‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 200 sur 394 · LEÇON XX · texte numérisé non relu

LEÇON XX

De la grâce qu'opèrent dans l'âme les mystères de Notre-Seigneur auxquels il faut participer; et, premièrement du mystère de l'incarnation.

Pour être parfait chrétien, suffit-il d'avoir les dispositions que vous m'avez marquées jusqu'ici ? — Non; il faut, de plus, que les chrétiens participent à tous les mystères de Jésus-Christ , cet aimable Rédempteur les ayant opérés exprès en sa personne, pour qu'ils fussent des sources de grâces trèsabondantes et très - particulières dans son Eglise.

Chaque mystère a-t-il acquis à l'Eglise quelque grâce spéciale?— Oui, chaque mystère a acquis à l'Eglise la grâce sanctifiante et une diversité d'états et de grâces particulières que Dieu répand dans les âmes épurées, quand il lui plaît, et plus ordinairement dans le temps de la solennité des mystères.

Combien y a-t-il de mystères principaux auxquels l'âme peut participer?— Elle doit participer généralement à tous, mais principalement à six, qui sont : l'incarnation, le crucifiement, la mort, la sépulture, la résurrection et l'ascension.

Quelle grâce opère en nous le mystère de l'incarnation? — La grâce d'anéantissement à lout propre intérêt et à tout amour-propre.

Qu'est-ce à dire, anéantissement à tout intérêt et amour-propre? — C'est-à-dire que, comme par le sacré mystère de l'incarnation, l'humanité sainte de Notre-Seigneur a été anéantie en sa propre personne , de sorte qu'elle ne se cherchait plus, elle n'avait plus d'intérêt particulier , elle n'agissait plus pour soi , ayant en soi une autre personne substituée, savoir, celle du Fils de Dieu , qui recherchait seulement l'intérêt de son Père, qu'il regardait toujours et en toutes choses : de même nous devons être anéantis à tous propres desseins et à tous propres intérêts, et n'avoir plus que ceux de Jésus-Christ, qui est en nous alla d'y vivre pour son Père ( 1 ). De mérne que mon Père, lorsqu'il m'a envoyé , m'a coupé toute racine de recherche de moimême, en ne me donnant pas la personne humaine, mais en m'unissant à une personne divine, afin de me faire vivre pour lui : ainsi, quand vous me mangerez, vous vivrez tout pour moi, et non pour vous; car je serai vivant en vous ; je remplirai votre âme de mes désirs et de ma vie qui consumera et anéantira en vous tout ce qui vous est propre , tellement que ce sera moi qui vivrai et désirerai tout en vous, au lieu de vous ; et ainsi, anéantis en vous-même , vous serez tout revêtus de moi.

Ce revêtement de Notre-Seigneur est-il une seconde grâce du mystère de l'incarnation? —Oui ; car, outre que le mystère de l'incarnation, à proprement parler, opère en nous un entier dépouillement et un renoncement à tout nous-mêmes, il opère de plus un ro vêtement de Notre-Seigneur, par une consécration totale à Dieu : de même qu'au jo-jr de l'incarnation, Notre-Seigneur se consacra entièrement à son Père, lui et tous ses membres, sanctifiant déjà toutes les occasion;, particulières que lui et ses membresauraien; jamais de servir et de glorifier Dieu.

Au très-saint jour de l'incarnation, Notre- Seigneur Jésus-Christ a-t-il offert à Dieu son Père sa vie et celle de tous ses membres ? — Oui , il les a offertes, et il continue encore cette même offrande ; il est toujours vivant dans les mêmes dispositions qu'il a eues pendant toute sa vie; il ne les interrompt jamais, et il s'offre toujours à Dieu en soi et

(l) Sicut misit me vivens Pater, et ego vivo propler Va trem : 4 qui manducat nie, et ipse vivet proplcr me [Jean. Vl. 5Ç).

en tous si's membres , dans toutes les occasions qu'ils ont de le servir, de l'honorer et de le glorifier. Notre-Seigneur, en sa personne divine, est un autel sur lequel tous les hommes sont offerts à Dieu, avec toutes leurs actions et leurs souffrances ; c'es.l cet autel d'or (Apoc, VIII, 3) sur lequel se consomme tout sacrifice parfait : la nature humaine do Jésus-Christ et celle de tous les fidèles en forment l'hostie, son esprit en est le feu , et Dieu le Père est celui à qui on l'offre et qui y est adoré eu esprit et en vérité.

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