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CHAPITRE PREMIER

Des dispositions à la cléricature.

Pour bien entendre les dispositions à la cléricature, et ce qui est particulièrement à désireren ceux qui aspirent àcel état , il faut savoir que, selon la doctrine de saint Paul (Rom. vi, 3-5), le Chrétien est baptisé dans la mort et dans la résurrection du Fils de Dieu (279), c'est-à-dire qu'il reçoit son esprit de mort et de nouvelle vie par le baptême.

Avec cet esprit, il reçoit de certaines grâces, qui lui donnent la force et la vertu He mortifier incessamment sa chair, qu'il doit avoir intérieurement crucifiée, avec ses inclinations et ses désirs déréglés, selon cette grande maxime du même Apôtre :Qui Chris ti sunt , carnem suam crucifixerunt cum ritiis et concupiscenliis. (Galat. v, 2i.)

Ce crucifiement et cette mortification est le premier point de la vie chrétienne (280), et la première chose à laquelle tous les fidèles doivent continuellement s'exercer, pour avoir part à la nouvelle vie de Jésus- Christ : Si spiritu facta carnis mortificaveritis, vivetis : « Si vous mortifiez par la vertu de l'esprit les actions de la chair, vous vivrez (Rom. vin, 13), » non-seulementjde la vie éternelle en l'autre monde, mais encore de la vie intérieure et divine en celui-ci (281). Or pour cela il faut retrancher à la chair intérieurement et extérieurement tout ce qui pourrait la satisfaire, travaillant à ne la contenter en aucun de ses désirs (282).

La chair veut toujours paraître el se produire. Elle se plaît dans les grandeurs et

rLS DE M. OLIER. 5uS

dans le vain extérieur de ce monde, elle est passionnée pour ses plaisirs. Il faut que le Chrétien réprime tous ses désirs, parce que son état l'oblige à vivre comme Jésus-Christ, toujours mortifié en tous ses sens, et crucifié universellement en tous ses membres (283).

Mortificate membra vestra, dit l'Apôtre saint Paul : Mortifiez vos membres (Col. m, 5) qui désirent leur satisfaction. Si vous donnez quelque chose à la nature, que ce soit par nécessité, et à la gloire de Dieu. Si, par exemple, vous prenez quelque nourriture, que ce soit seulement dans vos besoins; et même, dans vos besoins , n'en prenez jamais pour contenter la chair, mais seulement pour plaire à Dieu, vous séparant en esprit detout plaisir, et renonçant à toute sensualité (28i). C'est ainsi que vous devez agir en toutes choses, et que vous devez vous comporter dans tous les usages de la vie (285), selon que le même Apôtre vous le recommande dans une de ses Epîtres : Sivc manducatis, sive bibilis , sive aliud quid facitis, omnia in gloriam Dei facile. (I Cor. x, 31.)

Le Chrétien n'est pas sur la terre pour son plaisir, il n'est point en ce monde pour y chercher sa joie (286). Sa grande obligation est d'y mener une vie toujours crucifiée (287), et d'imiter le Fils de Dieu, qui, ayant voulu être le modèle de notre vie en sa mort , nous a donné l'esprit même de sa mort par le baptême , afin qu'étant environnés de mortification en notre corps, nous puissions être crucifiés en esprit dans tous nos membres : Semper mortificationem Domini in corpore noslro circumferentes. (H Cor. iv, 10.)

Ce premier point de la vie chrétienne est le premier fondement nécessaire pour aspirer à la haute dignité de la cléricature. Car le clerc fait profession publique de se séparer de tout, de renoncera tout, de mourir à tout en esprit, et de prendre Dieu seul pour tout son héritage (288): Dominus pars hœreditatis meœ et calicis mei. Mon Dieu, dit-il,

(276) Quenilibet ecclesiaslicum gradum nonnisi sancii atque perfecti , el aposloloruin imilalores, et irreprebensibiles, altsque magno sacrilegii élimine, suscipiuDl. (Giidas, in Ordin. ecctesiasl.)

(277-278) Viros probatos oportere deligi, non probantlos. (S. Bien., lib. iv De consid., c. 4.)

(279) Tincii in morteni el rèsurrectionem Clirisli, uirunique gestare debemus in corde et in corpore. (Naclant., episc. Clug., in c. vin Rom.)

(280) Prïmiim olïicium inliabilanlis spiritus Clirisli, est mortiBcatio carnis : non modo quia, cum recipitur in baptismo, recipiiur ut confert vim mords Christi, et profiteri faeit nos carne moriluros peccato; sed etiam quia, cum retinetur, urget stiniulaïque ad fugem mortificationem ejus, nunqnamnon suggérons inculcansve : Qui Cbrisli sunt, carnem crucifigunt cum vitiis et concupiscenliis. (Naci.ast., ibid.)

(281) Si per spirituni morlificaveritis facla carnis, vivetis vila gratis in praesenti, et vila glorne in hiluro. (D. Thom., in Rom. i.)

(282) Hoc opus vestrum in bac vila , actiones cauiis spiritu morlificare , quolidie affligere, minuere. interiniere. 'S. AvG..Deverb,uvosl., serin. 13.)

(283) Oporlet bapiizatum in morte Domini configurari morti ejus, boc est, niortilicari peccalo, sibi ipsi cl mundo, ut secundum incarnationein vivens, et corde, el sermone, et operibus, sicul cera sculp turcs, iia doctrina? Domini Jcsu impressus adformalusque sii. (S. Basil., lib. i De baptismo, c. 2.)

(284) Qune ulilior.i sunt , et ad nccessitateni solum parata eatenus sumanius, quoad necessilaii facium sit salis, etc. Et ab bis quae volnpiuaria sunt, penilus nos abslineainus. (S.BASlL.,R«g. fus., 18.)

(285) Pulcbre omnia compreliendit (Aposinlus) el sedere, el ambulare, et disserere, el misercri , et docere, ut omnium sit scopus, Dei gloria. Tueod., in I Cor. x, 31.)

(286) Non ad boc sunius Chrisliani , ut lerrenani felicilatem pelamus... Ad aliani felicitaiem nali nos sunius. (S. AuccsT., in psal lxh.)

(287) \'ita Cbrisliani , si secundum Evangelium \ vivat, crux est el niartyrium. (S. Ace, serin. 32 > De sanclis.

Est orofossio crucis Cbrisli. (S. Greg. Naz.,iamb. 15,.

(288) Qui in cieriim ullcffuntur. rem profiienlur

1RA1TK DES SAINTS ORDRES. — PART. I. DE LA CLERICATURE

en entrant dans ce saint état, vous êtes ma pari et ma portion ; mon Dieu, vous Êtes mon liéritage ; mon Dieu, vous êtes le tout de mon cœur et de mon âme. C'est vous que j'aime uniquement; c'est après vous, ô mon tout , que je soupire (289) ; c'est vous que je veux rechercher de toute l'étendue de mon âme, de toutes les forces de mon esprit, et de toute l'affection de mon cœur. Vous êtes tout ce que j'aime ; vous comprenez en vous tout ce qui se peut aimer et désirer. Vous êtes, ô mon Dieu, tout mon trésor et toutes mes richesses': vous êtes mon cher héritage (290) ; vous êtes tout mon plaisir, tout mon bonheur et toute ma louange : Apud te laus mea, Deus; en un mot, vous m'êtes toutes chos«s, Deus meus et omnia.

Or quand est-ce que l'âme est en état de faire à Dieu cette sainte profession de ne vouloir que lui? Quand est-ce qu'elle peut protester en vérité qu'elle n'a plus d'autre objet de ses désirs et de ses amours (291)? C'est quand elle est séparée de tout le monde ; c'est quand elle est morte à toutes les choses qui ne sont pas Dieu même, et qu'elle est détachée de tout ce qui n'est pas le Dieu du cœur (292) ; c'est en un mot quand elle est tellement dénuée de tous ses appétits imparfaits et désirs sensuels, même de ceux qui la pourraient porter à Dieu pour le goûter sensiblement, et pour jouir de ses dons et de ses grâces sensibles, qu'elle ne désire et ne recherche plus que cet adorable Tout, (293) en qui elle veut uniquement se complaire , comme en celui qui seul peut faire tous ses plaisirs et sa parfaite béatitude (291).

Car Dieu voyant une âme ainsi morte à tout, et qui ne désire plus que lui seul, qui ne recherche que lui , qui ne soupire qu après lui, sans vouloir goûter aucune autre consolation sur la terre (295), ne manque jamais de se donner à elle et de s'y manifester, mais d'une manière si admirable et

minime ridiculam, nempe se particulariter in sortein Domini ascilos , quibus post haee omnia sordeani, ac solus Dominus sors et pars haereditatis futurus sit. (Conc. Colon., an. 1558, cap. 27.)

(280) Jam ex hoc mine omnia desideria mea incalescite , et ellluiie in Dominum Jesum. Currile , salis hactenus tardaslis. Properate quo pergitis : Quaerile quem quaeritis , etc. (S. Anselm., Médit., lib. x.

(290) Omnia habemus in Cliristo , et omnia Clnïstus est nobis. (S. Ambr., lib. m De virgin., c. 17.)

Christus omnia , ut qui omnia propter Christum dimisorii, unum inveniat pro omnibus, et possit libère proclamare : Pars mea Dominus. (S. IIieron., episl. 26.)

(291) Quam rarus in terris qui potest dicere : Portio mea Dominus : quam alienus a vitiis, quam segregalus ab omni labe peccaii , qui nihil babeat commune cum sœculo, nihil muiidi hujus vindicet sibi. (S. Ambr., in psal. cxvni, oclon. 8.)

(292) Qui vult Deum possidere, renuntietmundo, ut sit illi Deus beata possessio. (S. Prosp., lib. il De vit. acl. elcont. sacerdot., cap. 10.)

(293) Qui enim mundum non possidet, hic lotum possidet SaVvatorem. (S. August., serui. 128 De temp.)

si sainte, qu'il lui fait dire; Dominus meus, et Deus meus: a Mon Seigneur et mon Dieu; o Deus cordis mei, et pars mea, Deus, in œternum : Mon Dieu, vous êtes tous mes souhaits, vous êtes tous mes désirs, vous êtes toutes les prétentions de mon cœur (296).

11 ne faut donc pas que l'âme prétende à ces grâces, ni s'attende d'arriver à cet état qu'après de longs désirs et après de grandes mortifications, puisque c'est par la mort que les Chrétiens arrivent à la vie (297) , et qu'il n'y a que ceux qui sont crucifiés avec Jésus- Christ, qui ressuscitent avec lui, et qui participent aux avantages de sa nouvelle vie , laquelle fait la seconde partie de nos obligations.

Vous êtes ensevelis dans sa mort par le baptême, dit saint Paul : c'est-à-dire que, de même que Jésus-Christ dans le tombeau élait enseveli et mort à toutes les choses de ce monde, les Chrétiens reçoivent dans le baptême un esprit qui environne le leur, qui les met dans l'obligation do mourir à toutes les choses de la terre (298) , afin que, comme Jésus ressuscité est revêtu et tout pénétré de la gloire de son Père, ils entrent à son exemple dans une nouveauté de vie : Consepulli sumus cum Christo per baptismum in mortem,ut,quomodo Christus surrexit a mortuis per gloriam Palris, ita et nos in novitate vilœ ambulemus. (Rom. vi, 4.)

Comme par le baptême extérieur on est enseveli dans l'eau, et séparé de l'usagejie toute créature ; ce qui fut figuré par le passage des enfants d'Israël dans la mer Rouge, où ils semblaient être morts à tout le monde (299) : ainsi il faut que l'âme soit premièrement abîmée dans l'esprit de Jésus-Christ qui l'environne, et qui intérieurement la dégoûte de tous les biens de la terre , afin qu'ensuite il lui fasse voir et savourer les choses divines et célestes , qui sont d'un goût mille fois plus agréable que tous les sentiments du monde (300). Car, comme dit

(294) Nam quanlo magis illis distraclionibus , evacuabitur anima , lanlo amplius islis visitationibus implebiliir. (S. Bern. , serm. 5 in Ascens. Dom.)

(295) Cujus ad alias consolationes mens inhiai, et penitus caducis et transitoriis non renuit consola n, ipse sibi perfecto coelcstis subtrahit gratiam consolalionis. Quam si digna devolione , pleno affeetu, desiderio vehemeuii petere , quaerere, pulsare sal.igeret, sine dubio petens acciperet, pulsanti aperiretur. (S. Bern., Declam.)

(296) Si morlui sumus cum Cliristo , credimus quia simul elium vivemus cum eo. (Rom. vi, 8.)

(297) Qui Christo morienti comitiorilur , simul convivit et resurgenti. i( D. Thom. , in cap. vi Rom.)

(298) Aqua (in baptismo; mollis exhibet simili— tudinem, corpus v«lut in sepuleio recipieus; Spiritus vero vim vivilicam imniilil a moite peccaii , renovans animas nostras in novam vilain , elc. (Basil., De Spir. snncl., c. 15.)

(299) Rubium mare sacrainentuni baplisnii signilicavit. (S. August., serm. 91 De temp.; S. Bern., serm. 54 in Cunt.)

(500) Exeunles a sorte lerrena , amplior slaliin excqiict consolatio. (S. Bern. Declam.)

OLUVUES COMPLETES DE M. OLIF.R.

saint Paul, la paix de Jésus-Christ, celte paix intérieure qu'il donne à une âme qui le cherche avec sincérité (301), surpasse tout sentiment : Pax Christi quœ exsuper a t omnem sensum ( Philip. îv, 7), un moment de silence avec lui vaut mieux que tous les entretiens du monde.

Ce sont ces goûts que le même Apôtre dit que les âmes vraiment ressuscitées ressentent dans leur cœur (302) : Si consurrexistis cum Christo, quœ sursum sunt quœrite, ubi Christus est in dextera Dei sedens; q.œ sursum sunt sapite, non quœ super terrain. (Col. m, 1,2.) Si vous êtes ressuscites, dit-il, si vous êtes vivants de la vie nouvelle; si vous vivez par la vertu et par les mouvements du Saint-Esprit dans un entier éloignement de tous les biens de la terre ; si vous avez Jésus-Christ en vous qui vous gouverne par la lumière de la foi , et par l'inclination aux choses saintes qu'il vous donne ; si vous êtes obéissants à ce divin Esprit, par lequel vous êtes beaucoup plus vivants que par l'esprit humain et par l'esprit de la chair, sans doute que vos recherches tendent au paradis et regardent le ciel (303).

Si vous êtes vivants par ce divin principe, par cette vie divine, par cette vie nouvelle et de résurrection, vous no trouverez plus rien de charmant dans le siècle, vous n'aimerez plus les biens d'ici-bas, vous ne goûterez plus que le ciel et les choses divines (30i). Vous ne ferez plus d'état de l'honneur du monde, vous n'estimerez plus ses grandeurs, vous n'aspirerez plus à ses richesses, vous ne courrez plus après ses vains plaisirs, et comme la foi vous fera voir le fond de toutes choses, et qu'elle vous en découvrira la vanité, rien au monde ne sera capable de vous toucher (305); vous ne penserez plus à ses faux biens, et veus jugerez que tout ce qu'il y a sur la terre de plus considérable et de plus écla-

gardé d'un (306) Chrétien, ni à plus forte raison d'un clerc, qui, ayant son héritage au ciel, le paradis pour sa demeure, le sein de Dieu pour son siège, et Dieu même pour son Tout (307), doit toujours être en état de pouvoirdireavec vérité comme le Prophète : Dominas pars hœrcditatis meœ et caticis mei

iPsal. xv, 5) : Dieu est tout mon héritage, )ieu est ma demeure, mes délices , mes richesses, ma vie mon honneur et mon tout (308).

C'est cette vie nouvelle et cette application ordinaire à Dieu , qui découvre les beautés de cette souveraine majesté, et qui est la source de ces délices inexplicables que goûtent les âmes dans cet état. C'est cet amour qu'on a pour lui, et cette application continuelle à ses louanges, qui opèrent celte extase et celte sainte saillie de l'âme en Dieu (309). C'est cette religion perpétuelle qui cause cette glorieuse sortie et ce transport divin, où est ordinairement élevée l'âme vraiment rossuscitée, en qui le Saint-Esprit domine (310). Car c'est le propre de l'esprit de DiûU-dû-lQi]dre et de porter tout à Dieu : et comme ce divin Jîsprit n'est qu'un désir perpétuel et une tendance infinie vers Dieu, c'est aussi ce qu'il opère ici dans les âmes où il hahito par sa vertu (311), où il s'est rendu le maître, où il a triomphé de la mort, des sens et de la chair; où il domine sur tous les démons, et où il repose en paix comme dans son tabernacle, tenant sous ses pieds tous ses ennemis assujettis.

Notry-Seigneur sorti du tombeau, délivré du combat de la mort et du diable, ne s'applique qu'à Dieu (312). Il est dans des actions de grâces continuelles pour ses bontés. Tout sou être consommé dans la gloire de son Père, et transformé dans la nalure de son esprit par ses divines perfections dont il est pénétré, ne s'occupe qu'en ses adorations et en ses louanges : Omnia ossa mea

tant n'est pas digne d'être seulement re- dicent, Domine, quis similis tibi?(Psal.x\xi\,

(301) Preliosa siquidem divina consolalio est, nec oiunino tribuilur atlmilleiilibus alienam , elc. (S. Bern., Declam., cap. 21.)

(302) Pax illa superat omnem sensum : sed et huic quidquid sub sole placet , quidquid in wundo coneupisciliir, non poierit comparari. Ikec gratia devolionis et unelio quant expertus novit, inexperlus ignorai ; quoniam nemo scil, nisi qui accipit (S. Bern., ibid., cap. 22.)

• (305) Ab bis inquielantis sœculi turbinibus extraclus, salutaris poilus slalione fundalus , ad tœhim oculos tollit a terris, cl ad Domini imunis admissus, ac Duo suo mente jam proximus, quidquid apud cœteros in rébus bumanis sublime ac magnum videtur, inlra suam conscientiam jacere gloriatur. JNiliil desiderare de sœculo poiest, qui sœculo major est. (S. Cïphiam., lib. ii, epist. 2, ad Dunat.)

(304) Moriuiis liuic vifae, non sapit ea qua; sunt bujus mundi. (D. Th., in Coloss. m, i.)

(30a) Guslaio spirilu, neeesse est decipere cariiL'in : affeclanti eœlesiia, terrena non sapiunl : aslernis inhianti, fastidio sunt tempo'ralia. (S. Bern., epist. lll.J

(306) Quid cum terra illi qui possidet cœlum? (Juid illi cum bumanis, qui adeptu's esl jam divina?

(S. Petr. Cubïsol., serm. 25.)

(307) Non decet Christianum saeculj lucris inbiare, eui promissum esl regnum cœlesie. (S. Auc, serm. 248 D» temp.)

(30S) Non quia indigni vos, sed quia indignum vobis labbus obsisleie, quippe polionbus occupali. (S. Bernard., lib. i De conud., c. (i.)

(300) Est extasiai facieus amor divinus non diniittens sui ipsorum amatores esse, sed amaudorum, ul lestatur seereloruin Dei constius Dionysius. Igitur si in vera et non licla Dei cbarilale sumus et amure, in sancla exlasi sumus inlenorein botnineiu ad imeriora exteudente, exterioris vero sicut posterions oblivisci l'acienie. (S. Bonav., Opusc.de 7 gradib. conltmpl.)

(310) Quomodo perfecte diligis , si ad supérna non laperis, et ad auagogicos îllos conatus mentis alieiialiouenou iransis.(S. Bern., De inlerior dumv c. 69.)

(511) Venit Spirilus sanctus transportans mentes discipulorum a lenenis ad cœleslia, a bono comniuiabili ad boiuim incomniulabile, a seipsis ad Deuni. (S. Bernardin. Senens. , serm. G in die Pentec, an. 5, c. 5.)

(512) Tune secundum carnem liomo, nunc per omnia Deus. (5>. Ambr., De jide resunecl.)

TRAITE DES SAINTS ORDRES. — PART. I. DE Là CLERICATURE.

10 .) Cor meum et caro 7tiea exsultavcrunt in Deum vivum. (Psal. i.xxxin, 3.) Mon corps, dit-il, aussi bien que mon cœur, rendent à Dieu des témoignages de leur joie et de leur bonheur : Conseidisti sacrum meum, et circumdedisti me lœtitia ( Psal. xxix , 12. ) Vous avez déchiré le sac, symbole de ma tristesse, et vous m'avez "environné de joie (313); vous l'avez rendu participant du bonheur et de la béatitude de l'âme, dont l'occupation continuelle est de louer son Dieu et de le glorifier (314).

C'est ce que figurait autrefois Moïse avec son peuple, lorsqu'ayant passé avec sa baguette au milieu de la mer Rouge (315), il chanta ce beau cantique : Cantcmus Domino, gloriose enim magniftcatus est, equurn et ascensorem projecit in mare (Exod. xv, 1) : répandons notre cœur devant Dieu pour chanter un cantique de louange à sa gloire: il a renversé dans la mer et noyé le superbe Pharaon et le cheval qui le portait. Car celte figure nous représente Jésus-Christ, qui, après avoir passé la mer orageuse de cette vie, la mer rouge de son sang avec la baguette de sa cro x, s'épanche avec tous les Chrétiens en chants d'allégresse , et s'applique avec eux aux louanges de Dieu, leur disant : Chantons un cantique de gratitude et d'actions de grâces, de ce que le démon avec le monde qui le porte ont été surmontés (31C). Béni soit Dieu, qui, par ma mort et par la verge de ma croix, m'a rendu vainqueur de ce grand ennemi, et m'a fait triompher de tous ces esprits superbes par mes humiliations et par mes souffrances (317).

J'ai combattu en me détruisant, j'ai soutenu en rn 'ensevelissant dans mon néant, et on souffrant de bon cœur les persécutions de mes ennemis (318); et, quoique j'eusse entre mes mains la vertu et la puissance de les détruire, j'ai voulu les vaincre en fuyant et en supportant leur violence. C'est ainsi

(315) Audi ipsam resurreciionem : Convenisii planclum meum in gaudium : conscidisli saccum meum. Quis est saccus? Mortalitas. (S. Auc, in psal. xx.j

(514) Saccus ejus erat mulliludo peccati in passione conscissus, etc. Cantet Clirislus, dicat pro corpore oceiso, pro corpore dedicalo : Conscidisli saccum meum et accinxisti me laslitia, id est, conscidislimorlaliiaiem meain, et accinxisti me iminortaliiaie et incorrupiione, ut canlet libj gloiia mea. (S. Auc, serm. 256 De temp., cap. 4.)

(515) Vêlera typum gerehanl prasentium... Moyses typum prse se fcri Christi Salvatoria : Crucis aulem virga. (Tiieod., q. 24 in Exod.)

(516) In virga mysterium sancUeOucis agnoscite. Nisi virga supra mare devenu-, populus Dei de Pharaonis polestate non tollilur. Si sancla Ciiix elevala non esset, Chrislianus populus in selernuin periisset. Elevala vero virga, id usl, cruce erecla, cedil mare, cedunt ël fluolus ejus, hoc est vinciïur roundus et mundi islius potesiaies. Cogitur ergo (Inclus in tumulum, et unda in semetipsa repressa cuivaiur. Solidilateni recipil liquor, et solum maris arescit in pulverem. (S. Augcst., serm. 90 De lenyjj

(517) Per Clmsli crucem lanquam per iriumphale vexil'lum de boe inundo Saunas ejeclus est.

que j'ai donné l'exemple par moi-même de . la voie qu'il fallait prendre pour triompher de la chair et des démons (319). Car j'ai fait connaître que c'était par l'anéantissement et par la croix qu'on s'en devait rendre victorieux; que c'étaient là les armes dont les Chrétiens se devaient servir pour vaincre leurs ennemis, et que, s'ils espéraient de goûter les douceurs et les avantages de la vie nouvelle, ce serait après avoir passé par ces exercices pénibles et crucifiants, qui, affligeant leur chair, seraient en eux la source d'une véritable joie et d'une incomparable félicité.

C'est ce qui nous est aussi figuré par les Israélites, que l'Ecriture sainte remarque avoir été autrefois avec Moïse dans une allégresse et une jubilation extraordinaire, après avoir été délivrés de l'affliction des Egyptiens et de l'oppression de Pharaon. Car ce peuple, qui se réjouit ainsi avec son chef, après avoir essuyé tant de périls et supporté tant de travaux, nous exprime la joie sainte des âmes qui , ayant souffert avec Jésus-Christ, ressusciteront avec lui et participeront à la gloire de sa nouvelle vie (320).

Or, quand l'âme est parvenue à ce point de bonheur, qu'elle vit de la vie ressuscitée, qu'elle est toujours divinement occupée, toujours triomphante de ses ennemis et d'elle-même, en sorle qu'elle ne recherche plus que Dieu, qu'elle ne pense plus qu'à lui plaire, qu'elle n'est plus touchée que de ses intérêts, qu'elle ne désire plus que sa gloire, c est alors qu'elle est en élat de dire : Dominus pars hœrcditatis meœ: je n'ai plus d'autre partage pour ma vie que Dieu et ses divines occupations (321) : je ne veux plus que Dieu en tout : je suis toute à lui, je ne suis plus à rien du monde, je ne veux plus que lui seul pour toutes choses (322). C'est pourquoi elle est pour lors en état d'être élevée à lacléricature; car

(S. Bernardin. Son., t. H, serm. 56.)

^518) Quoinodo vieil Clirislus, vincere appelai Clirislianus. (S. August., serm. 44 De tandis.)

(519) In ceriamine spirilali conlra adversarium, per passiones el mortem paralur Victoria. Patiendo igidur ac moriendo piopier Doniiuum, alacriler adversarium vincamus. (S. Epur., De paiieniia., loin. I.)

(520) Apoc. xv. Vidi eos qui vicerunt besliam, slanles supra mare vitreum, habenles citharus Dei, el -contantes canlicum Moijsi, etc. Ecce stamiis supra mare vitreum tabulantes servare innocenliam quam accepimus per baptismum, etc. Habenles ergo ciiharas Dei, id est mortilîcationem carnis , eautantes canlicum hoc Moysi, servi Dei, et canlicum Agni uliobique exsultanleset proregesla,etpro mysterio Agni immaculali Christi, quod ille in eadera re prophelice inletlexil. (Rupeiit., lib. n in Exod., cap. 56.)

(321) Valeant throni, prineipatus, opes, splendores, vilis haie et despitabilis gtoriola, ac denique magna; hujus scenae ludicra, nugieipie theairtese. Verbum areiissime complectamur ac prae omnibus rébus solum Deum habere optemus. (S. Greg. Naz., Epist. ud Eudox. rhelor.)

(522* Pei l'ectus servus Christi, nilnl prsetet Deum habel, aul si quid pneicr Gltrislum liabet, perte-

olj

OEIVB.F.S COMPLETAS DE M. OLIEU.

elle dans la perfection de la vie chrétienne, elle fait profession de la vie parfaite à laquelle le baptisé est appelé pour être vrai Chrétien et Chrétien accompli, qui est d'être mort à soi-même et vivant pour Dieu seul (323). Ainsi elle est dans la grande disposition pour entrer dans le saint clergé, où l'on ne doit voir que des personnes mortes à leurs inclinations, mortes aux désirs de la chair, mortes enfin à tout ce qui les regarde, pour ne vivre plus qu'à Dieu, et pour ne plus s'occuper que de lui seul, en qui l'on trouve un ahîme où cent millions il'esprits se perdraient , tant cette adorable majesté épuise tous les devoirs qu'on lui peut rendre, et tant le fonds de Dieu est vaste, immense, infini et capable d'engloutir et d'absorber tous les esprits possibles.

L'aine, ainsi parvenue à cet état, éprise de la beauté de Dieu et de sa magnificence, et attirée en même temps par sa bonté du milieu de son peuple pour être rendue sa domestique, se jette entre ses bras, se livre et s'abandonne à sa puissance, à sa sagesse et à son amour (32V), et, assurée qu elle est de ses regards, de ses soins et de sa protection, et que l'on trouve plus de bien, d'honneur et de plaisir en lui seul que dans tout le monde ensemble, elle dit avec un abandon total et une parfaite confiance : Dominus pars hwreditatis meœ: Mon Dieu, je m'abandonne à vous. Mon Seigneur et mon prince, quel bonheur pour moi d'entrer dans votre maison? Que peut-il maintenant nie .manquer? lLjj'y a point de prince ni de monarque qui, au milieu de son royaume, n'ait de quoi fournir abondamment à l'entretien de ses sujets. Mon Dieu, vous êtes mon Seigneur et mon roi ; vous êtes le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Que puis-je craindre dans vos Etats (32a)? Hélas 1 je vous offenserais et j'accuserais votre puissance, ou choquerais votre libéralité, si j'appréhendais de manquer de quelque chose en vous servant. Mon Dieu, c'est de bon cœur et avec joie que je me livre à vous et que je me jette entre vos bras (326). Et pour témoigner, 6 mon Sei-

gneur, que je ne me défie pas de vous, je perds tout soin de biens et de facultés, j'abandonne tons les établissements du siècle, je renonce aux prétentions du monde, je ne veux plus m'embarrasser dans les héritages de la terre; vous m'en donnerez bien d'autres de plus haut prix et de plus grande valeur (327): Tu es qui restitues hœreditatem meam mihi. Vous me l'avez promis en la présence des apôtres, leur disant : Vous qui avez tout quitté pour me suivre, et qui, pour l'amour de moi, avez abandonné père, mère, frères, sœurs, pays, possessions, biens, héritages, je vous le rendrai au centuple en ee monde, et en l'autre je vous donnerai la vie éternelle (328).

C'est dans ce grand et total abandon que l'âme se voit dans une admirable possession de Dieu, qui, l'ayant attirée par sa beauté et la recevant à bras ouverts, fait que non contente de s'être donnée entièrement à lui, elle se plonge dans son sein adorable avec une satisfaction qui ne se peut dire, elle s'y abîme comme dans un océan de délices ; et ne voulant plus d'autre bien que lui seul sur la terre, elle ne peut se lasser de dire : Dieu est ma chère possession (329) : je ne veux plus que ce grand tout pour mon bien et pour mon héritage, Dominus pars hwreditatis meœ etcalicis mei.

EnQn l'âme en jouissant de Dieu, qui fait, si on le peut dire ainsi, comme une partie de Jésus-Christ et de l'Eglise , s'écrie toute ravie et transportée hors d'elle-même, Dominus pars hwreditatis meœ : Dieu tout grand, tout-puissant, tout immense qu'il est, n'est pourtant, si je l'ose dire, qu'une partie de ma possession et de mon héritage. Car, par un effet de sa libéralité immense, je possède Jésus tout entier. Je possède Jésus -Christ Dieu et homme tout ensemble : je le possède se donnant à moi, tel qu'il est dans sa divinité et dans son humanité, dans l'éternité et dans le temps (330). Ainsi, comme j'entre en société nonseulement de ses amours éternels envers son Père, et des louanges infinies qu'il lui donne avant tous les siècles dans son sein

dus no» esl. Et si perfectus non est, cum se Deo perfectura tore polliciiiis sit, aille Deum mentitus est. (S. Hieron., Ep. ad lleliod.)

(325) Dicebat Dominus Petro : Petre, amas me? Non lua quaeiïs in Ecclesia, sed mea ? Si lalis es, pasce oves meas. (S. Auc, serm. 49 De verb. Dont.)

(524) Da mihi animant nihil amantem prater Deum, et quod piopter Deum amaiuluni esl ; eui vivere CbristUS non tantum sit, sed diu fuerit; cui sludii et otii sit providere Deum in conspectu suo semper ; eui sollicite ambulare cuni Domino Deo suo, non dico magna, sed una volunias sil, et facullas non desit; da, inquam, talent animant , et ego non nego diguam sponsi cura, majestatis respeciu, dominantis favore, sollicitudine gubernantis. tS. iittt.N., serm. ti'J in Cant.)

(525) Quis rexdevolismilitibus debilam non procurai- annonam? Quis dominus lidclis servis jusia cibaria non ministral? Quis pater non dai panem filiis? Si ergo nobis bous et Rcx, et Dominos, et Palet est, quid negabit, etc. ( S. Pet». Ciirysol.,

serm. 163.1

(526) Eliganl sibi alii paries quibus fruantur lerrenas el temporales : porlio mea Dominus aeternus esl. Binant alii morliferas voluptales, portio calicis mei Dominus est. (S. Auc, in jwo/. xv.)

(327) Magis perfectus relinquat omuia, et solum sequalur Cbrislum, jaclans cogilalum suum in Deo, enulriendus ab eo, et centupium sine duliio percepturus. ( S. Bern., Declam. de vitu et mor. cler. )

(328) Nec iniililis commuiatio, pro eo qui super omnia est, omnia reliquisse. Nain et simul cuni eo douanlur omnia, et ubi apprebenderis eum, erit ipse omnia in omnibus, qui pro ipso omnia reliqueiuiiI. (S. Bern., Declam., c. 1.)

(329) Tanta laniiliaritaïc donatur, ul Dei brachiis amplecti se sentiat, t>,-i sinum foveri, Dei cura et stuilio cuslodiri. ( S. Bern., serm. 62 in Canlic.)

Sacerdotibus Domini pro omnibus divitiis Christus abondai. (Conc. Paris, vt, lib. i, c. 15.)

(330) Quid quaeris extra illum? Quid désireras praeter illum? Quid tibi placet sine insu?lpse

si:

TRAITE DF.S SAINTS ORDRES. — PART. I. DE LA CLERICATUP.E

adorable comme son Verbe; mais encore de ses adorations et de tous les devoirs religieux qu'il a commencé à lui rendre dans la siiite des temps, et qu'il lui rendra à jamais dans son Eglise, je jouis en lui de tout ce qu'il y a de plus grand, de plus aimable et de plus saint au ciel et sur la terre : et c'est en cela queje trouve le comble de mon bonheur et de toutes mes délices en cette vie. A:ors cette âme, ainsi abandonnée à Dieu, favorisée des caresses de son époux, enivrée de ses délices, remplie de l'abondance de ses richesses et de ses biens, se trouve en disposition d'être élevée plus haut, et en état d'être choisie pour les plus saints ministères et pour servir dans la maison de Dieu tous les jours de sa vie.

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