‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 3 sur 394 · VIE DE · texte numérisé non relu

VIE DE

jour de ce grand saint, qui est le 2 «.l'avril, comme nous avons remarqué.

Son oraison. — Son oraison était continueJle; il s'élevait incessamment h Dieu dans toutes ses actions, et il ne pouvait souffrir !a conduite de ceux qui, sous prétest» de s'être un peu recueillis le matin, passent le reste du jour sans presque penser à Dieu.

Quelque continuelleque fùtsonapplication à Notre-Seigneur, il ne laissait pas pour cela d'y donner un temps réglé tous les jours. Depuis qu'il eut fait profession particulière de servir Dieu, il n'omit jamais de faire une heure d'oraison tous les matins, quelques affaires qu'il eût. Trois ou quatre ans après, il y ajouta une demi-heure le soir, et dans la suite il se trouva si attiré à ce saint exercice, que ne se contentant pas d'y employer règlement deux heures tous les jours, il y consacrait encore aux grandes fêtes tout le temps que les autres obligations indispensables lui laissaient de libre. Et son amour pour l'oraison alla jusqu'à ce point, que les jours de repos et de récréation n'étaient pour Inique des jours de prière. On l'a vu ordinairement dans les pèlerinages, qui ont été très-fréquents, passer les huit et dix heures du jour à genoux et immobile au pied des autels.

Enfin le jour lui paraissant trop court pour cette aimable occupation, il y donnait trèssouvent une grande partie de la nuit, et même les nuits entières, qu'il passait devant le très-saint Sacrement de l'autel. 11 faisait tous les ans les exercices spirituels; et il était si soigneux de ne rien perdre de ces jours de salut, que n'ayant pu les faire pendant deux années à cause des travaux continuels des missions, la troisième année il fit trois retraites de dix jours en six semaines de temps. Et il en usaitde même pour les oraisons ordinaires, les faisant fidèlement dans un autre temps si des affaires pressantes l'avaient empêché d'y vaquer aux heures qu'il y avait destinées.

Son zèle pour le salul des âmes. — Tous les emplois qu'il a eus pendant sa vie, et toutes ses actions sont des témoignages de son zèle pour le salut des âmes ; il ne comptait pour rien ses biens, son honneur, ian repos, sa santé et sa vie même, quand il s'agissait de les aider et de les consoler. Un jour, ayant appris qu'une personne dont il avait eu la conduite commençait à se relâcherau service de Dieu, il se prépara aussitôt à faire un voyage tle cent lieues pour l'aller trouver, afin de la faire rentrer au bon chemin, et il i'eût exécuté sans une grande maladie qui l'arrêta.

Il était prêt d'aller au Tong-Kin où l'on parlait d'envoyer des ecclésiastiques, si des personnes très-éclairées qu'il consulta ne l'eussent assuré que Dieu le demandait en France.

Mais les plus forts mouvements de son zèle ont été pour le clergé et pour la sanctiticatipn des ecclésiastiques : il les regardait comme la plus. illustre portion de Jésus- Christ et comme son cher héritage ; il croyait

OEUVRES (OMIT. DF. M. Oukr.

M OLIF.lî. .Jî

servir toute l'Eglise en les servant : c'est pour cela qu'il ne fit point difficulté de quitter les missions où il trouvait tant de goût et tant de bénédictions pour consacrer le reste de ses jours et ses plus grands travaux à l'instruction des prêtres.

Son obéissance. — Il a porté la pratique de l'obéissance jusqu'à ce point que nonseulement il obéissait à ses supérieurs et à ses directeurs avec une soumission parfaite et une entière fidélité, mais qu'il se soumettait encore à ses inférieurs, les obligeant souvent de lui donner conseil et de le déterminer sur ce qu'il avait à faire : ce qu'il faisait non pas par cérémonie, mais par la défiance qu'il avait de son esprit propre, et par un grand désir de renoncer à sa volonté. Il avait coutume de dire que celui qui ne prend avis et n'obéit que pour sauver extérieurement les apparences, et non pas par conviction du besoin qu'il a d'être conduit, n'est point possédé de l'esprit de Dieu.

Sa manière de conduire les âmes. — Cette défiance de son propre esprit était récompensée d'une discrétion et d'une prudence toute céleste dans la conduite des âmes ; sa lumière était admirable pour discerner les desseins de Dieu sur elles, pour leur marquer au juste les voies dans lesquelles elles devaient marcher, et pour leur découvrir tout ce qui pouvait mettre obstacle à leur avancement.

Il prenait si bien son temps pour les avis qu'il avait à donner, que ses paroles portaient toujours leur coup et n'étaient jamais sans effet. Souvent même par un don extraordinaire de Dieu, il a pénétré le fond des cœurs, et a déclaré à des personnes qui le consultaient les pensées qu'elles avaient eues, quoiqu'elles fussent fort singulières et qu'elles ne les eussent communiquées à qui que ce fût.

Une jeune demoisellequi s'était résolue par son conseil d'entrer aux Carmélites, étant allé aux cours, fut extrêmement ébranlée dans sa résolution, le démon lui ayant mis dans l'esprit qu'elle pourrait bien se sauver dans le monde ; dès le lendemain matin, M. Olier. à qui Dieu avait fait connaître sa tentation, lui dit sans qu'elle lui parlât de rien : Ma fille, Un' est pas question si vous vous sauverez aussi bien dans le monde que duns les Carmélites, il s'agit d'accomplir la volonté de Dieu. Ce qui fit une si grande impression de grâce sur ce cœur ébranlé, «pie, dès le lendemain, sans balancer davantage, elle entra dans cette maison religieuse.

Son humilité. — L'humilité a été sa chère vertu, et il la possédait dans un si haut degré, que, se regardant comme le serviteur de tout le monde et comme le dernier des hommes, il ne recevait service de personne qu'avec une extrême confusion, et servait au contraire les autres dans les plus bas offices avec une joie nonpareille.

Dans un grand voyage qu'il fit avec quelques-uns de son séminaire, il ne voulut point qu'on menât de valet, parce qu'il vou-

vif: de m. oi.ier.

lait être lui-même le volet de toute la compagnie : en elfet, il en fit les fonctions durant tout le chemin malgré la résistance de ces honnêtes ecclésiastiques.

11 ne parlait jamais de soi, se croyant indigne d'occuper une place dans les esprits, quelque petite qu'elle fût. 11 ne s'excusait point non plus, et on lui a fait souvent des reproches sanglants et très-mal fondés, sans qu'il ait ouvert la bouche pour se justifier. On l'a vu même dans ces occasions-là se jeter à genoux, et comme si effectivement il eût été coupable, demander pardon aux personnes qui l'avaient maltraité, quoiqu'elles fussent souvent de très-basse condition.

Un homme qui lui était inférieur s'avisa un jour pour l'éprouver, de lui dire qu'il était un gourmand, et d'ajouter à ce reproche beaucoup d'autres paroles humiliantes, mais il fut bien surpris et tout à fait édifié de voir que M. Olier ne lui répondit que par des remercîments, et lui promit de profiter de l'avis qu'il avait eu la charité de lui donner.

Si dans les rencontres notre humble prêtre ne faisait paraître aucune émotion au dehors, il n'était pas moins tranquille dans m fond de son âme; et il a déclaré à son directeur que depuis que Dieu lui eut fait la grâce de souffrir avec joie le mépris qu'il voyait que quelques mondains faisaient de lui* dans une cérémonie ecclésiastique, il s'était trouvé tellement établi dans l'amour de l'humiliation, qu'il n'avait jamais rien perdu de sa paix intérieure au milieu des «(fronts et des outrages, quoiqu'il se soit vu plusieurs fois rebuté de ses proches, maltraité des -grands, injurié par des valets, et insulté par des gens de la lie du peuple, que la malice du démon excitait contre IuL

Son esprit de pauvreté. — Bien qu'il eût des rsvenus considérables, il n'en usait pour soi qu'avec une extrême réserve : il quitta dès Tannée 163i, son train et son carrosse, et ne garda pas même un cheval. Il allait souvent en charrette jusqu'au lieu de ses missions, et ne faisait point de difficulté de passer ainsi dans les lieux où il et? ■ t le plus connu et où il y avait le plus de monde.

Pour le maniement de ses biens et le soin de sa personne, il s'en reposait sur un autre, et recevait ce qu'on lui donnait, saps rien demander. Son psprit de pauvreté ne s'étendait pas seulement sur ce qui le regardait en particulier, mais encore sur sa communauté.

Il lui a été facile d'engager des plus riches de Paris à donner à son séminaire des sommes considérables : mais jamais il ne l'a fait : et il était si éloigné de le faire, qu'une personne qui avait de grands biens, et qui les voulait employer en de bonnes œuvres, lui en offrant une partie pour sa communauté, il lui conseilla de différer et d'attendre que Dieu manifestât davantage sa volonté la-dessus. Il ne se lassait point de dire à ses ecilésiastiques que souvent on travaillait trop pour agrandir et enrichir les "oiiuuunauté-, et trop peu pour les sanc-

tifier, et qu'ainsi on les ruine en les voulant établir: Car Dieu permet, disait-il, que puisqu'un veut de la terre et de l'or, on en ait: mais il retire son esprit, qui est te plus grand trésor qu'on puisse avoir ; et même, quelquefois il permet que tout périsse, au lieu que si on songeait dans les maisons à y établir Jésus-Christ, Jésus-Christ y établirait tout le reste.

Son parfait détachement de tout. — Son détachement n'allait pas seulement à détruire en lui tous les désirs des biens de la terre, mais encore à tenir son cœur parfaitement séparé des personnes même auxquelles Dieu l'avait uni plus étroitement, et des œuvres qu'il lui avait confiées; en un mot, de tout ce qui n'était poin' Dieu. Quoiqu'il brûlât du désir de se donner tout entier à la conduite du séminaire de Saint-Sulpice sitôt qu'il serait déchargé de sa cure, néanmoins une personne lui ayant dit avant qu'il tombât en apoplexie, que bientôt il serait en ce monde comme s'il n'y était pas; il répondit sans hésiter : Je suis content d'être dans l'état où Dieu me voudra, je ne désire et ne veux autre chose.

De ses autres vertus. — J'aurais encore beaucoup de choses à dire, sur sa mortification, sur sa douceur, sur sa patience, sur l'amour qu'il avait pour la crois, et sur quantité d'autres vertus qu'il a pratiquées dans un degré très-éminent : mais les lois d'un abrégé ne me permettent pas de rien dire davantage, et je crois aussi que ce que j'ai dit suffit pour faire connaître l'étendue de sa grâce et l'éminence de sa perfection. Celui qui fera réflexion sur ce qu'il lira dans cette Vie et qui considérera que depuis que M. Olier s'est donné au service de Notre- Seigneur, il n'a jamais cessé de soulfrir avec une patience infatigable mille sortes de peines et de travaux pour la gloire de Dieu, et qu'il a passé sa vie dans les exercices les plus rigoureux de la pénitence, qu'il a été dans une abnégation universelle de soi-même, et dans une mort continuello à toutes les créatures , pour ne vivre qu'à Dieu; qu'il a enduré avec une résignation parfaite et une fidélité toujours constante des maladies très-fréquentes et très-longues, des persécutions étranges de la part d'une infinité de personnes, des peines inexplicables de la part de Dieu pendant plus de huit ans, et qu'au milieu de tant d'obstacles il est venu à bout de réformer le faubourg Saint-Germain, et d'en faire d'un cloaque d'horreur une paroisse très-réglée, de former en ce même temps une grande communauté d'ecclésiastiques, d'établir en France plusieurs séminaires, et d'envoyer des missionnaires jusque dans le Nouveau- Monde, et cela en très-peu d'années : celui, dis-je, qui fera quelque attention à ces choses conclura aisément que Dieu a donné à M. Olier des grâces extraordinaires, et que ce saint prêtre a possédé l'esprit de Jésus- Christ dans un degré très-éminent.

C'est pourquoi je ne m'étendrai pas dav.ntage : j'avertirai seulement le lecteur

VIF. DE M. OI.IF.lt.

qu'on n'a rien avancé dans ce récit touchant ce grand serviteur île Dieu, dont on n'ait été informé par des personnes très-dignes de foi, qui sont encore vivantes, ou qui n'ait été tiré des Mémoires qu'a laissés un ecclésiastique, qui a passé une partie de sa vie avec lui, et qui a été témoin de la plupart de ses actions.

On a dit peu de chose des écrits de M. Olier, parce qu'ils sont entre les mains de toutes les personnes spirituelles , et que l'onction qu'ils portent dans les cœurs l'ait assez voir que ce sont des productions de l'esprit de Dieu, de môme que les ouvrages d'A-Kempis,deBlosius, de saint François de Sales et de M. de Dernières : nous les conseillons à tous ceux qui se veulent établir dans la solidité des vertus chrétiennes.

Ecrits de M. Olier. — Rien ne fait mieux connaître le caractère et le génie des personnages célèbres que leurs écrits : cependant je me contenterai d'indiquer ceux de M. Olier selon l'ordre dans lequel ils furent mis au jour. Le premier qu'il lit paraître, ou plutôt qu'on publia avec son consentement , fut un Traité des suints ordres, fait pour ceux qui aspirent à la cléricature .et au sacerdoce. Sur l'ordre en général, et sur chaque ordre en particulier, ils y trouvent la pure doctrine des divines Ecritures, le langage des saints conciles, des Pères et des docteurs de l'Eglise, enfin celui des meilleurs écrivains qui aient traité cette matière. Cet ouvrage mériterait d'être [dus connu. M. Olier y parle avec beaucoup de profondeur de l'esprit de sacrifice et d'anéantissement. C'est la raison sans doute pour laquelle peu de personnes aujourd'hui en font usage. Mais avec le goût de l'oraison, la connaissance du sens allégorique des Livres saints, et cette vie pure qui obtient l'intelligence des mystères de Dieu, que les hommes du siècle ne peuvent comprendre, tout devient intelligible dans ce traité, aussi propre â éditier et à toucher, qu'à faire admirer les grandes lumières de son auteur.

Le second ouvrage de M. Olier est une introduction à la vie et aux vertus chrétiennes. On croirait, à en juger par le titre, qu'il ne renferme que des instructions élémentaires sur les vertus du christianisme, et qu'il est lait pour des commençants dans les voies de la piété. C'est tout autre chose. Dès les premiers chapitres, M. Olier étonne et trompe en quelque sorte son lecteur, en parlant le langage le plus sublime. On s'aperçoit bientôt qu'il n'eut jamais une connaissance médiocre du christianisme, et qu'à ses yeux un Chrétien était une fidèle copie de Jésus-Christ, ou du moins un disciple qui en étudie continuellement tous les traits. D'après cette idée, qui devrait être aussi familière aux Chrétiens qu'elle est étrangère à la plupart, il montre dès les premiers pas, à celui qu'il se propose d'instruire et de former, une voie plusexcellente que celle qui est enseignée dans les livres ordinaires. Ce n'est pas qu'il ne sût, comme saint Paui, bégayer pour les enfants quand

il le fallait, et se faire tout à tous ; on le voit dans le Catéchisme qu'il a composé pour sa paroisse : mais il paraît avoir fait {'Introduction à la vie chrétienne , moins pour des commençants que pour les âmes qui aspirent à la perfection. C'est pourquoi il s'y élève, comme saint Paul, lorsqu'il disait : Avec les parfaits, nous partons selon la haute doctrine de la sagesse de Dieu. (I Cor. n, 6.)

Il en est de même du troisième ouvrage de M, Olier, qui a pour titre, Catéchisme chrétien pour la vie intérieure. 11 y instruit par demandes et par réponses. C'est apparemment la raison pour laquelle il est ainsi intitulé ; car il faut avouer encore ici que le corps du livre ne répond point à l'idée qu'on se forme ordinairement d'un catéchisme, et qu'en plusieurs endroits co qu'il y enseigne surpasse la portée du plus grand nombre des tidèles. Qu'on ne s'imagine pas toutefois qu'on n'y rencontre que ténèbres et obscurités. Tout lecteur capable de comprendre les ouvrages de sainte Thérèse, le Traité de l'amour de Dieu, composé par saint François de Sales, les Lettres spirituelles du P. Surin, les Ecrits de M. Bossuet où il réfute le livre des Maximes des saints de M. de Fénelon, et ceux du même genre qui parurent en grand nombre dans le siècle dernier, loin d'être effrayé par la spiritualité delà doctrine de M. Olier, y sera moins arrêté que dans ceux-là. Tout homme médiocrement versé dans la doctrine de l'Evangile et la morale de saint Paul, l'y reconnaîtra presque à chaque page, et la trouvera expliquée avec autant de clarté que de justesse et de solidité; car, en dernière analyse, c'est à quoi se réduit toute la mysticité de M. Olier. Ceux qui s'en forment une autre opinion, ou n'ont jamais lu ses ouvrages, ou sont moins encore que novices datis le langage de la vie intérieure.

Son quatrième ouvrage, sous le titre de Journée chrétienne, est une méthode pratique pour passer saintement la journée. On y trouve, avec des réflexions fort élevées, et quelques actes de la plus haute perfection, pour honorer Notre-Seigneur dans ses principaux mystères, beaucoup de règles, de maximes et d'exercices convenables, soit aux différentes actions de la journée, couime le lever, la prière, le repas, la conversalion ; soit aux différents étals qui peuvent se succéder dans tout Chrétien, comme la maladie, la convalescence, la santé, etc.

Le cinquième est le recueil de ses Lettres. J'ai déjà remarqué, dans la Préface, que JJ. Bossuet en avait fait une mention honorable dans un des ouvrages qu'il publia sur la controverse du quiétisme. On peut les regarder comme un abrégé des maximes, des sentiments et des règles de conduite, qui se trouvent répandus dans ses autres ouvrages. Il y porte tous ceux qui veulent vivre dans la piété, à la pratique de l'oraison ; il y enseigne souvent l'amour des croix et la patience dans les maladies, les revers et les différentes épreuves de cette vie. Il y donne

VIE OF. M. OLIER

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aux princes et aux grands des leçons de délauhemcnt du monde et de mépris d'euxmêmes. Des engagements qu'ils ont contractés par leur naissance ou leur rang, et des autres avantages dont ils jouissent sur la terre, il tire de fort belles instructions sur l'usage qu'ils doivent faire de leur grandeur, de leur pouvoir et de leurs richesses. Il y exhorte les ecclésiastiques et les personnes qui ont embrassé la vie religieuse, à la perfection de leur état. Tout y respire l'abnégation, l'esprit de sacrifice et d'anéantissement ; car c'était comme sa vertu favorite et dominante. Mais il y discerne avec tant de sagesse les voies du Seigneur sur les âmes dont il lui a confié la direction, qu'il ne règle sa conduite à leur égard que selon les impressions de la grâce, dont il était attentif à suivre les progrès, et selon le degré de perfection dont elles lui paraissaient capables.

Le sixième et dernier ouvrage est VExplication des cérémonies de la graiid'Messe de paroisse. La doctrine en est sublime et répond à la grandeur du sujet qu'il y traite. On y admire particulièrement, et plus encore que dans les autres livres , la connaissance profonde qu'il avait des saintes Ecritures. On y trouve quelques explications qui paraissent un j'ieu forcées et arbitraires ; mais combien d'allusions semblables dans la plupart des écrits des Pères de l'Eglise! Ils n'ont pas cru s'éloigner des vues du divin Esprit qui a dicté les saints oracles, en faisant un usage presque continuel du sens allégorique et accommodatif. Avec leurs lumières et leur esprit, nous serions plus modérés dans notre critique, lorsque nous lisons les auteurs modernes qui ont imité leur langage. Le goût de la manne du désert variait à l'infini, selon les dispositions et le désir des Israélites, pour qui les anges l'avaient préparée : image de la fécondité des sens renfermés dans les livres saints, et de la variété infinie des explications qu'ils offrent à la piété de ceux qui savent les méditer. Dans les faits et les cérémonies , tout est allégorie et mystère; c'est à quoi l'on ne fait pas assez d'attention, lorsqu'on blâme si légèrement l'usage des sens spirituels, et qu'on ne veut s'attacher qu'au sens littéral. Si les plus petites cérémonies ordonnées dans l'ancienne loi signifiaient quelque chose de mystérieux, pourquoi ne serait-il pas permis' de trouver des allusions spirituelles ou morales dans celles qui ont été prescrites par l'Eglise, avec qui Jésus-Christ a promis d'être jusqu'à la fin des siècles, non-seulement pour l'assister dans ses décisions doctrinales, mais encore pour la diriger dans la forme de ses rites et dans le choix de ses cérémonies, qu'elle regarde comme un langage qui ne frappe les sens que pour éclairer I esprit, élever l'âme et nourrir la piété dans le cœur? Au reste, quand il serait vrai que M. Olier, dans ses Explications des cérémonies de la Messe solennelle, eût donné une trop libre carrière à son imagination, on ne peut lui refuser le mérite

d'avoir enrichi cet ouvrage de pensées qui donnent la plus haute idée du sacerdoce et du sacrifice de la loi nouvelle. La préface en est admirable, et l'on ne peut guère la lire sans se sentir porté à connaître la doctrine dont elle est comme l'introduction.

Quoique dans la plupart des écrits de M. Olier, qu'on a mis au jour, le style soit assez négligé, on ne peut s'empêcher d'y reconnaître un esprit élevé, riche et fécond en pensées sublimes et pleines de noblesse. Quelque répandus qu'ils aient été pendant longtemps, ils trouveraient aujourd'hui, si l'on en faisait une nouvelle édition, beaucoup moins de lecteurs que dans le siècle où ils parurent ; mais c'est le sort de tous les ouvrages du même âge qui parlent lo langage de la perfection et de la haute spiritualité. On goûtait alors les maximes de la vie mystique, parce qu'on y était versé, et que la France avait de grands maîtres dans celte science, qui est la science des saints, comme la fausse mysticité est le langageinintelligible des visionnaires et des illuminés. Maintenant que la philosophie, tant de fois réprouvée par Jésus-Christ et ses apôtres, comme un vent brûlant, a desséché les sources de l'onction divine, que respirent les auteurs ascétiques du dernier siècle, faut-il s'étonner qu'on connaisse à peine des livres que tout le monde, il y a cent ans, avait entre les mains?

M. Olier avait le don d'écrire avec une facilité et une rapidité extraordinaires, comme de rendre ses pensées avec une grando clarté, et de soutenir très-longtemps, sans en être incommodé, le travail de la composition. On l'a vu souvent écrire à genoux durant cinq ou six heures de suite. 11 écrivait pour l'ordinaire après son oraison du matin, parce que c'était alors que Dieu la favorisait davantage des lumières de son Saint-Esprit. Souvent aussi Notre-Seigneur se communiquait à lui avec tant d'abondanco pendant la nuit, qu'après s'être fait apporter de la lumière, il écrivait jusqu'à sept ou huit heures du matin.

Outre les ouvrages imprimés qui sont sortis de ses mains, il a écrit les principaux traits de sa vie, et les faveurs particulières qu'il a reçues de Dieu en différents temps. Ce fut pour obéir à son confesseur, Je P. Bataille, religieux de l'abbaye de Saint-Germain, qu'il entreprit ce travail. A mesure qu'il avait achevé un cahier, il le mettait entre les mains de ce sage directeur. Celuici, dont la mémoire est en bénédiction dans la congrégation de Saint-Maur, dont il était membre, après la mort de son pénitent, les remit tous écrits de la main du serviteur de Dieu, à M. de Bretonvilliers, au nombre de quatre-vingts. On en a perdu une grande partie. Voici ce qu'on y lit dès les premières pages. Avant de raconter les dons et les miséricordes du Seigneur sur moi, je veux dire ici ce que je voudrais publier partout : c'est que Notre-Seigneur me faisant lire dernièrement saint Augustin avec goût et pro' fit, il me montrait l'avantage du don de lé'

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criiure sur celui de la parole. Celui-ci passe avec la vie: combien d'excellentes instructions prononcées par ce grand docteur, dont il ne reste' plus rien ou presque rien dans l'Eglise! au lieti que, par les ouvrages qu'il a écrits, il instruira l'Eglise jusqu'à la fin des siècles. Je ne pensais point à laisser rien par écrit, et ce n'est que depuis ce moment que j'en ai reçu le commandement.

Jamais il Décomposait sans adorer Dieu comme la lumière universelle qui se répand sur son Fils, et par son Fils sur les anges et sur les saints. Pénétré de reconnaissance pour un don aussi précieux que la communication de cette lumière, il s'anéantissait devant Notre-Seigneur, s'estimant indigne d'être éclairé d'en haut, après avoir fait un si mauvais usage des lumières de la foi. Il ne se regardait que comme un misérable pécheur, qui méritait plutôt d'être enseveli dans les plus épaisses ténèbres. Avant d'écrire, il suppliait la bonté divine de le purifier entièrement, et de ne rien laisser en lui qui pût mettre obstacle à ses grâces. Il la suppliait encore d'imprimer dans le fond de son âme, pour sa propre sanctification, tout ce qu'il devait tracer pour l'édification du prochain, et de le remplir de son onction cachée sous la lettre des vérités saintes, de peur d'êlre vide des vertus e.t des grâces, en paraissant les posséder abondamment; corn^-. me ces marchands quj étalent au dehors beaucoup d'or et d'argent, mais qui n'ont de grandes richesses qu'en apparence. M. Olier voulait que tout homme qui écrivait sur des matières spirituelles, non content de connaître la vertu et les voies de la sainteté, non content même de les goûter et de les aimer, surmontât fortement tous les obstacles, et redoublât sans cesse d'efforts pour devenir vertueux, et marcher sur les traces

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