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CHAPITRE II

De quelques sentiments que doivent avoir ceux qui entrent dans la cléricature, contenus dans le psaume lxxxiii : « Quamdilecta tabernacula tua. »

Ce psaume exprime les saintes dispositions et les principaux sentiments que doivent avoir tous les saints clercs, qui, charmés des beautés de la maison de Dieu, se consacrent à son service pour y passer le reste de leur vie. Comme Dieu, en les appelant à ce divin état, les éclaire de ses saintes lumières, et qu'il leur découvre la grandeur de sa majesté et la gloire qu'il y a de servir à ses autels, ils se trouvent tellement ravis de ses rares beautés que cette divine sagesse leur manifeste que, tout transportés du désir d'y consommer leurs jours, ils s'écrient avec une joie et une dilatation de cœur qui ne se peut dire : Quam dilata tabernacula tua, Domine virtutum!

C'est là le sentiment ordinaire que Dieu imprime dans le cœur de ceux qu'il appelle à cet état, et qui occupe incessamment l'Ame d'un clerc qui est rempli de l'esprit et de la grâce de sa profession. Mon Dieu, dit-il, qui êtes le père et le maître des vertus, que vos tabernacles sont beaux 1 que votre maison est agréable ! Quam dilecta tabernacula tua, Domine virtutum! Mou âme ne désire au-

tre chose que cette sainte demeure; je ne soupire qu'après le bonheur d'y passer toute ma vie ; je languis et je meurs dans l'ardeur du désir qui me presse de me consommer dans ces saints lieux : Concupiscit et déficit anima mea in atria Domini (331 ).

Quoique cette demeure ne soit que l'entrée et le portique de la Sion céleste, mon cœur a tressailli de joie, et ma chair a été dans un excès de jubilation, quand j'ai pensé que j'y devais demeurer le reste de mes jours, que j'allais servir dans la maison de Dieu, et que j'étais particulièrement choisi pour être son domestique : Cor meum et caro mea exsultaverunl in Dettm vivum (332).

Etenim passer invenit sibi domum, et turtur nidum sibi, ubi ponat pullos suos : altaria tua, Domine virtutum. Le passereau trouve son logement, et la tourterelle son nid où ils habitent en paix, et où ils rencontrent leur repos, et pour moi toute ma félicité est d'habiter aux pieds de vos sacrés autels. C'est là où tend mon cœur ; c'est là où se portent mes affections ; c'est là où aboutissent tous mes désirs (333).

J'entre dans un état où l'on doit faire profession d'imiter votre Fils, hostie vouée et consacrée à votre adorable majesté, et destinée à la mort ; et c'est, mon Dieu, ce que je proteste aux pieds du saint prélat qui tient votre place, et qui vous représente (334). Oui, je proteste que je veux mourir pour votre honneur; que je me consacre à vous pour être votre hostie,; que je ne veux rien que pour votre gloire; que je ne désire que de vivre dans votre Eglise, et de mourir pour la défense de vos autels. Altaria tua, Domine virtutum , Ilex meus et Deus meus. Dieu des vertus, ce sont là toutes mes délices; c'est là tout 'mon honneur et toute ma gloire, et je ne soupire qu'après le bonheur de pouvoir vous y servir toute ma vie (335). Je suis dans une maison qui surpasse celle des plus grands princes de la terre, puisque c'est celle du grand Roi que tous les monarques du monde s'estiment trop heureux d'adorer (336).

fecit omnia, ipse habel omnia, ipse est oinnia. Quodcunque bomini cupis, quodcunque pulchrum quaeris, qnoilcunque dulce et deleeiabile requins, tolum in ipso invenies et in ipso perf'rueris. Si gaudere vis, ipse gaudium est. Si le pugnare delectat, ipse palnia est, etc. Si cliarilatem vis, cliaritas est, etc. Si plenitudineni quairis otnnis boni, ipse pleniuido est. Qiiidquid boni quseris, summum bonum, t-tomne bonum ipse est, etc. ( S. Rern., Serin, de rniseria humana. )

(551) Concupiscit el déficit anima mea in atria Domini. Concupiscuntetnondeliciunt, qui jam quidem cœlestia appelunt, sed adhuc tamen a lerrenoruin delectalionibus minime lassanlur. Concupiscit veio et in atrio Dei déficit, qui ciim œlerna desiderat, in amore lemporalium non perdurât. (S. Grec, lib. vin Mot., c. 15.)

(552) Cor nieuni et caro mea, etc. Hoc non potest dicere nisi i lie qui in aniorem Dei tota mente dfiixusest. (S. Hieron., bic. )

Non exsultavit in hoc mundo, nec ensuit a vit in aliquaouletlamenta quae mundi sunt, sed inDeum...

Quare addidit, vivum ? ut ostenderet quia tolum quodiiou perlinel ad Dei cultum, deberemus hahere quasi mortuum. ( S. Ace, Sermones, Append., serin. 54, loin. V, éd. Migne.)

(555) Queniadmodum passeres et turtures, atque eliam reliquae aves vaganlur quidem quando non habent nidum; eum vero hune cousiruxeriut, in ipso coinmorari soient, et suos ibi pullos aluni. Sic nos olini quidem ei ravimus; mine vero a tua gratia vocali, el tabernacula lua invenientes prope[luas aras proprios pullos instiuiinus tibi assideiiles.(THEOD., hic.)

(554) Episcopusgeril in Ecclesia personam Christi. (D. Thou., ih p., qu. 72, a, 5, ad 5, el SS. Pair.)

(555) Noslri nidi, et cubilia, et bouorum fruitio tua sancta altaria sunt. Apud illa enim veluli pulli bjanies divinum ac salutare cibum a le percipiinus. (Tiieod., hic.)

llla inihi pro domo, illa pro nido sunt ubi requiescain, ubi pascar. (Agel., in )>sal. lxxxiii.)

(55(i) Domus Christi est Ecclesia Dei. ( S. Auc, Sermones, Append., serin 54, tom. V, e.l. Migne, et SS. Patres. )

Ce n'est pas seulement la maison du grand Roi que la vôtre, mais c'est la maison du grand Dieu et du Dieu des vertus que rien ne saurait ébranler (337). Tout tombe en décadence ; il n'y a rien qui ne dépérisse sur la terre ; les maisons des grands, qui semblent les plus fermes, périssent avec le temps (338) ; mais pour la maison de mon Maître, elle est inébranlable.

Beali qui habitant in domo tua, Domine, in swcula sœculorum laudabunt te. Bienheureux sont ceux, ô mon Seigneur, qui habitent dans une si sainte maison, et qui n'ont point d'autre occupation que de raconter vos louanges, et de vous glorifier incessamment (339) !

Bcatus vir cujus est auxilium abs le. Bienheureux est celui qui, ayant renoncé à toutes choses, s'est abandonné h vous sans réserve, qui vous a pris pour son unique partage, qui se confie totalement à vous, et qui n'attend du secours que de vous (340). Car dans cet état il a continuellement le cœur tourné vers votre adorable majesté, et son âme est incessamment élevée vers le ciel (341).

Ascensiones in corde suo disposuil, in vallc lacrymarum in loco qucm posuil. Quoiqu'il soit encore dans le monde, il vit de même que s'il était dans le ciel (342). Quoiqu'il soit sur la terre qui est une vallée de larmes (343), il est toujours comblé de joie, et il goûte par avance les délices du paradis. Quoiqu'il soit dans unséjouroù l'esprit, ravalé par la chair et déu/imé par le poids de sa corruption, s'occupe de soi, ou des choses du monde, toutefois, par le bonheur qu'il a d être habitant de la maison de Dieu, son âme, par la vertu divine qui la remplit, et par la grâce du Saint-Esprit qui l'élève audessus de toutes les créatures et d'ellemême, est toujours attirée vers Dieu, et toujours pénétrée et occupée de lui (344).

Etenim bencdictionem dabit legislator :

ibunt de virtute in virtutem : videbitur

Deus dcorum in'Sion. Par la grâce de Dieu, et par la bénédiction de Jésus-Christ, qui est notre législateur, qui répand en notre cœur son divin Esprit qui- est une loi vivante, nous avancerons île vertu en vertu , et le nouvel homme ira croissant en nous, jusqu'à ce que nous voyions Dieu en la cité de Sion, et que nous arrivions à cet état de paix et de bénédiction, à cet état de félicité et de louange perpétuelle, à cet état de religion parfaite et de béatitude consommée en la société de tous les saints (345).

Protcctor noster, aspice, Deus. O grand Dieu! qui êtes notre protecteur, considérez ma confiance, et l'abandon que je fais de moi-même entre vos mains : Je vous en conjure par votre Fils (340).

Respice in faciem Gh.ris.ti lui. Regardez celui qui a l'honneur d'être votre oint, qui fait une partie de votre Christ, qui vous est consacré par le baptême et par la confirmation (347), et qui a l'honneur d'être entré en partage et en portion de votre royauté.

Melior est dies una in alriis tuis super miliia. Mon Dieu, mon roi, votre maison est si sainte, si parfaite et si pleine de bénédiction, que j'aime mille fois mieux passer un jour dans cette demeure, et vivre à l'entrée seule de votre tabernacle, que d'être un siècle entier dans les palais les plus magnifiques et les plus délicieux du monde (348).

Eleiji abjcelus esse in domo Dei mei, maç/is rniam habitare in tabernaculis peccatorum. Oui, j'aime mieux être abject dans votre maison, que de demeurer dans celle des pécheurs (349). Car si ordinairement l'on regarde comme un extrême bonheur dans le monde d'être dans les Louvres et les palais des grands; et si l'on s'estime plus heureux d'être le dernier chez eux, que d'être le premier dans la maison des pauvres, combien plus doit-on estimer le bonheur de demeurer dans votre sanctuaire, et combien doiton préférer le séjour que l'on fait aux pieds

(337) Supra pctram aidilicata, ncc pluvia irruente illabilur, ncc fluniine inundaiiLc subvertitur, nec vernis Qanlibus commovetur.

Stante peipeluum Deo lranseunlomnia.(S. Grec, lib. xxtt Moral, in Job. )

(338) Alla sseculi repente coriuuut, pulchra iranseunt, laela evanascunt. (S. Grec, lib. v in Itetj. xn.)

(530) Divina ilulcwline guslata, bealos nuncupamiis cos qui Deo continue assistant, divinisque lauililius peilViiunlur. (TiiEon., in psul. lxxxiii.)

(540) Beatum esse dicit eum, qui divins curai csl conipos. (Tiieod., ibid.)

Heuli servi lui qui slaut coram le sentper, (III Iteij. X 8. )

(341) \d te levavi anitnammeam, Deus meus, in le Cùiijitto, non erubescam. (l'sal. xxiv. 1. )

(542) Ascensiones Dei in corde l'actas, pias cogitai unies rie Deo proplieians senno nuncupavil. (Theod. ibid.)

(343) Proprie ei vere proesens viia lacrymarum vallis est. (Theod., ibid.) s

(34i) Talis liomo excogitavit intra se gradus el assensus quosdam a sensibihbus ad inielieclualia. Sunl aulciu sitae ascensiones, botta: qiuedatn cogita tiones, per quas veluli per scalam giadalini ad

alta et divina doua eonscemlimus. (Euthim, hic.)

(34E) Advenict gralia . . . ipsa est benediclio. (S. Auc, in psal. Lxxxm.)

Atigent cniiti quotidie robur, incrementoque virlutis inagnara vim sibi parant. (Theod., hic).

Ex una in aliam virtutem suniiuo eum profectu ad sublime vhtulum culuien ascendunt. (Eutiiym. hic.)

Nullam ascensus et deiûcalionis mensuram agnoscunt. (S. Grec Naz., oral. 3.)

(546) Respice in faciem Christi lui ; hoe est respice in nos. In nobis enim respicis Filium tuum qui habitat in nobis. (S. Hier., hic )

(347) Per Christum boc in loco Utrislianum intelligit, qui in Cltristo bapiizatus sit et Christum induerit. (EiTti., hic.) -

(548) Sic divina riomus mihi amabilis, ut elegerim piope liane in solo projectus esse, et antehujus januas volutari, quant ineximiis illuslribusque peccatorum dotnibus comraorari, etc. (Theodor. ,liic.)

(540) Queni Deus divilem fecerit, nemo pauperem faciet. Peuuria esse nulla jam polerit, eum semel pectus cœlestis sagina saluraverit. Jam tibi auro distincta laquearia et ptetiosi marnions ctustis vesiita domicilia sordebunt. (S. Cvrn., lib. n, epist. 2, ad Douai.

TRAITE DES SAINTS ORDRES. - PART. I. DE LA CLERICATURE

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de vos autels, a In félicité imaginaire de ceux qui habitent dans les palais des grands (350), qui ne sont rien auprès de vous, et qui tous ne sont qîFïïn néant devant votre divine et très-auguste Majesté.

Quia misericordiam et veritatem diligil Deus. Ces grands n'aiment ordinairement que la rigueur, l'artifice, le déguisement et le mensonge (351). La miséricorde et la vérité n'ont auprès d'eux que peu d'accès : mais pour vons.'ô mon Dieu! vous aimez la clémence, vous vous plaisez à faire miséricorde, et vous aimez la vérité (332) : Vous n'êlos pas comme ces grands qui manquent h leurs paroles. Comme vous êtes 1a vérité même, vous êtes fidèle en vos promesses, et vous donnez une récompense à tous ceux qui vous servent fidèlement (353J.

Les grands du monde pèchent en deux manières envers leurs serviteurs. Par sévérité; car ils les chassent souvent pour la moindre faute, pour avoir cassé un verre, pour avoir dit un mot do travers, et même en avoir reçu quelquefois de grands services. Par infidélité; car ils ne les récompensent noint ordinairement autant que le demandent leurs services (35i). Mais pour mon Seigneur : Misericordiam et veritatem diligit Dominas. Il fait miséricorde à ceux mêmes qui ont failli en le servant (355). Et comme il est véritable en ses promesses, ceux qui le servent ne sont jamais frustrés de leur attente; car il leur donne toujours la récompense qu'ils méritent, et au delà même de ce qu'ils peuvent attendre (356); puisque, par son infinie miséricorde, il accorde la gr^ce à ceux qui tournent, afin qu'ils s'en puissent relever, et qu'il donne une gloire éternelle, inimen«e et incompréhensible, à ceux qui sont fidèles à le servir. Gratiam et gloriam dabit Dominus.

Non pr habit bonis eos qui ambulant in innocentia : Il ne privera pas même de biens temporels ceux qui, s'étanl consacrés à son service, se confieront en lui (357). Car on sait qu'il ne laisse jamais sans récompense

(550) Praeslat ciim Clirislo et prn Clnisto pâli, quam ciim aliis in deliciis versari. (S. Greg. Naz., oral. 4, n. SI.)

(551) Quidqnid Dominus indebile iractinde, etc , circa serviim fereril, jndicium,' jnsliiia, lex «-si. Imperaniis ira, subdiloius est. (S. Chkysol., serm. tlil.)

(553) Misericordiam diligil, qua primo snbven.it; vcrilaiem diligil, ul credenlibus det quod promisil. (S. Aug . Ii c.)

(553) Fidelis Deus exliibens quod promisil liominilius. Teneamus iidelissiinum deJbilorem, quia lenemus misericordissiiniiin promissorem. (S. Arc, i/i psal. xxxu, conc. \.)

Deus non faliil, quia vcrilasesl. (S. Ait.., In psul. xxxv.)

(551) Mundi promissa fallunt, Dei aulem proniissa nunquam fallunt. (S. Aug., De verb. Apost., srrni. 25.)

(555) Fidelis Deus in vei bis suis. Quid enini proniisit et non dédit? (S. Aug., In psal. cxliv.)

(556) Ex divinis enim aidibus misericordia scalurij. . . et omnium bonorum fruitio. (Tiieod., Iiie.)

(557) Nemo est qui reliqueril donium, etc., qui non aecipiat centies tautvi nùnc in lempore hoc. \Mnrc

OElvp.es compl. de M. Olieb.

ceux qui, en marchant dans l'innocence, le servent avec fidélité, et qu'il leur donne même dès celte vie autant de possessions, de richesses et de biens, qu'il voit leur être nécessaires pour leur salut et pour l'accomplissement de ses desseins sur eux (358).

Beatus homo qui sperat in te. Bienheureux donc, ô mon Dieu 1 est celui qui met son espérance en votre protection (359).

Jamais il ne sera confondu, et il trouvera mille fois plus de bien qu'il n'en espère; à cause de votre bonté immense qui surpasse toutes nos conceptions, et qui va infiniment au delà de nos attentes (3G0).

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