‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 199 sur 394 · LEÇON XVIII · texte numérisé non relu

LEÇON XVIII

Que la malignité de notre chair mérite toutes sortes d'humiliations de la part de Dieu et des créatures.

Quand sera-ce que l'homme et la chair ne seront plus péché? — Dans le paradis, au jour de la résurrection , quand Dieu réformera ce corps vil, abject et humilié, Re~ formabit corpus humilitalis nostrœ (Philip. , 111,21).

Est-ce bien dit , ce corps humilié? — Oui , c'est bien dit ; aussi est-ce après saint Paul que nous le disons; car, en effet, l'homme mérite toute humiliation, il n'y a point de confusion qu'il ne doive souffrir; par exemple , si on dit de moi , de vous , ou de qui que ce soit : Cet homme ou cette femme est avare , il faut l'endurer, ayant en nous un principe d'avarice insatiable , quoique la grâce en ait peut-être étouffé le sentiment dans nos âmes. Si on dit : Cet homme, cette femme est déshonnête , il faut l'endurer, parce que la semence de tout vice et de toute impureté se trouve dans la chair, et qu'elle porterait au péché, si l'Esprit ne l'en détournait. Dit-on qu'il y a bien de l'orgueil en vous et en moi ; cela est toujours vrai, quelques effets que la grâce de Jésus-Christ et de son Saint-Esprit ait opérés en nous : et on ne nous fait point de tort ni diinjure, de nous appeler superbes , parce que notre chair demeure toujours

la môme, c'est-à-dire toujours pétrie d'orgueil et toujours prèle à passer aux effets; tellement que nous ne cessons jamais d'être superbes , quoique nous ne le sentions pas, et que nous nous exercions quelquefois à des actes d'humilité. Ainsi en est-il de toutes les autres imperfections qui peuvent se concevoir en l'homme , parce que la chair est la source, le cloaque et la senti ne de toute impureté , de tout désordre et de tout péché.

Il n'y a donc aucune sorte d'injures qu'on ne doive supporter et qu'on ne doive croire nous être bien dues? — Non.

Les mépris , les injures, les calomnies ne doivent donc point nous troubler? — Non; il faut faire comme ce saint qui autrefois fut conduit au supplice pour un crime qu'il n'avait point commis et dont il ne voulut pas se justifier, disant en soi-même qu'il l'aurait commis et de bien plus grands encore, si Dieu ne l'en eût empêché.

Ainsi, nous devons souffrir toutes sortes de persécutions ? — Si nous étions bien instruits de la malice de notre chair, nous ne douterions pas de cela; au contraire, nous devrions souhaiter ces châtiments, pour réprimer par là sa rébellion continuelle contre Dieu.

Les hommes, les anges et Dieu même devraient donc nous persécuter sans cesse? — Oui , cela devrait être ainsi , comme il sera au jour du jugement à l'égard des pécheurs que Dieu punira, et sur qui il exercera sa vengeance par toutes les créatures où il habite , comme par autant d'instruments de l'exécution de sa justice, Pugnabit cum illo orbis terrarum contra insensatos (Sag. , V , 21). Ainsi en toute maladie, persécution, mépris et autre affliction , il faut prendre le parti de Dieu contre nous-mêmes, et dire que nous méritons justement tout cela et davantage ; que Dieu a droit de se servir de toute créature pour nous punir, et que nous adorons la grande miséricorde qu'il exerce maintenant sur nous , sachant bien qu'au temps de sa justice il nous traitera plus rigoureusement.

Qu'appelez-vous le temps de >a justice? — Le temps de l'autre vie où Dieu ne fera plus miséricorde aux hommes, où sa justice ne sera plus mêlée de compassion pour nos misères et où il nous traitera selon toute la sévérité de son saint jugement.

Cela sera donc bien terrible? — C'est une chose horrible, dit l'Ecriture, Horrendum est incidere in manusDei viventis [Hébr., X, 31), de tomber dans les mains du Dieu rivant ; alo.s il n'y aura aucune sorte de peine et d'affliction dont l'âme et le corps ne soient accablés.

Il est donc bien plus doux déporter maintenant la croix que la justice de Dieu nous impose, dans ce temps de miséricorde, où l'on est soutenu par la grâce et par la vertu que la bonté de Dieu nous donne, que d'attendre au temps où l'on sera délaissé de tout secours et de toute consolation , et accablé de toutes sortes de tourments? — Vous avez

bien raison : dans l'enfer on n'a point de vertu qui soutienne, point de grâce qui fortifie, point d'onction qui console et qui adoucisse le joug de la rigueur de Dieu , ce qui néanmoins est ici le plus grand tempérament de nos croix et de nos tourments.

LEÇON XIX De l'obligation que nous avons, par suite de notre péché, de supporter la pauvreté, qui est la troisième branche de la croix des chrétiens.

Vous m'avez bien montré comment on est obligé, depuis le péché, de porter les deux premières parties de la croix, savoir, les mépris et les persécutions, ou peines violentes que l'on nomme souffrances ; mais vous ne m'avez pas encore parlé de la troisième partie, non moins fâcheuse à porter que les autres , je veux dire la pauvreté, qui est la troisième branche de la croix des chrétiens. — Il est bien aisé de le faire et de vous montrer comment on est obligé , ensuite du péché , de supporter la pauvreté la plus grande qu'on puisse concevoir. La justice des rois du monde, qui ne fait rien de juste que par la participation delà justice de Dieu même, nous l'apprend dans les lois qu'elle fait contre les criminels. Aussitôt qu'elle a convaincu un homme du crime de lèse-majesté, elle le prive de tous ses biens, elle rase ses maisons , elle dépouille de tous droits dans son royaume, non seulement le criminel, mais même toute sa famille et tous ses descendants.

Est-ce ainsi que Dieu a traité les pécheurs? — Oui, et en la personne du premier homme, et après lui en celle de tous ses enfants; car premièrement il a chassé Adam de sa demeure et de sa belle maison, le paradis terrestre, qui est comme rasé et démoli pour lui et pour tous ses enfants. Secondement, il l'a dépossédé de l'empire du monde, l'a dépouillé de tout droit et l'a réduit à l'état d'un très-malheureux esclavage.

Mais pourquoi Dieu ôte-l-il les biens au pécheur? — Parce qu'il n'est pas juste qa'un serviteur rebelle, qu'un valet révolté, qu'un traître et un infidèle , jouisse des biens de son maître. Il est juste que le maître les lui ôte d'entre les mains, qu'il le chasse de sa maison et qu'il ne le souffre plus manger son pain en sa compagnie. 11 est juste que D*eu ôte soii bien à ses ennemis, puisqu'ils n'en usent ordinairement que pour l'offenser.

D'où vient donc que les pécheurs usent tous les jours des biens de Dieu ? pourquoi vivent-ils si à leur aise? pourquoi abondent-» ils en biens? — C'est que Dieu n'exerce pas sa justice sur eux en ce monde ; il se léser» u à les punir en l'autre. Alors le plus riche des hommes n'aura pas une goutte d'eau pour rafraîchir sa langue, comme le dit Notre- Seigneur (1). Alors ils seront si gueux et si

(1) Mille Lararum, ni imingat cUremum «Ji^ili sui i;i aquani, ul refnç'eret liu^uam uieaui, quia crucior iu hâr llamnH(£HC,X\L24).

CATECHISME CHRETIEN. - PART. I

misérables, qu'ils seront dépouillés de tout et même privés de l'usage de leurs puissances naturelles, par l'excès des tourments et par la soustraction du secours de Dieu, qui ne leur laissera l'exercice de leurs facultés que pour leur faire ressentir plus vivement la rigueur des supplices;

Les démons et les réprouvés sont donc bien misérables? — Ils sont si misérables, qu'il n'y a que Dieu seul qui connaisse leur misère ; eux-mêmes ne la comprennent pas, tant parce que leur peine est si grande, qu'elle excède toute connaissance, que parce qu'elle ne leur donne aucun relâche pour y penser mûrement. Ils crient sans cesse, dans L'excès de la rage et du désespoir, et ne font autre chose. Les pécheurs, dans l'ordre de la justice de Dieu , devraient être en pareil

état.

Quoi I les pécheurs devraient donc être pauvres et dépouillés de tout comme les démons ? — Oui ; et même les pécheurs devraient encore être interdits de toutes leurs facultés corporelles et spirituelles , et dépouillés de tous les dons de Dieu.

D'où vient qu'ils n'en sont pas privés? — ■ C'est parce que Jésus-Christ leur a acquis le droit qu'ils avaient perdu : c'est à cause de lui que les hommes en ont la jouissance; ils ne tiennent rien de tous les biens corporels ou spirituels, que par la pure miséricorde de Dieu et de Jésus-Christ Noire-Seigneur, qui, ému de compassion sur la misère des hommes, est venu lui-même la porter et par sa pauvreté compenser celle que tous les hommes doivent souffrir.

Expliquez-moi cela plus particulièrement, par rapport aux biens de l'esprit. — Nous n'avons aucun usage de nos puissances, nous n'avons aucune lumière de l'esprit, aucun mouvement de la volonté, que Jésus- Chrisi ne nous les ait acquis ; parce qu'ayant péché en Adam, nous devions tout perdre : mais nous avons recouvré en Jésus-Christ ce que nous avions perdu, et recouvré encore beaucoup plus de grâces et de biens que le péché ne nous en avait ôlé. Ainsi, là où le péché avait abondé, la grâce a surabondé, tJbi abundavit delictum, super abundavit gratta (Rom., V, 20) par Jésus-Christ ; et, comme chante l'Eglise : Heureuse faute qui nous a procuré un tel Rédempteur, O felix culpa ! qaœ taletn ac tanlum meruit habere Redemptorem (Prœc. Pasch.).

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