LEÇON XII
Comment on peut savoir que dans l'oraison on est uni à Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Il vous reste à satisfaire à l'autre difficulté que je vous ai proposée; savoir, comment l'on peut connaître si l'on est uni à Jésus- Chrrst. — Cette difficulté est l'occasion de bien des fautes, pour certains dévols qui, afin d'être assurés des opérations du Saint- Espril en eux, veulent ordinairement les sentir. C'est là une erreur trop commune dans la dévotion , et qui nuit au progrès des âmes. Pour dissiper cette erreur, je vous donnerai un principe certain, que je tire des paroles de mon Maître, le docteur de la vraie dévotion. Il dit, dans ion Evangile , qu'il aura des adorateurs en esprit et en vérité, c'est-à-dire qui adoreront son l'ère par la
CATECHISME CHRETIEN. — PART. 11
foi et par la chnrité (1). Saint Paul le dit aussi en J'autres termes , en parlant de la manière d'adorer des chrétiens , qui ne vont à Dieu que par la foi et la charité, Fidesquœ per charitatem operatur (Gai. , V,6). Il s'ensuit que , si vous voulez vous unir à Nôtre-Seigneur , vous n'avez pas besoin d'images , ni de lumières sensibles dans votre esprit ; vous devez vous contenter de la simple foi et de la seule charité , sans vouloir ressentir aucune opération sensible dans votre cœur. La pure charité avec la foi sont comme les deux animaux mystérieux qui tirent ce magnifique char de l'Eglise, dont nous avons parlé ( Voyez ci-dessus). Ce qui achève de vous montrer qu'il n'est pas besoin de dispositions sensibles pour vous unir intérieurement à Jésus-Christ, c'est qu'on ne vous en demande point dans la communion de son corps et de son sang , pour participer à l'Esprit et à la vie qu'il vous y donne.
Il me semble, à vous entendre , que ce soit
firincipalement pour recevoir en soi l'esprit, a vie et les vertus de Notre-Seigneur , que l'on communie à son corps et à son sang ? — Cela est vrai : le corps et le sang précieux de Notre-Seigneur sont comme le véhicule qui nous porte son esprit, pour nous rendre participants de sa vie et de ses opérations divines, pour être notre nourriture, faire croître en nous toutes ses vertus : Crescamus in illo per omnia (Eph. , IV, 15); enfin , pour nous donner la plénitude de sa vie intérieure, et nous faire même parvenir à la plénitude des dons de Dieu, Ut impleamini in omnem plenitudinem Dei (Eph., III, 19).
Mais les chrétiens sentent-ils cela en eux, lorsqu'ils reçoivent Jésus-Christ? sententils les opérations de son esprit ? entendentils la louange que Jésus-Christ rend à Dieu dans leur cœur? éprouvent-ils sensiblement toutes les vertus qui s'écoulent de lui dans leurs âmes? — Non, car Noire -Seigneur étant devenu tout esprit après sa résurrection, ses opérations aussi sont purement spirituelles et par conséquent ne sont pas possibles. Et de même que la nourriture corporelle conserve la vie à toutes les parties du corps humain , sans leur faire sentir néanmoins l'écoulement de la vertu viviflante qui se répand secrètement dans chacune d'elles , ainsi Jésus-Christ, notre aliment spirituel, vivifie nos âmes d'une manière non sensible. Comme il est esprit en nous, Factus in sniritum vivificantum (1 Cor., XV, 45), il suffît, pour communier à ses divines opérations, de nous unir à lui par la foi toute nue et par la seule charité.