent efficaces, car il se trouva sur. .la fin de sa retraite si encouragé à travaillera cette œuvre, et tellement assuré de la protection et du secours de Dieu, qu'il anima plusieurs de ces bons ecclésiastiques a entreprendre l'établissement d'un séminaire. Il fit dans ce même mois une seconde retraite, où Dieu le confirma encore daos ce dessein, le remplit de l'esprit qu'il devait inspirera la communauté qu'il allait former; et commeil priait pourtous ceuxqui avaient commencé le séminaire à Chartres, Notre- Seigneur lui fit connaître qu'il y en avait parmi eux qui n'étaient pas appelés à cet emploi, et dont la Providence voulait se servir ailleurs.
Ceux donc qui n'étaient pas appelés à cette œuvre s'étant retirés d'eux-mêmes , et M. Olier ayant été assuré par des personnes très-éclairées et pardegrands serviteurs de Dieu , que c'était sa volonté qu'il établît un séminaire, il vint à Vaugirard et y loua une maison au commencement de l'année 1642.
Dieu donna aussitôt une telle bénédiction à cette entreprise , que quoique notre saint prêtre fût logé avec les ecclésiastiques. q\ii
l'avaient suivi, dans une des plus pauvres maisons de ce village, quoiqu'ils habitassent un logis si petit qu'il fallut pratiquer des chambres dans un vieux colombier; quoiqu'ils manquassent de plusieurs commodités , étant réduits à vivre de ce qu'une personne de piété leur donnait par aumône , tous leurs revenus ayant été consumés aux frais des missions et du séminaire de Chartres , néanmoins dès les premiers mois plusieurs personnes considérables par leur naissance et par leur piété vinrent se ranger auprès d'eux pour se former aux vertus et aux fonctions ecclésiastiques.
Ils étaient tous sous la conduite de M. Olier, dont ils écoutaient tes instructions avec une docilité non pareille; car alors ses premières lumières lui furent rendues, et Dieu lui en communiqua de plus pures, de plus étendues et de plus efficaces qu'il n'avait fait auparavant ; ils recevaient avec une sainte avidité la nourriture céleste qu'il donnait à leurs âmes, et ils ne laissaient perdre aucune des paroles de vie qui sortaient de sa bouche.
Mais ceux qui avaient été en sa compagnie les deux années précédentes ne pouvaient l'entendre qu'avec admiration. Ils avaient été témoins de l'état où il avait été réduit, lorsque les paroles lui étaient ôtées dans le temps qu'il voulait exhorter les peuples, ou converser avec le prochain, et alors ils l'entendaient parler de Dieu avec tant de force, expliquer les mystères d'une manière si sublime, et résoudre avec tant de clarté les difficultés qu'on lui proposait, qu'ils étaient dans un étonnement continuel d'un changement si extraordinaire. Ils étaient obligés d'avouer que Dieu parlait par son serviteur, et que celui qui lui avait fermé la bouche la lui ouvrait pour publier les merveilles de sa loi.
Etablissement du séminaire à Paris. — Ils n'avaient pas demeuré quatre mois à Vaugirard, que la divine Providence les en lira pour les établir à Paris ; et pour faire paraître que c'était sa sagesse infinie qui faisait cet établissement, il choisit un moyen qui n'étaitjamais venu en l'esprit à M. Olier, et qui lui donna ouverture pour faire des biens dont jusqu'alors il n'avait aucune pensée.
M. de Fiesque, alors curédeSaint-Sulpice de Paris, étant affligé des désordres de sa paroisse et ennuyé de l'oppositionqu'il trouvait dans plusieurs des prêtres qui y étaient habitués, et qui résistaient à tous ses desseins, conçut la pensée de quitter sa cure.
Comme il avait entendu parler du mérite de M. Olier et de la vertu de ses ecclésiastiques, il jeta la vue sur eux pour l'exécution de son dessein ; il prit l'occasion d'une procession qui se faisait de Saint-Sulpice à Vaugirard, pour demander à quelqu'un du séminaire s'il n'y avait personne dans leur compagnie qui voulût se charger de sa cure, et permuter quelque bénéfice avec le sien. Cette proposa tion, quoiqu'elle parût avantageuse pour le dessein de M. Olier, ne fut point écoutée d'abord*; notre serviteur de Dieus'éloignant
VIE DE M. OLIER
des^enireprisosqui avaient de l'éclat, et chacun des ecclésiastiques redoutant un $i peif.nt fardeau
Cependant M. le curé de Saint-Sulpice persiste dans sa pensée, il faitde continuelles instances, il emploie des personnes de piété, qui représentent à M. Olier qu'il ne doit pas négliger une occasion qui lui donne entrée dans une moisson si abondante; enfin il n'omet rien de ce qu'il croit l'y pouvoir engager.
M. Olier étant ainsi sollicité se crut obligé de recommander cette affaire à Notre-Seigneur pour apprendre quelle était sa volonté.
Après beaucoup de prières faites sur ce sujet, il se sentit fortifié de la grâce, et considérant combien il y avait à travailler dans cette vaste paroisse pour la gloire de Dieu, il se résolut d'entendre les propositions de M. de Fiesque et d'accepter sa cure.
M. Olier est fait curé de Saint-Sulpice. — Sa résolution fut combattue par MM. ses patents, qui ne pouvaient souffrir, qu'avant refusé des évêchés, il se chargeât d'une cure. Plusieurs de ses amis craignant pour sa santé l'en voulurent détourner, lui disant qu'il n'avait pas assez de secours pour desservir une si grande paroisse. Mais ni les uns, ni les autres ne Je purent empêcher d'exécuter ce qu'il croyait être la volonté de Dieu. Le zèle qu'il avait pour la gloire de son Maître, et la parfaite confiance qu'il avait en son secours, le firent passer par-dessus toutes les considérations humaines; il prit en personne possession de la cure de Saint-Sulpice au mois d'août de l'année lGiii.et il commença à défricher cette terre dont la plus grande partie ne porlaitque des ronces et des épines.
Le faubourg Saint-Germain était alors la sentine non-seulement de tout Paris , mais presque de tou'.e la France; il servait de retraite aux libertins, aux athées- et à tous ceux qui vivaient dans l'impureté et dans le désordre. La dépravation y était si horrible, selon le témoignage d'une personne qui vit encore, qu'à une des portes de Saint-Sulpice on vendait impunément des caractères et d'autres inventions superstitieuses etdiaboliques.
M. Oliet ayant à remédier à tant de désordres, se proposa premièrement de ramener ses paroissiens à leur devoir plutôt par ses exemples que par des invectives et des poursuites violentes, lise résolut pour cela de mener la vie la plus sainte qui lui serait possible, et il en fit un vœu exprès dans l'Eglise de Notre-Dame de Paris, promettant à Dieu de faire le reste de ses jours ce qu'il croirait être le plus parfait.
En second lieu il demanda à Notre-Seigneurdes ouvriers capables de l'aider dans sa moisson. Dieu lui en ayant envoyé bon nombre, il les logea avec quelques-uns des piètres qu'il avait amenés du séminaire de Vaugirard, et désirantd'être parfaitement uni à ses cbers associés, il vécut avec eux en communauté. Il se faisait le plus petit d'entre eux, et ne se di?tinguait de ses inférieurs que par la grandeur de son zèle et par sa profonde
humilité. Il n'omettait rien de tout ce qui pouvait servir à les établir solidement dans la pratique des vertus apostoliques. Entre autres dispositions, il désira en eux un trèsgrand désintéressement; il voulut qu'ils n'exigeassent rien pour l'administration du saint Viatique, et qu'ils refusassent absolument tout ce qu'on leur présenterait pour le sacrement de pénitence.
Il porta même le détachement jusqu'à ce point qu'il voululque toutes les rétributions que ses prêtres recevraient des peuples pour les autres services qu'ils leur rendraient fussent mises en commun, et que chaque particulier se contentât, selon le désir de l'Apôtre, d'avoir sa nourriture et de quoi se vêtir, ce qui s'est toujours observé depuis ce temps. Et ainsi, par un secours singulier delà Providence il forma une communauté qui sans être fondée s'est soutenue depuis quarante ans, et qui, depuis son établissement n'a jamais manqué de sujets et de prêtres pour servir cette grande paroisse, quoiqu'ils n'y soient attirés par aucun intérêt, ni retenus par aucun engagement.
// travaille à la réforme de su paroisse par les controverses et catéchismes. Il empêche les duels, il ôte les ubus des confréries, il détruit les mauvais lieux, il pourvoit aux nécessités des pauvres. — Cette communauté ayant été remplie en très-peu de temps de plusieurs dignes ouvriers, il travailla b la. réforme de sa paroisse. Il est impossible de rapporter dans cet abrégé tout ce que fit ce saint pasteur, et tout ce qu'il endura pour ce sujet; nous en marquerons seulement ici la moindre partie. Il travailla d'abord à la conversion des hérétiques, qui étaient en très-grand nombre, faisant faire des controverses publiques, conversant en particulier avec ces pauvres égarés, empêchant les assemblées de ceux qui n'étaient pas tolérés dans l'Etat, accueillant ceux qui reconnaissaient leurs erreurs, et fournissant à tous leurs besoins avec une charité qui ne se lassait jamais; ce qui était bien plus difficile alors qu'au temps ou nous sommes, dans lequel les libéralités de notre grand roi donnent de si puissants secours à tous ceux qui reviennent à l'Eglise.
Il entreprit en même temps l'instruction des Catholiques, à la plupart desquels il fallait annoncer l'Evangile quasi tout de non-» veau. 11 établit plusieurs catéchismes dans son église paroissiale, et la multitude des personnes de tout âge qui venaient recevoir le pain de la parole de Dieu que les ecclésiastiques leur rompaient, remplissant la salle du banquet, ce bon père de famille envoyait ses ministres dans les places et dans les rues une clochette à la main, pour assembler dans les différents quartiers du faubourg les enfants des fidèles, et les instruire de tout ce qui pouvait contribuer à leur sanctification.
Ces instructions se faisaient tous les dimanches et fêtes de l'année, et elles étaient multipliées jusqu'à trois ou quatre fois par semaine , lorsqu'il fallait préparer les peu-
VIE de m. olier.
3les à la confirmation , à la confession et à la communion.
Il employa bien d'autres moyens pour porter dans toutes les familles la connaissance des mystères de notre religion et les principes de la piété chrétienne.
Il rétablit aussi la majesté des Offices divins et le culte de la très-sainte Eucharistie, n'épargnant ni la peine, ni la dépense pour ce sujet.; il fit refaire les autels de l'église, garnir la sacristie d'ornements, la pourvoir de vases sacrés , n'y ayant trouvé lorsqu'il y entra que trois calices d'argent.
Les duels étaient si fréquents dans sa paroisse qu'on y compta jusqu'à dix-sept personnes qui, dans une même semaine, périrent dans ces malheureux combats. Ce saint pasteur fit son possible pour remédier à ces désordres par la force de ses exhortations et par la fermeté de sa conduite : et enfin il persuada à plusieurs seigneurs de grand esprit et fort généreux, de faire ensemble une protestation solennelle de ne donner ni d'accepter aucun appel , et do ne servir aucun ami qui se voulût battre. Ces seigneurs la firent authentiquement un jour de Pentecôte , et ils observèrent leur résolution si fidèlement que leur exemple fut suivi de plusieurs , avant que même l'autorité du roi eût arrêté le cours de ce désordre jusqu'alors si commun.
11 abolit aussi plusieurs dérèglements superstitieux qui s'étaient répandus dans certains corps de métiers ; et pour leur donner à la place les principes et les pratiques de la piétéchrélienne, prenant occasion des assemblées de leurs confréries, il y députait quelques-uns de ses ecclésiastiques pour les Disposer à célébrer dévotement leur fête , et surtout pour les préparer à faire une bonne confession générale de toute leur vie.
Dans le désir qu'il avait de bannir le vice de sa paroisse, il usa d'une telle vigilance , et employa si prudemment l'autorité des magistrats, qu'il purgea, avant les troubles de Paris, presque tout le faubourg des mauvais lieux qui y étaient , lesquels ne se rétablirent ensuite que par le désordre des guerres.
On ne peut pas s'imaginer les soins que M. Olier prit pour retirer du dérèglement les pauvres créatures qui habitaient ces lieux infâmes , ni les dépenses qu'il fit pour les placer dans des maisons de piété , et la patience qu'il eut à supporter leurs rechutes.
Il porta sa pensée à secourir aussi ses paroissiens dans leurs besoins corporels, et c'est en cela qu'il fit voir la grandeur de sa charité et de son zèle autant qu'en tout le reste: car on ne saurait rapporter tout ce qu'il a fait pour tous les pauvres, mais principalement pour les pauvres honteux. Il prenait connaissance de leurs nécessités parles visites générales et particulières qu'il leur faisait rendre, et qu'il leur rendait très-souvent en personne: il les prévenait dans leurs besoins, il leur distribuait libéralement ses revenus et, pour le.ur donnerdes secours plus abondants , il établit dans sa paroisse une assemblée oour le soulagement des pauvres
honteux : plusieurs personnes considérables se trouvaient deux fois le mois àcesassemblées , et pourvoyaient ensuite avec un ordreadmirable aux besoins des pauvres filles, selon les règles que M. Olier leur avait prescrites.
L'exemple de ces personnes de piété fut suivi de beaucoup d'autres, et on institua de semblables assemblées dans quelques paroisses-de la ville.
Quoique tous ces soins extérieurs fussent grands , ils étaient néanmoins peu de chose en comparaison de l'application intérieure dans laquelle il était presque continuellement pour demander à Dieu les secours nécessaires à ceux qu'il avait sous sa conduite. // travaille à l'établissement et an règlement du séminaire. — Pendant que notre serviteur de Dieu était ainsi occupé au service de la paroisse, il ne laissait pas de travailler à l'établissement de son séminaire , sachant bien que Dieu ne l'avait pas tiré du travail des missions, où il faisait de si grandsfruits, pour l'appliquer seulement au gouvernement d'une paroisse , de quelque erande étendue qu'elle fût.
Il portait toujours dans son cœur le désir de former des prêtres qui, se répandant dans tous les diocèses, soutinssent l'ouvrage des missions. C'est pourquoi, sitôt qu'il fut pourvu de la cure et qu'il eut appelé à soi les ecclésiastiques qui étaient à Vaugirard, il appliqua les uns au service de la paroisse et les autres à la conduite de cette compagnie. Il ne se contenla pas de donner de saints règlements et de vertueux directeurs aux personnes qui s'y retiraient, il voulut encore, quelque occupé qu'il fût d'ailleurs, s'appliquer lui-même à les former et à les préparer à recevoir dignement les saints ordres.
Pour rendre cette œuvre -stable , il travailla à l'affermir par les lettres patentes du roi, et par l'autorité d'es supérieurs ecclésiastiques. Mais, quelque saint que fût ce projet, il ne laissa pas d'y trouver beaucoup d'oppositions. Voici enfin comment l'affaire réussit après une infinité de traverses.
On lui donna avis que Mgr de Corneillan , évêque de Rodez, se voulait démettre en sa faveur de son évêché, et que la reine régente agréait ce changement.
Cette nouvelle ne lui donna pas moins de peine qu'il en avait ressenti les autres fois qu'on lui avait présenté le même honneur : mais comme il douta si ce n'était point un moyen que la Providence lui offrait pour l'exécution de son entreprise, il se résolut d'aller trouver M. l'abbé de Saint- Germain, de qui dépendait l'établissement qu'il poursuivait, pour l'assurer que si ses services lui étaient agréables et qu'il trouvât bon qu'il travaillât dans le faubourg, il ne penserait nullement à la proposition qu'on lui faisait de cet évêché : que si au contraire il ne le jugeait pas utile dans la paroisse il s'en retirerait, n'ayant rien plus à cœur que de suivre les ordres de la Providence, et de ne rien entreurendre contre le gré des supérieurs.
VIE DE M. OLIER
M. l'abbé admirant son humilité et son zèle, l'assura de sa protection, et lui promit d'appuyer son dessein en tout ce qui dépendrait de lui : ce qu'il fit effectivement. Ainsi le séminaire, dont l'érection paraissait impossible, à cause des difficultés extrêmes qu'on y avait formées, fut solidement établi environ deux ans après que M.
Olier eut pris possession de la cure de Saint- Sulpice.
M. Olier souffre avec beaucoup de courage et de douceur une grande persécution qui est suivie de grands fruits dans la paroisse. —A peine cette affaire était-elle consommée qu'il survint à notre saint prêtre de nouvelles cr.oix plus grandes que les précédentes. Quelques personnes, dont les unes étaient fâchées que leurs dérèglements fussent corrigés par leur pasteur, et les autres désiraient que la cure de Saint-Sulpice tombât entre les mains de quelqu'un de leurs parents, firent en sorte que celui qui avait tant pressé M. Olier de le décharger de cette cure, y voulût rentrer, prétendant que le bénéfice qu'on lui avait donné à la place n'était pas de la qualité ni du revenu qu'on lui avait fait croire.
Des personnes séditieuses ayant répandu ce bruit parmi la populace, et s'étant écriées qu'on faisait injustice à leur ancien curé, elles suscitèrent des misérables qui s'étant armés de tout ce qu'ils trouvaient sous leurs mains, vinrent en troupe à la chambre de l'homme de Dieu, l'en tirèrentavec violence, mirent son surplis en pièces, le chargèrent lui-même de coups, et iui tenant le pistolet dans les' reins le traînèrent honteusement au milieu de la rue, où ils ne le laissèrent en vie que pour aller profiter du pillage que les autres séditieux faisaient dans la maison presbytérale.
Quelques-uns de ses amis, pour le mettre en sûreté, l'obligèrent à se retirer au palais d'Orléans.
Cependant l'affaire ayant été portée au parlement, il fut aussitôt" rétabli par arrêt dans la, jouissance de sa cure. Mais le même jour de ce rétablissement, les séditieux recommencèrent leurs violences, s'efforcèrent de rompre les portes du presbytère, d'en escalader les murs et d'y mettre le feu : et leur fureur fut si grande qu'elle ne put être arrêtée que parla force de quelque compagnie du régiment des gardes, que la reine eut la bonté d'y envoyer.
Enfin, au bout de quarante jours cette bourrasque s'apaisa par la facilité .qu'eut M. Olier à donner beaucoup plus qu'on ne lui avait demandé.
Dans tout ce temps de persécution, la paix de son cœur ne fut nullement troublée : il ne témoigna à ceux qui le chargeaient de coups qu'une extrême douceur et une charité sans exemple.
Lorsqu'il apprit qu'on voulait châtier les séditieux et en faire une punition exemplaire, il employa tout son crédit pour les en exempter, rejetqnt la faute sur lui-même; et enfin il se trouva dans un si grand calme,
au milieu de tant de tempêtes, qu'étant entré dans Notre-Dame en allant solliciter ses juges, il s'y arrêta pendant deux heures, et demeura tout ce temps-là comme immobile en oraison.
Il est vrai que cette persécution ne iui était pas imprévue : Dieu l'avait préparé à ce coup longtemps auparavant, lui ayant fait connaître, lorsqu'il entra dans la cure, qu'il en serait chassé honteusement avant que trois ans s'écoulassent. Un ecclésiastique même de sa communauté l'avait apprise six mois avant qu'elle arrivât, de deux personnes à qui Dieu l'avait manifesté, et M. Olier avait dit à quelques-uns de ses prêtres qu'il fallait se disposer à une grande croix que Notre-Seigncur devait envoyer.
Dieu ne laissa pas sans récompense les travaux et les souffrances de son serviteur, car pour les injures atroces et les calomnies qu'on avait vomies contre lui, il lui donna l'estime et l'approbation générale de tous ses paroissiens ; parce qu'il n'avait pas voulu écouter ceux qui le portaient à quitter une cure qui lui donnait tant de fatigues, il le récompensa d'une force si grande et d'une si parfaite santé, qu'il fit ensuite plus de choses en un jour, qu'auparavant il n'en avait pu faire en plusieurs ; et à cause qu'il n'avait point voulu tirer vengeance de toutes les violences qu'on lui avait faites, la justice divine lui en fit faire raison, soit en obligeant plusieurs de ses persécuteurs à publier ses vertus, soit en punissant les autres par de terribles châtiments.
Quand il se vit délivré de cette persécution, il profita do la paix dont il jouissait et de la confiance qu'avaient en lui les personnes les plus considérables de la paroisse, pour y établir le bon ordre et pour porter son cher peuple à la vertu, et pour conduire à une haute et solide perfection des îmes choisies que Dieu lui adressait. En effet, il gagna tellement à Notre-Seigneur des personnes de toute condition, des magistrat*, des seigneurs de la cour et des danies de la plus grande qualité, qu'on les voyait tous les jours s'appliquer à l'oraison mentale et à la lecture spirituelle, avoir une heure réglée pour visiter chaque semaine le trèssaint Sacrement à la paroisse, prendre un soin exact de leurs domestiques pour le temporel et pour le spirituel , régler leur table et leur train selon les lois de la modestie chrétienne, travaillera accommoder les différends de leurs quartiers, es se donner aux œuvres de charité avec tant de zèle et d'abnégation d'eux-mêmes, que, visitant les malades et les pauvres, ils leur rendaient des services très-abjects, et se portaient par une générosité chrétienne à des actions pour lesquelles l'inclination de la nature leur donnait une extrême répugnance.
Ce qu'il fit durant les guerres de Paris pour soulager tes pauvres, pour retirer les filles du danger de se perdre, et pour le bien des religieuses de la campagne qui se réfugiaient à Paris. — Ayant travaillé si utilement pendant quelques années depuis son
VIE DE M. OLÎEB
rétablissement, les troubles de Paris survinrent, où, quoique toute la ville fût émue, on ne vit point néanmoins de barricade dans le faubourg Saint-Germain, comme il y en avait en plusieurs autres quartiers, les habitants de la paroisse de Saint-Sulpice faisant voir alors par leur soumission et par leur fidélité au service du roi , combien ils avaient profité dans la solide piété par les instructions de leur saint pasteur.
Ce fut dans ce temps de guerre et de famine que M. Olier fit paraître plus que jamais sa confiance en Dieu, sa charité pour les pauvres, son zèle ardent pour le bien de l'Etat, en un mot toutes ses vertus. Après avoir adoré la justice divine,et s'y être soumis avec une parfaite résignation, il commença de faire chaque jour des austérités extraordinaires pour apaiser la colère de Dieu ; il exhorta puissamment ses peuples à la pénitence; il les assembla tous les soirs devant le très-saint Sacrement pour demander miséricorde à Notre -Seigneur, et lui-même passait souvent les nuits en prières devant le tabernacle. Enfin il ouvrit son cœur et ses;mains à tous les pauvres, mais avec tant de tendresse et de profusion, que, s'il paraissait très-libéral dans les autres temps, il passait pour prodigue dans celui-ci.
Quoique le nombre des pauvres crût tous les jours, jamais il ne se lassa de les assister. 11 leur faisait distribuer du pain, du potago, du bois, du charbon, du linge, des habits, des outils; il les faisait continuellement visiter par un prêtre du séminaire qui acheva sa vie dans ce travail; il employait aussi en ces visites un laïque de grande
Eiété, et ces deux personnes allaient ensemle pour en même temps pourvoir à tous leurs besoins tant corporels que spirituels ; il fit faire encore plusieurs visites générales de toutes les pauvres familles où en chaque visite on distribua près de deux mille livres.
Ces aumônes et celles de ses paroissiens ne suffisant point à tant de nécessités, il chercha hors de Paris de nouveaux secours à ses pauvres ouailles. Il fut à Saint-Germain en Laye où était la cour, pour y laire une quête, et y fut même à pied, quoiqu'on ne pût sortir de la ville sans un extrême péril, et que les chemins fussent si couverts de neige qu'on y enfonçait souvent jusqu'à la ceinture. Dieu bénit le zèle qui l'animait, et l'ayant préservé de plusieurs accidents, il se rendit à sa paroisse à laquelle il apporta une aumône considérable.
La charité de ce bon pasteur ne se borna pas au soulagement de ses paroissiens ; elle s'étendit encore à tous ceux qui venaient de la campagne se réfugier dans le faubourg. Allant un jour par les rues, il rencontra une jeune fille qui lui demanda l'aumône, et qui lui fit connaître qu'elle était venue à Paris pour mettre son honneur et sa vie en sûreté; après lui avoir donné l'aumône, il fit réflexion au péril où elle était, et où se trouvaient beaucoup d.'autres de sa sorte, et prit résolution, quoiqu'on lui remontrât la
difficulté extrême de" cette nouvelle entreprise, d'assembler toutes les pauvres filles qui venaient de la campagne, pour les tirer de danger. Il loua pour ce sujet une maison où il en relira plus de deux cents; il les y nourrit tant que les troubles durèrent; et ayant autant de soin de leurs âmes que de leurs corps, il leur fit faire une mission pour les instruire des principaux devoirs du christianisme, et leur apprendre à bien user de leurs misères.
Il eut la même charité pour un grand nombre de religieuses de différents ordres qu'ilfitvivreencommunautédans une maison qu'il leur avait louée et à qui il fit observer une règle commune, autant que la diversité de leurs instituts le pouvait permettre, pour empêcher que le commerce du monde ne leur fît perdre l'esprit de leur vocation, et il les pourvut tant pour le temporel que pour le spirituel, de tout ce qui était nécessaire pour établir un bon ordre dans la maison.
Il prit aussi soin de plusieurs Anglais et Irlandais qui s'étaient retirés en France, et dont il y avait bon nombre dans le faubourg. Enfin rien n'échappa à sachante, et jamais elle ne dit c'est assez. Et pour satisfaire à ceux qui lui représentaient l'impuissance où il était de fournir à tant de choses, il répondait que, dans les affaires qui étaient de la volonté de Dieu et qui regardaient le soulagement du prochain, il n'y avait qu'à commencer, et que la Providence ne manquait point à ceux qui avaient confiance à son secours.
Il se démet de sa cure , il établit un séminaire auPuy, il procure une mission dans le Yivarais, il devient paralytique , il envoie des prêtres au séminaire de Clermont et en Canada. — Les troubles de 1619 et 1652 étant presque cessés, M. Olier ayant servi sa paroisse environ dix années avec les peines et les travaux que les désordres du faubourg, la violence de ses ennemis, lu malheur des guerres et par-dessus tout l'ardeur de son zèle lui firent endurer, Notre-Seigneur le voulut décharger de ce fardeau selon l'assurance qu'il lui avait donnée plusieurs années auparavant, qu'il ne serait curé que dix ans. lin de ses ecclésiastiques qui était informé.de celte révélation, voyant ce terme presque expiré, prit la liberté de lui dire : Monsieur, voilà les dix années bientôt passées, et cependant il n'y a nulle apparence que vous deviez sitôt quitter votre cure. M. Olier lui répondit : C'est à Dieu à vérifier ses paroles, et à nous à noxis abandonner à sa conduite sur nous-mêmes .
Quelques semaines après cette réponse et vers la fête de saint Barnabe il fut attaqué d'une fièvre continue si violente, qu'on désespéra de sa guérison et on lui administra les derniers sacrements. Dans celte dernière extrémité, il se démit de sa cure entre les mains de M. l'abbé de Saint-Germain, qui la conféra à M. de Bretonvilliers, lequel en prit possession le 29 juin de l'année 1652. Notre saint prêtre prédit ensuite à une oer-
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sonne qui le vint voir qu'il ne mourrait pas de cette maladie, et la reprit en même temps sur une omission qu'elle avait faite, et qui ne pouvait être connue de qui que ce fût, comme elle l'a déclaré depuis. Sa prédiction fut vérifiée bientôt après ; car la fièvre le quitta, et le 22 du mois d'août de la même année, il se trouva en état d'aller à la campagne. Ce voyage, qu'il n'entreprit que pour le rétablissement de sa santé, lui fut une occasion de faire plusieurs choses importantes à la gloire de Dieu. Il avait déjà établi des séminaires à Paris, à Nantes et à Viviers; il en établit alors un quatrième au Puy en Veiay, à la prière de l'évêque et de son chapitre, dont toute la province reçut de trèsgrands fruits. Surtout, ses ecclésiastiques y donnèrent l'exemple d'un détachement merveilleux : car le doyenné de la cathédrale du Puy, qui est un bénéfice des plus considérables, étant venu à vaquer, et M. l'évêque l'ayant offert au supérieur du séminaire, lui représentant que cette dignité le mettrait en état de faire de plus grands biens dans le diocèse, cet humble supérieur ne le voulut jamais accepter, soutenant au contraire qu'il serait beaucoup plus utile au clergé, s'il no prenait point de bénéfice, et s'il continuait de servir le diocèse sans intérêt : un autre de la même maison à qui l'évêque offrit ensuite le bénéfice, donna aussi la même réponse ; ce qui fit connaître à quel degré de désintéressement M. Olier portait ses disciples. Après cet établissement, il voulut procurer au Vivarais uns mission générale dont iî avait un extrême besoin. 11 fit venir pour cela des missionnaires de divers endroits, qu'il envoya en tous les quartiers de celte province pour y prêcher l'Evangile, et par ce moyen il rétablit en divers lieux, et surtout dans Privas, l'exercice de la religion catholique qui en était bannie depuis plus de trente ans. Et afin de donner à ses habitants plus de respect pour nos mystères, il obligea un de ses ecclésiastiques île grande qualité et fort considéré dans le pays de se charger de la cure et en engagea un autre à y faire les petites écoles aux enfants, afin de jeter dans leurs esprits les semences de la religion avec la connaissance des lettres. Enfin il n'omit rien pour établir la foi et la piété dans ces lieux qui étaient entièrement délaissés.
Etant de retour à Paris il travailla sans relâche à perfectionner les âmes que Dieu avait confiées à sa conduite. Mais l'année suivante, lorsqu'il était à la quarante-quatrième année de son âge, et que l'on espérait que l'Eglise recevrait encore de grands services de son zèle, il tomba en apoplexie et devint paralytique de la moitié du corps. Dieu le conduisait par celte croix à un état de grâce et de sainteté plus sublime que tous ceux par où il avait passé , et il voulait qu'il attirât par ses souffrances des bénédictions abondantes sur les œuvres dont il était chargé. Cette maladie fut accompagnée de si grandes peines d'esprit et.de si étranges sécheresses, qu'il est impossible dé les expliquer. Dans
cet état néanmoins son cœur et son esprit tendaient toujours àDieu : jamais il ne chercha de consolation dans les créatures, et lorsqu'on lui voulait donner quelque récréation» quoique très-innocente, il s en privait, ou s'en détournait adroitement; souvent même il disait avec beaucoup de douceur à ceux qui le portaient à ces divertissements qu'un Chrétien doit être mort à toutes les choses de la terre.
Ayant reçu au printemps de l'année 165i quelque petit soulagement dans ses maux, il ne manqua pas d'employer pour le service de l'Eglise ce peu de force qu'il venait de recouvrer. Ce fut dans celte vue qu'il crut devoir se rendre aux prières instantes que plusieurs personnes lui avaient faites de mettre au jour quelques-uns des livres qu'il avait composés.
11 envoya quelque temps après de ses ecclésiastiques à Clermont en Auvergne, pour y établir un séminaire. Il en donna d'autres pour aider une colonie de Français qui allaient habiter l'île de Montréal à la Nouvelle- France, et pour travailler en même temps à la conversion des sauvages. Cet établissement a été très-utile aux Français et aux nate • rels du pays, dont un nombre considérable a embrassé lafoi, et l'a constamment conservée. A mesure qu'il approchait du terme de sa carrière, on s'apercevait que Dieu lui donnait de fréquentes pensées du mystère de la résurrection. Rien n'occupait tant son cœur que le désir d'aller jouir de Dieu dans la bienheureuse éternité. 11 demandait souvent à Notre-Seigneur d'être délivré des liens de son corps; et le jour de Pâques de l'année 1636, il pria instamment la sainte Vierge de l'appeler à elle, pour célébrer dans sa compagnie et celle des bienheureux, la résurrection de son divin Fils. Cette lendre Mère lui fit intérieurement une réponse qui laissa dans son âme un grand sentiment de paix. Attendez un peu, lui dit-elle, car c'est la volonté' de mon Fils que vous souffriez encore quelque temps. 11 se soumit aux dispositions de la divine Providence, qu'il adora; et en attendant l'accomplissement de ses desseins sur lui, il continua de s'offrira Notre-Seigneur et à sa très-sainte Mère, comme une hostie qui ne voulait plus vivre que pour s'exercer tous les jours à mourir, en demeurant sur la croix autant qu'il lui plairait. Si je faisais, dit-il un jour, autant de fruit en souffrant qu'en préchant, j'aimerais mieux le faire par les souffrances, parce que je donnerais davantage à Dieu. Il ajoutait que nous devions aimer tendrement la croix, parce que Notre-Seigneur lui devait sa qualité de sauveur des hommes.
Ses infirmités l'obligèrent jusqu'à la mort, de faire tous les ans le voyage de Bourbon. Il l'avait fait deux fois en 165i ; il y retourna les deux années suivantes, sur la parole des médecins, toujours avec la même docilité, quoique ce fût toujours avec aussi peu de succès. Il n'aurait jamais cherché ses soulagements, s'il n'eût regardé l'ordonnance des médecins comme un signe de la volonlé de
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Dieu. Il était tellement mort au désir de vivre qu'il demandait incessamment à Notre- Seigneur, qu'il lui plût le retirer de cet exil. On lui entendait dire très-souvent: Quandesl-ce que viendra le moment qui consommera notre sacrifice, et qui donnera le dernier coup à la victime?
L'espérance de la vie bienheureuse faisait toute sa consolation, et il le donnait bien à connaître par ses discours et par toute sa conduite, car il lui échappaitsouvent de dire: Ah ! chère éternité, tu n'es pas loin. Et comme un jour un ecclésiastique, pour lui donner quelque récréation, lui voulut dire des nouvelles, il lui ferma la bouche aussitôt, lui disant que cela n'avait pas ce goût de l'éternité. L'esprit de Dieu le portait continuellement à une privation universelle de toutes choses ; il était si fidèle à suivre ces mouvements, que pendant ses trois années d'infirmité et de langueur, il ne voulait pas même faire venir personne pour lui tenir compagnie; seulement il recevait ceux que la Providence lui envoyait, et il déclara trois jours avant sa mort à un prêtre qu'il chérissait extrêmement en Notre-Seigneur, et à qui Dieu l'avait étroitement uni pour l'accomplissement des œuvres dont il était chargé, que s'il s'était privé depuis quelques mois de sa fréquente conversation, ce n'était pas qu'il eût reçu aucun sujet de mécontentement, mais parce qu'espérant de goûter bientôt les consolations divines dans l'éternité, il avait cru devoir renoncer à toutes celles que les hommes lui pouvaient donner sur la terre.
Après que ce serviteur de Dieu eut passé ainsi ces trois dernières années dans les privations, les maladies et les peines intérieures pendant lesquelles il ne laissa pas de travailler beaucoup pour l'Eglise, et de pratiquer toutes sortes de vertus, Notre-Seigneur lui fit connaître qu'il avait exaucé ses prières, et qu'il le retirerait bientôt de ce monde. Il lui marqua même que ce serait vers la fête de Pâques de l'année 1657. Ce qui fit que le premier jour de Carême , il dit à son successeur dans la cure de Saint- Sulpice qu'il fallait se préparer à la mort, et qu'à Pâques ils ne se verraient plus.
L'assurance qu'il avait d'être délivré en ce temps des misères de cette vie, augmenta beaucoup sa dévotion envers le mystère de la Résurrection, et il en eut toujours le reste de sa vie l'image imprimée dans son esprit.
Vers la fin du Carême il fut attaqué d'une légère apoplexie, ce qui arriva le vingtsixième jour de mars, auquel on avait transféré la tête de l'Annonciation. Mais cet accident ne lui ayant pas ôté la connaissance, il ne laissa pas de servir encore son prochain selon son pouvoir, parlant à plusieurs personnes de dehors pour le salut de leurs âmes, et leur découvrant même des choses très-secrètes et qu'elles seules pouvaient savoir, comme elles l'ont depuis assuré.
Il entretint aussi assez longtemps un ecclésiastique du séminaire, lui donnant des
instructions notables, et l'exhortant surtout de ne se jamais conduire par les maximes de la prudence humaine, mais d'agir dans la simplicité de la foi : il lui témoigna qu'il avait confiance que Dieu soutiendrait le séminaire qu'il avait commencé, parce qu'il le laissait entre les mains et sous la protection de la très-sainte Vierge qui avait donné tant de marques évidentes de l'amour et du soin qu'elle avait pour cette œuvre.
Sa mort. — Ayant passé la semaine saint? dans ces occupations, s'étant confessé et ayant communié, il perdit la parole le samedi saint, et fut saisi d'un assoupissement duquel il revint plusieurs fois. Enfin, après avoir reçu l'extrême-onction avec une parfaite connaissance et une grande dévotion, il expira le lundi de Pâques, le second jour d'avril de l'année 1657, à cinq heures du soir, âgé de quarante-huit ans six mois et douze jours. Sa mort fut suivie de près do celle de plusieurs ecclésiastiques du séminaire, selon qu'il l'avait prédit, en disant qu'il ne s'en irait pas seul, quoique alors il n'y eût pas un de malade de tous ceux qui moururent peu de temps après.
Je pourrais faire connaître ici quantité de lumières et de grâces extraordinaires que ce saint prêtre a reçues de Dieu pendant sa vie, et faire voir ensuite quel usage il a fait de ces dons et avec quelle fidélité il a répondu à ces grâces; mais la brièveté de ce recueil ne me permettant pas d'embrasser tant de choses, je me contenterai de rapporter quelques-unes des pratiques de vertu qui étaient ordinaires à ce grand homme, lesquelles étant des marques plus assurées d'une solide piété, seront aussi d'une plus grande utilité aux lecteurs.
Sa foi. — Sa fermeté dans la foi, qui est le fondement des vertus chrétiennes, a paru dans l'attachement inviolable qu'il a toujours conservé pour la doctrine de l'Eglise et dans l'éloignement qu'il a eu des opinions nouvelles, dont il ne pouvait souffrir qu'on le soupçonnât le moins du monde ; car son zèle pour l'établissement de la «discipline ecclésiastique et pour la réforme des mœurs avant donné occasion à quelques personnes 'mai informées de publier qu'il inspirait à sa compagnie de l'affection pour les nouveautés, il voulut aussitôt se justifier publiquement de cette calomnie. Et quoiqu'il prévit bien qu'il ne pouvait se déclarer contre les nouvelles doctrines, sans s'attirer de puissants ennemis et se faire des affaires trèsfâcheuses, il ne laissa pas d'expliquer nettement quels étaient ses véritables sentiments, et de témoigner en toutes occasions sa parfaite soumission aux décisions de l'Eglise.
Sa foi était si vive qu'elle était l'âme et la règle de toute sa conduite. Dans toutes ses actions il avait pour motif quelque vue que la foi lui proposait et qu'il tirait de la doctrine de Jésus-Christ. Et pour accoutumer ses disciples à cette pratique, il leurdemandait souvent, par quelle vue de foi faites-vous cette action?
Il regardait Dieu dans toutes choses; s'il
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s'approchait nés grands, il honorait en eux la grandeur de Dieu; s'il se soumettait aux supérieurs, il obéissait à Dieu en leurs personnes; s'il traitait avec le prochain, il considérait Dieu régnant dans les âmes, en qui il voulait se préparer un trône. Si les inférieurs lui rendaient quelque service, il regardait Dieu le secourant par le moyen de ses créatures.
En un mot, toutes choses lui étaient des voix et des copies de la Divinité. Jamais il ne voyait les beautés de la campagne qu'il ne s'en servit pour faire penser aux beautés et aux perfections de Dieu, et on ne lui parlait point de grands édifices qu'il ne fit souvenir que la foi nous apprend qu'ils seront tous réduits en poudre, et que nous devons chercher une demeure permanente qui ne se trouve point sur la terre. Mais ce qu'il avait plus à cœur était de fermer les yeux à tout être sensible pour contempler les choses invisibles. Il dit un jour à un de ses ecclésiastiques qui dans un voyage lui voulut faire remarquer une belle maison : Ah! Monsieur, à quoi vous amusez-votis? si nous avions une foi vive nous ne daignerionspas regarder toutes ces choses. Et comme une personne de qualité lui eut demandé à quoi il s'occupait étant seul et infirme, il répondit par ces belles paroles d'un grand martyr : Aï/ii7 de his quœ videntur desiderans, c'està-dire à ne rien désirer de ce qui frappe les yeux. 11 fit un voyage de huit cents lieues sans vouloir considérer aucune des curiosités qui arrêtent ordinairement les yeux des voyageurs.
Sa foi était si pure, qu'il n'avait aucun désir des goûts sensibles, des lumières extraordinaires, des visions et des révélations; il disait que de s'appuyer sur ces sortes de laveurs et de lumières plutôt que sur la pratique des vertus chrétiennes, c'était une illusion très-périlleuse, et que de les désirer c'était une grande faiblesse, une curiosité blâmable et une espèce d'infidélité : puisqu'on faisait paraître qu'on n'était pas bien persuadé que Dieu eût suffisamment pourvu à ses enfants en leur donnant la foi.
Sa confiance en Dieu. — Sa confiance en Dieu était parfaite : il s'appuyait uniquement sur lui en toutes ses actions : dans les atfaires les plus aisées où les hommes pouvaient davantage, il ne comptait point sur leur secours : dans les plus difficiles, et où il était abandonné de tout le monde, il ne se décourageait jamais. C'est dans cette confiance qu'il ne s'est jamais écarté, dans ses actions et dans ses conseils, de ce qu'il voyait être plus agréable à Notre-Seigneur, quoique souvent des personnes d'autorité s'y opposassent et usassent de menaces pour l'en détourner.
11 disait à ce sujet qu'étant assuré que Dieu peut dissiper tous ces nuages en un moment, et faire de nos plus grands persécuteurs nos plus fidèles amis; il ne fallait jamais désister de faire sa sainte volonté.
Cette même vertu l'établissait dans une paix profonde au milieu des persécutions
les plus violentes : lors même qu'il se voyait enlever des personnes qui lui étaient les plus nécessaires pour soutenir les œuvres qu'il avait entreprises.
Cette confiance ne lui faisait rien omettre de ce qui dépendait de ses soins pour l'avancement des œuvres dont la Providence le chargeait, encore qu'il fût assuré du succès. 11 a regardé cette confiance comme le plus ferme appui et le plus solide fondement de sa compagnie. Si je pouvais, disait-il à ses ecclésiastiques, vous laisser cette confiance et cet appui en Dieu, que je vous laisserais de grâces et de tre'sors ! rien ne vous manquerait ni pour l'intérieur ni pour l'extérieur. Nous uvons tout, ajoutait-il, si nous avons la confiance en Dieu ; mais au contraire à proportion que nous manquerons de confiance, Dieu nous retranchera son secours.
Sa charité pour Dieu. — Tous ses discours et toutes ses actions étaient des preuves de son ardent amour pour Dieu; car il en parlait en toutes occasions, soit dans les visites qu'il rendait aux grands, soit dans les conversations familières, et en traitant d'affaires, aussi bien qu'en récréation; jamais il ne manquait d'y mêlerquelque chose de Dieu, et qui pût inspirer son amour, mais d'une manière qui ne gênait personne et qui ne troublait point la gaieté delà conversation.
Ceux qui l'approchaient remarquaient en lui une telle plénitude de l'esprit divin, qu'ils sortaient tout remplis du désir de servir Notre-Seigneur. Mais si les paroles ont fait paraître sa charité envers Dieu, elle a éclaté bien davantage dans ses actions e:, dans les travaux qu'il a entrepris pour sa gloire, et par-dessus tout dans les peines intérieures qu'il a endurées pendant plus de huit années sans jamais se relâcher dans le service de Dieu ni se lasser de lui être fidèle.
Son amour l'a porté encore plus loin ; car ne se contentant pas d'endurer paliemmer;ce que Dieu lui envoyait, il a crucifié m chair par toutes sortes de mortifications, il s'est rendu fidèle à sacrifier sans cesse tous les désirs du vieil homme par une continuelle abnégation de lui-même.
Enfin son amour ne voulant point de bornes, il promit près de quinze ans avant sa mort de faire toujours ce qu'il croirait être le plus parfait, et il y fut si fidèle qu'il aima mieux s'exposer à encourir la disgrâce rie quelques personnes très-puissantes, etpriver le séminaire de SaintSulpice de la somme de quatre-vingt mille livres qu'on lui offrait, que d'exécuter une.chose qu'il pouvait faire sans péché, mais qu'il savait u être pas selon la plus grande perfection.
Sa charité pour le prochain. — Sa charité pour le prochain répondait à l'amour qu'il avait pour son Dieu, il chérissait tendrement tous les serviteurs de Jésus-Christ, et ne savait ce que c'était que d'entrer en jalousie du bien que font les autres ; il avait un grand respect et une singulière affection pour les religieux; il vivait dans une parfaite union
VIE DE M. OLIER
avec eux, il les servait avec joie, il les employait volontiers et les secourait de ses moyens, autant qu'il était en son pouvoir. Il avait en singulière vénération ces saintes communautés qui se dévouent au service du prochain et à la sanctification des âmes. Il ressentait autant de joie de la bénédiction que Dieu donnait à leurs travaux, qu'il en aurait eu du succès de ses propres entreprises, et il s'efforçait de leur rendre service en toute occasion.
Surtout il tâchait d'établir une parfaite charité dans le cœur de ses disciples; il les portait à vivre ensemble avec beaucoup de simplicité, et avec une entière ouverture et une parfaite cordialité : il leur recommandait de se revêtir des mœurs de Jésus-Christ, afin qu'ils n'eussent tous qu'un cœur et qu'une âme, étant tout consommés en ce divin Sauveur, ut sint consummati in unum. (Joan. xvii, 23.) Il leur enseignait cette doctrine par ses exemples autant que par ses paroles; car on n'a jamais vu personne plus affable, plus ouvert, plus prêt à servir tout le monde, ni plus tendre sur les besoins et sur les misères du prochain que lui. C'est le témoignage que rendent ceux qui l'ont vu traiter avec le prochain, et qui 1 ont accompagné dans les visites qu'il rendait aux malades.
Sa charité s'étendant ainsi sur tout le monde, elle ne pouvait manquer de se faire sentir aux pauvres. En effet il les a tellement chéris, qu'il semblait avoir pour eux un cœur de père. Il les a secourus avec tant d'assiduité, qu'on eût dit qu'il s'était uniquement consacré à leur service.
Car, sans parler de la charité et de l'application avec lesquelles il les instruisait en toutes occasions, il lui était ordinaire de les servir à table, de manger leurs restes et de baiser leurs pieds. On l'a vu jusqu'à seize fois colier sa bouche contre leurs ulcères , dont le pus lui couvrait tout le visage. Quand il ne pouvait pas les approcher, il se prosternait en esprit à leurs pieds, les honorant et les chérissant comme les membres de Jésus-Christ.
Quelquefois, dans ses voyages, il faisait mettre leurs fardeaux dans son carrosse; d'autres fois il les pressait de monter sur son cheval, et, en ayant rencontré un dans un lumier, tout plein de vermine, il s'en chargea, se faisant aider par un de ses ecclésiastiques, pour !e porter au travers de la ville jusqu'à l'hôpital. Il était plus que libéral à les servir, et souvent les gens du monde ont condamné ses aumônes comme s'il en était prodigue.
Un vertueux laïque, qui le servait dans les visites des pauvres, a déclaré que jamais M. Olier ne lui avait refusé ce qu'on lui avait demandé pour les pauvres, et qu'il donnait même plus qu'on ne désirait, et souvent sans qu'on lui demandât. Un jour qu'on le pria de donner une pistole pour secourir une famille, il dit, ce n'est pas assez, et il en donna trois.
Rencontrant dans un voyage un homme
qu'on menait en prison, il s'informa du sujet de son emprisonnement, et, comme il apprit que c'était à cause que cet homme se trouvait redevable de soixante écus, il les fit donner sur l'heure et le délivra. Dans une de ses missions qu'il fit en Auvergne, il dépensa jusqu'à seize mille francs pour 1 entretien des missionnaires et principalement pour le soulagement des pauvres.
Les persécuteurs de notre saint prêtre n'ont pas moins éprouvé les effets de sa charité que ses meilleurs amis. Bien loin d'avoir aucun ressentiment contre eux, il les comblait d'honneur et de bienfaits. Un de ceux qui avaient suscité contre lui la sédition dont nous avons parlé, étant tombé malade par un châtiment visible de la main de Dieu, il le visita avec plus d'assiduité que pas un autre de ses paroissiens. Une autre personne qui l'avait cruellement calomnié ayant une affaire fâcheuse, notre serviteur de Dieu employa des personnes pour solliciter pour lui, et comme elles lui demandèrent ce qu'elles diraient aux juges, il répondit : Dites, je vous prie, que c'est une personne à qui j'ai de grandes obligations.
Sa religion. — Sa religion ne cédait point à sa charité ; les dépenses qu'il a faites en toutes occasions et en tant de lieux pour inspirer le respect des choses saintes; les sentiments qu'il a eus sur les cérémonies de l'Eglise, et qui se voient dans ses livres, elle souverain respect avec lequel il étudiait les saintes Ecritures, sont des témoignages de la grandeur de son zèle pour le culte divin, et font voir combien sa religion était parfaite.
Il n'est pas aisé d'exprimer quelle a été sa dévotion envers Notre -Seigneur au trèssaint Sacrement de l'>Eûcharistie ; il ne se contentait pas de lui rendre des visites fréquentes et d'aller au pied des autels y recevoir sa bénédiction toutes les lois qu'il sortait du logis ou qu'il y rentrait; il ne lui suffisait pas non plus de faire la même chase dans tous ses voyages, ne s'arrêlant point à l'hôtellerie qu'il n'eût été à l'église pour y adorer cet auguste Sacrement; mais il aurait souhaité de passer toute sa vie devant les tabernacles où Jésus-Christ réside, et se consumer là comme une lampe vivante en présence de son Dieu; en effet, il y demeurait tout le temps qu'il lui était possible; les trois et quatre heures ne pouvaient pas satisfaire sa dévotion.
C'était là qu'il se délassait de ses fatigues et qu'il passait les jours de repos. Il disait que, quand les ouvriers apostoliques étaient chargés d'années et abattus du travail qu'ils avaient entrepris pour le salut du prochain, ils devaient se reposer au pied des tabernacles et achever leurs jours auprès de leur bon Maître. Il enviait l'emploi des ecclésiastiques destinés à porter la clochette lorsque le très-saint Sacrement est porté aux malades, et il a mille fois souhaité qu'il lui fût libre de s'attacher à cette fonction, pour être plus souvent en la compagnie de son Sauveur, et pour avoir occasion de lui oré-
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parer les voies et d'exciler les peuples à l'adoration d'un Dieu caché sous les espèces sacramentelles.
Il n'avait pas moins d'empressement de s unir à son divin Sauveur par la sainte communion : il otîrait tous les jours le saint sacrifice, mais avec tant de dévotion, qu'il en donnait aux assistants. Ses infirmités ne pouvaient l'empêcher de monter à l'autel, si elles n'étaient très-considérables. Si les médecins, craignant que l'application ne lui fût trop préjudiciable, lui conseillaient de passer quelquesjours sans communier, cette privation lui était plus sensible que toutes les douleurs de la maladie. Ce qui ayant été reconnu par ceux qui étaient auprès de lu-i, nonobstant son silence et sa soumission, ils jugèrent plus à propos de lui donner cette nourriture pour ne pas diminuer ses forces et augmenter ses maux, que de la lui refuser.
Enfin le grand désir de notre serviteur de Dieu était d'établir en tous les lieux le culte de cet adorable Sacrement ; lorsqu'il a fondé le séminaireetqu'il s'estchargéde la cure de Saint-Sulpice, il avait principalement en vue de former des prêtres qui pussent porter partout la connaissance et l'amour de cet auguste mystère, pour l'honneur duquel il eût voulu donner sa vie et répandre son sang.
Sa dévotion à la sainte Vierge et aux saints. — Il faudrait de longs discours si l'on voulait rapporter tous les devoirs que M. Oliera rendus à la très-sainte Vierge, pour lui témoigner son respect et son amour. On peut dire que tout ce qu'un enfant bien né peut faire pour une bonne mère, il l'a fait pour la Mère de Dieu. Il n'y a point en Francede lieu considérable de dévotion consacré au culte de la bienheureuse Vierge qu'il ait pu visiter, où il n'ait été plusieurs fois et assez souvent à pied. Tous ses voyages commençaient et finissaient par la visite d'une église de Notre-Dame. 1 n'a jamais manqué desaluer cette sainte Mère lorsqu'il sortait de la maison ou lorsqu'il y était rentré. Tout le temps qu'il se donnait pour prendre un peu de reiiche après les travaux des missions, était consacré à la Mère de Dieu; car il l'employait en quelque pèlerinage qu'il faisait en son honneur.
Chaque jour il récitait son chapelet, et il faisait cette prière avec tant d'ardeur et de recueillement, qu'il y trouvait ungrand soulagement dans ses peines, et une source féconde de grâces et de bénédictions. Mais sa grande dévotion était d'offrir Jésus-Christ 6ur l'autel dans les intentions de sa trèssainte Mère, et il n'y manquait jamais les samedis, faisant outre cela célébrerchaquejour . trois Messes en son honneur.
Si on lui demandait l'aumône au nom de la sainte Vierge, il ne la refusait jamais , et il empruntait plutôt que de ne pas accorder ce qu'on lui demandait. S'il avait quelque chose de. prix, il lui était comme impossible de ne le pas donner pourrornement de quelqu'une des chapelles où elle était honorée; et ce qu'il recevait même pour son usage, il
l'offrait toujours àceue sainte Mère, la priant de ne pas soulfrir qu'il s'en servît pour offenser son Fils; car il n'appréhendait rien tant que défaire quelque chose, ou de conserver dans son cœur la moindre affection qui pût offenser les yeux de Jésus et de Marie.
Sa joie était extrême lorsqu'il pouvait parler des grandeurs de la Reine du ciel, et il le faisait avec tant de bénédictions, soit en public, soit en particulier, que ses auditeurs étaient pénétrés de respect et d'amour pour cette princesse.
Comme il savai t que toutes les grandeurs de Marie viennent de Jésus, et que le Fils de Dieu n'a point eu sur la terre de séjour plus agréable que le sein de sa Mère, il s'occupait avec une singulière consolation de Jésus vivant et résidant en la très-sainte Vierge ; il le considérait là comme dans son trône où il faisait voir les trésors de sa richesse, l'éclat de sa beauté et la gloire de sa vie divine. Qu'y a-t-il déplus doux, disait-il, et déplus agréub'le à Jésus-Christ, que de se voir chercher dans le lieu de ses délices, sur ce trône de grâce et au milieu de cette fournaise du saint amour ?
Il avait pour maxime que celui qui voulait demander des grâces, ou rendre ses devoirs à Jésus-Christ, ne pouvait y mieux réussir que par l'entremise de sa très-sainte Mère; que c'était par elle qu'on avait accès auprès de Jésus, et par Jésus auprès du Père.
Il a tâché de communiquer ses mêmes sentiments à tous ceux qui l'ont approché, principalement aux ecclésiastiques ; car il était persuadé que les prêtres appartenant particulièrement à Jésus-Christ, et ayant l'honneur de le produire sur les autels, ils doivent imiter avec plus de soin les vertus de celle qui l'a donné au monde, et être plus attachésque lesautres au service de la sainte Vierge, qui a eu le bonheur de lui plaire pardessus toutes les créatures. C'est pourquoi il a voulu que tous les ecclésiastiques de sa compagnie tissent profession particulière d'honorer la Reine des anges et des hommes, et qu'ils la regardassent comme la dame et la singulière protectrice du séminaire.
Sa dévotion pour la Mère de Dieu lui donnait un respect et un amour tout particulier pour saint Joseph l'époux de cette très-sainte Vierge, et pour saint Jean l'évangéliste qui lui a été donné à la place de son divin Fils. Il honorait encore avec une singulière affection plusieurs autres saints, entre autres saint François de Paule, dont il embrassa le tiers ordre, et qu'il allait sou» vent prier dans son église de Nigeon-Iès- Paris, ayant un prolonu respect pour l'humilité de ce grand saint qui a voulu être appelé le plus petit de tous les hommes, et le remerciant avec beaucoup de reconnaissance d'avoir fait, honorer, en cette église, la Mère de Dieu sous le nom de Notre-Dame de toutes grâces. Aussi a-t-il mérité de mourir la