LEÇON XIII
Qu'en s'unissant à Jésus-Christ , non seulement on communie au Saint-Esprit opérant en lui , mais encore à ce même Esprit opérant dans chacun des saints de l'Eglise.
Où trouvez-vous que nous communions non seulement à l'esprit de Jésus-Christ et à ses
(1| Veri adoratores adorabunl Patremin Sjiiritu et veritate. Spirilus est Deu$ et eos qui adorant eum, in snirilu ei veritate o|.orlet adorare (Jean, XXIII, il).
opérations en lui-même, mais aussi au Saint Esprit répandu dans tous les saints, parexem pie, dans la très-sainte Vierge? — Il est aisé de vous montrer la vérité de cette doctrine. N'est-il pas vrai qu'en communiant au plus, on communie au moins , et qu'en communiant à la cause, on communie aux effels? Puis donc que nous communions au Saint- Esprit, nous communions aussi aux effets de ce divin Esprit, c'est-à-dire à toutes ses opérations, soit dans Jésus-Christ, soit dans chacun des saints. Celte richesse et cette variété de dons répandus dans les saintes âmes, et auxquels nous avons droit de communier, sont un mystique festin où l'âme peut choisir, selon l'instinct de l'esprit intérieur, telle nourriture spirituelle qui lui plaît davantage. On peut éclaircir cette doctrine si importante, par une figure admirable de l'Ecriture : je veux parler de la manne que Dieu donna à son peuple. Cette nourriture, quoique la même en tous, avait le goût des viandes particulières que les enfants d'Israël désiraient de goûter. Il en est de même des dons quon peut recevoir par la communion des saints. Quand nous désirons de communier aux différentes grâces des bienheureux, nous n'avons qu'à nous unir à l'esprit de Jésus- Christ , qui est la source de toutes ces grâces. Nous avons même cette pratique si ordinaire dans l'Eglise, de communier en l'honneur des saints, pour participer à leur esprit et à leurs grâces; et nous y participons en effet, si nous nous unissons a Jésus-Christ dans le saint sacrement de l'autel, avec l'intention de communier aux dons qu'il répand de son Esprit dans les saints. Je vous découvrirai un autre mystère non moins consolant, c'est que, par cette même communion, nous pouvons avoir part aux grâces des justes qui sont sur la terre. Ainsi, par exemple, quand vous voyez une personne douée d'un grand don d'humilité, de charité ou de patience, au lieu de lui parler envie (ce qui peut arriver par la suggestion de 1 amour-propre), il faut vous unir à l'Esprit de Notre-Seigneur dans le saint sacrement de l'autel, honorer dans ce divin Esprit la source de ces vertus, demander la grâce d'y communier; et bientôt vous verrez combien cette pratique est utile et avantageuse. Pour vous expliquer de plus en plu» cette doctrine, je vous exposerai une autre belle figure que nous voyons dans les livres saints. Isaïe , dans une vision mystérieuse, vit le Fils de Dieu, qui lui fut montre rempli de gloire et de majesté, assis sur un trône élevé et magnifique ; et l'Ecriture remarque que la partie de son riche vêtement, qui était au-dessous de lui remplissait , tout le temple (Isaie, VI, 1). Or, par ce qui)' était au-dessous de lui, nous pouvons entendre les opérations divines de l'esprit de Jésus, qui remplissent l'Eglise et sont répandues dans les saints. Car le Saint-Esprit a habité premièrement en Jésus-Christ, notre chef, et a produit en lui toutes les dispositions et les effets de grâce qui, de ce chef, devaient se répandre un jour dans chauuu
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membre du corps; de sorte que toutes les
craies qui sont dans les saints du ciel et dans les justes de la terre découlent de Jéslls t hrist comme d'une source unique. Klles \eur sont communiquées par le Saint- Esprit qui, étant envoyé par Jésus-Christ à ses membres, leur porte ainsi ses dons, et les fait participants de sa vie divine. Je vous conseille donc de vous unir sans cesse au Saint-Esprit, afin de faire vos actions avec les propres sentiments de Jésus -Christ, pour fortifier votre faiblesse et enflammer votre charité. Contentez-vous de vous unir à lui parla foi et par l'amour : il est ce fleuve de feu dont parle l'Ecriture, Fluvius igneus, rapidusque egrediebatur a facie ejus ( Dan., Vil, 10) , et qui sortait de la face de Dieu. Le fleuve signifie deux choses, la voie et la vie ; car un fleuve est un chemin animé et vivant : il figure l'impétuosité de l'amour avec lequel nous devons nous porter à Dieu, et en même temps la force de l'esprit de grâce qui , sortant de Jésus -Christ, entre en nous, afin d'être notre voie, notre vérité et notre vie. Puisque la chose est ainsi, il est bien consolant d'être chrétien : O qu'il est doux de s'abandonner à l'amour, et d'être conduit si sûrement et si promptement à Dieu ! — Vous voyez combien il est important de s'abandonner à l'Esprit saint, quand on veut agir ou prier. Il faut s'unir souvent à lui, pour ne. plus agir que par ce seul principe, au lieu de se conduire, comme l'on fait communément, par le principe de l'amour-propre et de la vieille créature, qui nous entraîne vers le péché.